Elementary [Pilote]

Lorsque le projet d’une série américaine sur Sherlock Holmes a commencé à circuler sur la toile, les réactions étaient quasiment toutes négatives, et on ne voyait pas trop pourquoi CBS cherchait à reprendre le sujet, surtout avec Watson en femme. Forcément, pensait-on, ce « truc » ne pouvait égaler la série actuelle diffusée sur BBC.

Après la vision du pilote, je me dis que la chaîne avait peut-être raison d’insister. Les adaptations de Sherlock Holmes sont nombreuses, alors il va falloir regarder ça sans trop de préjugés. Pas facile, mais cela améliore grandement le divertissement. Et avec le recul, on s’aperçoit que beaucoup d’écueils ont été évités.

Le premier c’est le personnage de Sherlock Holmes lui-même. Dans la jungle des enquêteurs doués de capacités extraordinaires, il fallait montrer que notre consultant détective était certes brillant, mais suffisamment intéressant pour avoir envie de revenir la prochaine semaine. Ainsi Sherlock Holmes ne provoque pas seulement l’admiration pour ses capacités cognitives, mais une saine curiosité concernant son état mental. Cela reste léger, et jamais on ne croit que notre détective est encore sous l’emprise de la drogue (il est sorti de désintox au début de l’épisode), mais c’est le propre du génie de dépasser les conventions sociales. Du reste, on se demande bien pourquoi Sherlock est tombé dans le piège de la drogue à Londres. Et rien n’est plus intéressant que de percevoir des fêlures dans un personnage mystérieux et secret.

L’épisode joue plutôt bien cette partition, entre légère répulsion et inquiétude. Ce héros est tout sauf lisse, et il n’est pas là pour séduire. C’est à nous de le comprendre. Cet aspect asexué (ou réduisant le sexe à un simple défouloir) nous est dévoilé d’emblée. Non, Joan Watson (Lucy Liu) n’est pas destinée à être l’amante de Sherlock. Ouf, deuxième écueil évité.

Sherlock est passionné par son boulot, mais il est aussi constamment en train de réfléchir à un sujet. Que ce soit les soaps ou l’organisation sociale des abeilles, il s’investit sans peur du ridicule. La question est de savoir si Sherlock aime montrer sa supériorité, et s’il a vraiment besoin d’une addict-sitter comme Joan Watson. Sa relation avec le monde extérieur n’est pas aussi problématique qu’on aurait pu le penser, il ne déclenche pas autant de foudres qu’on ne l’aurait cru. Par rapport à Mentalist, par exemple, où il y a un vrai gimmick pour rendre la situation comique, Elementary n’appuie pas sur l’humour. Oui, Sherlock en adoptant un ton direct dans sa recherche de la vérité, oublie la sensibilité des gens qu’il côtoie, mais il ne nargue personne et ne traite pas les autres d’idiots, il est même capable de faire amende honorable.

C’est là que Watson a son rôle, car elle est capable de continuer le travail entrepris par Holmes. Elle n’a pas un simple rôle d’observateur, elle fait partie de la réussite du pilote. On savait Lucy Liu douée pour jouer les femmes déterminées, qui ne se démontent pas pour rien, et on sent tout de suite que cette femme et cet homme sont complémentaires, non seulement pour l’efficacité de l’enquête mais aussi, et surtout, du point de vue du caractère. C’est l’énorme avantage de la série américaine. Du reste, son passé démontre également des souffrances (elle a quitté son poste de chirurgien suite à une erreur médicale), et cela rajoute à la dimension dramatique de la série.

Au final on sent une approche maîtrisée, subtile, plus nuancée par rapport aux habituels cop show. Il y a un bon travail sur l’image, et les acteurs font merveille. Lucy Liu en tête, mais ô surprise, Johnny Lee Miller a su tirer son épingle du jeu pour faire un Sherlock Holmes plus humain, moins repoussant que Cumberbatch par exemple. L’acteur d’Elementary joue un handicapé social plutôt qu’un asocial. L’intrigue policière est bien vue, possède suffisamment de rebondissements pour se laisser happer, mais le raisonnement reste à un niveau plus lent, plus sage, plus calme. Ici pas d’ivresse, ni de frénésie jubilatoire, mais la sensation d’un puzzle parfaitement reconstitué. Il était temps qu’on retrouve une vraie série d’enquête à la télévision américaine. Dans Elementary, il n’y a pas de manipulation ni d’indices trouvés miraculeusement, mais un long et satisfaisant travail de déduction.

Avec toutes ses qualités, Elementary fait donc figure de première bonne surprise de cette rentrée. Évidemment, comme toute série policière l’usure dépendra du maintien ou non de cette qualité des intrigues, mais j’ai vraiment envie de lui donner sa chance. Que les fans de Moffat se rassurent, cela ne m’empêchera de dévorer avec assiduité la troisième saison de la série britannique.

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4 réflexions sur “Elementary [Pilote]

    • Tout dépend de l’allergie qu’on peut avoir avec les séries policières. Elementary a un pilote vraiment efficace avec un duo bien équilibré et une énigme policière suffisamment travaillée pour qu’on croit aux capacités hors norme de déduction de notre cher Sherlock.
      Merci pour tes récents commentaires, à bientôt ici ou sur ton blog !

  1. Pingback: Elementary, Pilot - Chez Mat

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