Réussir l’introduction d’une série

C’est en visionnant le pilote de Covert Affairs, ultra-classique (pour ne pas dire réchauffé), que je me suis demandé comment réussir à garder le téléspectateur à la zapette facile. Je ne suis pas scénariste, donc ma réflexion sera minime (en plus il fait chaud), mais pour moi le b. a. ba, c’est d’arriver à :

Surprendre. Quand je liste les pilotes de ces dernières saisons, peu s’en sortent finalement. J’ai toujours en tête l’excellente introduction de Buffy the Vampire Slayer, qui renverse les codes (le vampire est la petite fille apeurée par les bruits). Je pourrai aussi citer Chuck, qui multiplie les rebondissements sur ses personnages (qui est « gentil ? »).  Surprendre, ça veut aussi dire ne pas savoir où l’histoire veut aller et comment elle va être traitée : j’apprécie particulièrement les changements de ton. De l’humour bien placé peut par exemple complètement renverser l’appréciation sur la série.

Rendre les personnages intéressants. Ca ne veut pas pour autant dire avoir des personnages profonds. Par exemple, il existe de très bonnes séries qui commencent par des méchants d’abord unidimensionnels, mais il faut que le traitement leur assure du charisme, une prestance. Encore une fois, présenter les personnages n’est pas chose aisée, surtout quand le nombre de personnages dans une série tend à augmenter (Pour moi Firefly ou Parenthood ont eu des débuts difficiles à cause de ça, un second visionnage s’est avéré nécessaire).

– Concomittamment, c’est rendre les personnages attachants (sans doute la partie la plus difficile car on parle de série, pas de film). En effet, il est très rare d’avoir des « coups de foudre » en matière de personnages de série. C’est son évolution qui est importante. Par exemple, un des défauts récurrents à la télévision américaine, je trouve, c’est de présenter des personnages de façon très basique, et les faire évoluer très rapidement. Certes,avec du rythme c’est bien plus facile de captiver le téléspectateur , mais je trouve qu’on perd énormément au niveau des personnages, et donc sur le bilan final du pilote. Quoi de pire qu’un pilote à 200 à l’heure où on finit par se désintéresser du sort des personnages ? On a pas le temps de s’attacher à eux, que déjà ils disparaissent. En d’autres termes, j’aime quand on passe du temps à caractériser les personnages, à les rendre humains. C’est quand ils sont humains qu’ils sont attachants (ne vous étonnez donc pas de mon addiction pour les dramas asiatiques). Il faut aussi qu’on arrive à s’identifier, qu’elle renvoie globalement à notre existence ou à ce qui fait de nous des êtres de chair et de sang. Une série n’est pas un film, il y a un rapport beaucoup plus étroit avec le petit écran qu’avec le cinéma.

Appâter le client en lui donnant envie de voir la suite. Bon la technique de base c’est évidemment le cliffhanger, ou la révélation. Mais là se pose un gros problème, quand la révélation est prévisible depuis les premières minutes, c’est pour moi une énorme déception. Et je préfère encore un pilote sans révélation, qu’un pilote avec une fausse révélation (« parce qu’il en faut une »). Donner envie de voir la suite, ça ne se joue pas forcément dans les dernières minutes. Si l’univers présenté est attrayant, c’est déjà bien suffisant, pas besoin de le ruiner avec une dernière scène grotesque.

C’est pour ça qu’il y a des séries qui se vendent dès leur pilote, et d’autres qui mettent du temps, trop de temps. Pour autant, la recette magique, je crois, n’existe pas, et si je suis de moins en moins convaincu par les pilotes, c’est aussi à cause d’un formatage proprement hollywoodien qui a envahi les networks. On dirait qu’il n’y a plus que le rythme qui compte. Peu importe la pertinence des rebondissements, ou le moment de placer la bonne note (d’humour ou de tristesse), on dirait qu’il faut séquencer le pilote comme un film hollywoodien avec ses rebondissements de blockbuster toutes les 7 minutes.

Sans lancer de polémique, car je ne sais pas au final ce qui se passe dans ces boîtes noires de networks, cette tendance aux productions formatées  est pour moi ce qui fait le plus mal à la télé actuellement. L’exemple parfait est sous nos yeux : alors que je citais Joss Whedon au début de mon article, que penser de ses pilotes suivants qui ont été ré-écrits sous la « pression » (Firefly, Dollhouse) ?

Vous allez bien sûr me dire qu’il faut arrêter de regarder les networks, et passer sur HBO et consorts. D’accord, mais on peut pas nier non plus que les séries du câble se vendent sur des critères bien définis également (Sexe, drogue, insultes et familles dysfonctionnelles). Personnellement c’est pas parce qu’un pilote d’HBO remplit bien ces critères que je vais me mettre à l’apprécier. Et pour le coup, il y a là aussi de sérieux manques de rythme. Je peux le dire ici sans ombrage, j’ai détesté le pilote de True Blood. Alan Ball avait fait bien mieux avec celui de Six Feet Under.

