My father is strange

Vous n’en avez peut-être pas beaucoup entendu parler, mais My father is strange (KBS) a été l’un des plus gros succès de l’année 2017 en Corée du Sud (presque 30 % d’audience en moyenne, sur 6 mois de diffusion). Rien de neuf sous le soleil, puisqu’il s’agit d’un weekend drama, le type même de fiction qui écrase régulièrement les prime-time dramas qui font pourtant les unes en Asie. Une fiction familiale, qui parle essentiellement aux coréens, me direz-vous ? Un petit détail devrait pourtant vous mettre la puce à l’oreille : le drama figure tout en haut du classement des sites de streaming aux USA.

Oui, il s’est passé quelque chose avec ce drama. De temps en temps la production sud-coréenne arrive à nous faire chavirer avec des weekend dramas, par définition tout public. Ici, la fiction se révèle chaleureuse, réconfortante, et évite autant que possible les terribles drames et les ficelles des makjang. Au fil des 52 épisodes d’une heure chacun, le téléspectateur a le sourire aux lèvres. On appelle ça un feel-good drama. Et My father is strange est une petite démonstration du savoir-faire coréen en la matière.

52 heures de télévision représentent un investissement conséquent. Il va falloir fermer les yeux sur quelques aspérités : une introduction tapageuse, un rythme un peu lent, les inévitables problèmes de couple de retraités… Mais tout cela se lisse très bien : les personnages gardent leur mordant mais démontrent une belle humanité, les secrets de chacun sont révélés comme il se doit au compte-goutte pour donner envie de revenir, et il y a suffisamment d’histoires parallèles pour s’investir. De plus, comme souvent dans les dramas familiaux, les sujets de société sont régulièrement évoqués. Une histoire à la fois universelle et « locale », reflétant la société coréenne.

La famille compte en effet plusieurs membres : le patriarche, d’abord, est un homme attentionné, calme, mais … un peu lâche. Il tient un magasin de snack food, et cache un terrible secret avec son épouse, secret qui lui pourrit la vie depuis 35 ans. Ce couple aime profondément ses enfants, qui vont évidemment leur en faire voir de toutes les couleurs :

  • L’aîné, d’abord. Ça fait 5 ans qu’il essaye de réussir le concours d’entrée à la Fonction Publique et qu’il échoue. Cela joue évidemment sur l’estime de soi (pour ceux qui aiment ces thématiques sociales, plongez-vous un peu dans Drinking Solo). En fait il a en secret une petite amie qui travaille et le soutient. Une grossesse surprise va changer la donne.
  • La fille aînée représente au contraire la réussite : elle est avocate, très indépendante, ne veut pas se marier et ne mâche pas ses mots. Elle ne cesse de répéter qu’elle ne veut pas vivre le terrible sort des belles-filles en Corée (hélas souvent traitées comme des domestiques par leurs beaux-parents). Elle va elle aussi retomber amoureuse de son ex, au point de vouloir vivre avec lui en cachette – et donc de quitter le domicile familial. Les beaux-parents de son amoureux, eux-même en conflit permanent, auront bien du mal à accepter un couple qui cherche à rester indépendant et moderne.
  • La fille cadette, n’ayant de loin pas un parcours universitaire brillant, réussit à être recrutée à l’essai dans une compagnie qui gère les célébrités. Elle va vivre deux histoires : la première est en lien avec son passé traumatique (ex-judokate, brimée par les filles de son lycée, elle avait pris du poids), la seconde est une histoire d’amour compliquée avec la star dont elle s’occupe.
  • La benjamine, coach sportif, se cherche encore. Jolie, elle a beaucoup de garçons a ses pieds, mais évidemment elle va tomber amoureuse de celui qui inexplicablement semble la rejeter.

A ce petit monde – qui vit au départ sous le même toit – se rajoute aussi la grand-mère maternelle à fort tempérament qui vit dans le même immeuble avec son fils qui n’arrive pas à joindre les deux bouts, sa belle-fille discrète, et son petit-fils doué pour les études mais également en pleine croissance hormonale.

