The Good Wife saison 1

A force d’entendre du bien de The Good Wife, j’avoue que la curiosité l’a finalement emporté, et que j’ai eu à nouveau envie de plonger dans un drama judiciaire. Il faut dire que j’avais vraiment eu l’overdose à une époque. J’ai suivi notamment beaucoup de séries judiciaires de David E. Kelley : Picket Fences, Ally Mc Beal, The Practice, j’ai même tenté Girls Club mais j’ai laissé tomber Boston Legal. A force, D.E.K. tournait en boucle. Son obsession semblait être de présenter les deux parties comme ayant « raison », et ce, principalement en évoquant une certaine éthique. C’était ce qui rendait ses shows passionnants : obliger le téléspectateur a prendre parti sur différents thèmes. Mais encore fallait-il renouveler les thèmes. Après tant d’épisodes, je pense que DEK n’avait plus grand chose à dire. On verra d’ailleurs si Harry’s Law peut être un renouveau, mais j’en doute.

Ce qu’il me fallait c’était reprendre un drama judiciaire qui recentrait non pas sur le débat, ou sur la Vérité, mais sur la nature humaine de ces hommes et femmes qui arpentent les tribunaux. Et c’est exactement ce qu’a fait The Good Wife. On nous présente dans cette série des hommes et des femmes empêtrés dans leur convictions de pacotille, dans leurs hypocrisies, dans leur subjectivité la plus totale.

Ce qui importe pour les avocats n’est pas de défendre une certaine conception de la justice, c’est de défendre leurs clients, de toutes les manières possibles, quittes à entrer dans l’illégalité (sans bien sûr se faire prendre). Innocent ou coupable, bien sûr la question se pose, mais le but ultime reste le même : faire de l’argent.

On navigue dans un show où on nous montre que ce qui compte pour l’emporter n’est pas d’avoir le bon argument, mais de savoir comment le présenter et l’adapter à la personnalité du juge. C’est un constat terrible qui nous est donné : le juge a souvent été présenté dans les séries judiciaires comme une autorité inébranlable, dont l’objectivité coulait de source. Il n’en est rien dans The Good Wife : que ce soient les magouilles entre juges, leur appartenance politique, ou carrément leur malhonnêteté, tout concourt à vous dégoûter de la justice, de cet idéal.

J’ai d’ailleurs bien aimé le fait que le discours ne soit pas simpliste, et que les victimes qui portent plainte contre de grosses corporations ne sont pas aussi innocentes qu’elles n’en ont l’air. A l’heure où le capitalisme est devenu le grand méchant loup, c’est bon de rappeler que la filouterie n’est pas que l’apanage des puissants.

La série navigue donc entre deux eaux, avec de très bonnes intrigues judiciaires. On pourrait être blasé en se disant que l’on va assister aux énièmes pièces apportées aux bons moments, ou aux aveux d’un témoin à la barre. Il n’en est rien. La série ne cherche à aucun moment à avoir une structure narrative figée (contrairement à DEK), ce qui fait que la surprise est au rendez-vous. La fermeture d’un dossier ne se fait pas forcément au tribunal, la série explore beaucoup de voies différentes, ce qui fait qu’elle n’est jamais ennuyeuse ou répétitive.

Et quoi de mieux pour appuyer ce point de vue que de construire une histoire à base de manipulations, de mensonges, de trahisons ? L’histoire débute alors que le procureur Peter Florrick est en prison, suite à une des affaires de corruption auxquelles se mêlent de sulfureux parfums de faveurs sexuelles. Alicia Florrick, son épouse, doit alors gérer les ragots, protéger ses enfants, tout en se demandant si elle doit rester auprès d’un mari qui l’a trompé, et dont tout le monde connait les détails de ses coucheries. Elle avait abandonné sa carrière pour supporter son mari, et s’occuper des enfants, là voilà qui reprend les chemins de son ancienne vie en redevenant avocate « junior » dans un cabinet prestigieux, où son boss, Will, est en fait un flirt du passé. Pour compliquer le tout, elle est en concurrence pour une place définitive avec Cary, un jeune avocat brillant qui ne compte pas ses heures. Enfin, elle doit gérer la pression des ennemis politiques de son mari. Mais à qui faire confiance ? Comment s’affirmer ?

Si les intrigues politiques et le sort de Peter sont véritablement passionnants, c’est aussi parce que tout ce qui lui arrive a des répercussions sur sa famille. Tout est mêlé : la vie au tribunal, la vie en prison, la vie familiale, la vie amoureuse. J’ai adoré tous ces moments de doute, ces questions, ce suspense. Malheureusement la série n’est pas parfaite à mes yeux, tout simplement parce que le rôle phare de la Good Wife est tenu par Julianna Margulies. Oui, je sais, je ne l’ai jamais vraiment aimé (et je fais partie des rares personnes qui regardaient Urgences à ses débuts pour voir Mark Greene et non le couple Doug/Carol). En fait ce n’est pas tant sa personne qui me pose problème, c’est que son jeu qui se limite à … l’inexpression la plus totale dans une écrasante majorité de scènes. Je veux bien que le succès du show réside dans la question : « Mais que veut-elle faire maintenant avec son mari ? », mais elle parait si froide, si antipathique que quelques fois on ne se soucie plus de son sort.

