[Pilote] The River

Le fantastique est-il mort à la télévision américaine ? Le genre est certes codifié, mais quand il passe à la télévision, il subit les affres du formatage, réduisant à néant toute crédibilité. A défaut de corriger ses lacunes, ABC pensait certainement avoir trouvé un moyen de faire du buzz. Et pour ça, ils ont pensé à Blair Witch. Filmée façon documentaire, avec des mouvements de caméra empêchant de voir quoi que ce soit dans le noir, et surtout, des cris de terreur, The River tente donc de nous faire peur avec l’histoire d’un groupe d’individus partis secourir des disparus dans l’Amazone. Est ce que ça fonctionne ?

Pas vraiment. Les mouvements de caméra ou le montage ne masquent pas la pauvreté de l’éclairage (la remarque vaut d’ailleurs pour American Horror Story, qui video-clippe et enchaîne les effets dans ses scènes). L’éclairage est pourtant le point essentiel dans une production de ce type. Rappelez-vous X-Files et ses jeux d’ombres. Faire peur ça demande de poser, de travailler une ambiance, et de jouer habilement avec l’effet de surprise et les codes narratifs propre au genre. The River l’oublie complètement. On se retrouve à suivre une aventure, avec une légère nausée due aux effets de caméra, effets que je considère comme complètement inutiles. A quoi bon, finalement ? Je n’ai pas arrêté de me poser cette question pendant ce double épisode pilote. A quoi bon vouloir imposer cette mise en scène, qui force le téléspectateur à voir des scènes de discussions inintéressantes en bariolé (issues d’un moniteur), une caméra qui tremble quand il s’agit de suivre des personnages, et des 360 degrés en permanence dès qu’il s’agit d’essayer de montrer un monstre ? On rétorquera que cet aspect documentaire joue avec le réalisme, et permet d’impliquer le téléspectateur. C’est faux. A de multiples reprises, le show n’arrive pas à suivre ses propres codes : combien y a-t-il de caméras, au fond, que le caméraman dispose en trois secondes dans les lieux où il se balade ? J’ai arrêté de compter. Et que penser du réalisateur qui se filme lui-même alors qu’il scrute les moniteurs ? Eh oui, on se rend bien vite compte que la caméra, elle doit être partout, à moins de changer complètement le point de vue de l’histoire. Et là, ça aurait été passionnant. Nous montrer le point de vue du caméraman, uniquement, qui nous raconte en voix off ce qu’il n’a pas pu filmer. Et faire travailler l’imagination, pas masquer des effets spéciaux ridicules.

Et pour faire parler l’imagination, il faut avoir des histoires de fantômes assez solides. Le cadre amazonien est une jolie idée. C’est une contrée mystérieuse, inexplorée, où se croisent histoire, légendes, monstres, le tout dans une ambiance « survival ». Sauf que…  on a même pas le temps d’avoir peur face à l’inconnu qu’on nous explique déjà son origine. Comme le procédé est réutilisé plusieurs fois, ces faiblesses scénaristiques sautent aux yeux : on a affaire à un simple « Monster of the week ». N’ayez pas peur, ces gars sont des encyclopédies vivantes capables de vous raconter en pleine nuit, et dans l’urgence de la situation, une légende de plusieurs siècles. C’est que voyez vous, quand on empêche de réfléchir sur le sujet, le mystère s’évapore, et la peur aussi.

Alors oui, la série use ces bonnes vieilles histoires fantastiques, fait couler le sang, déterre un cadavre, envoûte les poupées et une fille qui ne sait pas parler l’anglais. On nous propose même un fil rouge : retrouver les pères de notre couple en devenir. Ces deux hommes sont respectivement le caméraman et l’animateur d’un documentaire. Agrémentée d’un scène conspirationniste, c’est sur ce volet là que la série tient haleine. Que sont-ils devenus ? Comment les traquer et les retrouver ? De nombreux indices sont disséminés pendant ce voyage, certains suffisamment mystérieux (comme une cage brisée dans l’Amazone) d’autres sont des facilités scénaristiques un peu grossières (des messages du père via une centaine de cassettes vidéos – et même une communication spirituelle, ça ne dupera personne : le scénariste peut désormais rebondir devant n’importe quelle impasse : il suffira de les faire parler, voilà tout). Bref, j’aurai préféré une enquête posée, mystérieuse, au lieu d’une fausse real-tv, qui comme toutes les real tv, n’arrive pas à rendre ses personnages crédibles et humains.

C’est là finalement le gros point noir de la série. Passent encore des effets et des scénarios minimalistes, si je peux me raccrocher aux personnages. Mais The River n’arrive pas à  nous les faire aimer parce qu’ils sont incohérents. A se demander d’ailleurs si le scénariste s’est rendu compte de ses erreurs et  s’il tentait de les justifier. A un moment donné, le caméraman démontre tout l’illogisme de ces personnages, qui changent d’avis comme de chemise. Ils veulent fuir, mais ils vont vers le danger la seconde d’après. Le fiston ne veut pas retrouver son père ? Pas le temps de perdre en explications, il ira quand même. Bref, l’action supplante la réflexion. Les effets supplantent l’émotion. Ainsi la mère culpabilise envers son mari, le fiston comprend qu’il a été protégé par son père, mais tout cela ne se raccroche à rien, tant on sent que ces lignes ne servent que d’excuses pour anticiper l’action. Et on se contrefout du sort de nos personnages.

Le bilan paraît donc bien sombre, et seule la perspective de voir le fil rouge mieux argumenté, des indices, de la réflexion pourrait me faire revenir. En l’état, le pilote n’est que de l’esbroufe, un « no-brain » de plus. Par curiosité, et parce que j’aime le fantastique, je regarderai peut-être la suite.

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Une réflexion sur “[Pilote] The River

  1. Une fille qui ne sait pas parler anglais? C’est le monstre de la semaine, j’imagine, pour nos amis américains??? 😉

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