Analyse des dramas coréens (2ème partie) : le couple, le statut de la femme et de l’homme

Quand on débute dans les dramas coréens, on est immergé par une foule de thématiques et d’aspects propres à la culture de ce pays. Cette deuxième partie d’analyse des dramas coréens vous propose humblement d’en décoder et d’en approcher quelques uns, à commencer par le couple et le statut de la femme et de l’homme.

Les relations sociales en Corée : un pays machiste ? Du confucianisme au pragmatisme…

La Corée, comme aiment le rappeler ses habitants, a 5000 ans d’histoire de non-aggression de ses voisins. Elle n’a jamais été pionnière, et a toujours fonctionné comme une éponge. (On pourrait disserter longuement sur ce mélange de fierté victimaire et cette volonté actuelle d’expansionnisme culturel). La Corée est le résultat d’un syncrétisme, un mélange culturel et religieux qui, contrairement aux apparences, n’est pas figé.

Le confucianisme (500 ans avant JC) puis le néo-confucianisme (14è siècle) sont nés en Chine, pourtant ce courant philosophique a particulièrement brillé en Corée du Sud, et figure encore aujourd’hui de modèle dans les relations sociales. C’est un héritage davantage transmis à travers les comportements au fil des générations qu’à travers des lectures de texte. Et la société coréenne est en double mouvement par rapport à ce néo-confucianisme dont elle n’a pas toujours conscience : d’une part elle est fière de certaines valeurs qu’elle transporte, d’autre part la place de plus en plus prenante des femmes dans la société est en train de faire sauter un à un ces verrous, par pragmatisme plutôt que par de longs débats.

Rappelons que le confucianisme institue la piété filiale, le modèle de la famille patriarcale, avec le dévouement et le respect des jeunes vis à vis des anciens. Vous avez sans doute remarqué dans les dramas que  les parents ont souvent une figure redoutable, et que rares sont les fictions qui permettent aux tourtereaux de finir heureux sans obtenir l’accord des parents (comme Secret Garden). Autre scènes récurrentes, les enfants qui fuient ou évitent leurs parents parce qu’ils veulent vivre leur vie, ou qui à l’inverse prennent soin de leurs parents irresponsables (Marry me Mary). Vous aurez aussi remarqué l’importance du respect dû à l’âge qui s’insinue dans toutes les relations entre les personnages : quoi qu’il se passe, un jeune doit respecter son aîné, même si celui-ci a tort. Les dramas peuvent s’en amuser (Baby-faced beauty) ou en faire de véritables obstacles à franchir.

Cette différenciation des relations liées à l’âge (cf glossaire) se retrouve également au sein du couple. La société coréenne voyait d’un meilleur œil les relations entre un homme âgé et une femme jeune, mais cela est en train d’évoluer rapidement. Les dramas eux-mêmes reflètent cette évolution, aidés il est vrai par l’audience des femmes plus âgées qui rêvent d’être en couple avec des hommes plus jeunes qu’eux. On ne compte plus les dramas qui accentuent cette tendance commencée il y a quelques années (What’s up Fox, Cinderella sister, Personal taste, …) et initiée par le drama My name is Kim Sam Soon.

Ce modèle patriarcal fait bondir nombre de féministes. Nous, occidentaux, avons l’image de la femme asiatique soumise. La réalité diffère quelque peu. Pour expliquer ceci, je vais me permettre de résumer la réflexion de Martine Prost, maitre de conférences à l’Université Paris-Diderot, dans son merveilleux livre (« Scènes de vie en Corée », aux éditions l’Asiathèque, livre que je recommande plus que chaudement car il analyse les comportements coréens. Un vrai régal quand on regarde des dramas coréens, tant on ne peut s’empêcher de faire des allers et venues entre la fiction et la réalité décrite. Faites vous plaisir pour Noël, vous ne le regretterez pas)

