Men of a certain age saison 2

C’est avec une grande tristesse que je m’apprête à vous livrer mon ressenti sur la deuxième saison de Men of a certain age, diffusée (et sabotée) en deux parties par TNT en début d’année et cet été. En effet, son annulation est désormais définitive, les auteurs ayant épuisé toutes les solutions pour que l’aventure puisse continuer. Et maintenant il va falloir faire le deuil. Ne vous étonnez donc pas si cet article contient des éloges dithyrambiques.

Men of a certain age aurait du faire l’effet d’une bombe dans le paysage audiovisuel américain, et pour deux raisons.

La première c’est son sujet. Il fallait oser raconter la vie de presque quinquagénaires à la télé. Alors que les médias se focalisent sur les femmes cougars qui ont – parait-il – une seconde vie, personne jusqu’ alors ne s’était intéressé à ces hommes qui arrivent dans cet « âge certain ». Si tout le monde connaît la fameuse crise de la cinquantaine, transformant l’homme casé en nouveau prédateur, peu de monde n’ a cherché à explorer les émois que traverse un homme qui a le sentiment de n’avoir plus grand chose à accomplir.

Pourtant à presque 50 ans, les défis sont encore nombreux : réussir son divorce, atteindre enfin un statut social, ou tout simplement trouver sa voie quand on s’est jusqu’alors juste contenté de vivre.

La deuxième raison de regarder la série est son ton, entre tranches de vie douce-amères, et sa réalisation qui prend son temps pour accompagner ces dizaines de regards qui veulent tout dire. Men of a certain age est une fiction qui touche juste, non seulement en traitant son sujet avec beaucoup de pudeur et d’humanité, sans verser dans la moquerie ou le larmoyant, mais aussi en s’attachant à rendre les personnages humains. Il n’y a nul besoin de faire des dizaines de volte-face, de donner 46 histoires d’amour, 12 maladies ou une trentaine de jobs différents. Il suffit de raconter, lentement mais sûrement, au rythme des protagonistes, les bouleversements et les conflits qu’ils vivent.

Cette saison 2 est en tous points identique à la première, elle ne se perd pas en chemin, traite des mêmes thématiques.

Prenez Owen par exemple, qui a toujours vécu dans l’ombre de son père entrepreneur. Il va devoir trouver en lui non seulement les ressources pour reprendre l’entreprise mais également pour s’affirmer. Cela ne se crée pas, comme dans toutes les fictions, en un seul évènement. Nous aurons de nombreux aller-retour, des hésitations, des tractations, pour finir par l’acceptation réciproque de ce que chacun est, ce que chacun a fait et de ce que chacun veut. Owen ne comprendra son père que lorsqu’il aura vécu les mêmes périodes de stress et les nuits passées loin de sa famille pour sauver son entreprise. Alors que son père doute de ses capacités à reprendre le flambeau, c’est à lui d’imposer ses nouvelles idées, mais pour cela il va falloir que son père comprenne qu’il veut sauver ce qu’il a construit, qu’il lui est reconnaissant de son « héritage ». Il s’agit bien plus d’une histoire de filiation que de prise de pouvoir. Et c’est justement ce qui rend la série intelligente. A presque 50 ans, il est temps de s’affirmer comme le nouveau pilier familial, cet homme de sagesse chez qui l’on vient pour demander conseil.

Pour cela il faut évidemment avoir de l’expérience, et c’est justement ce que ne croit pas avoir Terry. Rappelez-vous, Terry c’était cet homme volage, acteur raté qui survit comme il peut, incapable de s’attacher. Il vit de grandes remises en cause cette saison. Alors qu’il pourrait retourner dans ses travers (la quête de filles plus jeunes que lui), le voilà qui … tombe amoureux. C’est pour lui un vrai défi, celui de se dire qu’il va falloir construire une autre vie. Quelques scènes chez l’élue de son coeur montrent à quel point il ressent le problème : vivre avec l’autre, ça demande un engagement. Et ça demande bien plus encore : non seulement une stabilité affective (qu’il a désormais), mais aussi et surtout une stabilité professionnelle pour assurer un revenu décent au nouveau foyer qu »il veut créer. C’est ainsi que Terry est devenu vendeur de voitures et même bon vendeur, grâce à ses talents de comédien. Mais pour être stable dans la vie, il faut aussi réaliser ses rêves. Terry, arrivé à 50 ans, a aussi ses blessures : il n’a pas pu s’accomplir. Mais comment trouver sa voie à son âge, quand on a pas d’expérience ? Bien souvent les mauvais acteurs ont des choses à apporter au niveau créatif, et je trouve que c’est une riche idée que d’explorer cela. Il n’est jamais trop tard, même à son âge. Et si un ultimatum est finalement adressé, il ne fait nul doute que Terry devrait s’en sortir.

Il n’est jamais trop tard. C’est également le leitmotiv de Joe Tranelli, qui plus que jamais succombe régulièrement à ses démons. Que faire ? Travailler dur pour son magasin qui ne l’enthousiasme guère ? Obtenir de l’argent en naviguant dans l’univers dangereux des paris sportifs ? Réussir son rêve de devenir golfeur professionnel ? Revenir vers son ex-femme, avoir une aventure avec la femme qu’il fantasme ou revenir vers celle qui l’a bouleversé ? Il va falloir choisir, alors qu’il est submergé par ses angoisses. Aller de l’avant, là encore, ne se décrête pas, d’un coup de baguette magique. Nous vivrons toutes les hésitations du personnage, ce qui le rend d’autant plus attachant.

Attachants, c’est le mot. Tous ces personnages aux destinées pourtant ordinaires, dans leurs vies très peu agitées, ont réussi à devenir plus que des personnages, mais des compagnons de route, des balises, des moyens de réfléchir sur notre propre vie, ce qui nous attend, ce que l’on veut, ce que l’on peut obtenir, ce à quoi il faudra renoncer.

Alors que Hollywood a décidé de démasculiniser ses héros (il suffit de voir la tendance dans les upfronts), Men of a certain age a choisi de nous montrer les joies comme les peines de ces hommes. On attend d’eux qu’ils soient les piliers, les référents, la preuve que tout n’est pas fini à cet âge, qu’il est encore possible de rêver, de s’accomplir. On est bien loin d’un discours basique de confrontation des sexes, très loin d’une vision pathétique de l’homme dominé par sa femme en tous points.

Men of a certain age va terriblement me manquer, car je ne vois nulle part un tel degré de sensibilité et d’humanisme pour aborder ces thématiques. La série la plus injustement méconnue ? Certainement. Adieu Terry, Owen, Joe… Je reste persuadé qu’un jour on se rappelera de vous comme faisant partie de la première série masculine moderne, impeccablement jouée et réalisée.

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