Analyse des dramas coréens (1ère partie) : présentation, historique et structure

Il n’est pas facile de rédiger un tel article, mais j’espère que cette analyse synthétique servira aux débutants et aux amateurs de dramas coréens. Encore une fois n’hésitez pas à me corriger, compléter…

  • Courte présentation

Les dramas coréens se répartissent en plusieurs genres : espionnage, action, thrillers, dramas historiques (sageuk), histoires d’amour ou récits de guerre …

Par exemple, il existe toute une palette de nuances dans les histoires d’amour : les comédies romantiques, les mélodrames, les romances « positives », les romances plus réalistes… Toutes montrent l’amour selon un ou plusieurs angles. En effet, les croisements entre différentes thématiques (et sous-thématiques) sont légion.

Autre genre prédominant, le drama historique (sageuk) peut très bien raconter le passé du pays, mais il a su se moderniser tout en modifiant des réalités historiques (mais nous allons y revenir), comme la place de la femme. Ainsi on peut très bien avoir des sageuk à destination d’un public jeune, des drama fusion sageuk romance ou fusion sageuk fantasy, etc… Les sageuk ont généralement des personnages plus ambivalents, plus fouillés que dans les comédies romantiques ou les mélos.

Cette variété des genres ne masque cependant pas certains traits communs à de multiples dramas. Ceux-ci sont en effet conçus selon certaines recettes, qui de prime abord peuvent sembler rédhibitoires, mais dont l’efficacité n’est plus à prouver.

  • Les comédies romantiques, les mélos, une formule usée ?

Il y a encore 5 ans, il était facile de généraliser sur les ficelles de ces séries, d’en faire une liste et de s’en moquer. Cette moquerie, souvent reprise par de nombreux blogs de fans de dramas coréens doit être comprise : le public n’est jamais dupe. Mais nous allons y revenir. Par exemple :

– à la fin de la série, l’héroïne meurt d’un cancer en phase terminale ou tout est bien qui finit bien.

– le riche héros gagne le cœur de la pauvre héroïne

– le personnage secondaire masculin, riche, lui aussi, est le prototype de l’amoureux silencieux qui finira meilleur ami.

– un triangle amoureux est créé entre le héros, l’héroïne et un personnage féminin malfaisant.

– de nombreux flashbacks montrent les héros rentrer saouls, à califourchon, ou sur la plage.

– une partie conséquente de la série se déroule dans un hôpital, suite à des accidents ou maladies.

Derrière cette formule, pourtant, il y a un but : faire rêver. Les dramas s’adressent aux masses laborieuses, et leur montrent des portraits de réussite : des travailleurs acharnés qui parviennent à leurs fins en surmontant des obstacles. Ils montrent également un prototype de luxe, (généralement la maison, les costumes du riche héritier) pour donner un but à atteindre. Pour ne pas rendre l’héroïne ennuyeuse dans sa quête, on la dote souvent dans les comédies romantiques de traits de caractères ambivalents : elle est rebelle/combative mais innocente. C’est d’ailleurs cette dualité qui fait le charme du personnage pour le téléspectateur masculin. Et sans être délibérément aegyo, l’héroïne dévoile peu à peu ses charmes et sa complexité. Nous reviendrons sur quelques uns des clichés utilisés dans la formule ci-dessus pour évoquer l’aspect culturel (notamment la consommation de boissons alcoolisées).

  • L’origine des dramas coréens : la danse dramatique ?

Certains auteurs aiment penser que les dramas sont la suite logique du goût pour la dramaturgie, développé par les danses Ch’oyong, nées au Royaume de Silla (pendant l’époque des 3 royaumes, une centaine d’années avant JC). Ces danses racontaient déjà des histoires dramatiques, même si l’emphase portait sur la gestuelle. Les danses Cho’yong étaient étaient des danses lentes destinées à la cour.

Lors de la dynastie Goryeo (918-1392), les danses sont faites pour des hommes portant des masques. Un véritable script est utilisé, avec des chants, et quelques paroles. Le mélange prend la forme d’un sandae.

Ce sandae devient un des rouages essentiels du fonctionnement de la cour pendant la dynastie Joseon (1392-1910), avant de devenir un divertissement pour le peuple paysan, avec des histoires drôles, satiriques, qui tournaient en ridicule les classes supérieures, des prêtres bouddhistes aux aristocrates yangban.

D’autres divertissements voient le jour, des spectacles de marionnette, d’acrobatie, voire des dérivés de rituels shamaniques. Mais en 1900, l’influence du monde occidental les fera disparaître.