Si dans la sphère publique la femme a un devoir de réserve (elle ne contredira jamais quelqu’un et n’imposera pas non plus ses idées), il s’agit surtout d’un jeu dans lequel personne n’est dupe. Une femme volubile n’attire pas sur elle les regards des hommes, lesquels considèrent la discrétion comme une forme d’intelligence. Tout est une question d’apparence : les hommes cherchent à maintenir leur statut en conservant la main mise sur la sphère publique, et en compensation donnent tous les pouvoirs à leur femme dans la sphère intime. Au foyer, la femme gère tout, et l’homme donne la totalité de son salaire à son épouse qui gère comme elle veut cet argent. C’est encore elle qui choisira le logement, les vacances, l’école pour les enfants, le montant de l’épargne, sans en référer à son mari. Les apparences sont trompeuses, y compris au moment des repas familiaux : si la femme sert son mari, c’est aussi une façon d’imposer son choix. C’est elle qui va décider ce que son mari va manger ou boire. Il ne s’agit pas non plus d’une forme d’autoritarisme, mais plutôt de connaissance approfondie des goûts de l’autre. Le mari ne discutera jamais les choix de son épouse. Les femmes prennent le pouvoir par petites touches, et demandent désormais à leurs compagnons de s’investir à la cuisine, et d’être plus expressifs, plus tendres.

La femme coréenne jouit en réalité d’une liberté immense si elle répond correctement à ses deux devoirs : ne pas tromper son mari, et s’occuper de l’éducation des enfants. Elle n’a pas à justifier son emploi du temps, son mari ne le lui demandera jamais en dehors de formules floues et polies n’appelant aucune réponse précise. La femme coréenne peut donc passer tout son temps avec ses amies, des bains chauds aux activités sportives, faire du farniente ou du shopping, ou déjeuner dans des restaurants chics si le budget le lui permet (cf. l’amie de Yoon Eun Hye dans Lie to me, par exemple). Cette situation change, évidemment, si la femme travaille. Dans ce cas sa liberté d’action sera plus réduite du fait du temps restant.

En Corée, il n’y a pas d’individualisme mais le sentiment d’appartenance à une communauté. Cette communauté passe avant. Et si la femme travaille quotidiennement avec des hommes, souvent elle préfère sortir entre femmes à la fin de la journée. Car là, elles ne sont plus obligées d’être aussi attentives à leurs gestes. Cette liberté n’est pourtant pas acquise avec la famille. Même les féministes coréennes qui revendiquent leur indépendance ont du mal à l’assumer pleinement, du fait du poids de la famille, de l’interventionnisme de la belle-mère ou de leur mère poule. Être indépendante signifie sortir de la communauté et se retrouver isolée. Pour être libre, au fond, la femme coréenne doit ménager ses espaces et contourner le système avec intelligence.

Quelques faits peuvent accompagner cette réflexion. Il n’est guère étonnant, au fond, de voir les divorces augmenter de manière spectaculaire, car les mentalités des hommes n’arrivent pas à évoluer aussi vite que les jeunes femmes. Plus de la moitié des femmes de 20 à 40 ans estiment que le divorce est nécessaire si elles ne sont pas heureuses. Pour une femme sur 5 c’est même une option viable tant qu’elles n’ont pas d’enfants. Ces taux sont largement supérieurs aux réponses des hommes. Les causes de divorce sont majoritairement les conflits entre époux (plus de la moitié des cas), suivis de problèmes économiques, de l’infidélité du partenaire et enfin des conflits familiaux. A noter que selon une récente étude sur l’infidélité, autre tabou en Corée, 68 % des hommes et 12 % des femmes auraient des relations sexuelles hors mariage.

De tabou, le divorce est devenu un phénomène en moins de 10 ans. La pression familiale est encore forte, obligeant les enfants à se marier avant leurs 30 ans. Les rencontres sont organisées par les parents, et les mariages précipités, parfois à peine 3 mois après la rencontre. Si les fictions coréennes décrivent très bien cette pression familiale et les rendez-vous arrangés (Coffee Prince), en revanche, le happy ending, comme dit précédemment dans mon premier article, est toujours de rigueur. Les jeunes couples ne vivent que très rarement ensemble avant de se marier. Et les taux de divorce explosent 2-3 ans après le mariage. Le divorce des jeunes commence de plus en plus à être accepté, et fait même des émules auprès des ménagères de plus de 65 ans. Plus que jamais les femmes prennent le leadership dans leur couple, s’imposent face à leur maris et décident du divorce. Et les remariages commencent à prendre de l’ampleur. A noter également, l’augmentation du nombre d’unions mixtes, entre asiatiques du sud-est, mais également entre occidentaux et coréens, unions qui se terminent de plus en plus fréquemment par des séparations difficiles. Ces statistiques ne sont pas sans inquiéter les dirigeants, qui voient s’effondrer la natalité du pays (à peine un enfant par femme, ce qui menace la démographie du pays), alors que dans les années 70 le discours était de réduire la natalité pour « réduire la misère ».