Formatage, vous avez dit formatage ? Trop de formatage tue le pilote. Ce qui encore une fois ne veut pas dire que la série entière suivra ce chemin, mais c’est parfois pas un bon signe…

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2 réflexions sur “Réussir l’introduction d’une série

  1. Comme tu le conclus « trop de formatage peut tuer le pilote ». J’ai souvent beaucoup de mal avec un pilote où j’ai l’impression de pouvoir identifier un à un les « must do » du cahier des charges imposé au scénariste.

    Après, outre les divers critères que tu énonces, je suis aussi sensible à la manière dont ces ingrédients sont utilisés, et à quel point les scénaristes assument leurs choix. Un pilote très calibré, peu original, mais qui s’assume dans un créneau de divertissement où il n’en fait pas trop et n’est jamais pompeux… cela passera souvent bien mieux qu’un pilote prétentieux, à l’ambition disproportionnée qui n’est pas suivi par la qualité, et qui multiplie les effets de style peut-être potentiellement intéressant dans l’absolu, mais qui finissent pas paraître trop « over the top » (cf cette saison, ex. de Flashforward).
    En somme, je suis aussi sensible au standard affiché par la série, et à la catégorie à laquelle elle se rattache. C’est pourquoi un pilote comme Covert Affairs, joyeusement divertissant en dépit de sa prévisibilité, mais pas prétentieux pour un sou, pourra me convaincre de rester. Tandis qu’à qualité objective égale, un pilote pompeux aura tendance à m’agacer et à ne pas me convaincre de continuer !
    C’est du ressenti très subjectif, j’en suis consciente, mais l’affectif joue aussi à ce niveau, au-delà de l’affinité avec les personnages…

    Cependant, à mes yeux, le côté extrêmement formaté est un problème qui dépasse largement le pilote ; c’est plus un défaut récurrent de nombre de productions sur le long terme, quand on regarde nombre de séries actuellement, il y a de quoi s’arracher les cheveux parfois…!
    Et même, j’irais jusqu’à dire, qu’à la limite, je veux bien admettre un pilote plus classique, histoire de ne pas décontenancer immédiatement le téléspectateur (d’autant que, souvent, le pilote est un premier jet qui ne reflète pas forcément l’évolution ultérieure de la série), si, derrière, la série sait s’affirmer et grandir sur la base du potentiel entre-aperçu. C’est ce que savait faire il y a une décennie les séries US. Maintenant, l’instantané est devenu roi et tout se travaille dans l’immédiateté, peu importe la pérennité sur le long terme.

    Quant au câble, si mes goûts téléphagiques me font souvent pencher pour lui, comme tu le dis, l’industrie télévisée y garde les mêmes réflexes « cahier des charges ». Le formatage existe également sur le câble, surtout quand les chaînes produisent industriellement certaines fictions sensées s’intégrer dans leur pseudo ligne éditoriale. L’exemple caricatural, c’est une série comme Californication : de la provocation gratuite à perte de vue, un scénario pseudo hors des clous de l’épaisseur qui confine au néant, et l’impression désagréable de « trash pour du trash » pour permettre à Showtime de justifier une réputation de pseudo chaine « libre et rebelle » qui apparaît vide de sens avant même la moitié du pilote de Californication !

    En résumé, pour un pilote, tous les critères que tu évoques me semblent très justes, mais peut-être pas cumulatifs. Un pilote piquant et intrigant me suffira même si les personnages me laissent de glace au départ (les séries très riches en terme de personnages auront tendance à engendrer ce phénomène, comme tu le dis ; ex. Treme). Sinon un pilote qui saura miser pleinement sur l’affectif c’est d’être en mesure de pouvoir m’attacher aux personnages et/ou à l’ambiance qui en émane, même s’il n’a rien de bien original, pourra également fonctionner. 🙂

    Trop de formatage tue la production télévisée dans son ensemble, les pilotes ne sont qu’une partie émergée de l’iceberg 😉

  2. Tu as tout à fait raison, le formatage s’étend au-delà du pilote. Mais je trouve que c’est encore plus criant pour le pilote, où il faut absolument convaincre le téléspectateur (c’est un one-shot, il en va du futur de la série) et donc on assiste parfois à un cahier des charges si appliqué que l’épisode perd toute saveur. Les épisodes suivants permettent de corriger le tir, et suivant le type de série, des fantaisies seront même possibles (épisodes musicaux, parodiques, etc…).
    Et bien sûr, rares sont les pilotes qui arrivent à cumuler tous les critères de façon harmonieuse. Heureusement, comme tu le dis on arrive parfois à apprécier le pilote sans que tout soit harmonieux.
    Il y aussi des critères encore plus subjectifs, comme notre sensibilité particulière aux thèmes de la série, aux vécus des personnages, à leurs comportements, à leur socialisation, etc…
    Merci beaucoup pour ton commentaire. Comme toujours c’est un régal de te lire ici ou chez toi 😉

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