  • Les premiers dramas (1960-1970)

Le tout premier sageuk fut diffusé en 1964, intitulé A Far Away Country. Ce fut une romance tragique qui s’inspirait davantage de légendes que de réalités historiques, les légendes étant bien plus dramatiques (et l’histoire écrite bien plus difficile à consulter et à traduire) . Cette fiction était une sorte de Roméo et Juliet où le  prince Hodong du Goguryeo tombait amoureux d’une femme ennemie.

Jusque dans les années 70, les réalisateurs étaient confinés dans des studios, ce qui limitait d’autant leur capacité à reconstituer des batailles ou des évènements d’envergure.

  • Les dramas dans les années 1980

Ces dramas mettaient l’accent sur l’aspect historique, comme l’ensemble de séries 500 years of Joseon Dynasty, soit 11 séries diffusées de 1983 à 1990. Les acteurs étaient pour la plupart âgés et l’objectif était de montrer de longs dramas familiaux.  Les années 80 sont d’ailleurs souvent considérés comme l’âge d’or des sageuks.

  • Les dramas dans les années 1990

Dans les années 1990, la popularité des sageuks va nettement s’amoindrir pour laisser place à des dramas modernes, qui ciblent leur casting, pour plaire à un public plus jeune. Ainsi arrivèrent Jealousy en 1992, Feelings en 1994. On remarquera d’ailleurs que les titres de ces séries donnent le ton : Ambition, Challenge, Lover, Star, Crush, Memories,… On retiendra par exemple Happy Together (1999), qui réunit un casting impressionnant de stars alors débutantes : Lee Byung Hun, Kim Ha Neul, Cha Tae Hyun, Jun Ji Hyun, Han Go Eun, Song Seung Hun,… Toutes ces stars sont encore là.  Autre drama emblématique de l’époque : Sandglass (1995), qui relate l’histoire de la Corée des années 70 aux années 80, et permit notamment aux coréens qui sortaient à peine de la censure de découvrir la vérité sur le massacre de Gwangju (qualifié à l’époque de révolte communiste par les dirigeants alors qu’il s’agissait d’une révolte démocratique).

  • Les dramas coréens de 2000 à 2010 : une transition vers le happy ending

Les années 2000 permettent au genre sageuk de ressusciter… sous une forme plus contemporaine : les fusion sageuks, qui mélangent ainsi  l’histoire et le mélodrame moderne, sont de très grands succès d’audience, comme Damo (2003), Dae Jang Geum (2003) ou plus récemment Queen Seon Deok (2009). Les réalités historiques sont de moins en moins respectées au profit de l’aspect mélodramatique (exemple : une jumelle inventée dans Queen Seon Deok). Et à l’inverse certaines légendes se voient transformées pour paraître plus réalistes, comme dans Jumong.

Les premiers dramas modernes du second millénaire étaient quant à eux pour la plupart des mélodrames larmoyants, avec en figures de proue Autumn Tale (Autumn in my heart) et Winter Sonata. Ce sont ces dramas immensément populaires en Corée et en Asie qui ont usé et abusé de techniques redoutables : les flashbacks, d’une part, et des éléments scénaristiques d’autre part.

Les flashbacks, il faut le dire, ont été une plaie pour de nombreux dramas. Longs, répétitifs (au point parfois d’avoir des flashbacks utilisant les mêmes scènes dans un même épisode) ils avaient cependant plusieurs atouts. Le premier, c’est de rallonger la durée d’un épisode sans augmenter la durée du tournage. Rappelons quand même que les moyens financiers mis en œuvre ne sont pas du même niveau que les américains. Le deuxième atout, concernait le public visé : les ménagères, les ajummas. Le récit, parfois complexe dans ses révélations, avait besoin d’être entendu par des personnes qui n’avaient pas forcément le temps d’être attentives. Et les séquences d’émotions répétées en boucle insufflaient parfaitement le message.

Les thématiques employées n’avaient qu’un but : faire pleurer. Échanges de bébés à leurs naissances, histoire d’amour impossibles à cause de relations incestueuses, secrets de famille, pertes de mémoire, accidents, leucémies foudroyantes, la liste est longue. Les évènements se suivaient les uns à la suite des autres pour prolonger la tristesse. Les mélodrames coréens, sachez-le, ne font pas de cadeaux. Mais comme tout mélo, c’est dans la tristesse que l’on trouve le plaisir.