La thématique du divorce (et encore moins celle de l’adultère) n’est pas très courante dans les dramas récents, où mariage et enfants font toujours figure d’aboutissement. Dans ce contexte difficile, ne vous étonnez donc pas si par exemple The Vineyard Man montre le couple avoir de nombreux enfants. Pourtant, ces thématiques plus « modernes » reviennent après avoir été délaissées (elles figuraient notamment dans les daily dramas au début des années 2000). Peu de couples mariés occupent une place prépondérante, ou alors leur séparation n’est que ponctuelle (Lie to me, City Hall). On citera Alone in love, bien sûr, ou plus récemment Can’t Lose pour ce qui est des conflits entre couples mariés. Mais généralement on évoque le divorcé comme quelqu’un qui cherche à se remarier, comme dans Love Mariage. First Wives Club ou Dal Ja Spring évoqueront quant à elles l’infidélité, lorsque pour cette dernière série l’héroïne se rend compte qu’un de ses prétendants est marié. La thématique de l’infidélité est encore moins évidente à la télévision coréenne, puisqu’il s’agit encore d’un délit condamné par la loi, qui veut « protéger la moralité dans la société ». Hypocrisie latente, évidemment, puisqu’une femme infidèle a été condamnée à 6 mois avec sursis alors que son mari couchait avec des prostituées depuis 10 ans. Dans les faits, heureusement, l’infidélité est rarement condamnée par les tribunaux, mais cela arrive encore et suscite une certaine indignation. Mais c’est ainsi que la société coréenne se réforme, en faisant sauter ces verrous, et en passant à autre chose dès qu’un phénomène de société prend de l’ampleur et que l’on ne peut plus le cacher (nous y reviendrons en parlant de l’homosexualité lors d’un prochain article).

Qu’en est-il alors de la femme ?

Nous avons vu précédemment comment la jeune femme moderne était présentée dans les fictions : combative, courageuse, et … innocente.

Cette candeur, naïveté dans les relations qui nous paraît parfois si exagérée, s’explique avec quelques faits troublants. Tout d’abord, le fait que la sexualisation de la femme n’existe qu’en surface. On se moque souvent des héroïnes effrayées à l’idée de franchir le cap alors qu’elles ont 30 ans révolues (la peur du baiser, les « réveils » aux côté d’un homme, sont de grands classiques dans les fictions, comme dans My name is kim sam soon, alors que l’héroïne est pourtant trentenaire). Et pourtant, il n’est pas rare de voir les femmes n’avoir aucune idée de la chose. On comprend mieux quand on lit que les publicités pour les contraceptifs ont eu du mal à être diffusées. L’éducation sexuelle des femmes est en retard, et jusqu’à il y a peu il était difficile d obtenir une information à destination des femmes sur l’usage du préservatif en dehors de la protection envers le HIV. Les hommes, en revanche, sont au fait des choses et ce sont eux qui parlent ou choisissent la contraception.

Les mœurs évoluent : plus d’un homme sur 4 a eu des relations sexuelles avant ses 18 ans (8 % pour les femmes). (Comparativement, un français sur 4 a des relations sexuelles avant 16 ans). Mais la société coréenne met toujours l’accent sur l’initiation sexuelle de la femme … par son mari.

Il ne faudrait cependant pas généraliser aussi facilement. Si les fictions coréennes restent dans l’ensemble très prudes, la question de la sexualité féminine fait peu à peu son chemin dans les médias. J’ai évidemment plaisir à citer le film My Wife got Married, où Son Ye Jin incarne une femme mariée qui veut avoir… un deuxième homme en plus dans sa vie. Un ménage à trois pas forcément facile à accepter pour le premier mari, complètement dépassé par cette requête, où tous ses repères sociaux s’écroulent.

Je n’aborderai pas ici la sexualisation de la femme dans la K-pop, mais il est assez frappant de constater le décalage entre l’image d’un clip et l’image d’un drama.

