Les revenants [Pilote]

Cela fait maintenant plusieurs années que la fiction française est en plein essor, et que l’on trouve des thématiques de plus en plus audacieuses. Ainsi soient-ils, par exemple, avait un sujet original mais ne parvenait pas à faire surgir l’émotion, comme si la rationalité et les sujets sociaux devaient forcément l’emporter pour obtenir la sacro-sainte reconnaissance des médias.

Il fallait peut-être que la série française s’attaque à un genre précis, aux codes rigides pour que le scénario puisse s’affranchir de l’éternelle représentation sociale, et enfin penser ses personnages comme des être humains, et non comme des modèles. Ce genre, c’est le fantastique. J’ai envie de rajouter : « évidemment ». La plupart des amateurs du genre savent bien que déformer le réel c’est le meilleur moyen d’en parler.

Les revenants, c’est une fiction qui nous parle de notre rapport à la mort. La mort, c’est finalement la seule chose dont on est sûr dans la vie. Nous sommes des êtres limités dans le temps. Alors quand cette limite saute, et que les morts reviennent à la vie, c’est paradoxalement tout le mécanisme de l’agonie qui ressurgit : le choc, la dénégation, la colère, la dépression, le marchandage, l’acceptation, la détente. Nos personnages, confrontés à ce qu’ils ne connaissent pas, vont donc passer par plusieurs de ce stades. Ils sont radicalement humains, touchants, et… donc réels.

Ainsi ce pilote va nous montrer comment les familles vont réagir devant l’irruption de leurs morts, qui reviennent vivre auprès des leurs en chair et en os, ne se souvenant de rien, plusieurs années après leurs décès. Nous avons donc une mère qui y voit la récompense de sa ferveur religieuse. Un autre qui ne peut supporter cette nouvelle réalité et préfère en finir. Une femme qui croit replonger dans les hallucinations, … Ces moments de « rencontre » sont très intenses, bouleversants, et la plus grande réussite de la série est sans doute de parvenir à donner à l’ensemble une atmosphère mystérieuse, angoissante, sans recourir aux clichés des films d’horreur. Le ton est cohérent, et la musique parvient sans peine à scotcher le téléspectateur sur son siège.

Mieux encore, voilà une fiction qui cultive le non-dit, qui ne se sent pas obligé de passer par d’innombrables dialogues pour tout expliquer. On aura bien quelques discussions sur le sujet, évidemment, mais c’est davantage pour donner une note d’humour (car il y en a !). Ainsi, les twists fonctionnent. Qui est cette personne ? Que cherche-elle ? Quand un flashback arrive en fin d’épisode, est-ce le premier dérapage de la série ? A quoi bon revenir sur ce qu’on savait déjà ? Et puis rapidement un décalage se crée entre ce qu’on comprend et ce que l’on voit, avec une explication magistrale. Le genre de surprises qui met de bonne humeur, et permet d’avoir confiance pour la suite de la série.

Et puis, la fatalité de la mort reste une donnée présente. On aurait pu croire qu’avec cette notion de « réversibilité », l’angoisse disparaitrait. Que l’on ne s’attacherait pas au destin de nos personnages. Mais la mort reste présente, violente, choquante, elle arrive sans prévenir. Le pilote nous montre des meurtres, un suicide, histoire de bien nous faire comprendre que tout peut arriver dans cette bourgade.

On avait déjà perdu nos repères avec ce réel déformé, nous voilà pieds et poings liés dans une aventure mystérieuse, passionnante… et touchante. Car nos personnages ne sont pas aussi froids que je le redoutais. On ressent ce qu’ils vivent. De la crise de larmes à la peur panique, tout est parfaitement orchestré.

A l’époque quand j’avais entendu parler du projet, je n’avais pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec Babylon Fields, le pilote d’une série morte-née avec Amber Tamblyn, en 2007. Le concept était le même, avec les morts qui reviennent brusquement vivre dans leurs familles. Sauf que le parti-pris était de montrer des morts-vivants, amochés… un côté gore assumé qui rajoutait au frisson et augmentait le décalage. (J’en recommande d’ailleurs fortement le visionnage, ça aurait pu donner un très bonne série). Les revenants, adaptation du film éponyme, a choisi d’opter pour la discrétion, mais le manque d’effets spéciaux n’est en aucun cas préjudiciable au récit, grâce à une mise en scène travaillée.

Les revenants, c’est un peu un rêve de seriephile. C’est comme si d’un coup, la fiction française avait tout compris. Alors certes, tout n’est pas sans défauts. Certains travellings sont exagérément longs, on sent une approche peut-être un peu trop décortiquée par moments, mais il est impossible de ne pas s’enthousiasmer.

2012. Il était temps.

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4 réflexions sur “Les revenants [Pilote]

  1. Je suis scotchée à mon écran à chaque épisode et, d’une semaine sur l’autre, c’est un vrai supplice d’attendre la suite. Plus que 2 épisodes ! Je ne sais pas si je dois me réjouir (de découvrir le dénouement) ou me lamenter (parce que c’est déjà la fin).

  2. « C’est comme si d’un coup, la fiction française avait tout compris. » Je trouve que ça résume assez bien! Tout comme « No limit », cette série donne enfin un intérêt aux séries françaises. Pourvu que ça dure!

    Je n’ai jamais vu le film, et j’ai été agréablement surprise par cette histoire, les personnages sont bons et le suspens tiens bien en haleine. (pourquoi? mais POURQUOI reviennent-il?) La situation était déjà bien compliquée avec le simple retour des morts-vivants, mais la présence en plus du serial-killer rajoute un plus non-négligable.

    Hate d’avoir la saison 2 ❤

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