Bilan de mon année télé 2011

Je tiens encore à m’excuser pour le manque de mise à jour ces derniers temps, et je vous remercie pour votre fidélité, le fait est que j’ai un peu de mal à me remotiver pour la suite, ma vie personnelle étant ce qu’elle est. Je me suis aperçu, en plus, que je n’avais même pas fêté le deuxième anniversaire du blog début décembre (!).

Mais je tenais quand même à évoquer – rapidement – cette année télé.

Commençons si vous le voulez bien, par les dramas asiatiques. L’année dernière j’avais formulé le souhait d’en regarder davantage, étant de plus en plus frustré par l’actualité et par certaines reviews élogieuses. Autant le dire tout de suite, ce ne fut pas le cas. Une fois de plus, je n’ai pas pu abandonner certaines séries américaines en cours, et je n’ai donc pas pu libérer plus de place sur mon agenda.

Pour autant, j’ai trouvé cette année dramas en demi-teinte.

Du côté japonais, j’ai définitivement abandonné toute tentative de regarder une ou deux séries de saison. Curieusement, cette année 2011 je n’ai pas vu beaucoup de dramas japonais en entier. Je n’avais pourtant pas pour habitude d’abandonner des dramas aussi facilement, mais avec les problèmes techniques (la généralisation d’un format que je ne peux lire dans des conditions de visionnage confortables), et un investissement moindre pour les personnages, je n’ai pas eu de véritable coup de cœur cette année, Jin saison 2 exceptée. J’ai même du mal à terminer la deuxième saison d’Hotaru no Hikari, moi qui avait pourtant adoré la première. La réalité, c’est que j’aurai du réserver plus de place à la découverte, ou laisser plus de chance à une série pour s’installer (comme Love Shuffle). C’est toujours frustrant de se dire qu’on passe à côté de plein de choses par manque de temps, et il va vraiment falloir que je ré-équilibre tout ça.

Du côté coréen, là aussi, j’ai été surpris par mon manque d’investissement à moyen terme. Le problème, c’est que je n’ai même pas le temps de commencer un drama que les prochains me font encore plus saliver. (C’est fou comme je suis devenu accroc aux annonces de casting, aux teasers, aux posters). Et puis, à force de lire des reviews, vient le doute. Aurais-je du continuer The Musical, Flower Boy Ramyun Shop, 49 days, Dream High, My Princess… (Pour Flower boy je crois qu’il va falloir me forcer, vu les critiques dithyrambiques) ? Aurais-je du tenter de visionner des dramas plus « girly » comme I need romance ? C’est souvent une question de cible, et cette année j’ai trouvé moins de dramas capables de me toucher, en tant qu’homme. Entre les k-pop idols et les flower boys, j’ai eu du mal à m’y retrouver. Après un hiver passé à me réjouir de certaines scènes de Secret Garden, j’attendais avec impatience le retour des comédies romantiques, lesquelles se sont révélées sympathiques (Baby-faced beautyThe Greatest Love) mais ne réussissant jamais à réunir l’intégralité des ingrédients requis. L’exemple parfait étant Lie to me. Avec un tel casting, une telle alchimie, j’ai pu vivre de belles scènes, mais l’ensemble manquait de liant pendant les 90 % du temps. Je peux d’ailleurs pleurer amèrement sur le retour de comédiennes que j’aime beaucoup : Yoon Eun Hye bien que convaincante, n’a pas choisi le meilleur drama avec Lie to Me. Quant à Kang Hye Jung, que j’attendais tellement depuis Flowers for my life, elle n’a quasiment aucun rôle dans Miss Ripley. Reste à m’investir, peut-être, sur la reine Kim Sun Ah et Scent of a woman. Mais ce que j’ai pu en lire laisse à penser que le drama n’a pas su aller au bout de son concept.