Pour terminer, une petite statistique sur la violence sexuelle faites aux femmes : une coréenne sur 4 aurait été victime d’agression sexuelle ou d’attouchements dans les transports en commun. Parfois, un simple chiffre en dit long.

L’homme dans les dramas

Nous avions vu précédemment les caractères stéréotypés, l’arrogance du héros, souvent… riche et séducteur. Notez bien que là aussi l’arrogance a une base « culturelle ». Beaucoup de femmes coréennes interrogées sur leur perception des hommes coréens déclarent ainsi que dans la vie les hommes leur semblent égoïstes et immatures. Bien que dépendant de leurs mères et de leurs femmes (comme nous l’avons vu précédemment), ils ne veulent cependant pas le montrer, par fierté. Et ainsi, ils tenteraient, selon l’analyse féminine, de masquer cette dépendance en contrôlant les femmes.

L’ apparence masculine a elle aussi beaucoup bougé ces dernières années. Alors qu’il y a peu c’était la femme qui se travestissait en homme (Coffee Prince, Sungkyunkwan scandal, Painter of the Wind), c’est désormais la métrosexualisation de l’homme qui fait fureur. Si le baume à lèvres violet porté par Bae Yong joon dans Winter Sonata était assez surprenant à l’époque, ce n’est rien quand on regarde l’apparence des Flower boys (Boys over Flowers, Flower boys ramyun shop…)

Ah, Flower boys. Certains sociologues avancent la thèse selon laquelle la métrosexualisation des héros est en fait une réponse des femmes vis à vis de la société patriarcale. Ne pouvant critiquer ouvertement l’emprise de l’homme, la femme coréenne s’est mise à attaquer le modèle de l’homme « traditionnel », toujours présenté comme solide jusqu’alors. Ainsi le héros masculin a ses tares : que ce soit celui de Secret Garden, ou celui de You’re Beautiful, par exemple ils cachent tous les deux une faiblesse. (On peut d’ailleurs rapprocher cette tendance avec celle décrite plus haut, de former un couple entre un homme jeune et une femme plus âgée, comme dans The Manny où le héros prend soin de lui, fait du sport, fait craquer sa patronne plus âgée en plus d’être un excellent babysitter !).

Le terme Flower boys dérive bien sûr de certains types de mangas. Mais cela traduit surtout une nette différenciation entre la culture asiatique et la culture occidentale. Chez nous, la représentation du mâle viril est celui d’un type musclé, bronzé, brun, si possible poilu/mal rasé. La métrosexualisation se traduit essentiellement par l’apparition d’hommes prenant soin de leurs visages, de leurs corps, ou faisant particulièrement attention à la mode (on citera David Beckham en exemple). En Asie, les traits masculins recherchés ne sont pas les mêmes : d’une part parce que la pilosité naturelle n’est pas comparable, mais aussi parce que la pâleur fait partie des critères de beauté. On évite le soleil pour ne pas être un paysan, on se protège avec n’importe quoi, un journal, un portefeuille.. Exit donc les séances de bronzage. La Corée, qui a été une nation de paysans, ne veut plus voir ces visages burinés par le soleil, elle veut montrer qu’elle est une société moderne, avec des visages clairs, purs, des peaux lisses frottées avec entrain sous l’eau. On ne craint que les UV (et les lunettes de soleil sont davantage des accessoires de mode que des objets utiles car les pupilles des coréens sont moins réactives au soleil). La chaleur, au contraire, on la recherche brûlante.

De la même façon qu’il y a des critères de beauté pour les femmes (la S-Line pour le profil du corps et la V-line pour la forme du visage de face – un critère qui nous paraît ridicule à nous occidentaux), il y a des critères de beauté pour l’homme, qui se doit non seulement de faire attention à son corps via de multiples soins et pommades mais aussi d’avoir une taille minimale. Un homme fort, c’est un homme grand. Et les japonais sont méprisés pour leur petite taille. Le flower boy est donc typiquement un jeune de grande taille (donc fort), riche (ce qui lui permet de prendre soin de son corps), avec une peau de porcelaine, des yeux ronds, et un sourire éclatant…

