[Pilote – Corée] Bridal Mask

Bridal Mask était l’une des nouveautés les plus attendues, et après le visionnage des deux premiers épisodes, j’en ressors ravi. Ce n’était pas parfait, mais cela apporte un vent de fraicheur très appréciable à la télé coréenne.

Il est rare de trouver des fictions coréennes qui s’intéressent à d’autres portions de l’histoire que le temps présent, la dictature des années 70-80 ou Joseon. Or Bridal Mask, inspiré d’un célèbre manhwa, nous propose de nous plonger dans l’histoire de l’occupation japonaise, dans les années 30. C’est donc un univers particulier, avec les premières voitures, les armes à feu, les cabarets, et surtout une période de peur, de traitrise, de conspiration, de lâcheté, où les coréens furent exploités par les japonais qui annexèrent la péninsule. La série montre la résistance du peuple coréen, à travers la personnification d’un héros qui porte un masque de jeune mariée (d’où l’autre nom de la série, Gaksital). Le premier épisode laisse deviner les difficultés économiques des paysans pour se nourrir (ils sont massivement expropriés mais cela n’est pas montré), ainsi que l’attitude des japonais envers les coréens, lesquels sont jugés « inférieurs ». C’est pourquoi notre personnage principal, Lee Kang To (Joo Won, Ojakgyo Brothers), un coréen qui décide de gravir les échelons de la police, a beaucoup de mal à s’imposer : les japonais ne veulent pas d’un coréen chef de la police, aussi collaborateur soit-il.

Lee Kang To, pourtant, croit avoir fait le bon choix, le seul et l’unique. Son père est disparu, son frère intellectuellement brillant a été malmené par les japonais ce qui lui a fait perdre ses fonctions cérébrales, le rendant « attardé », et sa mère survit difficilement en vendant ce qu’elle peut sur le marché. Lee Kang To se bat donc pour arrêter la résistance, et recevoir les faveurs des japonais, afin de pouvoir acheter une maison à sa famille et donner les soins adéquats à son frère diminué qu’il aime plus que tout. Mais ce choix implique que sa famille se fait copieusement malmener et détester par les coréens qui ne lui pardonnent pas sa traîtrise.

Le récit est particulièrement dense, ce qui n’est pas non plus chose habituelle, et les nombreux mystères sur les liens de chacun ne sont levés que parcimonieusement. Il faut donc être attentif, d’autant que le nombre de personnages est conséquent. Entre les masques, les multiples noms, les passés de chacun, leurs secrets, les liens cachés, c’est un véritable puzzle qui prend place devant nos yeux. On saluera l’ambition, mais j’ai du faire pause plusieurs fois pour mieux comprendre. Mais je vais y revenir.

Le budget est à la hauteur, et la réalisation soulève l’enthousiasme plus d’une fois. La violence est crue, et les combats abondants et suffisamment impressionnants… sauf au début, où les cascades sont curieusement mal montées, et où nos personnages ne respectent plus les lois de la pesanteur (ce qui passerait encore si cela n’était pas filmé systématiquement au ralenti). J’ai eu peur sur ce point mais ça s’arrange un peu par la suite, le réalisateur ayant peut-être compris que trop d’esbroufe tuait l’impact des scènes d’action. Globalement j’ai vu bien mieux dans les dramas coréens, mais ça reste efficace. Et puis il faut dire que lorsqu’on a mieux assimilé les personnages et les enjeux, on prend plus de plaisir à s’immerger et à ressentir un peu de tension. Les combats à mains nues reflètent davantage cette intensité.

Les rebondissements sont là (vous apprendrez qui est gaksital, ce qui est une bonne chose – pas besoin d’accumuler les indices ça ne serait plus une surprise), et ce qui m’a frappé c’est la rage qui anime qui nos personnages, dans un univers bien moins manichéen que prévu.

Si l’histoire semble plein de mystères, ce qui est rafraichissant est de voir notre personnage principal être un méchant dans l’histoire, avant de retourner sa veste dans les prochains épisodes. Un homme que l’on se met à détester, car il court après la résistance de toutes ses forces, et il n’hésite pas à torturer physiquement …  une héroïne ensanglantée ! Difficile après ça d’imaginer une romance entre ces deux là ! La série prend donc son temps (pour l’instant il y a 24 épisodes de prévu), et au vu lds nombreuses ramifications possibles, l’ensemble est pour le moins excitant.