Heureusement, il y eut le drama City Hunter, qui malgré son nombre affolants de faux cliffhangers, a su rester passionnant. Et puis d’autres productions se sont révélées de très bonnes surprises, comme White Christmas et son ambiance, mais aussi Killer K dont l’action survitaminée, la tension ont permis de contrebalancer un scénario en tous points risible. Et puis, j’ai pu rattraper quelques dramas comme  l’épique The Legend, le déjanté Coffee House, le mystérieux Harvest Villa voire même quelques KBS Drama Special. De quoi oublier mon temps perdu devant Manny. Allez, l’année prochaine, je vais essayer de m’investir davantage dans un genre auquel j’ai toujours été réticent (les dramas historiques), et tenter par exemple Princess Man…Mais au final, c’est plutôt l’approche du drama coréen en tant que tel qui m’a plu cette année (collaborer à Critictoo pour essayer de trouver une liste de séries pouvant donner envie aux curieux, faire des dossiers sur la culture coréenne dans les séries (le korea special event va reprendre ne vous inquiétez pas), m’amuser avec les produits dérivés ou essayer de saliver devant la liste de dramas à venir…)

Enfin, venons-en aux séries américaines. La fin de saison précédente a déjà fait l’objet d’un billet, et comme je n’ai pas fait de réel bilan de la rentrée mis à part un article regroupant les critiques des pilotes, voici donc mes impressions. La saison précédente j’ai du dire adieu à Life Unexpected, V, Traffic Light, Chicago Code, Better with you, et Men of a certain age. Quelles séries allaient pouvoir combler ce vide ? Contre toute attente, et malgré le niveau plutôt moyen de la rentrée, je me suis surpris à accrocher à de nouvelles séries.

Parmi elles, Once upon a time signe le retour du fantastique à la télévision, et malgré des effets spéciaux au budget limité, et un enfant casse-pied, le récit est suffisamment bien tricoté avec notamment des flashbacks intéressants pour à la fois nous faire réfléchir via quelques puzzles et pour nous émouvoir sans niaiserie (ce qui n’est pas facile vu le sujet du conte de fée). Le casting est impeccable, et vu mes réactions aux premiers rebondissements, je suis attaché aux personnages. Bref, en 7 épisodes, à part un épisode en deçà, j’ai vraiment été conquis.

Je n’ai pas eu le temps de faire un bilan de la première saison, passée à la vitesse de la lumière, mais déjà je peux dire que j’ai adoré Boss. La petite Starz jouait gros, mais a réussi à diffuser une petite pépite. Bien sûr tout le monde ne va vous parler que de Kelsey Grammer, que j’adore (on ne dira jamais assez à quel point Frasier était une sitcom exceptionnelle), mais ce qui m’a le plus impressionné, c’est le sens de la mise en scène. Ces détails qui cherchent à rendre grandiloquent la moindre prise de vue. Il y a là une approche qui permet à la fois une lecture réflexive et surtout, émotionnelle. Comment éprouver de la compassion pour un être abject mais malade, qui s’accroche désespérément à ce qui lui reste : le pouvoir, alors qu’il a tout perdu par sa faute. Il y aurait tant à dire sur l’irruption de la maladie, présente dans chaque processus de décision, mais niée autant que possible. Tant de choses à dire sur les nombreux rebondissements dans cette lutte de pouvoir, ces coups bas, cette distorsion de la réalité, cette chasse à l’homme médiatique et la corruption généralisée. La série de cette fin d’année, assurément. (La première partie étant réservée à Game of Thrones).

Je nuance mon appréciation sur Homeland, qui fait déjà les gros titres un peu partout. Si la série a d’indéniables qualités : d’excellents interprètes, du suspense, un joli puzzle à déchiffrer, certains rebondissements m’ont fait tiquer. Un peu comme 24, la série n’arrive pas à prolonger son thriller sans décrédibiliser l’intelligence des personnages et certaines facilités. De fait, beaucoup d’évènements sont prévisibles et, il faut bien le dire, rageants. Mais je n’ai pas boudé mon plaisir, ça faisait longtemps qu’on avait pas eu une série aussi passionnante.

Hormis ce trio de tête, deux autres séries dramatiques ont su m’accrocher : Pan Am et Ringer. Deux séries dont l’ambition démesurée se frotte aux dures réalités : la reconstitution politique pour l’une, le puzzle d’un thriller pour l’autre. Au final, on se retrouve avec deux séries superficielles, au charme limité.Une amère déception surtout pour Pan Am, qui à défaut, aurait pu être davantage passionnante si au moins les histoires de cœur n’étaient pas aussi ridicules.