Le culte de l’apparence en Corée a donc permis l’éclosion de nouveaux fantasmes pour les jeunes femmes. Suivre la mode est un impératif si on veut faire partie de la société. La mode coréenne n’est pas l’affirmation de soi, (il n’y a pas d’individualisme en Corée), c’est l’affirmation d’appartenir à un groupe. Il faut donc ressembler à tout le monde. Et comme les riches suivent au plus près les tendances, il faut suivre en dépensant tout son argent. Car être beau permet d’exister, d’être reconnu, bien plus que de savoir parler. Dans cette société confucianiste, l’apparence est primordiale, et on engagera sans aucun remord un homme beau plutôt qu’un homme moins beau mais plus qualifié. Ainsi depuis les années 2000, la chirurgie esthétique ne s’attaque plus seulement à la création de doubles paupières, mais à la réfection totale du visage et de la silhouette féminine. Ce qui suscite des remous pour les stars qui en font usage. Non pas parce qu’elles l’ont fait, mais parce qu’elles ne l’avouent pas toujours. Eh oui, faire croire que l’on est naturellement parfait, ça fait rêver. Dans le film 200 Pounds Beauty, l’héroïne est une chanteuse obèse qui n’arrive pas à percer. Elle perd ses kilos, recourt à la chirurgie esthétique, rencontre le succès sous une nouvelle identité et lorsque le public apprend la vérité sur son opération, cela ne lui pose aucun problème. Et le phénomène touche également les stars masculines, qui se font refaire le nez (comme l’un des chanteurs de Super Junior). 15 % des hommes sont passés par le bistouri, tout comme 50 à 70 % des jeunes femmes. Des chiffres époustouflants.

Dans une troisième partie, nous parlerons des thèmes que je n’ai pas encore pu aborder, comme la place faite aux étrangers et  à l’homosexualité dans les dramas, et certains autres aspects culturels déjà aperçus dans de nombreuses fictions (comme la religion). Merci pour tous vos commentaires, ce fut un travail particulièrement intense et fatigant vu mon état de santé, mais ce fut une fois encore très intéressant de mettre en lumière ce qui se laissait déjà deviner au fil des dramas. J’espère vous écrire la suite la semaine prochaine si tout va bien.

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Analyse des dramas coréens (1ère partie) : présentation, historique et structure

Il n’est pas facile de rédiger un tel article, mais j’espère que cette analyse synthétique servira aux débutants et aux amateurs de dramas coréens. Encore une fois n’hésitez pas à me corriger, compléter…

  • Courte présentation

Les dramas coréens se répartissent en plusieurs genres : espionnage, action, thrillers, dramas historiques (sageuk), histoires d’amour ou récits de guerre …

Par exemple, il existe toute une palette de nuances dans les histoires d’amour : les comédies romantiques, les mélodrames, les romances « positives », les romances plus réalistes… Toutes montrent l’amour selon un ou plusieurs angles. En effet, les croisements entre différentes thématiques (et sous-thématiques) sont légion.

Autre genre prédominant, le drama historique (sageuk) peut très bien raconter le passé du pays, mais il a su se moderniser tout en modifiant des réalités historiques (mais nous allons y revenir), comme la place de la femme. Ainsi on peut très bien avoir des sageuk à destination d’un public jeune, des drama fusion sageuk romance ou fusion sageuk fantasy, etc… Les sageuk ont généralement des personnages plus ambivalents, plus fouillés que dans les comédies romantiques ou les mélos.

Cette variété des genres ne masque cependant pas certains traits communs à de multiples dramas. Ceux-ci sont en effet conçus selon certaines recettes, qui de prime abord peuvent sembler rédhibitoires, mais dont l’efficacité n’est plus à prouver.

  • Les comédies romantiques, les mélos, une formule usée ?

Il y a encore 5 ans, il était facile de généraliser sur les ficelles de ces séries, d’en faire une liste et de s’en moquer. Cette moquerie, souvent reprise par de nombreux blogs de fans de dramas coréens doit être comprise : le public n’est jamais dupe. Mais nous allons y revenir. Par exemple :

– à la fin de la série, l’héroïne meurt d’un cancer en phase terminale ou tout est bien qui finit bien.

– le riche héros gagne le cœur de la pauvre héroïne

– le personnage secondaire masculin, riche, lui aussi, est le prototype de l’amoureux silencieux qui finira meilleur ami.

