Feelings (1994) [Pilote – Corée]

Après Answer me 1997, j’avais vraiment envie de continuer l’exploration des années 90 au pays du matin calme. Et quoi de mieux que de retrouver l’un des premiers dramas consacrés à la jeunesse ?

En 1994, Feelings (Neukkim) marque un tournant dans les séries coréennes qui jusqu’alors racontaient de longues sagas familiales ou des sageuks. Ses héros sont des étudiants et des étudiantes qui se tournent autour dans une parade amoureuse irrésistible de simplicité. Une nouvelle forme d’histoire était née en même temps que la jeunesse était enfin visée par les médias.

Rappelons que jusqu’en 1993 la Corée du Sud était gouvernée par des militaires et que l’opposition était essentiellement formée par des mouvements étudiants. Feelings marque donc le début d’une libéralisation des moeurs, une attitude plus sereine vis à vis de la jeunesse, laquelle commence à développer ses icônes, ses stars.

Regarder un drama coréen qui a 18 ans ne se fait pas sans de nombreuses concessions. Les moyens étaient limités à l’époque, et la mise en scène est plutôt brute, directe, sans travail particulier sur les couleurs ou la lumière. Mais la dynamique est déjà là. Les plans se font de plus en serrés, même si on ne s’attarde pas encore sur les expressions faciales comme dans les années 2000. Si la caméra bouge, l’histoire, elle, prend son temps. Les 16 épisodes font 45 minutes chacun, et il n’y a guère de rebondissements comme dans les fictions d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas non plus d’un traitement intimiste d’une certaine catégorie de la jeunesse, mais plutôt d’une dramédie sur la fratrie et et ses émois amoureux.

La série repose ainsi sur 3 frères : Bin (Son Ji Chang), Hyun (Kim Min Jong, A Gentleman’s dignity), et Joon (Lee Jung Jae, Sandglass, Triple). Ils ne sont pas tous intéressés par le sexe opposé, du moins au départ. Le cadet, étudiant en économie  passe son temps devant les ordinateurs à travailler et se montre peu enclin à « perdre son temps » avec les filles, y compris cette étudiante qui semble en être tombé amoureuse. L’aîné, en revanche, déjà beau parleur, a une copine. Le plus jeune, sportif et motard, cherche à profiter un maximum, et est capable de défier plus musclé que lui pour tenter de s’attirer la gloriole.

Leurs vies vont être chamboulées lorsque leur mère accepte de rendre service à un ami, et héberge une jeune fille étudiante en arts, venue de France, Yuri (Woo Hee Jin, Life is beautiful). Il n’en faut pas plus pour que les garçons fantasment sur… Sophie Marceau à la télé (eh oui, ça fait un choc !). Yuri, coréenne, est en fait extrêmement belle, douce, et gentille, et il va donc s’en suivre une rivalité entre frères pour la conquérir.

Sans être émouvante, la série capture tout de même assez bien les émois de ces jeunes mâles. Une approche simpliste, directe, avec moins d’emphase sur la romance. Le scénario n’oublie pas d’être drôle, notamment avec Joon qui n’arrive jamais à se mettre à son avantage. Le charme des interprètes agit malgré les années, mais j’y suis tout de même moins sensible. Ce côté désuet a son avantage pour les nostalgiques : on retrouve les vieux téléphones, les ordinateurs énormes avec leurs disquettes 5″ 1/4, les ballades a capella avant l’apparition de la kpop, l’ambiance universitaire avec les soirées alcoolisées, et le look de l’époque, entre cheveux gominés et lunettes pour frimer… Je ne peux malheureusement pas en dire autant pour l’accompagnement sonore, car je n’ai pas la nostalgie des keyboards et je m’attendais à plus d’ampleur, plus de chaleur.

Directe, mais pas minimaliste, la série prendra son temps pour vous convaincre, surtout si vous recherchez cette description si particulière de l’émotion chez nos amis coréens. Ce n’est qu’à la fin du deuxième épisode que j’ai vraiment eu envie de voir la suite. Il faut un temps d’acclimatation : les personnages ont du potentiel pour être attachants, c’est certain. Et on s’amuse de cette chasse amoureuse. Ce voyage dans le temps est aussi un intéressant témoignage sur la jeunesse, sur les nouveaux héros de fictions qui allaient prendre de l’ampleur, et non une reconstitution romancée comme Answer me 1997. Une expérience à renouveler.

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