Festival de la Fiction TV La Rochelle : une journée coréenne fructueuse

Le Festival de la Fiction TV La Rochelle 2017 ferme ses portes. L’heure de faire un petit bilan de cette fameuse journée spéciale Corée du Sud dont je vous parlais ici.

Premièrement, il convient de saluer l’initiative du Festival, autant pour cette forme de reconnaissance de la qualité des dramas, que pour l’évènement en lui-même. On espère donc que cela donnera des idées à d’autres (SeriesMania Lille ?) et surtout que La Rochelle ne s’arrête pas en si bon chemin.

Projection des dramas

Les 3 dramas projetés (W et Signal le matin et The Package l’après-midi) ont fait salle comble, j’ai même du m’asseoir par terre pendant le visionnage du premier épisode de Signal (1h30). L’accueil du public fut très positif, il était certes plutôt jeune, mais il était aussi constitué de nombreux professionnels qui découvraient stupéfaits la narration made in Korea.

W

Je pense notamment à W, dont le second épisode fut diffusé. Un choix plutôt malin étant donné que le drama appuie un peu trop sur la dramaturgie dans le premier épisode (avec le massacre de la famille du héros) et qu’il ne développe pas vraiment ses points forts d’emblée. On m’ a plusieurs fois posé la question : « comment peut-on voir la suite ? », c’est dire si les twists, l’humour, et la thématique fantastique a fonctionné sur le public français.

Signal

Signal a également captivé son auditoire, comme attendu, et le réalisateur Kim Won Seok, après avoir essayé de parler quelques mots en Français, a répondu à quelques questions concernant les crimes abordés dans la série, ayant tous existé. Les choix musicaux, des classiques coréens, ont également été expliqués. Chaque épisode a été tourné en 6 jours, ce qui pour les coréens est une bonne moyenne, mais reste époustouflant vu les qualités visuelles et narratives du drama. On a aussi vu que la photo de Batman a été censurée pour des raisons de droits d’auteurs, alors qu’en Corée il n’y avait pas eu de problème. Le public est resté happé pendant toute la projection, et vu les commentaires lors du débat, peut-être que nos invités coréens espéraient un peu plus de sursaut du public, par rapport à The Package qui a fait hurler de rire toute la salle, mais c’est le genre qui veut ça.

the package drama

Car oui, si W et Signal étaient des valeurs sûres, personne ne savait ce qu’allait donner The Package, diffusé à La Rochelle en avant-première. Le public était assez jeune et visiblement déjà bien accro aux dramas, réagissant parfaitement à ses codes et à ses nombreux clins d’œil. On pouvait être raisonnablement inquiet sur la façon dont le drama pouvait énoncer des clichés sur la France et les français, mais l’épisode s’en sort vraiment très bien : les décors servent l’histoire et les personnages. Et les français ne sont pas trop caricaturaux (ouf !) le douanier a du mal à comprendre notre héros mais n’a pas une image de vilain pour autant, la colocataire française ne sait pas parler coréen et cherche des insultes dans « le coréen pour les nuls », …  La plus grande surprise fut la façon dont Jung Yong Hwa cassait son image, en se faisant passer pour un pervers, un obsédé sexuel au comportement étrange. L’épisode offre même des plans à n’en plus finir sur l’anatomie de ce dernier, qui enlève hors champ la serviette autour de sa taille (on a entendu les soupirs des demoiselles dans la salle !). Bref, ce fut drôle, plutôt osé (nos personnages finissent dans un sex shop avec des objets censurés dans la main, quand même !) et constituait finalement un très bon résumé de ce qu’est une bonne comédie romantique coréenne. On sent malheureusement un peu trop les twists à venir, mais cela n’entache pas ce moment « feel-good ». Dans les questions adressées au réalisateur et scénariste, on a ainsi appris que le couple français – des amateurs – a été filmé en Corée et non en France (au passage on saluera le fait qu’ils soient noirs, c’est tellement rare à la télévision sud-coréenne).

L’atelier « A la rencontre des dramas coréens »

Comité développement durable groupe

Après la diffusion de ces 3 œuvres venait le moment tant attendu, celui du débat. Mes questions ont essayé d’éviter les raccourcis habituels, et nos invités ont été agréablement surpris par leur profondeur. Ainsi, Kim Won Seok lui-même est venu me remercier à la fin, et m’a demandé de le prévenir quand mon livre sortira, parce qu’il veut l’acheter. J’ai été très touché par sa gentillesse. Toutes les félicitations du public sur la qualité du débat m’ont fait également très plaisir. Quant à nos invités, même les moins bavards ont finalement joué le jeu, et je les en remercie vivement, tant les échanges furent à la fois conviviaux et intéressants. Le public dans l’amphithéâtre n’était malheureusement pas aussi nombreux qu’espéré, mais il s’agissait pour l’essentiel de connaisseurs, soit un public de fans, d’élèves en langue coréenne, soit même de quelques universitaires. Du coup, après une présentation standard des dramas (définition, production, narration, live-shooting, diversité des genres), on a pu aborder des questions plus contemporaines comme le binge-watching et Netflix, la question de l’adhésion du public féminin et des clichés qui surprennent les téléspectateurs occidentaux (au passage on voit comment le wrist-grabbing est perçu par les hommes coréens comme un fantasme féminin). On a aussi abordé les orientations futures des dramas (coproduction, adaptation) et finit par le développement des questions sociales dans les dramas, et le fait qu’il soit possible d’en parler sans dénaturer les codes du drama. Nos invités ont particulièrement été attentifs à ce que nous pensions, à ce qui nous plait dans les dramas, et le public a même pu faire part de leurs préférences en matière de genre … ou même de casting, ce qui a beaucoup fait rire. Nous avons hélas dépassé le temps imparti, mais ce fut une expérience inoubliable, et je tiens à remercier vivement les invités du débat (Park Joon Suh de Dramahouse/JTBC, Kim Eun Hee scénariste de Signal, Kim Won Seok, réalisateur de Signal, et Han Hee producteur et réalisateur pour MBC). Et si j’avais un seul souhait à réaliser, ça serait que les producteurs de dramas coréens prennent définitivement conscience de l’immense potentiel que constitue le public français.

Après tant d’émotions, il restait le temps des contacts. Ainsi j’ai été abordé par un représentant de SeriesMania (qui a tenté de m’expliquer la raison pour laquelle les dramas coréens sont moins présents dans leur festival (si j’ai bien compris, la production rapide de dramas coréens empêche les exclusivités de diffusion, ce que recherche en priorité le festival). Dramapassion aussi était là (on ne m’en a pas voulu pour avoir sous-estimé d’une petite vingtaine le nombre de dramas disponibles, n’est ce pas ?). Par la suite, le meeting organisé par la KOCCA (Korea Creative Content Agency) fut malheureusement un peu trop chargé en discours (je n’étais pas la cible, il est vrai), mais j’ai pu là aussi discuter dramas et concepts avec divers interlocuteurs, tous très sympathiques. J’en profite pour remercier encore une fois Christophe, qui m’a longuement interviewé et filmé le lendemain, à l’ombre d’une tente ou d’une tour. J’espère vraiment que nous nous reverrons et que ses projets se réaliseront, il le mérite ! Merci également à Jennifer, qui a animé avec moi cette journée intense, et à toute l’équipe du festival : Delphine, Lara, et bien sûr le président Stéphane Strano, sans qui cette journée n’aurait jamais pu avoir lieu.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s