Srugim [Pilote – Israel]

Je m’étais promis d’en parler plus tard, et puis je n’ai pas résisté à l’appel de Ladyteruki. Pensez donc, une série décrivant les vies d’amis dans un contexte religieux, c’était pour moi.

Srugim est une série israélienne qui manie avec habileté la quotidienneté de deux garçons et deux filles juifs orthodoxes. Dans un contexte de religiosité croissante en Israel, la série essaye donc de trouver le bon équilibre entre la modernité et la tradition. Les rites religieux imposent en effet un rythme précis, des règles à ne pas contourner, et la pression familiale à l’égard du mariage est au centre de leurs préoccupations.

C’est une question de société à laquelle l’auteur de la série ne répondra pas de manière subversive. On peut contourner, adapter sa religion dans une certaine mesure, mais on ne peut jamais la remettre en cause. Cela fait beaucoup de points communs avec des séries d’autres cultures, et j’ai immédiatement pensé à la polygamie mormone de Big Love, aux travellers irlandais autorisant le mariage des filles de 12 ans dans The Riches, ou aux blind date arrangés par la famille en Inde ou en Corée du Sud (Coffee Prince parmi tant d’autres). Le mariage reste pour beaucoup un moyen de perpétuer les valeurs culturelles d’une population dans un monde qui évolue et qui fait peur.

Alors l’amour dans tout ça ? Il n’est pas si facile de l’évoquer. A ce stade nos personnages doivent trouver leur moitié, et comme le dit l’un des héros, Nati, maintenant il n’a plus le loisir d’attendre celle qui fera battre son cœur. Il aurait du se marier depuis longtemps. Une vision de la vie qui lui permet sans doute, comme à d’autres, de croire que le bonheur conjugal ça peut aussi se travailler, même si on est pas amoureux. Et pourtant les émois amoureux sont bien là, il aura beau le cacher, il se produit tout de même ce fameux petit déclic… mais chuuut !

Yifat, en tous cas, semble croire que Nati est le petit miracle qu’elle attendait tant. Consciencieuse, appliquée dans ses prières, elle n’arrivait pas à trouver chaussure à son pied. Il faut dire que dans sa communauté, les quelques exemplaires d’homme rencontrés ne sont guère enthousiasmants. Leurs portraits montrent des personnalités dominantes, affirmées, et donc très peu attachants.

Pour une fille comme Reut, au caractère bien trempé, impossible de se satisfaire de son « fiancé ». Cet homme lui demande de l’épouser parce qu’il peut enfin véhiculer une image financière rassurante. Rassurante pour lui, car il gagne davantage que sa promise. La place de la femme est donc largement évoquée dans le pilote, au travers de ce personnage emblématique, à coup sûr une projection universelle pour bien des adolescentes ou des jeunes femmes.

A l’inverse, l’autre personnage masculin de la série, Amir, a loupé sa vie. Divorcé, il se fait discret, et va devoir peu à peu reprendre de l’assurance. Le pilote ne cherche cependant pas à attirer la compassion, il reste sobre, mais intime.

Ce qui frappe avant tout, c’est la rareté des plans larges. Un peu comme les kdramas, le réalisateur cherche à impliquer le téléspectateur, et zoome le plus possible sur ces visages. J’ai cherché un rapprochement avec des séries américaines, je n’ai pensé qu’à Once and again pour cette constante recherche de l’intimité. Et encore, on en est loin car la série américaine s’autorisait beaucoup de mouvements autour d’une table de cuisine par exemple pour donner une profusion de dialogues. Ici, le calme et la concertation dominent.

Tout est donc fait pour la projection et l’identification, en parlant de thèmes universels alors qu’a priori on aurait pu croire la série fermée sur elle-même. Il manque cependant un atout au téléspectateur que je suis : des personnages masculins attachants. Si dans d’autres séries « déséquilibrées » je peux m’en passer, dans Srugim – série relationnelle – j’étais à l’affut. Et j’ai été un peu déçu. Étrangement, on sent un désir de contrebalancer la dominance masculine de la communauté, et cela se traduit par un manque de caractère sympathique. Sans vouloir dévier du sujet, c’est une problématique récurrente, j’ai de plus en plus de mal à m’identifier aux personnages masculins d’une série.  Mon dernier espoir se porte donc sur Amir, car les personnages détruits, timides, complexés sont à mon sens beaucoup plus intéressants à la télévision que les coureurs de jupons. (Et oui j’ai conscience qu’en disant cela les féministes applaudiront ma transformation, mais cette remarque vaut également pour le sexe dit faible).

Trop court ? Le format d’une demi-heure passe en effet trop vite, mais suffisamment pour sentir le potentiel de la série, pour peu que l’on réussisse à s’attacher à nos personnages. Le cadre social est plus important ici que l’expression des sentiments, ce qui différencie complètement la série par rapport à d’autres réalisations intimistes. Étant davantage porté sur l’émotion, je devrai avoir un problème avec Srugim mais cette dualité sociétale/intimiste fonctionne remarquablement bien.

Sans être un grand coup de cœur mais ayant énormément de potentiel sur le long terme comme le sont les séries relationnelles, la série mérite largement le détour, alors ne vous arrêtez surtout pas au contexte religieux, il permet de poser l’ambiance et de donner des enjeux aux personnages, mais en aucun cas il n’empêche l’universalité du propos : la place de tout un chacun dans un couple.

