Wonderfalls

Ça faisait un petit moment que je voulais vous parler de Wonderfalls. Wonderfalls est une de mes séries préférés. A vrai dire, depuis que je sais que Caroline Dhavernas va reprendre du service sur ABC à la rentrée (Off The Map), je trépigne d’impatience.

Alors pour expliquer le pourquoi du comment, je me permets de reprendre une partie de mon article publié à l’époque où j’officiais sur EDUSA.

Retour en Mai 2004. Fin de l’expérience Wonderfalls sur la FOX. Déjà sous le charme de Dead Like Me, et pour certains d’entre nous sous celui de Joan of Arcadia, le coup de cœur était prévisible. Pensez donc, une série de Bryan Fuller, Todd Holland et Tim Minear en producteur avisé, avec dans le rôle principal une jeune femme sarcastique…. Tout cela renforce l’idée qu’un vent est en train de tourner…

Du Buffy-girl power pas encore épuisé naît l’idée de jeunes femmes qui non seulement s’affirment, mais qui portent aussi un regard désabusé sur la société actuelle. De l’héroine, on dérive vers une héroine qui ne supporte ni son statut ni sa vie. Alors, anti-héroine ? Depuis Dead Like Me, Wonderfalls, on voit apparaître des jeunes femmes en mal être. De ce que j’en ai vu, la toute récente Gravity s’en rapproche un peu, d’ailleurs.

Amusant de voir comment le concept de la série est né. Installés dans une cuisine, où trônent fièrement des objets en forme d’animaux,  Todd Holland et Bryan Fuller sont en plein brainstorming. Effectivement, ça serait marrant si ces objets se mettaient à parler… C’est d’autant plus marrant quand on pense à Jeanne d’Arc… et à un décor plus intéressant que la ville ou la plage (les chutes du Niagara, par exemple).
De là fusent les noms pour la série : the maid of the mist, animal cracker, the chachkey whisperer, normally insane, what ever happened to baby jane, voire même…. Joan of Niagara (Ca ne s’invente pas !). Et à force de se répéter que « something wonderfalls is happening », le titre est trouvé : ça sera Wonderfalls.

L’histoire ? Jaye Tyler, benjamine de la famille, 24 ans, vit dans un camping, et se retrouve vendeuse dans un magasin de souvenirs (Wonderfalls) situé au pied des chutes du Niagara. Bien que diplômée en philosophie, elle a pour supérieur hiérarchique « mouth-breather », lequel est bien plus jeune que lui, et surtout nettement moins diplomé. La vie serait-elle injuste avec elle ? Jaye n’a malheureusement pas d’ambitions.

She has really managed to create a stressless expectation free-zone for herself

Comme le soulignent ces phrases :

While their lives may appear aimless and desultory there’s nothing random about the choices the gen-Y non-winner makes. Everything they do is for a single purpose : to avoid engaging with the world around them. And subject is reluctant to make eye contact with children or the elderly.

What about friends ? You want to choose people who aren’t much more motivated than you are. But you don’t surround yourself with total narcissists. Otherwise things start to be about something other than you.

Jaye est le prototype de la fille intelligente qui sait ce qu’elle ne veut pas, et qui porte un regard différent de ses consoeurs. Son school-book le prouve : elle n’appartient à aucun club, ne fait aucun sport, et n’a reçu aucune récompense.

Mais le show n’est pas seulement articulé autour de Jaye. Elle a un frère plus âgé (Aaron) qui vit encore chez ses parents et qui étudie la religion, une grande sœur (Sharon) avocate dont elle découvrira l’homosexualité au cours de scènes désopilantes, un mère (Karen) imbue d’elle-même et un père médecin (Darrin) qui a du mal à communiquer.

i know where you’re careless, it’s not because you don ‘t care. Theses things happen with you.

