La sériephilie et la consommation télévisuelle de masse : quel avenir ?

Cela fait un petit moment que le « temps de cerveau disponible » est partagé entre Internet et la télévision. Le premier média a révolutionné notre manière de consommer… la télévision. En tant que seriephile, ce n’est pas une découverte. Blogs, forums, voire échanges sur des réseaux sociaux sont autant de moyens de se réunir autour des moments forts de nos fictions préférées. Internet est l’alliée incontournable des séries.

Les séries sont toujours le genre télévisuel favori, hors évènements sportifs. (Selon le Scripted Television Reports, des épisodes de CSI peuvent atteindre près de 74 millions de téléspectateurs au niveau mondial). Mais il y a beaucoup de variations selon les pays. Aux USA les meilleures audiences sont celles du Superbowl, la boxe est en train d’attirer du monde au Japon et aux Philippines. La Grande Bretagne fait ses meilleures audiences en real-tv, la Scandinavie préfère les retransmissions comme l’Eurovision. Les forts consommateurs de fictions sont … les pays asiatiques, le Mexique, ou l’Afrique du Sud. Voilà une raison de plus de vous intéresser à ces pays qui mettent la fiction en première place et snobent la real-tv.

Malgré la multiplication des chaînes, la télévision française n’est pas capable de diffuser des fictions de qualité. Entre les jeux télévisés, les talk-show, et maintenant les reality-show, le spectacle que donne notre télé fait peine à voir. Si en ce moment vous ne regardez pas « Qui veut épouser mon fils », vous êtes asocial. Si, si. Ce sujet de conversation revient inlassablement. Même chez des personnes insoupçonnables. C’est insidieusement mauvais, tout le monde le sait, mais tout le monde regarde.

Il y a encore quelques années le Couch Potato était la bête noire des nutritionnistes, l’abruti de service que l’on caricaturait joliment en le montrant avalant hamburger-frites-coca sur son canapé, et ricanant devant les sitcoms grossières aux rires pré-enregistrées.

Oui, la télé, c’est encore 1200 heures annuelles pour un enfant qui ne passe que 850 heures à l’école, et qui n’est éduqué en famille qu’à raison de 200 heures par an. La télé est devenue de plus en plus accessible. J’ai vécu l’arrivée de la télécommande, qui est peut-être la révolution culturelle la plus sous-estimée. C’est l’arrivée de la consommation de masse, des images chocs qui doivent convaincre en quelques secondes pour happer le téléspectateur et l’empêcher de zapper.  Et puis c’est la multiplication des télés, qui passent d’objets aux volumes encombrants aux tableaux que l’on accroche sur les murs de la maison. La télé rentre dans les foyers par le salon, bien sûr, mais aussi dans la chambre conjugale dans presque un foyer sur deux, et même dans la chambre des enfants dans un foyer sur 10.

Remarquez bien que l’accès à Internet est encore plus foudroyant. Il n’est pas rare de voir des parents l’installer dans la chambre d’un enfant de 8 ans. Heureusement, avec des logiciels de contrôle parentaux, mais quand même !

Pour ma part je n’ai eu accès à la télévision dans ma chambre qu’une fois mon BAC obtenu. Pour autant j’ai pu profiter des séries avant cette période, mais je n’ai réellement accroché, je crois, qu’une fois sorti de l’enfance.  Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu une orgie télévisuelle quand j’avais enfin la faculté de choisir quand et quoi regarder à la télévision. Pas de surconsommation de rattrapage, donc, mais une addiction lente et sereine aux séries.

Nos chères têtes blondes vont-elles devenir des couch potatoes devant une telle offre ? Pas si sûr. Déjà, il faut casser une idée reçue. Les plus forts consommateurs de télé sont … les plus de 50 ans. Ne vous étonnez donc pas de voir les genres policiers proliférer et le fantastique relégué dans la nuit (cf. la diffusion de Lost, ou plus récemment encore de V). Les produits télévisuels sont en majorité calibrés sur cette tranche d’âge. Et une « fracture numérique » s’opère dans les familles. C’est un fait mondial : les jeunes canadiens âgés de 20 à 24 ans passent presque autant d’heures devant leur PC que devant leur télé. (graphique ci-dessous : Pourcentage du total des heures hebdomadaires passées devant un écran à utiliser un ordinateur, par groupe d’âge, Canada, 2007).

Le jeune se réfugie sur Facebook, MSN pendant que papa regarde s’endort devant Mentalist. Dans le meilleur des cas, il entendra parler d’une série vraiment trop …*mettre le dernier terme djeun à la mode ici*, et se la procurera par des voies non officielles.