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2 réflexions sur “Srugim [Pilote – Israel]

  1. Je suis contente que tu aies tenté le coup.
    Mais je dois t’avouer que je suis très surprise que tu sembles avoir totalement mis de côté Hodaya, la troisième femme de cette série, avec qui Yifat est en colocation. Je sais que j’ai un biais envers ce personnage parce que j’ai vu toute la saison 1 et qu’elle est devenue l’un de mes personnages préférés (avec Amir, incidemment), mais que tu ne la comptes pas du tout dans ton post me surprend. Du coup je me demande si tu as considéré que c’était un personnage mineur ?
    N’étant pas un homme (et n’attendant aucune forme d’identification), je ne sais pas si j’entends la question des personnages masculin « attachants » de la même façon que toi. Ce qui est certain c’est que j’avais trouvé Amir attachant dés le pilote mais que le personnage s’est diversifié ensuite, sortant de ce rôle un peu victimaire qu’il a dans un premier temps. Je pense sincèrement que tu l’aimerais beaucoup. Je n’ai pas tellement ressenti de problème de reversement de la dominance masculine, au sens où le personnage de Nati est très complexe, et donc est un peu brut de décoffrage dans un premier temps. Il m’a énormément fait penser à des personnages aux limites de l’autisme comme Nick Fallin dans The Guardian, par exemple. Le fait que les filles soient en supériorité numérique me semble très anodine, également, ou que Reut finisse par dire la prière du dîner à la place des garçons (c’est plus en rapport avec son caractère qu’avec le fait qu’elle soit une femme, non ?). Il ne faut pas oublier que la culture juive a toujours montré énormément de personnages féminins comme étant très affirmés (je pense par exemple à la fameuse mère juive), alors qu’il y a assez peu de rôles équivalents pour les hommes ; il n’y a donc pas de reversement à mes yeux, juste les éléments qui donneront la dynamique d’énormément de couples où, oui, l’homme a une position sociale de winner à travers l’argent par exemple, mais la personne qui, de par son caractère, mène la maison (et donc entre autres la vie sentimentale) d’une poigne de fer, c’est la femme. On n’est pas du tout dans une culture de l’effacement de la femme, ça c’est net. Pour moi il n’y a pas de renversement mais au contraire une représentation plutôt fidèle du peu que je connais (et ai déjà vu) de la société en Israël.
    Bon, fin de la parenthèse, je suis en tout cas contente que le pilote t’ait plu 🙂 Un feu vert est un graal rare, surtout en cette rentrée pour le moment très inégale, qui ne met pas toujours de bonne humeur !

    • Je ne m’étais même pas aperçu que j’avais oublié de parler d’Hodaya. Peut-être parce que je la trouve un peu en retrait dans le pilote. Dur d’en parler sans spoiler en fait. C’est sûr qu’après le visionnage de la saison, on perçoit le pilote différemment et que certaines pistes dans le développement futur de son personnage apparaissent davantage. De là à parler de personnage mineur, honnêtement, je ne pense pas.
      J’ouvre une parenthèse pour te répondre à propos des personnages victimistes. Je n’ai aucun problème avec eux. En revanche j’ai du mal avec les personnages maudits qui se complaisent dans la douleur pendant d’interminables minutes au lieu d’agir. (cf certains passages du kdrama Someday par exemple, pourtant très jolie fiction soit dit en passant). C’est donc une question de nuances, et d’équilibre aussi. Un (bon) personnage ne devrait pas selon moi être défini que par ce qui lui arrive .
      Quand je parle de renversement, c’est au niveau de la profondeur des caractères. Au vu du pilote, les personnages féminins m’apparaissent bien plus élaborés, donc plus attachants. C’est normal, vu que la série aborde davantage la question sociétale et féministe. Mais cela implique malheureusement une légère caricaturisation et « simplification » (même si je n’aime pas ce terme) de personnages masculins pour rendre le sujet plus intéressant. Vu que je suis de sexe masculin je ne me reconnais que difficilement dans ces portraits. Et pour tout dire depuis Men of a certain age je n’ai pas vu de point vue masculin pertinent – et attachant – à la télévision.
      Enfin, je pense qu’il ne faut pas confondre juif et juif orthodoxe (qui est le sujet de la série). La femme orthodoxe est clairement en situation de dominée. Et c’est par l’éducation massive des jeunes femmes que les choses sont en train de bouger.
      On peut aussi légitimement se poser une question : cantonner une femme à certains rôles à cause de l’orthodoxie d’une religion monothéiste, est ce que cela ne revient pas aussi à l’effacer (comme le prétendent certaines féministes). Or, dans un couple on peut avoir des rôles complémentaires, pas forcément chevauchants ou substitutifs. Le réel problème, c’est le libre choix et l’adaptabilité à l’intérieur du couple, sans céder à des influences extérieures.
      En Corée du Sud le rapport homme-femme est, je pense, le même qu’ en Israel. L’homme est maître de la sphère publique, et dans la sphère privée la femme coréenne a une liberté supérieure à la plupart des femmes occidentales mariées, les relations avec la belle-famille étant néanmoins particulières (cf mon article Analyse des dramas coréens (2ème partie) : le couple, le statut de la femme et de l’homme). Pourtant de notre point de vue d’occidental on a la sensation de voir une femme soumise.
      Bon, il est tard, je ne suis pas bien sûr de me faire comprendre 😉
      En tous cas merci pour le commentaire (et pour cette découverte). Je le redis encore, ce ne sont que des impressions sur le pilote, donc ton avis sur le développement des personnages masculins est encourageant. Et oui, les feux verts se font rares, mais dans le même temps, heureusement, les journées sont trop courtes !

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