Et puis il y a les séries dont on se lasse très vite. L’année dernière ce fut Hawaï 5-0, qui n’arrivait pas à donner un background intéressant à ses personnages. Cette année, c’est notamment le cas de Person of Interest. Oui,c’est un formula show, mais le concept aurait pu donner d’intéressants rebondissements. Une fois les personnages dessinés de manière minimaliste, il ne reste plus qu’à bailler. Si quelques épisodes se sont révélés plaisants, on tourne vite en rond. Autre show policier abandonné, Prime Suspect. La prestation de Maria Bello n’est pas en cause, mais l’évolution de la série laisse pantois. Sur un concept on ne peut plus basique, voilà que les scénaristes ont choisi d’affadir le personnage principal et ses relations difficiles dans un univers policier macho. Et comme les enquêtes policières n’en sont pas (aucun raisonnement, aucune astuce, juste la chance ou le hasard pour découvrir le coupable), j’ai jeté l’éponge.

Je passe volontairement sur les séries qui m’ont fait fuir, comme Terra Nova. Reportez-vous au billet concernant les pilotes si besoin.

Heureusement, cette rentrée est aussi le retour des séries comiques. Après avoir échappé à l’horripilante New Girl, à la soporifique Whitney ou aux improbables mâles en perte de repères (Last Man Standing, Man Up, How to be a gentleman), j’ai trouvé deux jolis couples : le premier, fauché, qui baigne dans les blagues sexuelles et les réparties agressives (2 Broke Girls), le deuxième, entre un père et une fille qui essayent de s’accommoder à leur nouvelle vie déjantée dans les suburbs (Suburgatory). Malgré tout, les épisodes sont assez inconstants, mais j’espère toujours une amélioration.

Et heureusement que les nouveautés sont là, car au niveau des reprises, c’est la catastrophe. Dexter (saison 6) réussit l’exploit de détruire à peu près tout ce qui restait de la série (la relation « familiale ») tout en sombrant dans la mise en scène ridicule. The Walking Dead (saison 2) m’a fait autant d’effet qu’une boîte de somnifères excepté la jolie scène finale. House (saison 8) n’a pas su rebondir après sa calamiteuse fin de saison dernière, proposant des épisodes sans aucune perspective intéressantes pour les personnages malgré un cast plaisant et des cas médicaux guère passionnants. How i met your mother (saison 7) n’a réussi à retrouver l’humour que le temps d’un épisode, juste avant de tout détruire à nouveau. Modern Family (saison 3) n’arrive pas à faire évoluer ses personnages, et ses gags sont archi-prévisibles. Grey’s Anatomy (saison 8) a certes donné de meilleurs épisodes que la saison passée avec un peu plus d’humour, mais on est encore loin du niveau acceptable pour me faire à nouveau apprécier les personnages.

Quelques séries réussissent peu à peu à se sortir de leur bourbier : The Good Wife (saison 3), d’abord (qui a développé une relation auquel je n’accroche pas au lieu de montrer un fil rouge et des enjeux intéressants), et The Mentalist (saison 4) qui après l’énorme gifle du season premiere a donné quelques épisodes plus sympathiques pour se faire pardonner. Enfin, le retour de Chuck (saison 5) fut très décevant, avec un manque flagrant d’imagination et d’intrigues efficaces. Les derniers épisodes ont heureusement su redresser la barre : il fallait retourner à la spécificité de la série.

Alors que reste-t-il comme moments forts dans cette semaine ? Nikita (saison 2) tout d’abord, qui a su densifier son univers sans perdre en cohérence ni en enjeux. Parenthood (saison 3), ensuite, malgré quelques maladresses de personnages et une émotion en dessous de la saison passée. Enfin, pour les séries comiques : deux constantes : The Big Bang Theory (saison 5), qui a développé avec délice le personnage d’Amy, et Raising Hope (saison 2) qui fait toujours preuve de créativité.

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Analyse des dramas coréens (2ème partie) : le couple, le statut de la femme et de l’homme

Quand on débute dans les dramas coréens, on est immergé par une foule de thématiques et d’aspects propres à la culture de ce pays. Cette deuxième partie d’analyse des dramas coréens vous propose humblement d’en décoder et d’en approcher quelques uns, à commencer par le couple et le statut de la femme et de l’homme.

Les relations sociales en Corée : un pays machiste ? Du confucianisme au pragmatisme…

La Corée, comme aiment le rappeler ses habitants, a 5000 ans d’histoire de non-aggression de ses voisins. Elle n’a jamais été pionnière, et a toujours fonctionné comme une éponge. (On pourrait disserter longuement sur ce mélange de fierté victimaire et cette volonté actuelle d’expansionnisme culturel). La Corée est le résultat d’un syncrétisme, un mélange culturel et religieux qui, contrairement aux apparences, n’est pas figé.