Il faut donc bien distinguer les mélos des comédies romantiques. Les mélos restent l’apanage des daily dramas, pour un public de ménagères. Mais on en trouve encore parfois en soirée. Car le mélo est un genre dont les coréens sont très friands. La structure même a évolué également. Il est loin le temps des histoires de Winter Sonata ou Autumn in my heart. Les mélos sont moins lourds, moins larmoyants. Souvent, des indices nous sont donnés au fur et à mesure pour comprendre les liens entre les personnages (secrets de naissance bien souvent). Et certaines thématiques disparaissent comme la perte de mémoire, l’inceste…

Avec la popularité grandissante des dramas, il fallait donner de nouvelles histoires et élargir le public. Parmi ces dramas, le plus emblématique fut certainement Full House.  La tragédie allait peu à peu prendre une place un peu moins importante à la télévision coréenne. Après tant de drames, tant de larmes versées, le happy ending devenait (enfin) de rigueur.

Ce happy ending n’était pas évident pour les producteurs, les réalisateurs et les scénaristes, pour qui la tragédie était une forme d’art majeure. Mais cette tragédie s’adressait à un public. Un public qui versait des torrents de larmes à chaque épisode, qui soutenaient autant que possible leurs héros au travers de leurs épreuves. Ce public là réclamait sa récompense et le fit savoir. La pression fut trop grande. Le public avait gagné. Et pour des questions d’alignement avec les réactions du public, les dramas allaient de plus en plus être tournés dans des conditions « Live » (script parfois donné quelques minutes avant le tournage, lui-même à quelques jours de la diffusion).

Ainsi, la fin de certains mélodrames allait être modifiée (pour des raisons de spoiler, je ne nommerai pas ces séries).

Les techniques utilisées, cependant, n’allaient pas changer aussi vite. Full House est rempli de longueurs, de flashbacks, au point que le visionnage de la dernière partie de la série peut s’effectuer sans remords, en accélérant la vitesse. Mais le genre de la comédie romantique avait trouvé son premier succès international.

Cela explique d’ailleurs pourquoi la série fut maintes fois copiée dans les années à venir, au point de susciter beaucoup d’interrogations, à l’époque, sur l’avenir des dramas coréens. Ne vous étonnez pas si dans les scenarii de dramas, vous trouvez des histoires de cohabitation d’une femme et d’un homme sous un même toit, régi par un contrat. C’est l’effet Full House qui perdure.

En 5 ans, de 2005 à 2010, les choses vont donc évoluer…Les dramas deviennent plus légers en soirée pour plaire aux jeunes, alors que les drames restent très prisés par les ménagères.

Le rythme des évènements s’accroit, les schémas se diversifient….et le câble commence à prendre de l’ampleur. Fin 2011 de nombreuses chaînes câblées vont voir le jour, et les thématiques, les réalisations, les ambitions commencent à se diversifier. Les moyens financiers augmentent également, permettant de nombreux effets spéciaux dans des dramas historiques ou des thrillers d’action (Iris). Les triangles amoureux ne sont plus systématiques depuis 2007 et les flashbacks disparaissent peu à peu. Nous reparlerons des aspects culturels contemporains dans un prochain article.

  • Comment regarder les dramas ?

La bonne façon finalement d’aborder les dramas est de s’imprégner de son atmosphère, mais de ne pas rester dupe. Les amateurs de k-dramas raffolent des listes de clichés, comme nous l’avons vu précédemment. Même si celles-ci collent de moins en moins aux récents dramas, ils sont parfaitement conscients de ce qu’ils regardent et s’en amusent. On ne regarde pas un drama coréen pour être surpris, mais pour être « réconforté ». Peu importe si l’histoire est familière et peu originale, ce qui compte c’est le charme qu’on a su donner à l’ensemble. A travers l’expression d’une grande palette d’émotions, les personnages deviennent très attachants. Le réalisme a moins de prise, c’est l’émotion qui prime. On veut donc suivre ces personnages familiers jusqu’au bout de leur aventure, les voir heureux, épanouis.

Il en résulte une véritable addiction pour le public, et même s’il y a encore 5 ans les séries américaines commençaient à percer via Internet, c’est moins le cas aujourd’hui. Car la série coréenne fait encore et toujours partie du décor quotidien. En Corée on suit la mode, on suit les acteurs avec frénésie.

Cette addiction est également due à la réalisation, qui essaye autant que possible de montrer ce que les personnages pensent ou ressentent. Parfois, c’est très lourd, avec l’abus de monologues explicatifs. Parfois ce sont de longs moments de cadrage. Mais à cause de ces techniques de réalisation, on ressent souvent une très forte implication envers les personnages.

