Rubicon saison 1

Rubicon vient d’achever sa première saison après 13 épisodes. Nouvelle série sur AMC, elle raconte l’histoire d’un jeune homme brillant, Will Travers (James Badge Dale), qui travaille à l’API, l’American Policy Institute, une société qui fournit en renseignements les autres corps des USA : FBI, CIA, etc… A la suite de la mort brutale de son mentor et beau-père, Will va comprendre peu à peu les dessous d’un vaste complot.

A la lecture du pitch, on pourrait s’étonner de voir une énième fiction conspirationniste. Mais le traitement est vraiment différent des habituelles séries de ce type. Déjà, oubliez les conspirations autour des petits hommes verts, Rubicon est bien ancré dans le réel, et s’appuie sur une vision très américaine du monde moderne. Il est évident qu’après nous avoir gavé de Roswell, les scénaristes devaient récupérer les tragiques évènements du 11 Septembre pour ressusciter la paranoïa.

Pour autant, Rubicon ne se fourvoie pas en revisitant l’évènement. Il s’en sert pour montrer comment l’intelligence américaine remonte les pistes du terrorisme international, et du terrorisme islamique en particulier. Concrètement, il n’y a donc pas de poursuites, pas de preuves irréfutables, juste des morceaux, des indices, des théories, des liens à faire entre une personne et une autre, des évènements, des lieux.

Il est particulièrement dangereux de vouloir parler du terrorisme islamique sans tomber dans le cliché et dans l’idéologie. La série marche sur un fil étroit. On voit comment les analystes doivent parfois faire un choix qui va déterminer la mort de plusieurs personnes. On voit comment cette profession peut ravager la santé mentale. Tout cela pour contrebalancer quelques mises en scènes un peu plus « faciles ». Si un épisode nous montre un peu de torture, elle n’est pas pratiquée par un américain. Quand un terroriste islamiste est en préparation d’un attentat, il est forcément en transe religieuse. Peu à peu on nous donne une vision d’une Amérique bien propre sur elle, malheureusement utilisée par des personnes qui ont des mauvaises intentions envers elle. Heureusement, la scène finale de la saison donne un tout autre regard, propre à faire vaciller ces convictions.

En dehors du champ politique et du contexte international, ce qui marque surtout la série c’est son habileté à disséminer non pas des indices pour reconstituer un puzzle, mais une ambiance paranoïaque extrêmement réussie.  Car finalement le cheminement des indices et des preuves n’est pas très tortueux contrairement à ce qu’on aurait voulu croire. A part 2 ou 3 rebondissements majeurs, ne vous attendez pas à sursauter en répétant la fameuse réplique de Bourrel (elle-même déformée par Gotlib) : « Bon sang mais c’est bien sûr ! ». Que nenni, le téléspectateur ne doit décoder que quelques images laissées à son appréciation. Le reste, on nous l’enrobe dans des discussions avec des personnages qui gravitent autour de Will comme l’énigmatique Kale Ingram ou le chef faussement patriarcal Truxton Spangler. J’en profite pour saluer les performances de ces acteurs.

Le rythme est donc volontairement lent, nous plongeant dans une certaine confusion et dans une demande haletante de pièces maitresses. C’est cette raréfaction qui procure autant de plaisir, sans jamais nous sentir trahi ni trop frustré. On se met à apprécier la réalisation : cette musique sourde lancinante, cette mise en scène sobre et contrastée utilisant à la fois les jeux d’ombres d’un appartement et la lumière des bureaux de l’API. Mieux encore, le générique de la série est parfait : on y voit la progression logique des premiers indices jusqu’au décodage du titre de la série, accompagnée par la même progression musicale, de sourde à légèrement orchestrale.

La série tente aussi de nous faire accrocher à différents personnages : de l’assistante amoureuse et effacée aux analystes obligés de sacrifier leurs vies familiales. Sur le long cours, ça marche mieux. J’avais beaucoup de réserves au début de la série, mais ils ont su proposer à chacun un parcours personnalisé, intéressant, et surtout, surtout, avec un peu plus d’émotion. Une émotion retenue, certes, mais une émotion quand même.

On regrettera quand même un final de saison en tous points haletant pour une conclusion pertinente mais décevante. Cependant, j’ai vraiment hâte de voir la suite, à ce jour pas encore certaine à cause d’audiences faiblardes. Le public américain n’est décidément pas habitué à patienter, et ne supporte plus aucune frustration (cf Lost). Pourtant, Rubicon, malgré quelques facilités, est bien une des perles actuelles à la télévision.

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3 réflexions sur “Rubicon saison 1

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