Le confucianisme (500 ans avant JC) puis le néo-confucianisme (14è siècle) sont nés en Chine, pourtant ce courant philosophique a particulièrement brillé en Corée du Sud, et figure encore aujourd’hui de modèle dans les relations sociales. C’est un héritage davantage transmis à travers les comportements au fil des générations qu’à travers des lectures de texte. Et la société coréenne est en double mouvement par rapport à ce néo-confucianisme dont elle n’a pas toujours conscience : d’une part elle est fière de certaines valeurs qu’elle transporte, d’autre part la place de plus en plus prenante des femmes dans la société est en train de faire sauter un à un ces verrous, par pragmatisme plutôt que par de longs débats.

Rappelons que le confucianisme institue la piété filiale, le modèle de la famille patriarcale, avec le dévouement et le respect des jeunes vis à vis des anciens. Vous avez sans doute remarqué dans les dramas que  les parents ont souvent une figure redoutable, et que rares sont les fictions qui permettent aux tourtereaux de finir heureux sans obtenir l’accord des parents (comme Secret Garden). Autre scènes récurrentes, les enfants qui fuient ou évitent leurs parents parce qu’ils veulent vivre leur vie, ou qui à l’inverse prennent soin de leurs parents irresponsables (Marry me Mary). Vous aurez aussi remarqué l’importance du respect dû à l’âge qui s’insinue dans toutes les relations entre les personnages : quoi qu’il se passe, un jeune doit respecter son aîné, même si celui-ci a tort. Les dramas peuvent s’en amuser (Baby-faced beauty) ou en faire de véritables obstacles à franchir.

Cette différenciation des relations liées à l’âge (cf glossaire) se retrouve également au sein du couple. La société coréenne voyait d’un meilleur œil les relations entre un homme âgé et une femme jeune, mais cela est en train d’évoluer rapidement. Les dramas eux-mêmes reflètent cette évolution, aidés il est vrai par l’audience des femmes plus âgées qui rêvent d’être en couple avec des hommes plus jeunes qu’eux. On ne compte plus les dramas qui accentuent cette tendance commencée il y a quelques années (What’s up Fox, Cinderella sister, Personal taste, …) et initiée par le drama My name is Kim Sam Soon.

Ce modèle patriarcal fait bondir nombre de féministes. Nous, occidentaux, avons l’image de la femme asiatique soumise. La réalité diffère quelque peu. Pour expliquer ceci, je vais me permettre de résumer la réflexion de Martine Prost, maitre de conférences à l’Université Paris-Diderot, dans son merveilleux livre (« Scènes de vie en Corée », aux éditions l’Asiathèque, livre que je recommande plus que chaudement car il analyse les comportements coréens. Un vrai régal quand on regarde des dramas coréens, tant on ne peut s’empêcher de faire des allers et venues entre la fiction et la réalité décrite. Faites vous plaisir pour Noël, vous ne le regretterez pas)

Si dans la sphère publique la femme a un devoir de réserve (elle ne contredira jamais quelqu’un et n’imposera pas non plus ses idées), il s’agit surtout d’un jeu dans lequel personne n’est dupe. Une femme volubile n’attire pas sur elle les regards des hommes, lesquels considèrent la discrétion comme une forme d’intelligence. Tout est une question d’apparence : les hommes cherchent à maintenir leur statut en conservant la main mise sur la sphère publique, et en compensation donnent tous les pouvoirs à leur femme dans la sphère intime. Au foyer, la femme gère tout, et l’homme donne la totalité de son salaire à son épouse qui gère comme elle veut cet argent. C’est encore elle qui choisira le logement, les vacances, l’école pour les enfants, le montant de l’épargne, sans en référer à son mari. Les apparences sont trompeuses, y compris au moment des repas familiaux : si la femme sert son mari, c’est aussi une façon d’imposer son choix. C’est elle qui va décider ce que son mari va manger ou boire. Il ne s’agit pas non plus d’une forme d’autoritarisme, mais plutôt de connaissance approfondie des goûts de l’autre. Le mari ne discutera jamais les choix de son épouse. Les femmes prennent le pouvoir par petites touches, et demandent désormais à leurs compagnons de s’investir à la cuisine, et d’être plus expressifs, plus tendres.