La musique aide aussi beaucoup. Les OST de dramas contiennent de nombreuses chansons, répétées au fil des scènes, dont chacun a son utilité pour exprimer toute une palette d’émotion : l’amour, la gaieté, la tristesse… Une OST réussie contribue indéniablement à impliquer le téléspectateur et par là-même contribue au succès de la série. L’OST coréenne est bien plus indispensable à une série qu’un « simple » générique américain.

Enfin, les dramas coréens sont nettement plus orientés star-system. Ce qui fait la réussite d’un drama, c’est l’alchimie entre les protagonistes. Cela ne dépend pas seulement de la popularité des stars (comme dans Lie to me, qui réunit Kang Ji Hwan et Yoon Eun Hye), mais bien du couple qu’ils arrivent à former.

Dans une deuxième partie j’espère aborder des aspects culturels comme le féminisme et le néo-confucianisme, le statut de la belle fille et la place des aînés, l’évolution récente vers des histoires d’amour entre une femme plus âgée et un homme plus jeune, la place des étrangers dans les dramas, et bien d’autres choses… Mais afin de mieux préparer cet article sans cesse réécrit, je vais prendre quelques jours de pause dans ce Korea Special bien chargé.

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5 réflexions sur “Analyse des dramas coréens (1ère partie) : présentation, historique et structure

  1. Excellent article, un plaisir à lire comme à chaque fois…
    J’ai hâte de lire la suite, mais je comprends que tu veuilles faire une pause…
    En tout cas merci infiniment pour ce Korea Special !!!

  2. Impressionnant travail de synthèse ! C’est drôle, ça résonne beaucoup avec les réflexions que je me suis faites en août en regardant The Princess’ Man : j’ai dépassé le stade où je cherche uniquement le réconfort, et maintenant je cherche une puissance de dramaturgie tragique qui doit remonter à ces fameux grands sageuks. C’est même incroyable que mon drama préféré reprenne exactement l’histoire originelle de l’homme qui tombe amoureux de son ennemie.
    Repose-toi bien, la suite promet ^^

  3. Excellent travail,ça du te prendre un temp fou et la suite risque d’être encore plus intéressante je suis pressé de le lire.En lisant ton article je suis pour ainsi dire entièrement d’accord avec toi même si je ne suis pas encore trop familiarisé avec les sageuks car je n’en ai vu qu’un, je m’y connait beaucoup plus en ce qui concerne les films historiques chinois comme par exemple les 3 royaumes de John woo qui est un chef d’œuvre à mes yeux. il est vrai que je me suis immergé dans le monde des dramas depuis cet été seulement mais j’en ai quand même vu une bonne quarantaine depuis mais c’est vrai j’ai encore un peu de mal à franchir le cap des sageuks,ce n’est qu’un question de temp je pense mais le problème avec moi c’est que si ça me plait je deviens vite boulimique et malheureusement je ne sais plus m’arrêter.
    En tout cas j’attends avec impatience la suite et je te souhaite bonne continuation.

  4. Je crois que tu as oublier de parler d’une chose (mais ne t’en fait pas j’ai remarqué que presque tout le monde oublie d’en parler) C’est le talent de mise en scène des réalisateurs de dramas et le talent des acteurs qui arrivent à proposer une palette d’émotion que les acteurs de séries télé occidentales peuvent à peine révé.
    La mise en scène des dramas les fait ressembler à des films de par les cadrages, l’utilisation de l’espace, et un talent de la dramaturgie toute cinématographique (l’utilisation de la musique comme dans le cinéma); le fait que les dramas utilise de vieilles caméra numérique à donner l’impression au gens que les dramas étaient du niveau des télénovélas ou des sitcom, la texture clinique de l’image aidant à cette fausse impression. Il suffit de revoir des dramas come snow queen ou spring waltz pour voir la puissance de la mise en scène des dramas. Leur point est aussi ce que j’appelle la poésie urbaine, procédé qui consiste à utilisé la ville où se déroule l’action pour crée une atmosphère, d’où de nombreux plans où les héros parcourt la ville d’une manière joyeuse ou triste; une ville qui sert à créer des scènes poétiques qui fait évoluer l’histoire (dans coffe prince il ya de nombreuses scènes comme ça, revoyer aussi la scène de la fontaine à la fin de l’épisode 1 de city hunter); ce procédé purement cinématographique (voir belbenut beauty ou the longest night in shanghai ou blue gate crossing) est totallement absent des séries occidentales.

    Pour finir le jeu des acteurs, je crois qu’il n’est pas nécessaires d’y revenir. ont à tous constater le talent des acteurs coréens qui naviguent entre dramas et cinéma (la où le passage est beaucoup plus difficile en occident). La tristesse et les larmes est une des choses que les coréens maitrisent à merveille.

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