Décidément, « Jaye » est bien le mouton noir de la famille, son prénom sonne d’ailleurs bien différemment de Darrin, Aaron, Sharon, Karen…
Tout bascule lorsqu’un lion en cire se met à lui parler, la tête déformée par la machine mold-a-rama. Dès lors, si elle suit les ordres des animaux en plastique, peluche, cire,… elle va transformer le destin des autres … et le sien. Car toute la série est centrée sur le destin. (Et moi j’adore les histoires de destin. Si vous me lisez depuis un petit moment, je pense que vous l’avez déjà compris !).

Dès l’introduction, où l’on nous conte l’une des 50 (fausses) légendes des chutes du Niagara. Les touristes apprennent ainsi que les indiens ont sacrifié la fille du chef afin de clamer la colère de leur dieu . En se jetant dans les chutes du Niagara, elle aurait donc prononcé ces mots :

I surrender to destiny .

Famous words. Dès lors, Jaye ne pourra qu’obéir aux ordres :

I’m done fighting. From now on, i’m fate’s bitch .

Enfin…Jaye n’est pas du genre à suivre aveuglément des ordres qui pourraient avoir des conséquences dramatiques. Le message qui lui est adressé est suffisamment énigmatique pour lui donner différentes interprétations : « give it back to her » , « mend what is broken », « let him go », et j’en passe…

La série va donc suivre cette « destiny puppet » dans une ambiance cynico-comique irrésistible.
Bien entendu, différents arcs se rajoutent à chaque épisode, comme par exemple la meilleure amie de Jaye (Mahandra), la quête de spiritualité de son frère, le lien fraternel et l’homosexualité de sa sœur Sharon, l’amour de ses parents, et… une histoire d’amour avec le tenancier du bar. Une histoire compliquée par son ex-femme, Heidi, interprétée par Jewel Staite (Firefly).

L’univers développé par la série a une cohésion d’ensemble, ce qui est fort appréciable. Le faux-flic qui s’occupe de la sécurité des magasins, le psychiatre qui vidéotape ses sessions, le livreur et son ex-femme, tous ces personnages semblent avoir leur vie dans leur série, et ne sont pas juste des faire-valoir d’un épisode.

Ceci sans parler des innombrables animaux parlants qui font partie du quotidien de Jaye : lions, oiseaux, porc, lapins, serpents, âne, flamants roses, pingouins, ours, buffles, … De quoi devenir cinglé quand ceux-ci se mettent à vous réveiller la nuit en chantant ! La série va d’ailleurs réfléchir sur le comportement de Jaye, au point que l’on peut se demander si « elle n’utilise pas les animaux pour éviter le risque d’interagir avec les humains » (Episode Safety Canary).

La série ne révèlera jamais « qui » parle à Jaye, ou « pourquoi » on lui parle. Des pistes sont lancées, une réponse -non satisfaisante mais pourtant très drôle- est donnée, et au final c’est bien mieux ainsi. Parce que la série n’est pas portée sur le mystère, mais sur ses personnages, terriblement attachants.

Et quel cast ! Peu de séries marchent instantanément, avec l’impression que tout est à sa place, et que le miracle est là. Cette série est un bijou de casting, et leur entente fait plaisir à entendre, notamment quand ils se mettent à chanter le générique (commentaires du dernier épisode de la série, sur DVD zone 1).

I wonder wonder wonder why the wonderfalls…


Caroline Dhavernas d’abord, dont le charme est irrésistible sur le petit écran que ce soit dans les scènes comiques ou les scènes shipper émouvantes. Mais aussi Katie Finneran, Tyron Leitso, Lee Pace, William Sadler, Diana Scarwid et Tracie Thoms (qualifiée de black Sandra Bullock par les créateurs de la série).

Lee Pace, vous l’avez revu dans l’autre série du génial Brian Fuller : Pushing Daisies. Une série aussi colorée, joyeusement décalée, bref, encore un autre OVNI télévisuel qui me manque beaucoup. Même si je l’avoue, j’ai une préférence pour Wonderfalls, dont les dialogues et le comique sont nettement plus travaillés.