La femme coréenne jouit en réalité d’une liberté immense si elle répond correctement à ses deux devoirs : ne pas tromper son mari, et s’occuper de l’éducation des enfants. Elle n’a pas à justifier son emploi du temps, son mari ne le lui demandera jamais en dehors de formules floues et polies n’appelant aucune réponse précise. La femme coréenne peut donc passer tout son temps avec ses amies, des bains chauds aux activités sportives, faire du farniente ou du shopping, ou déjeuner dans des restaurants chics si le budget le lui permet (cf. l’amie de Yoon Eun Hye dans Lie to me, par exemple). Cette situation change, évidemment, si la femme travaille. Dans ce cas sa liberté d’action sera plus réduite du fait du temps restant.

En Corée, il n’y a pas d’individualisme mais le sentiment d’appartenance à une communauté. Cette communauté passe avant. Et si la femme travaille quotidiennement avec des hommes, souvent elle préfère sortir entre femmes à la fin de la journée. Car là, elles ne sont plus obligées d’être aussi attentives à leurs gestes. Cette liberté n’est pourtant pas acquise avec la famille. Même les féministes coréennes qui revendiquent leur indépendance ont du mal à l’assumer pleinement, du fait du poids de la famille, de l’interventionnisme de la belle-mère ou de leur mère poule. Être indépendante signifie sortir de la communauté et se retrouver isolée. Pour être libre, au fond, la femme coréenne doit ménager ses espaces et contourner le système avec intelligence.

Quelques faits peuvent accompagner cette réflexion. Il n’est guère étonnant, au fond, de voir les divorces augmenter de manière spectaculaire, car les mentalités des hommes n’arrivent pas à évoluer aussi vite que les jeunes femmes. Plus de la moitié des femmes de 20 à 40 ans estiment que le divorce est nécessaire si elles ne sont pas heureuses. Pour une femme sur 5 c’est même une option viable tant qu’elles n’ont pas d’enfants. Ces taux sont largement supérieurs aux réponses des hommes. Les causes de divorce sont majoritairement les conflits entre époux (plus de la moitié des cas), suivis de problèmes économiques, de l’infidélité du partenaire et enfin des conflits familiaux. A noter que selon une récente étude sur l’infidélité, autre tabou en Corée, 68 % des hommes et 12 % des femmes auraient des relations sexuelles hors mariage.

De tabou, le divorce est devenu un phénomène en moins de 10 ans. La pression familiale est encore forte, obligeant les enfants à se marier avant leurs 30 ans. Les rencontres sont organisées par les parents, et les mariages précipités, parfois à peine 3 mois après la rencontre. Si les fictions coréennes décrivent très bien cette pression familiale et les rendez-vous arrangés (Coffee Prince), en revanche, le happy ending, comme dit précédemment dans mon premier article, est toujours de rigueur. Les jeunes couples ne vivent que très rarement ensemble avant de se marier. Et les taux de divorce explosent 2-3 ans après le mariage. Le divorce des jeunes commence de plus en plus à être accepté, et fait même des émules auprès des ménagères de plus de 65 ans. Plus que jamais les femmes prennent le leadership dans leur couple, s’imposent face à leur maris et décident du divorce. Et les remariages commencent à prendre de l’ampleur. A noter également, l’augmentation du nombre d’unions mixtes, entre asiatiques du sud-est, mais également entre occidentaux et coréens, unions qui se terminent de plus en plus fréquemment par des séparations difficiles. Ces statistiques ne sont pas sans inquiéter les dirigeants, qui voient s’effondrer la natalité du pays (à peine un enfant par femme, ce qui menace la démographie du pays), alors que dans les années 70 le discours était de réduire la natalité pour « réduire la misère ».

