Made In Jersey [Pilote]

CBS tente de nous vendre un nouveau legal-drama. Et parfois, le mieux est l’ennemi du bien. Peu perturbés par la jungle des séries judiciaires, les auteurs n’ont pas cherché loin leur concept (et si on faisait de notre héroïne une jeune avocate banlieusarde qui arrive à en boucher un coin à tous ces collets montés de New York ?), mais par contre ils l’ont exploités jusqu’à rendre caricaturale leur série.

L’accent du Jersey m’étant peu familier, je ne saurai dire si notre actrice britannique (Janet Montgomery) s’en sort bien, en revanche elle m’est apparue de suite antipathique. C’est ça aussi le problème des héroïnes écrites avec les pieds. On veut nous dépeindre cette avocate comme une professionnelle extrêmement douée, fière de ses origines banlieusardes, et on en a oublié d’en faire une personne humaine. Nous avons droit en lieu et place à une caricature grossière d’une revendicatrice. Notre héroïne discute avec les secrétaires, avec les barmaid, parce qu’on veut lui donner une dimension « proche du peuple », mais elle coupe la conversation dès qu’elle a obtenu ce qu’elle veut. On veut nous attendrir avec ses origines, avec une famille forcément nombreuse où ça parle, ça parle, et on arrive même à nous glisser une petite histoire de tatouage histoire de nous dire qu’elle est aussi de bon conseil avec sa nièce. Sauf qu’on la voit rarement complice avec quelqu’un, elle est quasiment toujours distante. Et c’est au boulot que cette figure inflexible et dénuée de toute émotion prend de l’ampleur. Avec son expérience des salons de beauté, elle casse une accusation de meurtre, ce qui lui permet de défendre une « innocente présumée meurtrière ».

Oui, vous avez bien lu. Pas une seule seconde notre avocate ne se pose la question, la seule question qui vaille : sa cliente est-elle innocente ? Elle est forcément innocente, voyons, parce que notre avocate est une héroïne redresseuse de torts qui a tout compris alors que ces crétins snobinards de New York ne savent pas encore reconnaître son immense talent. Nous assistons donc ébahis à une avalanche d’indices et de témoignages pour prouver cette innocence. Un tel rythme peut d’ailleurs prendre au dépourvu, on a parfois l’impression de lire à vitesse rapide un rapport d’expertise où le moindre mot aurait sa signification. Nous ne sommes pas dans The Good Wife où on arrive à nous présenter un cas de façon concise, mais dans un numéro de cirque où notre trapéziste bondit de liane en liane, découvrant la vérité sur chaque indice en un dizième de seconde (et en faisant bien sûr appel à son expérience irremplaçable de banlieusarde). On finit par complètement se désintéresser du cas, surtout que les auteurs ont complètement négligé la partie dramatique, pour n’en retenir, une fois encore, que le symbole. Et le marteler bien fort. Une bonne dose on vous dit ! Notre cliente a une mère mourante, une sœur encore mineure et un frère militaire mort en Afghanistan. Mais au fait la cliente en elle-même, que dégage-telle ? Le triste sentiment de remplir une liste de caractéristiques « indispensables ».

Il n’y a donc pas de place pour les personnages, pour les faire vivre. Le patron de la firme, Kyle Mc Lachlan, est plus effrayant que séduisant, plus perdu que compétent. Notre avocate Martina n’a aucune faiblesse, aucun défaut, elle est droite comme un I (y compris quand sa cliente la serre dans ses bras), elle n’est pas crédible quand elle est gaffeuse (bien que l’introduction fasse énormément penser à Fairly Legal) car le pilote est dénué d’humour. Et de l’humour, on en aurait bien voulu pour digérer tous ces clichés. (NDR : Après la rédaction de cet article j’ai eu le bonheur de tomber sur une critique dénonçant certains ressemblances avec The Nanny, et j’avoue que j’ai bien ri).

Bref, au lieu d’humaniser leur héroïne, au lieu de rendre leur personnage principal attachant, les auteurs ont créé une machine de guerre, un robot-avocat déguisé en humain. Je n’ai eu qu’une seule pensée après le visionnage : Vivement le retour de The Good Wife !

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