[Pilote – Corée] Padam Padam

Diffusée depuis début Décembre sur la toute nouvelle chaîne JTBC, Padam Padam (encore intitulée Padam Padam The sound of his and her heartbeats) est un drama coréen qui a su me délivrer une solide impression durant deux premiers épisodes.

Et il fallait bien marquer les esprits, pour cette histoire qui sur le papier mêle drame et histoire fantastique. Je me plains souvent de l’inspiration cinéphile dans les séries du câble américain, une tendance qui mal utilisée, permet d’oublier l’histoire au profit de la mise en scène. Mais au fond de moi, je désirai retrouver la sensibilité du cinéma coréen sur le petit écran. Avec un peu de chance, Padam Padam pourrait répondre à ce souhait.

Je n’ai en effet pas pu m’empêcher de penser à différents films coréens évoquant la prison ou la réhabilitation, comme You’re my Sunshine ou Happiness. Tous comme ces fictions, Padam Padam ne nous présente pas un héros dur mais sympathique, il nous présente un personnage principal en pleine déroute. Le ton est âpre. On ne peut se prendre d’affection pour un être violent, un criminel condamné pour un meurtre aux circonstances troubles. Yang Kang Chil (Jung Woo Sung) est impulsif, un peu simplet, c’est un homme qui n’a pas évolué en prison. Alors qu’il a bientôt fini de purger sa peine, en compagnie d’un autre détenu un peu trop attaché à ses basques (Lee Gook Soo, Kim Bum), il bénéficie d’une journée en liberté surveillée. Pensant profiter un peu, il va au contraire croiser plusieurs fois une vétérinaire endurcie elle aussi par la vie (elle a des relations compliquées avec son père).

On peut penser que ces rencontres ne sont pas le fruit du hasard, mais un signe d’une intervention divine (même si rien ne nous est démontré dans ce sens, et tant mieux finalement). L’histoire va prendre un aspect fantastique un peu plus mystérieux.

Après avoir été renversé, notre héros revient en prison, mais il répond aux provocations d’un autre détenu, ce qui lui vaut de tuer, en pleine rage, un gardien qui tentait de les séparer. Le verdict est sans appel : il est condamné à mort.

Petit interlude sur la peine de mort en Corée du Sud. La fiction délaisse quelque peu la réalité, puisque le pays n’a plus tué de condamnés à mort depuis 1998, sauf erreur de ma part. Et les condamnations à mort sont généralement réservées aux responsables d’attentats, aux terroristes, ou aux traitres nord-coréens.

Sans regret, notre héros accepte sa sentence. Il veut mourir (en raison d’un mystérieux passé). Et il est pendu rapidement, sans aucun mot. C’est là que l’élément fantastique intervient. Il se retrouve projeté dans le passé à de multiples endroits de sa vie : à son accident lors de sa libération surveillée, puis quelques minutes avant de commettre l’irréparable.

Il a bien sa trace autour du cou, et il se demande si son copain détenu, qui prétend être un ange en chair et en os, n’est pas lié à tout ça. La série n’utilise pas trop de clinquant, et reste sobre, avec quelques clins d’œil pour nous éclairer : un tee shirt avec des ailes dans le dos, des nuages qui font penser à des ailes d’anges, une pierre sculptée en ange… C’est plutôt bien vu, on est pas dans une rom-com, mais dans un drame humain avant tout.

C’est donc l’histoire d’une réhabilitation. Kang Chil va devoir maîtriser la bête qui est en lui, pour changer son destin. Mais rien ne semble bouger pour autant. Il reste l’homme qu’il a été. Et son « ange » le lui dit : il bénéficiera encore de deux miracles, à lui d’évoluer en homme respectable.

Mais ce n’est pas facile. Il suffit de mentionner son passé de prisonnier pour que cette vétérinaire prenne peur. Accepter le regard des gens n’est déjà pas facile, surtout quand on a une vision particulière de la vie. Alors, pas évident de se voir refouler quand on est maladroit.

On sent que le parcours sera long, et s’il ne fait nul doute que notre héros y trouvera l’amour, j’ai vraiment été conquis par cette approche désespérée, qui prend le temps d’explorer les failles de son personnage principal. Un ton qui n’est ni tragique, ni faussement mélancolique. il n’y a pas de personnage larmoyant, juste des hommes et des femmes qui font face, qui agissent comme ils peuvent, car ils ont été conditionnés pour ça.

De nombreux mystères et d’autres enjeux sont là : le meurtre qu’il n’aurait pas commis, et qui aurait été perpétré par un procureur sans scrupules. Ce même procureur qui, après avoir empêché sa libération en organisant une bagarre, finit par le laisser sortir. La série pose la question ouvertement : pourquoi une telle décision, alors qu’il avait toutes les cartes en main pour continuer à le laisser rôtir en prison ? Le passé de notre héros resurgit également : il aurait un fils né d’une aventure d’un soir ? Quant à notre héroïne, elle semble ne pas récupérer la perte d’êtres chers et n’arrive pas à pardonner la violence de son père. Un indice peut-être, pour nous montrer que la série n’hésite pas à faire vivre des moments durs, réels, intenses, en essayant de respecter le téléspectateur (pas de larmes, mais des scènes qui sonnent vrai) et de titiller sa curiosité.

C’est une démarche qui me plait beaucoup. Grâce à d’excellents acteurs (Jung Woo Sung, Athena, a Moment to remember) et Han Ji Min, Capital Scandal, Resurrection), les scènes sonnent justes, maîtrisées, équilibrées. Et la coupe de cheveux de Jung Woo Sung ne change rien à son charisme, ouf ! Il y a un impact émotionnel très fort tout en laissant venir le téléspectateur. On ne lui force pas la main, on le laisse juger en s’imprégnant de l’homme. Ça faisait un moment que je n’avais pas ressenti ça devant un drama coréen, et ça me manquait. J’ignore si les promesses seront tenues, mais je croise les doigts pour que cette subtilité perdure. La musique orchestrale n’est ni invasive ni décevante, et on remarque à peine l’absence de chansons pour le moment. La réalisation est très efficace, prend son temps pour quelques vues et le découpage est suffisamment rythmé pour être happé par l’histoire.

Un gros coup de cœur, donc, pour une fiction plus mature, avec une solide ambiance, une prestation impeccable, des personnages profonds et intéressants, et beaucoup d’éléments mystérieux qu’ils soient réels ou fantastiques.

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2 réflexions sur “[Pilote – Corée] Padam Padam

  1. Merci beaucoup pour cette critique qui éveille la curiosité ! A la seule lecture du synopsis, je ne savais trop que penser de ce drama ; mais les différents thèmes et l’approche choisie semblent avoir du potentiel et être intéressants, et puis je fais aussi pleinement confiance à ton jugement ! 🙂
    Je n’ai pas encore commencé de drama récent en 2012, je le rajoute sur la liste aux côtés de Fermentation family que j’ai aussi envie de découvrir !

  2. Super article. Pareil, je n’osais pas me lancer, là tu m’as complètement convaincue. En plus, tes avis collent généralement au mien, alors pour le coup… Merci !

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