Treme saison 1

Lorsque HBO avait décidé de donner son feu vert à Treme, le petit monde des séries s’était enflammé en un temps record. Pensez donc, une nouvelle série par le créateur de The Wire, David Simon, c’était forcément génial.

Et puis, on aurait quand même du se demander si derrière le pitch de base ne se cachait pas une seule facette de la réalité, à contrario de son oeuvre précédente. On pourrait ainsi résumer la série : Les conséquences de la destruction partielle de la Nouvelle-Orléans par Katrina. Avec un gros sous-titres : La Nouvelle Orleans, berceau de la musique, paradis sur Terre, victime des politiciens. Vous voyez où je veux en venir ?

Je commence d’emblée, vous l’aurez compris, par le gros point noir de la série : sa vision étroite, et son application presque systématique à faire passer la ville et ses habitants comme des victimes d’un système (dont on osera jamais dresser les contours). Une ville où il fait bon vivre, où on meurt parce qu’on est un innocent roué de coups en prison, et non parce qu’on vient de se prendre un coup de couteau dans l’une des villes à la plus forte criminalité. Une ville où des jeunes touristes innocents peuvent se balader sans soucis dans les quartiers malfamés.  Une ville où les méchants policiers et les méchants juges appliquent la loi à la lettre sans s’adapter au contexte, et où il devrait être interdit d’interdire.  Une ville où votre voisin de palier qui vous a dénoncé finit par être un bon ami, et où tout finit bien en chanson. Si c’est pas une musique douce pour les oreilles de nos soixante huitards idéalistes et provocateurs, je sais pas ce que c’est !

Fort heureusement, la série a ses personnages, dont l’intérêt varie en fonction de ce qu’ils ont à dire. Prenons par exemple Albert « Big Chief » Lambreaux.  C’était effectivement très intéressant de voir une tribu d’indiens du mardi gras (c’est à dire des afroaméricains inspirés par les coutumes des indiens d’amérique), de voir un défilé, de voir comment une tradition peut s’intégrer dans le fonctionnement d’une ville moderne. Le problème, c’est que son personnage ne fait que ça, ne pense qu’à ça, et quand vous avez vu un très beau défilé, vous avez tendance à bailler au 4ème. Heureusement, le personnage redevient intéressant quand il soulève le problème des maisons inoccupées. Mais fallait-il pour autant appuyer l’importance du propos en mettant en scène une énième brutalité policière ? Le combat était « juste », on avait pas besoin de nous montrer des « méchants » pour qu’on croit encore plus  à la justesse de la cause.

J’ai donc eu un grand problème avec ces personnages qui se battent « pour leur ville ». Mais moins avec ceux qui sont « passionnés par leur ville ». On dira ce qu’on voudra mais je préfère qu’on essaye de nous montrer un Davis enthousiasmant qu’un Creighton Bernett vociférateur et nostalgique (tout génial que puisse être John Goodman). Oui, Davis vaut le coup d’oeil.

Et c’est bien sur l’aspect musical que la série comble mes attentes. Les épisodes fourmillent d’interventions orchestrales, voire a capella, avec de multiples clins d’oeil sur le message à donner, sur les artistes qui y sont promus. Ca dépasse de loin mes connaissances en matière de jazz new orleans ( j’ai baigné un peu dedans en étant petit). Et même si j’ai peu apprécié la diatribe sur les touristes qui veulent écouter du Louis Armstrong au lieu du « vrai » jazz, j’ai quand même été ravi du paysage qui s’est étalé pendant 10 épisodes. Mais mon enthousiasme est tout de même tempéré par l’omniprésence de ces scènes musicales. Au point de me demander si la série ne voulait pas simplement montrer que ça.

L’amour immodéré de la musique et de la ville se sent. Il se sent beaucoup trop.

Du coup j’ai tenté d’accrocher aux autres personnages, moins revendicatifs.

On a donc Ladonna qui cherche son frère disparu pendant l’ouragan. L’occasion d’accrocher un peu sur ce mystère, mais bizarrement j’ai eu du mal à ressentir l’émotion sur cette histoire à rallonge. C’est particulièrement flagrant au dernier épisode où on nous montre ce qui s’est passé, en fait ce qu’on savait déjà. L’intérêt de l’histoire est donc toute relative, puisqu’il apparaît clairement qu’elle n’a pour but que de montrer l’incompétence des policiers.

J’ai en revanche davantage accroché à Jeanette Desautel, la chef cuistot qui se bat pour faire survivre son restaurant et ses employés. Rien de bien original, mais le personnage montre à la fois du caractère et de l’émotion.

Bon évidemment, je l’avoue, je suis resté pour Lucia Micarelli qui interprète Annie, une innocente et talentueuse violoniste qui accepte tout de la part de son petit ami. (Ca doit être ses gènes coréens). On y retrouve ainsi le plaisir de la musique, la romance, le questionnement sur ce qui doit être sa vie, et sur le besoin de s’affirmer.

J’ai eu un autre problème avec la série, c’est qu’outre son besoin d’en faire des tonnes, elle nous indique même à un moment donné qu »‘une histoire n’a pas de fin, contrairement aux fictions télévisuelles. » Je veux bien, mais je regarde une fiction. Et en tant que telle, elle m’a beaucoup déçue lors du dernier épisode de la saison.

Au final, même si j’ai été dur sur la série, j’ai quand même apprécié le voyage, ce qui est l’essentiel. Mais la saison 2 a intérêt à s’éloigner de ses messages manichéens et à développer d’une autre manière son univers musical pour que j’y adhère davantage.

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3 réflexions sur “Treme saison 1

  1. C’est drôle de voir John Goodman dans une série basée à la Nouvelle-Orléans ( comme « dans la brume electrique » ).
    C’est un acteur que j’aime bien. bon c’est pas le propos, mais comme K-Ville, la série ne m’intéresse pas plus que ça !
    Bon ok, je sors ! ^^

  2. Pingback: Mon année 2010 « Cinédramas

  3. Pour moi la saison u1 est superbe j’ai hâte de voir la 2 , c’est peut etre legerement manichéen ( a la ken loach ou tout les gens du peuple sont sympa) mais pour moi c’est la meilleures série sur la musique ( et la bouffe) de tout les temps! voir les nevilles brothers, allen toussain et dr john dans une serie je ne l’aurai jamais imaginé! je trouve aussi que les personnages sont creusé et attachant bref j’ai adoré!

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