Dans un épisode jubilatoire, on trouve même Sara Drew (future régulière dans la prochaine saison de Grey’s Anatomy), en clone de Jaye. Coincidence, Caroline va rejoindre le prochain show de Shonda Rhimes. Aurait-elle vu Wonderfalls récemment ?

Mais si Pushing Daisies a pu durer 2 saisons (22 épisodes au total), Wonderfalls n’aura pas bénéficié de ces mêmes faveurs (13 épisodes au total, mais seulement 4 diffusées !). Oui, je sais tout est relatif.

Wonderfalls est morte beaucoup trop tôt. On pourrait même parler d’assassinat. 4 diffusions dans le « slot-time de la mort » et la série s’arrête. Caroline Dhavernas ne viendra même pas au Late Late Show de Craig Kilborn, écœurée par l’annonce…
A quoi bon une promo pour une série que l’on vient d’enterrer ? La Fox aura tué dans l’œuf un potentiel hors du commun. Non, je ne rappellerai pas l’ignoble abandon de Firefly. Je ne vais pas transformer cet article en brûlot anti-FOX même si les doigts me démangent.
Vous me direz, 4 épisodes c’est vraiment chaud pour juger de la qualité d’une série. Sauf que 13 épisodes existent…et que la qualité est non seulement très bonne, mais en plus constante. On ne sait jamais comment va se terminer l’épisode. Les idées loufoques se succèdent, le rire et l’émotion est là, et on sort de la série avec une « pêche d’enfer » comme dirait le voisin.

On se console tant qu’on peut en sachant que les 13 épisodes forment un tout cohérent, et qu’aucun arc n’est réellement en suspend à la fin. A la différence de l’insoutenable dernier épisode d’Angela, 15 ans, par exemple.
Enfin, concernant la suite des aventures de Jaye, des pistes avaient été avancées : internement psychiatrique, grossesse non désirée, plein de choses auraient du arriver…

Car plus encore que les images, le talent des acteurs et la réalisation (qui permet à des scènes géniales de rester dans les mémoires), ce sont les dialogues qui font mouche et s’inscrivent d’ors et déjà dans le patrimoine des plus grands scripts tv.
Pour moi qui suis passionné de citations de séries tv, je ne résiste pas à l’envie d’en mettre quelques unes (Je vous préviens je suis gourmand). Après ça, nul besoin d’expliquer en quoi les dialogues sont cultes. Ca et le fait de savoir que supercalifragilisticexpialidocious compte 34 lettres…

Sweetie, when was the last time you had an orgasm ?


I’ve change religions, for god’sake ! I’m not going to heaven now !


Screw the chicken ! I’m gonna save that’s bitch marriage !


No. It’s not an issue. It’s a full subscription.


Jesus was nice to prostitutes.


You didn’t redecorate my room with zoo-theme wallpaper did you ?


I didn’t do anything wrong. I shouldn’t have to go to church.


– Stupid cow
– Selfish bitch


Meaninglessness in a universe that had no meaning, that I get. But meaninglessness in an universe that has meaning… What does it mean ?
– It doesn’t mean anything


And i’d rather be a nobody that’s a somebody than a somebody that’s nobody or something. Point is, you suck !


I’m trying to save him by avoiding him so I could be with him. But I can’t go near him or I’ll destroy him. So if I could just manage to stay away from him then maybe we could be together. Please don’t repeat that back to me.


I don’t wanna be chosen. For this instance, I’m anti-choice.


– Many of the great spiritual leaders didn’t even realize they had gift. Until they were called on to use them. St Paul was just a punk until he was blinded by the lights and Gandhi was just drunkin’ and whorin’ it up with his friends until he heard the cry of his people….
– And Neo was just a big geek until he swallowed that little red pill.