L’écran PC est-il en train de se substituer à l’écran télévisuel ? Est-ce une mauvaise chose ? Je l’ai déjà dit dans un précédent billet. Une telle offre entraîne fréquemment une surconsommation qui n’enrichit pas pour autant les échanges (Il suffit de voir les ravages de forums kikoolol où on regarde davantage une série pour suivre une mode). C’est une autre forme de zapping. On regarde, on jette. On re-télécharge. Je ne suis pas certain que la proportion de sériephiles va vraiment augmenter. En revanche plus de 40 % des enfants de 11 à 15 ans ont déjà vu un film X.

La concurrence est rude pour les sériephiles en herbe. Outre Facebook, les sms et la real-tv qui font pleurer les professeurs de l’Education Nationale, une autre activité est en train de s’imposer. L’activité physique devant son écran. Entre WiiFit calibré jeune maman qui veut récupérer son ventre après accouchement, les party game, jeux de sport familiaux, et Dance Central sur Kinect, le jeu vidéo est entrain de changer d’image, et le couch potato avec lui. Pourquoi pas, si ces nouveaux modes de jeu ne phagocytent pas le restant de la production videoludique.

Les amateurs de séries américaines sont particulièrement déçus cette année. Le fait est que la télévision américaine est en train de muter. Les networks subissent de plein fouet un vieillissement prononcé des téléspectateurs (de par la démographie, et de par la montée en puissance des autres médias qui attirent les jeunes). Ils ont du mal à engranger des revenus publicitaires suffisants sur des séries à public jeune, et essayent donc de les faire revenir en produisant de la real-tv. Il y a quelques années, tout le monde jurait que la solution passait par les chaînes du câble. Je n’y croyais pas beaucoup à cause des impératifs « adultes » qui occultaient toute la narration. Je n’y crois plus depuis que les pontes du cinéma ont investi le petit écran (c’est particulièrement flagrant cette année avec Boardwalk Empire et The Walking Dead). Mais ça, c’est un sujet à part entière.

Sériephiles déçus, ouvrez vos horizons ! Des centaines de fictions d’excellente qualité vous attendent… et elles ne sont pas américaines. Rejoignez le mouvement !

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3 réflexions sur “La sériephilie et la consommation télévisuelle de masse : quel avenir ?

  1. Oh non, je suis asocial ^_^.
    Je préfère regarder un Derrick que de regarder une seule seconde l’émission citée juste avant le terme qui me définit comme étant un rebelle ne regardant peut-être pas les mêmes débilités que certains.
    Ce qui me choque dans tout ça, c’est qu’il y a vingt ans, « Téléstar » portait bien son nom, car on avait le droit à Alain Delon en couv’. Aujourd’hui on ne peut même pas éviter ces bouches à merde sortis de nulle part, on nous les impose (c’est encore pire).
    Après, je ne suis pas de ceux qui vont regarder une série par le net. Déja j’ai un écran en 19 pouces, mais je n’aime pas. Et puis je ne suis pas un télécharge-man.
    Et maintenant je comprends pourquoi il y a de plus en plus de remakes, si ce n’est que les vieux de 50 ans qui regarent la télé, faut les réabonner aux années Carpentier. Preuve est qu’ils étaient je ne sais pas combien devant « Champs-Elysées ».

    Je suis d’accord avec toi, je te rejoins dans ta lutte, oublions l’Amérique, Venez tous en Allemagne (ah c’est pas là que tu voulais aller toi ^^)

  2. Depuis que j’ai découvert les dramas je me suis peu à peu « éloignée » des séries que j’avais l’habitude de regarder.
    Je suis encore Cold Case uniquement et je suis tellement contente de voir les rediff. de Parents à tout prix sur France 4 après une dure journée de travail^^ (même pas de coffrets dispo en France, la honte!). Mais sinon, les autres je ne les suis plus régulièrement.
    Enfin, France 2 diffuse bientôt la saison 6 de The Closer (j’adore^^)….

    Je trouve qu’il y a moins de séries intéressantes diffusées à la tv depuis environ 1 an. Arte en propose de temps en temps…

    C’est vrai qu’Internet de nos jours est bien pratique pour faire de nouvelles découvertes de séries tv en dehors des plus connues…. en tout cas, c’est sur les blogs que j’en ai découvert le plus.

    Intéressant, je ne savais pas tout ceci !

  3. Etre sériphile de nos jours c’est tout de même moins péjoratif qu’il y a qq années !

    Chaque sériphile a sa propre manière de découvrir les séries et même l’univers qui va avec !

    J’ai découvert très récemment les doramas et je ne regrette pas mon incursion dans ce monde !

    Très bon article au fait 😉

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