Quelques fois seulement, car finalement il y a suffisamment de personnages intéressants dans la série pour trouver son bonheur. Sauf Cary, qui heureusement devient enfin un personnage à part entière à la fin de la saison (et ça me fait mal de dire ça, car j’ai toujours détesté l’acteur, me demandez pas pourquoi, depuis Gilmore Girls c’est ainsi, j’ai envie de lui donner des claques tellement son regard est hypocrite). En revanche, j’ai beaucoup aimé les boss de la firme. Will d’abord, non pas à cause de sa relation particulière avec Alice, mais parce que c’est un personnage plein de contradiction : on le sent armé d’un bon fond, alors que ses agissements sont souvent hypocrites. Diane, ensuite, est un peu l’inverse de Will, parce qu’elle plus fine que lui, et parce qu’elle est obligée de faire consciemment des concessions à ses propres convictions.

Enfin, deux collaborateurs méritent l’attention : du côté d’Alice, d’abord, c’est Kalinda la cynique. Archie Panjabi a eu un Emmy pour ce rôle. J’avoue que je ne l’ai pas trouvé si extraordinaire car là aussi elle exprime très peu d’émotions (et elle a vraiment très peu de scènes où elle s’exprime, surtout dans le premiers tiers de la saison), Christine Baranski méritait mieux je trouve : son rire est fabuleux, à la fois sincère et snob, un régal. Si la nature du rôle d’Archie est intéressante, (notamment sur la question de ses attirances sexuelles), je n’ai pas vu d’interprétation bluffante justifiant une telle récompense. Je me suis demandé tout le long de la saison quelle pouvait bien être la scène qui a pu provoquer un tel déclic. L’autre collaborateur est du côté de Peter, il n’apparait que bien plus tard, mais il éclipse tous les autres : Eli Gold est un homme du front, celui qui intimide, menace avec une régulière efficacité.

Je termine l’éloge des personnages de la série avec Glenn Childs (Lost), tout simplement prodigieux en ennemi implacable de Peter Florrick. J’espère le revoir en seconde saison.

Au final je ne regrette vraiment pas d’avoir rattrapé la série avant le début de la rentrée. Elle est brillante, fine, inventive, passionnante, bref, très bien écrite. Et elle comble parfaitement le vide dont j’essayais d’oublier l’existence.

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8 réflexions sur “The Good Wife saison 1

  1. Excellente critique de la saison !

    J’ai également trouvé cette série géniale, toujours intelligente, jamais simpliste. Les personnages sont complexes et passionnants.

    Je ne suis pas trop d’accord avec tes critiques sur les actrices, je pense que le fait que leur jeu soit tout en nuances a quelque chose de fascinant. C’est clair que si on compare les scènes d’Archie Panjabi avec celles d’Aaron Paul (puisqu’ils ont gagné le même Emmy), on est dans un registre très différent mais ce n’est pas pour autant que le talent ne crève l’écran.

    Pour ma part, c’est la nouveauté que j’ai préférée la saison dernière et je me souviens qu’à l’époque je désespérais de voir que presque personne ne la regardait parmi les sériphiles francophones. C’est cool si on est plus nombreux à suivre la saison 2, histoire de pouvoir échanger un peu plus d’avis.

  2. Tu t’es arrêté où à Boston Justice ?(euh pardon, Boston Legal). Nan, parce que bon… Nan, mais c’est du bon David E. Kelley en fait…

    Bon, sinon, pour The Good Wife… J’sais toujours pas si ça m’a donné envie de suivre ou non… J’arrive pas à me déterminer sur cette série… Ca viendra p’têt avec une diffusion française (moi j’aime bien Julianna Margulies, même si c’est pas elle qui me fera regarder une série).

  3. Moi j’aime pô Julianna et David E.Kelley, mis à part « Un drôle de shérif » (Pickent Fences) et Ally McBeal (et Snoops, honte ^^), j’ai jamais vraiment accroché au reste.
    Si j’ai le temps et vraiment l’envie, je découvrirais, sinon…

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  6. Et bien j’y reviens, et je trouve que ta critique est assez juste. Malgré quelques points où je ne suis pas tout à fait d’accord.
    Justement la mine défaitiste de Julia M. est la bienvenue. Ce n’est plus la même femme. Elle a été bafouée devant une population. Pour imposer sa loi, elle doit faire fi de tout donc ne rien montrer (d’où la mono expression). Tout coule sur son visage, et même si parfois elle réagit, elle ne le montre que très rarement.

    J’ai beaucoup aimé cette première saison, je suis en plein dans la deuxième qui en terme de toile d’araignée est juste parfaite et fais suite à une saison 1 impeccable.
    Pour Kalinda, j’adore le personnage, car on ne sait pas de quel coté elle joue.

    L’ambivalence des rôles a tout fait pour que j’y reviennes, et ça marche.
    Prochaine démarche, commander la saison 3 sur amazon dès la semaine prochaine 😉

    Merci Eclair 🙂

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