Du côté du casting très fourni, seuls 3 personnages principaux sont apparus pour le moment : Lee Kang To, l’officier de police « collabo », Boon Yi/Mok Dan (Jin Se Yun, The Duo), une jeune fille qui travaille dans un cirque et qui entretient des liens mystérieux avec un résistant, avec Gaksital, et dans le passé avec deux enfants dont on connaîtra l’identité au fur et à mesure. Enfin, Kimura Shunji (Park Ki Woong, Story of a Man), un professeur des écoles, ami de Lee Kang To avec lequel il s’entraine aux arts martiaux. J’essaye de ne pas en dire trop, mais sachez que les liens sont particulièrement complexes, non seulement entre eux, mais avec le reste du casting qui comprend quand même, outre la famille de Lee Kang To, la famille du cirque de Mok Dan, un résistant notoire, les policiers, un juge, un « patriote » assassiné, le clan kimura et une mystérieuse organisation. Le dernier membre important du casting devrait s’annoncer lors du 3è épisode (Chae Hong Joo – Ueno Rie) et son entourage devrait encore plus étoffer le background.

La série prend donc son temps et si j’avais un reproche à faire (outre la qualité des combats), c’est que les enjeux plus complexes qu’au premier abord mettent du temps à venir, nous empêchant de nous investir davantage sur les personnages secondaires. Mais je salue la prise de risque avec un personnage principal haïssable, alors qu’il tente de faire le bien pour sa famille. Au fur et à mesure, on comprendra même que ce pitch de base est encore bien insuffisant pour comprendre la portée dramatique de ses gestes. De même, je salue l’ambition d’un tel projet, au scénario torturé, qui nécessite réflexion et dévoile peu à peu ses arguments comme on dévoile des bonbons, chaque intrigue exaltant un peu plus l’imagination, et multipliant les pistes. Ce n’est pas, comme je l’ai cru, un récit épique sur un héros résistant, mais bien un nœud d’intrigues qui permettent de positionner non seulement chacun sur l’échiquier politique, mais aussi de questionner sa moralité. Fort heureusement, il y a des repères avec des personnages placés définitivement de part et d’autre de cette ligne bien/mal.

On ressort du visionnage avec beaucoup de questions, et la sensation passionnante d’avoir eu une nouvelle démonstration de la complexité d’écriture des dramas coréens. Je suis pris dans un tourbillon, et j’en redemande ! Décidément la nouvelle fournée de dramas coréens est épatante (Ghost, Big, Bridal Mask…)

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3 réflexions sur “[Pilote – Corée] Bridal Mask

  1. Excellent article qui met l’eau à la bouche…
    En te lisant, je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec Capital Scandal (avec dans le rôle principal le fabuleux Kang Ji Hwan, l’interprète de Hong Gil Dong), qui couvre exactement la même période historique et reprend ce thème que tu as cité : la résistance coréenne face à l’occupation humiliante japonaise.
    Comme tu n’y as pas fait référence, malgré les similitudes de ces deux dramas, j’ai supposé que tu ne l’avais pas vu. Si c’est le cas, alors je ne peux que te suggérer très très très chaudement de te jeter dessus.
    L’atmosphère y est très particulière, mêlant des scènes extrêmement drôles, joyeuses et colorées à des passages plus tragiques, sombres et violents. Comme dans Bridal Mask, on y retrouve l’ambiance des cabarets clandestins, les voitures d’époque, l’insouciance d’une certaine classe « collaboratrice », la rage du peuple…
    Le tout est superbement souligné par une musique originale et parfaitement adaptée. Ce drama est une véritable perle, à placer bien en évidence sur la pile à visionner d’urgence.

  2. J’ai pensé à citer Capital Scandal dont j’avais déjà entendu les éloges, mais effectivement je ne l’ai pas encore vu (les journées n’ont que 24h). Merci vivement pour ce commentaire.

  3. Les combats sont vraiment ridicules… il faut se faire à l’idée que c’est tiré d’un manwha et que peut-être, c’est là la raison de ce choix… mais quand même -_-‘

    C’est un des meilleurs dramas que j’ai vu! L’histoire est prenante, parfois haletante, les personnages sont vraiment charismatiques… seul reproche à mon avis: le changement de caractère un peu trop soudain. Shunji était un ange et deviens un démon, Kang To était une ordure et deviens un homme bien? Ils le justifient, mais ça reste un peu décevant dans le sens où, justement, c’est le coté pourri de Kang To qui le rend si bon! Quand à l’héroïne… il parait qu’elle est attachante, personnellement je la trouve inutile et illogique sous couvert d’héroïsme.

    Quand à la scène de fin… elle est terriblement frappante ❤

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