L’usure des séries américaines

On en est tous conscients, au fil des saisons, une écrasante majorité de séries finit par lasser. Cette usure est principalement due au système américain, qui par le jeu des renouvellements, oblige la série à … mourir à petit feu sans terminer son histoire une bonne fois pour toutes ( a contrario de la plupart des séries asiatiques) : afin d’éviter toute répétition, la série se doit d’évoluer, et ce faisant, risque de perdre les fans de la première heure. Dans le même temps, si la série n’évolue pas, elle suscite de moins en moins l’intérêt.

En matière d’évolution, c’est très souvent l’amour qui prime. Exemple : Une tension sexuelle entre deux protagonistes qui finit au bout de plusieurs saisons par donner une relation (Je ne citerai pas la série médicale en question, pour ne pas spoiler). C’est parfois aussi des changements de caractères ou de comportements (Barney dans How i met your mother). Autant d’éléments fortement déstabilisants…

Joss Whedon disait à ce propos qu’il faut toujours donner aux fans ce qu’ils ne veulent pas. En la matière, c’est la frustration qui pousse à regarder. Et il a raison. Quoi de plus ennuyeux qu’un couple amoureux et heureux ? Souvent la réalisation de ce couple fait perdre énormément au charisme et à la verve de chacun des protagonistes impliqués (on se souviendra de Niles/Daphne dans Frasier).

C’est également cette frustration qui pour moi est aussi à l’origine du succès de Lost. La série étant l’exemple même de la frustration poussé à son paroxysme lorsqu’elle s’est terminée cette année.

Pour autant, on a tous notre propre attachement à une série. Et on regarde tous une série pour des raisons différentes. Je prend un exemple, celui du classement des séries du blogtvnews, où figure House (saison 6) en 26/40è position. Les raisons de ce désamour pour une série toujours aussi bien écrite, et à la mécanique parfaitement huilée ? L’évolution de la série (en matière amoureuse) et la non-évolution de la série (en matière d’intrigues médicales). Le tout en reprochant au personnage de House de devenir trop gentil. Pour contenter les critiques, il aurait donc fallu que House ne devienne pas « gentil » (ce qui pour moi est une aberration, je n’ai pas regardé House pour me délecter de ses remarquess acerbes mais bien parce qu’il incarnait une certaine intelligence du diagnostic a contre-courant de l’éthique bien-pensante – ce qu’il est toujours), et puis il faudrait virer tout l’aspect médical (qui est la raison pour laquelle je regarde la série). En d’autres termes, ça serait supprimer tout ce qui fait la pensée, la réflexion, le background de la série. Il y en a qui n’ont pas vu le déplorable Lie to Me ou quoi ?

Tout ça pour dire que le sentiment de lassitude qui s’installe au fil des années est à analyser, puisqu’il dépend des raisons pour lesquelles vous regardez une série. Une série comique qui ne fait plus rire, ça pose problème (Je citerai pas de série, mais je pense que vous avez tous une idée). Mais ça sous-entend aussi que c’est la qualité d’écriture elle-même qui est en cause. Si j’ai pris l’exemple d’une série comique, c’est bien à cause de l’importance de ses dialogues. Il est très rare que le même pool de scénaristes arrive à maintenir une richesse créative pendant plus de 3 ans. Des idées neuves en matière de situations et de répliques sont nécessaires, et ça passe généralement par un renouvellement de ce pool. C’est ainsi que des séries comme Cheers ont pu rester à l’antenne pendant 11 ans.

Il arrive aussi que le téléspectateur se sente floué parce que le temps d’antenne de son héros n’est plus le même. C’est un fait largement répandu, pour arriver à raconter de nouvelles histoires, on développe le background des personnages gravitant autour du héros. Développer, c’est bien, mais recentrer complètement la série sur ces personnages, c’est souvent ressenti comme une trahison. De mon côté, j’ai pas de règles établies, ça dépend de la richesse originelle du cast mais ça dépend aussi du traitement. Terminator the sarah connor chronicles a, à cet égard, montré le pire (souvent) comme le meilleur (rarement).

Parfois un personnage supplémentaire absolument détestable est rajouté au cast d’une série, et pour mieux l’incorporer, on déforme un des personnages pré-existants (Logan, le dernier copain de Rory dans Gilmore Girls).

Je n’apprécie pas non plus quand le propos de la série se déforme au profit du spectaculaire. L’exemple-type étant ER. A ses débuts, elle montrait les difficultés réelles d’un service des urgences. Puis elle a migré vers du soap et du spectaculaire (on se souviendra longtemps des histoires d’hélicoptères et même de tank aux urgences (eh oui !)).Des histoires à rapprocher de ce fameux « jump the shark« , l’histoire ridicule de Fonzie (Happy Days) sautant en ski nautique par dessus un requin, le signe que la série vire au n’importe quoi et s’ essoufle sérieusement.