La thématique du divorce (et encore moins celle de l’adultère) n’est pas très courante dans les dramas récents, où mariage et enfants font toujours figure d’aboutissement. Dans ce contexte difficile, ne vous étonnez donc pas si par exemple The Vineyard Man montre le couple avoir de nombreux enfants. Pourtant, ces thématiques plus « modernes » reviennent après avoir été délaissées (elles figuraient notamment dans les daily dramas au début des années 2000). Peu de couples mariés occupent une place prépondérante, ou alors leur séparation n’est que ponctuelle (Lie to me, City Hall). On citera Alone in love, bien sûr, ou plus récemment Can’t Lose pour ce qui est des conflits entre couples mariés. Mais généralement on évoque le divorcé comme quelqu’un qui cherche à se remarier, comme dans Love Mariage. First Wives Club ou Dal Ja Spring évoqueront quant à elles l’infidélité, lorsque pour cette dernière série l’héroïne se rend compte qu’un de ses prétendants est marié. La thématique de l’infidélité est encore moins évidente à la télévision coréenne, puisqu’il s’agit encore d’un délit condamné par la loi, qui veut « protéger la moralité dans la société ». Hypocrisie latente, évidemment, puisqu’une femme infidèle a été condamnée à 6 mois avec sursis alors que son mari couchait avec des prostituées depuis 10 ans. Dans les faits, heureusement, l’infidélité est rarement condamnée par les tribunaux, mais cela arrive encore et suscite une certaine indignation. Mais c’est ainsi que la société coréenne se réforme, en faisant sauter ces verrous, et en passant à autre chose dès qu’un phénomène de société prend de l’ampleur et que l’on ne peut plus le cacher (nous y reviendrons en parlant de l’homosexualité lors d’un prochain article).

Qu’en est-il alors de la femme ?

Nous avons vu précédemment comment la jeune femme moderne était présentée dans les fictions : combative, courageuse, et … innocente.

Cette candeur, naïveté dans les relations qui nous paraît parfois si exagérée, s’explique avec quelques faits troublants. Tout d’abord, le fait que la sexualisation de la femme n’existe qu’en surface. On se moque souvent des héroïnes effrayées à l’idée de franchir le cap alors qu’elles ont 30 ans révolues (la peur du baiser, les « réveils » aux côté d’un homme, sont de grands classiques dans les fictions, comme dans My name is kim sam soon, alors que l’héroïne est pourtant trentenaire). Et pourtant, il n’est pas rare de voir les femmes n’avoir aucune idée de la chose. On comprend mieux quand on lit que les publicités pour les contraceptifs ont eu du mal à être diffusées. L’éducation sexuelle des femmes est en retard, et jusqu’à il y a peu il était difficile d obtenir une information à destination des femmes sur l’usage du préservatif en dehors de la protection envers le HIV. Les hommes, en revanche, sont au fait des choses et ce sont eux qui parlent ou choisissent la contraception.

Les mœurs évoluent : plus d’un homme sur 4 a eu des relations sexuelles avant ses 18 ans (8 % pour les femmes). (Comparativement, un français sur 4 a des relations sexuelles avant 16 ans). Mais la société coréenne met toujours l’accent sur l’initiation sexuelle de la femme … par son mari.

Il ne faudrait cependant pas généraliser aussi facilement. Si les fictions coréennes restent dans l’ensemble très prudes, la question de la sexualité féminine fait peu à peu son chemin dans les médias. J’ai évidemment plaisir à citer le film My Wife got Married, où Son Ye Jin incarne une femme mariée qui veut avoir… un deuxième homme en plus dans sa vie. Un ménage à trois pas forcément facile à accepter pour le premier mari, complètement dépassé par cette requête, où tous ses repères sociaux s’écroulent.

Je n’aborderai pas ici la sexualisation de la femme dans la K-pop, mais il est assez frappant de constater le décalage entre l’image d’un clip et l’image d’un drama.

Pour terminer, une petite statistique sur la violence sexuelle faites aux femmes : une coréenne sur 4 aurait été victime d’agression sexuelle ou d’attouchements dans les transports en commun. Parfois, un simple chiffre en dit long.

L’homme dans les dramas

Nous avions vu précédemment les caractères stéréotypés, l’arrogance du héros, souvent… riche et séducteur. Notez bien que là aussi l’arrogance a une base « culturelle ». Beaucoup de femmes coréennes interrogées sur leur perception des hommes coréens déclarent ainsi que dans la vie les hommes leur semblent égoïstes et immatures. Bien que dépendant de leurs mères et de leurs femmes (comme nous l’avons vu précédemment), ils ne veulent cependant pas le montrer, par fierté. Et ainsi, ils tenteraient, selon l’analyse féminine, de masquer cette dépendance en contrôlant les femmes.

