The Hour saisons 1 et 2

The Hour

La série britannique The Hour ayant pris son temps pour me convaincre, je me suis résolu à parler de ses deux saisons dans un seul article. Autant l’avouer de suite, la série fait partie de ces diamants bruts, à la mise en scène extrêmement soignée, mais manquant de finition en terme de narration.

De l’ambition, cette fiction en a à revendre. D’abord, parce qu’elle s’attaque à une période clé : le milieu des années 50, où la géopolitique occupait les sujets de conversation. Le positionnement du Royaume Uni dans cet échiquier n’est pas sans poser problème, et rares sont les journalistes qui donnent une toute autre version de l’Histoire. Oui, The Hour va parler de la liberté de la presse, de la crédibilisation du journal télévisuel, mais va s’échiner à faire une relecture qui n’est pas sans rappeler le piège dans lequel est tombé The Newsroom. Il est en effet facile d’écrire une histoire avec des personnages isolés et courageux pointant du doigt les erreurs du passé.

Ce qui ne veut pas dire, heureusement, que ces thématiques ne sont pas intéressantes. Avec la crise du canal de Suez , le lancement du premier chien dans l’espace, la peur de la bombe nucléaire russe ou la persistance de groupuscules fascistes, il y a de quoi faire. Mais la série n’a pas pour but de reconstituer avec minutie ces évènements, il s’agit avant tout d’un décor pour crédibiliser l’action de nos journalistes de choc chargés de dévoiler chaque saison une vaste conspiration.

D’où mes deux reproches à la série. Si le puzzle est satisfaisant, le démarrage de chaque saison est extrêmement lent. La plongée dans les années 50 est absolument charmante, mais il y a de grands moments de flottements où les dialogues sont assez inconsistants. De plus, j’ai eu un problème avec la manière dont le puzzle est résolu, avec à chaque fois un informateur qui décide au dernier moment de livrer la clé de l’histoire après nous avoir fait patienter trop longtemps. C’est bien camouflé dans l’histoire, mais c’est quand même un procédé qui manque de finition.

Mais ne vous y trompez pas, le show se rattrape brillamment sur le reste. Avec sa mise en scène extrêmement travaillée, le téléspectateur est happé par le récit. Le cadrage est exemplaire, les regards parfaitement appuyés, parvenant ainsi sans peine à nous faire entrer dans la connivence. Car le show veut marquer, au détour d’une phrase, ses limites, en évitant soigneusement le sentiment paranoïaque. Le mystère avant tout. L’atmosphère peut être lourde, poisseuse, intrigante, elle ne sera que rarement suffocante. Nos personnages naviguent dans un univers dangereux, avec aplomb, intelligence, et diplomatie. Cet équilibre force l’admiration.

The hour

Il ne m’a pas été facile de m’attacher à ses personnages, pourtant bien approfondis au fil du temps. Leurs faiblesses sont mieux mises en lumière que leurs qualités, surtout au niveau professionnel. La productrice de l’émission, Bel Rowley (Romola Garai), en pince pour le journaliste Freddie Lyon (Ben Whishaw) mais elle se révèle d’une couardise assez peu compréhensible et multiplie les mauvais flirts. On la verra rarement « briller » dans son rôle de productrice. Hector Madden (Dominic West), présentateur de l’émission, est un homme marié qui multiplie les conquêtes d’un soir en même temps qu’il vide les bouteilles (un rôle qui rappelle forcément celui que l’acteur occupait dans The Wire). On n’arrive pas vraiment à percevoir pourquoi cet homme est si populaire lorsqu’il parle devant la caméra. Reste le cas de Freddie Lyon, un homme perspicace, attaché à découvrir la vérité quelles que soient les retombées. Il est la véritable figure héroïque de la série.

Il faudra attendre la seconde saison pour que quelques personnages secondaires améliorent ce constat. L’entourage professionnel a désormais des histoires plus intéressantes (et émouvantes). Et surtout, la femme d’Hector Madden va sortir temporairement de son rôle de femme au foyer soumise pour redéfinir son couple et le mettre sous une bien meilleure lumière. Il faudra également un cliffhanger dramatique pour percevoir enfin tout l’intérêt d’une romance tirant en longueur.

C’est d’autant plus regrettable qu’au moment où vous tombez vraiment amoureux de la série, celle-ci décide de vous quitter… Ah, frustration. La saison 3 semble selon toute vraisemblance, plus que compromise, laissant un goût amer d’inachevé.

Malgré ses défauts, la série reste un morceau de choix, avec, répétons-le, une superbe mise en scène, des acteurs impeccables, et de très beaux moments passés les milieux de saison. A regarder sans hésitation.

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