Pour ma part, l’usure se ressent surtout dans des séries non feuilletonnantes. J’ai lâché CSI au bout de 4 saisons, Without a Trace à la 3ème, Monk vers la 6ème je crois, etc… (on verra ce qu’il adviendra de The Mentalist). Pour arriver à se maintenir, plutôt que d’essayer de développer le background de personnages en une ligne de dialogue disséminée durant l’enquête, il aurait plutôt fallu développer le propos. Par exemple, c’est à mon sens ce que permet encore House : conduire une réflexion sur l’éthique ou sur un thème particulier.

Pour autant, si je critique l’usure des séries américaines, je suis quelqu’un qui persévère très fréquemment dans le visionnage d’une série qui ne suscite plus le même intérêt. J’ai cette obstination, et puis il faut dire que je n’aime pas trop lâcher les séries en cours de route. Mais mon temps de visionnage se réduisant, je suis amené à faire des choix, et ça dépend en grande partie de la qualité des nouvelles séries. A la prochaine saison, Fringe et How i met your mother sont sur un siège éjectable.

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6 réflexions sur “L’usure des séries américaines

  1. De mon côté, je ne me suis jamais lassée de « Without a Trace » pour la simple et bonne raison que je ne me suis jamais intéressée aux histoires personnelles. Je regardais uniquement pour les affaires sur lesquelles l’équipe enquêtait, et je n’ai pas particulièrement remarqué de baisse de qualité à ce niveau-là. Pour moi, « Without a Trace » est aux antipides de Bones pour ça : dans la premières, les intrigues prennent le pas sur les relations entre les personnages, pour la seconde c’est le contraire (la plupart du temps).

    Par contre s’il y a bien une série dont je me suis lassée à partir de la saison 3, c’est Desperate Housewives. J’adorais le côté décalé et non-conventionnel des personnages, et tout ce qu’ils se permettaient de faire tout en essayant de sauver les apparences. Aujourd’hui, c’est une série à la Santa Barbara. C’est long, c’est chiant et ce n’est même plus drôle…

  2. Je me sens mauvaise élève en termes de persistance. Avec moi, tout le monde ou presque est sur la sellette en permanence ! Heureusement que mon appréciation d’une série n’en conditionne pas la survie, sinon les auteurs, acteurs et techniciens seraient en sursis permanent.
    Mais globalement, ta réflexion me semble commune à beaucoup d’entre nous autres amateurs de dorama. Notre rapport à la durée change quand on s’habitue à un monde où toutes les séries sont écrites avec une fin précise à l’esprit, et que cette fin apparait à court ou moyen terme (ce n’est d’ailleurs pas propre aux dorama, beaucoup de telenovela sont dans le même esprit). Le problème, en fait, c’est qu’une série, pour bien faire, devrait sans doute tendre vers un but, mais quand on cherche le renouvellement à tout prix, au risque d’étirer les intrigues ou au contraire les saborder (selon leur popularité), on ne peut pas à la fois mendier un renouvellement et assurer sur un plan scénaristique à long terme. Peu de séries américaines brillent vraiment sur ce plan, les drames comme les comédies.
    En somme ça rejoint un peu le coup de cafard téléphagique de Livia ou certaines choses que j’ai pu écrire également, et je pense que c’est notre conception de la fiction qui varie un peu. La plupart des téléphages aiment les séries qui s’étendent. Cela dit, quand on lit les réactions, en général, on s’aperçoit qu’à partir de 4 ou 5 ans, une série lasse (j’ai l’impression que c’était moins rapide avant mais je me trompe peut-être ; dans tous les cas ça me semble varier de façon proportionnelle à l’espérance de vie moyenne d’une série). C’est le système entier qui apparait comme absurde quand on a pris l’habitude des séries asiatiques. Ironiquement, celles-ci tendent de plus en plus souvent à se renouveler. A croire qu’on s’en sortira jamais.

  3. @Sparadra : Ah bah si, pour FBI Portés Disparus, il y a eu assurément baisse de qualité même au niveau des intrigues policières (à partir de la quatrième saison)… Je me refais actuellement les premières et il y a une différence de traitement, avec des disparus qui sont creusés. Après, ils se sont aussi bien loupés sur les « fils rouges » certaines années (ainsi que le développement personnel).

    Sinon, il est vrai que ce risque d’usure est fréquent… Maintenant, ce que j’apprécie dans le système américain (et ce que je crois n’apprécierai pas spécialement chez les dramas -d’ailleurs, j’en ai deux dont je n’ai vu que les premières saisons alors qu’elles m’avaient beaucoup plu dans l’ensemble-), c’est vraiment le développement dans le temps. Je ne dis pas que toute série devrait durer 10 ans (c’est en général beaucoup trop), mais 5 saisons semble être un bon chiffre pour ne pas trop se détériorer tout en poussant la série plus loin que son concept de départ et en développant son univers, en pouvant jouer avec son passé…