– un triangle amoureux est créé entre le héros, l’héroïne et un personnage féminin malfaisant.

– de nombreux flashbacks montrent les héros rentrer saouls, à califourchon, ou sur la plage.

– une partie conséquente de la série se déroule dans un hôpital, suite à des accidents ou maladies.

Derrière cette formule, pourtant, il y a un but : faire rêver. Les dramas s’adressent aux masses laborieuses, et leur montrent des portraits de réussite : des travailleurs acharnés qui parviennent à leurs fins en surmontant des obstacles. Ils montrent également un prototype de luxe, (généralement la maison, les costumes du riche héritier) pour donner un but à atteindre. Pour ne pas rendre l’héroïne ennuyeuse dans sa quête, on la dote souvent dans les comédies romantiques de traits de caractères ambivalents : elle est rebelle/combative mais innocente. C’est d’ailleurs cette dualité qui fait le charme du personnage pour le téléspectateur masculin. Et sans être délibérément aegyo, l’héroïne dévoile peu à peu ses charmes et sa complexité. Nous reviendrons sur quelques uns des clichés utilisés dans la formule ci-dessus pour évoquer l’aspect culturel (notamment la consommation de boissons alcoolisées).

  • L’origine des dramas coréens : la danse dramatique ?

Certains auteurs aiment penser que les dramas sont la suite logique du goût pour la dramaturgie, développé par les danses Ch’oyong, nées au Royaume de Silla (pendant l’époque des 3 royaumes, une centaine d’années avant JC). Ces danses racontaient déjà des histoires dramatiques, même si l’emphase portait sur la gestuelle. Les danses Cho’yong étaient étaient des danses lentes destinées à la cour.

Lors de la dynastie Goryeo (918-1392), les danses sont faites pour des hommes portant des masques. Un véritable script est utilisé, avec des chants, et quelques paroles. Le mélange prend la forme d’un sandae.

Ce sandae devient un des rouages essentiels du fonctionnement de la cour pendant la dynastie Joseon (1392-1910), avant de devenir un divertissement pour le peuple paysan, avec des histoires drôles, satiriques, qui tournaient en ridicule les classes supérieures, des prêtres bouddhistes aux aristocrates yangban.

D’autres divertissements voient le jour, des spectacles de marionnette, d’acrobatie, voire des dérivés de rituels shamaniques. Mais en 1900, l’influence du monde occidental les fera disparaître.

  • Les premiers dramas (1960-1970)

Le tout premier sageuk fut diffusé en 1964, intitulé A Far Away Country. Ce fut une romance tragique qui s’inspirait davantage de légendes que de réalités historiques, les légendes étant bien plus dramatiques (et l’histoire écrite bien plus difficile à consulter et à traduire) . Cette fiction était une sorte de Roméo et Juliet où le  prince Hodong du Goguryeo tombait amoureux d’une femme ennemie.

Jusque dans les années 70, les réalisateurs étaient confinés dans des studios, ce qui limitait d’autant leur capacité à reconstituer des batailles ou des évènements d’envergure.

  • Les dramas dans les années 1980

Ces dramas mettaient l’accent sur l’aspect historique, comme l’ensemble de séries 500 years of Joseon Dynasty, soit 11 séries diffusées de 1983 à 1990. Les acteurs étaient pour la plupart âgés et l’objectif était de montrer de longs dramas familiaux.  Les années 80 sont d’ailleurs souvent considérés comme l’âge d’or des sageuks.

  • Les dramas dans les années 1990

Dans les années 1990, la popularité des sageuks va nettement s’amoindrir pour laisser place à des dramas modernes, qui ciblent leur casting, pour plaire à un public plus jeune. Ainsi arrivèrent Jealousy en 1992, Feelings en 1994. On remarquera d’ailleurs que les titres de ces séries donnent le ton : Ambition, Challenge, Lover, Star, Crush, Memories,… On retiendra par exemple Happy Together (1999), qui réunit un casting impressionnant de stars alors débutantes : Lee Byung Hun, Kim Ha Neul, Cha Tae Hyun, Jun Ji Hyun, Han Go Eun, Song Seung Hun,… Toutes ces stars sont encore là.  Autre drama emblématique de l’époque : Sandglass (1995), qui relate l’histoire de la Corée des années 70 aux années 80, et permit notamment aux coréens qui sortaient à peine de la censure de découvrir la vérité sur le massacre de Gwangju (qualifié à l’époque de révolte communiste par les dirigeants alors qu’il s’agissait d’une révolte démocratique).