Avec des dialogues pareils, un cast parfait, un réalisation rythmée et une musique réussie, des scenarii vraiment originaux et un sens du comique qui frôle le génie, la série restera pour moi une des plus belles créations télévisuelles. Elle dispose en outre d’une sortie en DVD zone 1 (avec sous-titres anglais), je sais je l’ai déjà dit, mais ce serait un crime de passer à côté de ce chef d’œuvre. (D’ailleurs si des éditeurs français pouvaient se décider à la mettre en vente avec des sous-titres français histoire d’en faire profiter tout le monde, ça serait très sympa).
Hmmm… Culte ? Vous avez dit culte ?

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7 réflexions sur “Wonderfalls

  1. Bonjour,
    je me permets de t’écrire car rares sont les gens qui connaissent Wonderfalls (je parle de gens ne faisant pas partie de mon entourage a qui j’aurais pris la tête sans relâche avec les qualités incontestables de cette série!) du coup l’occasion étant trop belle, je me suis lancée!
    Wonderfalls est et reste ma série préférée. Je regarde énormément de séries télé et à ce jour je n’ai trouvé aucune série alliant autant de qualités (étant une fan absolue de Bryan Fuller, Pushing Daisies n’est pas loin, mais comme toi, je continue à préférer Wonderfalls). D’ailleurs lorsque j’ai appris que Caroline Dhavernas revenait à la télé, j’ai failli tomber à la renverse (pas tellement impressionnant compte tenu de ma petite taille mais on va dire que c’est l’image qui compte!). L’ayant tellement aimée dans Wonderfalls, je me suis fait pratiquement toute sa filmo pour essayer de retrouver un peu de Jaye quelque part mais en vain…

    Fichtre pour quelqu’un qui a hésité avant de laisser un commentaire, j’ai été plutôt bavarde! Désolée…

    Marina

  2. Bonjour Marina et merci pour ton commentaire. C’est vrai que peu de gens connaissent Wonderfalls.
    Je me retrouve dans ton propos, puisque moi aussi j’ai suivi la filmo de Caroline. Et euh…peu de films m’ont plu. Je dirai These Girls, avec Boreanaz ?
    Ne t’excuse pas pour la longueur de ton commentaire, il montre qu’il existe des fans de Caroline qui vont suivre Off The Map rien que pour elle (J’en fais probablement parti).

  3. Je ne connais Wonderfalls que de nom et de résumé de série. J’avais vu qu’il y avait eu une diffusion sur Serieclub à l’époque (ou Teva), et je n’y avais pas prété attention. C’est mon éternel défaut de penser que les séries qui passent à la télé sortent un jour zn dvd en zone 2. Je me suis fait avoir. Par contre j’ai adoré Dead Like Me, donc j’attends au tournant un enouvelle diffusion de Wonderfalls.
    Là, je pense que je ne la louperais pas.

  4. Série plutôt sympathique que j’ai découverte l’année dernière… Par contre, j’ai eu un peu de mal avec la fin de saison un peu parasitée par l’histoire d’amour. C’est visiblement récurrent aux séries qui ont des héroïnes qui conversent avec Dieu ou des animaux. Mis à part, ça reste une série à découvrir je pense (avec plein de têtes connues).

    • Oui, enfin des histoires d’amour il y en dans une écrasante majorité de séries 😉
      L’histoire d’amour dans Joan of arcadia était plutôt bien amenée je trouve (mis à part en saison 2).

  5. Non, mais je voulais surtout souligner que cette histoire d’amour était mal menée et qu’elle plombait l’intérêt de la série. Franchement, j’ai eu du mal avec cette partie là (comme j’ai eu du mal avec la direction prise par celle du Monde de Joan dans la saison 2… D’où le rapprochement entre les deux séries… Elles ont glissé sur la même peau de banane ! :D)

  6. Pingback: [Pilote US] Off The Map « Cinédramas

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