Cette famille va alors être bouleversée par l’arrivée d’un jeune homme, un acteur sur le déclin, qui prétend être le fils caché du patriarche. Son insensibilité, qui lui joue des tours lorsqu’il s’agit de jouer un rôle, s’explique par le fait qu’ il a vécu douloureusement l’absence d’une famille aimante et réconfortante.

L’un des grands intérêts du drama réside dans la description des liens fraternels, cette histoire complexe d’amour/jalousie, jalonnée de disputes, de cachotteries, de pics, de travers, mais aussi de soutien dans les moments importants. Voilà une famille qui prend vie avec tous ces regards qui en disent tellement sur l’humanité de chacun.

L’autre point fort du drama est Lee Yoo Ri. Très connue pour son fameux rôle dans le makjang Jang Bo Ri is here, elle délaisse pour une fois ce type de personnage et se révèle en femme indépendante, moderne, déterminée et flamboyante. Ainsi la fille aînée du drama ne cherche vraiment pas à quitter son travail et à se marier, et fait plutôt rare, le show respecte habilement son désir d’indépendance. (Il existe quantité de dramas où la femme « forte » s’assagit en se mariant !). Surtout l’actrice est drôle, et ses regards, son attitude, crèvent l’écran.

Bien sûr le casting est impeccable : certains fans de Kpop viendront peut-être pour Lee Joon (MBLAQ), mais il y a aussi Min Jin Woong (Drinking Solo), Jung So Min (Can We Get Married), Ryu Hwa Young (Age of Youth – comme elle me manque dans la deuxième saison d’ailleurs !)…

Autre fait notable : les différentes histoires de couple deviennent toutes intéressantes – à leurs niveaux respectifs. Aucun amour n’est le même, on comprend rapidement les difficultés de chacun, et à aucun moment on ne se dit qu’on a perdu son temps. C’est évidemment rempli de mignonneries, de skinship, d’embarras, de petites et de grandes déclarations, de cœurs qui battent fort, de larmes, de séparations, de retrouvailles, mais surtout ce sont de multiples démonstrations des différentes formes de l’amour – à tout âge, de la tension sexuelle, du respect des désirs de chacun, du soutien inconditionnel, de ce qu’on donne sans demander à recevoir…

Les ficelles narratives, pour le coup, passent également très bien : on ne verse jamais dans le makjang, même si le secret de famille est vraiment … particulier. Et on engloutit rapidement ces 52 épisodes, avec cette sensation délicieuse propre aux dramas coréens, la sensation d’avoir grandi émotionnellement (et j’ose même dire humainement), en faisant passer notre cœur par une infinie variété de sentiments.

Un drama familial incontournable. Et comme dans tout drama familial, accrochez sur 3 épisodes au moins, le résultat en vaut la peine.

A noter : la série est disponible intégralement et en HD sur la chaîne KBS World de Youtube, en version sous-titrée anglais. . On remerciera au passage cette chaîne qui propose depuis longtemps de passer d’excellents moments en terre coréenne et sous-titré s’il vous plaît. (je pense notamment à What Happens to my family, Five Enough, ou le variety show Return of Superman – the triplet special).

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Une réflexion sur “My father is strange

  1. je suis d’acccord avec toi , j’ai aimé aussi ce drama pour les mêmes raisons….merci pour ce magnifique article complet qui représente bien tout les atouts de drama ….et qui me donne envie de le revoir…..un drama familliale vraiment a voir , trés touchant et dont j’ai accroché avec tout les personnages, cette famille chaleureure, solidaire, acceuillante, ect….surtout l ‘histoire de ce le « fils acteur » qui m’a grave touché …j’ai beaucoup aimé son jeu..ainsi que celui du « pére » ..j’ai ris, souris, pleuré , vraiment passer un agréable moment en le suivant …et donc je suis ravie d’apprendre qu’il a été un hit d’aprés le taux d’audience….les acteurs méritent cette reconnaissance …..merci pour ce partage !

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