  • Les dramas coréens de 2000 à 2010 : une transition vers le happy ending

Les années 2000 permettent au genre sageuk de ressusciter… sous une forme plus contemporaine : les fusion sageuks, qui mélangent ainsi  l’histoire et le mélodrame moderne, sont de très grands succès d’audience, comme Damo (2003), Dae Jang Geum (2003) ou plus récemment Queen Seon Deok (2009). Les réalités historiques sont de moins en moins respectées au profit de l’aspect mélodramatique (exemple : une jumelle inventée dans Queen Seon Deok). Et à l’inverse certaines légendes se voient transformées pour paraître plus réalistes, comme dans Jumong.

Les premiers dramas modernes du second millénaire étaient quant à eux pour la plupart des mélodrames larmoyants, avec en figures de proue Autumn Tale (Autumn in my heart) et Winter Sonata. Ce sont ces dramas immensément populaires en Corée et en Asie qui ont usé et abusé de techniques redoutables : les flashbacks, d’une part, et des éléments scénaristiques d’autre part.

Les flashbacks, il faut le dire, ont été une plaie pour de nombreux dramas. Longs, répétitifs (au point parfois d’avoir des flashbacks utilisant les mêmes scènes dans un même épisode) ils avaient cependant plusieurs atouts. Le premier, c’est de rallonger la durée d’un épisode sans augmenter la durée du tournage. Rappelons quand même que les moyens financiers mis en œuvre ne sont pas du même niveau que les américains. Le deuxième atout, concernait le public visé : les ménagères, les ajummas. Le récit, parfois complexe dans ses révélations, avait besoin d’être entendu par des personnes qui n’avaient pas forcément le temps d’être attentives. Et les séquences d’émotions répétées en boucle insufflaient parfaitement le message.

Les thématiques employées n’avaient qu’un but : faire pleurer. Échanges de bébés à leurs naissances, histoire d’amour impossibles à cause de relations incestueuses, secrets de famille, pertes de mémoire, accidents, leucémies foudroyantes, la liste est longue. Les évènements se suivaient les uns à la suite des autres pour prolonger la tristesse. Les mélodrames coréens, sachez-le, ne font pas de cadeaux. Mais comme tout mélo, c’est dans la tristesse que l’on trouve le plaisir.

Il faut donc bien distinguer les mélos des comédies romantiques. Les mélos restent l’apanage des daily dramas, pour un public de ménagères. Mais on en trouve encore parfois en soirée. Car le mélo est un genre dont les coréens sont très friands. La structure même a évolué également. Il est loin le temps des histoires de Winter Sonata ou Autumn in my heart. Les mélos sont moins lourds, moins larmoyants. Souvent, des indices nous sont donnés au fur et à mesure pour comprendre les liens entre les personnages (secrets de naissance bien souvent). Et certaines thématiques disparaissent comme la perte de mémoire, l’inceste…

Avec la popularité grandissante des dramas, il fallait donner de nouvelles histoires et élargir le public. Parmi ces dramas, le plus emblématique fut certainement Full House.  La tragédie allait peu à peu prendre une place un peu moins importante à la télévision coréenne. Après tant de drames, tant de larmes versées, le happy ending devenait (enfin) de rigueur.

Ce happy ending n’était pas évident pour les producteurs, les réalisateurs et les scénaristes, pour qui la tragédie était une forme d’art majeure. Mais cette tragédie s’adressait à un public. Un public qui versait des torrents de larmes à chaque épisode, qui soutenaient autant que possible leurs héros au travers de leurs épreuves. Ce public là réclamait sa récompense et le fit savoir. La pression fut trop grande. Le public avait gagné. Et pour des questions d’alignement avec les réactions du public, les dramas allaient de plus en plus être tournés dans des conditions « Live » (script parfois donné quelques minutes avant le tournage, lui-même à quelques jours de la diffusion).