    Enfin, ça, c’est de la théorie qui me semble presque plus valable pour les séries des années 90, début 2000, puisque j’ai un peu la sensation que les séries actuelles, depuis quelques années, donnent tout la première saison et ont du mal à se dépasser par la suite, là où des séries comme Buffy, X-Files, Xena (pour citer les exemples qui me parlent le plus) démarraient doucement, avec du potentiel, et explosaient en cours de route, après deux ou trois saisons et pouvant encore aller très fort par la suite (la meilleure de X-Files pour moi est par exemple la sixième, celle de Buffy la cinquième). Hors à l’heure actuelle, de tels cas ne me semblent inexistants chez nos amis américains (côté anglais, je citerais par contre Doctor Who qui s’en tire très bien). Peut-être que ça vient du fait qu’on laisse aussi moins de temps aux séries pour faire leur preuve… Je ne sais pas.
    Après, il faut juste savoir ne pas trop tirer sur la corde (par contre, parfois, la persistance a du bon, je préfère les dernières saisons de Smallville -8 et 9- aux premières ! :P)

  4. Intéressantes pistes de réflexion sur la téléphagie et le rapport au temps ! C’est assez paradoxal de soulever ce type de problématiques quand on pense que les sériephiles ont toujours avancé le « temps » comme élément permettant à une fiction de se bonifier, tranchant avec le format film… Pourtant, j’ai quand même l’impression que ça cogite pas mal dans ce sens, du moins chez certains.

    Je rejoins un peu le constat global de chacun, en ce qui concerne cette « usure » des séries américaines dans la durée. L’excès d’offres explique peut-être notre moindre patience ? La culture de l’instantané fait aussi que nombre de séries semblent actuellement miser tout sur une première saison, et dilueront ensuite leur concept pour l’exploiter jusqu’au bout si cela fonctionne. Peut-être est-on devenu plus exigent ; le comportement du téléphage a évolué les techniques. Je me souviens qu’il y a 10 ans, je ne jurais que par la fidélité à mes « longues » séries, je m’estimais satisfaite à partir de 6/7 saisons pleines, et en-dessous de 5 saisons, j’avais l’impression d’un côté incomplet.
    J’avoue rétrospectivement, je ne comprends même plus mes anciens goûts… Mais dans les années 90 on avait un autre rapport au petit écran, c’est peut-être une part d’expérience personnelle, mais aussi que notre relation à la télévision était fondée sur de toutes autres bases (technologiques) qu’actuellement…

    Tout cela pour souligner que je suis désormais très (trop) sensible au concept de l’usure ; « mauvaise élève en terme de persistance » comme dit Ladyteruki. D’ailleurs, ce traitement de la durée qui ne me semble plus maîtrisé explique en partie le fait que je déserte un peu plus chaque saison les séries américaines (surtout des grands networks, étant donné en plus la longueur de leur saison). Ce lancement de séries « dans le vide », sans savoir si elles survivront à leur première saison, à la première fournée d’épisodes commandés, me semble un défi à toute logique et ne me donne absolument pas envie de m’y investir !

    Vous évoquiez les séries asiatiques, et sur un schéma un peu similaire, je retrouve également en Angleterre des formats qui évitent cette « usure ». D’une part parce que les saisons y sont beaucoup plus brèves (la moyenne étant 6 épisodes ; pour arriver au chiffre US, il faut parfois 4 saisons ! forcément le rapport avec la lassitude y est tout autre), et puis, aussi, les mini-séries sont très nombreuses (et j’aime de plus en plus ce format, justement car on assiste à un tout, bouclé et que l’on sait où on va). C’est une autre façon de concevoir l’exploitation du temps.

    En fait, j’irais même plus loin dans mon diagnostic que le seul constat de lassitude qui intervient au bout de 3/4 saisons… Car, si ça m’est de plus en plus difficile d’assister à cette sorte de dilution des concepts (alors qu’il y a tant d’autres programmes à découvrir), désormais, j’ai l’impression que le mal est plus profond : même en amont, j’ai du mal à trouver la motivation de m’investir dans des séries dont j’ai l’impression de ne pas savoir où elles vont a priori ! Je redoute un peu la rentrée US pour cela ; ça va être un test grandeur nature de ce que j’ai pu percevoir à un niveau moindre avec les nouveautés de l’été.

  5. Merci à tous pour vos commentaires, qui se complètent les uns les autres.
    Je rejoins votre constat : l’intérêt des séries américaines s’amenuise de plus en plus sur le moyen terme. Le mieux qu’on puisse espérer, de nos jours, c’est 5 saisons. Et comme tu le dis Livia, on a de plus en plus l’impression de ne pas savoir où elles veulent en venir.
    C’est devenu un topic récurrent sur plein de forums, la baisse de créativité, la « fin de l’âge d’or ». On aura beau essayer de se dire que c’est peut-être aussi du à notre expérience grandissante en matière de séries, il y a en ce moment peu de concepts qui peuvent susciter la passion pour plusieurs années. (C’est d’ailleurs en ce sens que je dis que Lost va cruellement manquer à la télé américaine).
    D’ailleurs les récentes tentatives de faire du buzz autour des séries d’HBO ne me rassurent pas non plus (est ce qu’on est en train de substituer la créativité artistique par du buzz autour des têtes d’affiche, comme les majors du cinéma hollywoodien ?).
    Bref, beaucoup de choses à dire sur ce sujet.

  6. Pingback: [Classement de mes attentes pour la rentrée américaine] 2 – House saison 7 (FOX) « Cinédramas

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