Ainsi, la fin de certains mélodrames allait être modifiée (pour des raisons de spoiler, je ne nommerai pas ces séries).

Les techniques utilisées, cependant, n’allaient pas changer aussi vite. Full House est rempli de longueurs, de flashbacks, au point que le visionnage de la dernière partie de la série peut s’effectuer sans remords, en accélérant la vitesse. Mais le genre de la comédie romantique avait trouvé son premier succès international.

Cela explique d’ailleurs pourquoi la série fut maintes fois copiée dans les années à venir, au point de susciter beaucoup d’interrogations, à l’époque, sur l’avenir des dramas coréens. Ne vous étonnez pas si dans les scenarii de dramas, vous trouvez des histoires de cohabitation d’une femme et d’un homme sous un même toit, régi par un contrat. C’est l’effet Full House qui perdure.

En 5 ans, de 2005 à 2010, les choses vont donc évoluer…Les dramas deviennent plus légers en soirée pour plaire aux jeunes, alors que les drames restent très prisés par les ménagères.

Le rythme des évènements s’accroit, les schémas se diversifient….et le câble commence à prendre de l’ampleur. Fin 2011 de nombreuses chaînes câblées vont voir le jour, et les thématiques, les réalisations, les ambitions commencent à se diversifier. Les moyens financiers augmentent également, permettant de nombreux effets spéciaux dans des dramas historiques ou des thrillers d’action (Iris). Les triangles amoureux ne sont plus systématiques depuis 2007 et les flashbacks disparaissent peu à peu. Nous reparlerons des aspects culturels contemporains dans un prochain article.

  • Comment regarder les dramas ?

La bonne façon finalement d’aborder les dramas est de s’imprégner de son atmosphère, mais de ne pas rester dupe. Les amateurs de k-dramas raffolent des listes de clichés, comme nous l’avons vu précédemment. Même si celles-ci collent de moins en moins aux récents dramas, ils sont parfaitement conscients de ce qu’ils regardent et s’en amusent. On ne regarde pas un drama coréen pour être surpris, mais pour être « réconforté ». Peu importe si l’histoire est familière et peu originale, ce qui compte c’est le charme qu’on a su donner à l’ensemble. A travers l’expression d’une grande palette d’émotions, les personnages deviennent très attachants. Le réalisme a moins de prise, c’est l’émotion qui prime. On veut donc suivre ces personnages familiers jusqu’au bout de leur aventure, les voir heureux, épanouis.

Il en résulte une véritable addiction pour le public, et même s’il y a encore 5 ans les séries américaines commençaient à percer via Internet, c’est moins le cas aujourd’hui. Car la série coréenne fait encore et toujours partie du décor quotidien. En Corée on suit la mode, on suit les acteurs avec frénésie.

Cette addiction est également due à la réalisation, qui essaye autant que possible de montrer ce que les personnages pensent ou ressentent. Parfois, c’est très lourd, avec l’abus de monologues explicatifs. Parfois ce sont de longs moments de cadrage. Mais à cause de ces techniques de réalisation, on ressent souvent une très forte implication envers les personnages.

La musique aide aussi beaucoup. Les OST de dramas contiennent de nombreuses chansons, répétées au fil des scènes, dont chacun a son utilité pour exprimer toute une palette d’émotion : l’amour, la gaieté, la tristesse… Une OST réussie contribue indéniablement à impliquer le téléspectateur et par là-même contribue au succès de la série. L’OST coréenne est bien plus indispensable à une série qu’un « simple » générique américain.

Enfin, les dramas coréens sont nettement plus orientés star-system. Ce qui fait la réussite d’un drama, c’est l’alchimie entre les protagonistes. Cela ne dépend pas seulement de la popularité des stars (comme dans Lie to me, qui réunit Kang Ji Hwan et Yoon Eun Hye), mais bien du couple qu’ils arrivent à former.

Dans une deuxième partie j’espère aborder des aspects culturels comme le féminisme et le néo-confucianisme, le statut de la belle fille et la place des aînés, l’évolution récente vers des histoires d’amour entre une femme plus âgée et un homme plus jeune, la place des étrangers dans les dramas, et bien d’autres choses… Mais afin de mieux préparer cet article sans cesse réécrit, je vais prendre quelques jours de pause dans ce Korea Special bien chargé.