L’ apparence masculine a elle aussi beaucoup bougé ces dernières années. Alors qu’il y a peu c’était la femme qui se travestissait en homme (Coffee Prince, Sungkyunkwan scandal, Painter of the Wind), c’est désormais la métrosexualisation de l’homme qui fait fureur. Si le baume à lèvres violet porté par Bae Yong joon dans Winter Sonata était assez surprenant à l’époque, ce n’est rien quand on regarde l’apparence des Flower boys (Boys over Flowers, Flower boys ramyun shop…)

Ah, Flower boys. Certains sociologues avancent la thèse selon laquelle la métrosexualisation des héros est en fait une réponse des femmes vis à vis de la société patriarcale. Ne pouvant critiquer ouvertement l’emprise de l’homme, la femme coréenne s’est mise à attaquer le modèle de l’homme « traditionnel », toujours présenté comme solide jusqu’alors. Ainsi le héros masculin a ses tares : que ce soit celui de Secret Garden, ou celui de You’re Beautiful, par exemple ils cachent tous les deux une faiblesse. (On peut d’ailleurs rapprocher cette tendance avec celle décrite plus haut, de former un couple entre un homme jeune et une femme plus âgée, comme dans The Manny où le héros prend soin de lui, fait du sport, fait craquer sa patronne plus âgée en plus d’être un excellent babysitter !).

Le terme Flower boys dérive bien sûr de certains types de mangas. Mais cela traduit surtout une nette différenciation entre la culture asiatique et la culture occidentale. Chez nous, la représentation du mâle viril est celui d’un type musclé, bronzé, brun, si possible poilu/mal rasé. La métrosexualisation se traduit essentiellement par l’apparition d’hommes prenant soin de leurs visages, de leurs corps, ou faisant particulièrement attention à la mode (on citera David Beckham en exemple). En Asie, les traits masculins recherchés ne sont pas les mêmes : d’une part parce que la pilosité naturelle n’est pas comparable, mais aussi parce que la pâleur fait partie des critères de beauté. On évite le soleil pour ne pas être un paysan, on se protège avec n’importe quoi, un journal, un portefeuille.. Exit donc les séances de bronzage. La Corée, qui a été une nation de paysans, ne veut plus voir ces visages burinés par le soleil, elle veut montrer qu’elle est une société moderne, avec des visages clairs, purs, des peaux lisses frottées avec entrain sous l’eau. On ne craint que les UV (et les lunettes de soleil sont davantage des accessoires de mode que des objets utiles car les pupilles des coréens sont moins réactives au soleil). La chaleur, au contraire, on la recherche brûlante.

De la même façon qu’il y a des critères de beauté pour les femmes (la S-Line pour le profil du corps et la V-line pour la forme du visage de face – un critère qui nous paraît ridicule à nous occidentaux), il y a des critères de beauté pour l’homme, qui se doit non seulement de faire attention à son corps via de multiples soins et pommades mais aussi d’avoir une taille minimale. Un homme fort, c’est un homme grand. Et les japonais sont méprisés pour leur petite taille. Le flower boy est donc typiquement un jeune de grande taille (donc fort), riche (ce qui lui permet de prendre soin de son corps), avec une peau de porcelaine, des yeux ronds, et un sourire éclatant…

Le culte de l’apparence en Corée a donc permis l’éclosion de nouveaux fantasmes pour les jeunes femmes. Suivre la mode est un impératif si on veut faire partie de la société. La mode coréenne n’est pas l’affirmation de soi, (il n’y a pas d’individualisme en Corée), c’est l’affirmation d’appartenir à un groupe. Il faut donc ressembler à tout le monde. Et comme les riches suivent au plus près les tendances, il faut suivre en dépensant tout son argent. Car être beau permet d’exister, d’être reconnu, bien plus que de savoir parler. Dans cette société confucianiste, l’apparence est primordiale, et on engagera sans aucun remord un homme beau plutôt qu’un homme moins beau mais plus qualifié. Ainsi depuis les années 2000, la chirurgie esthétique ne s’attaque plus seulement à la création de doubles paupières, mais à la réfection totale du visage et de la silhouette féminine. Ce qui suscite des remous pour les stars qui en font usage. Non pas parce qu’elles l’ont fait, mais parce qu’elles ne l’avouent pas toujours. Eh oui, faire croire que l’on est naturellement parfait, ça fait rêver. Dans le film 200 Pounds Beauty, l’héroïne est une chanteuse obèse qui n’arrive pas à percer. Elle perd ses kilos, recourt à la chirurgie esthétique, rencontre le succès sous une nouvelle identité et lorsque le public apprend la vérité sur son opération, cela ne lui pose aucun problème. Et le phénomène touche également les stars masculines, qui se font refaire le nez (comme l’un des chanteurs de Super Junior). 15 % des hommes sont passés par le bistouri, tout comme 50 à 70 % des jeunes femmes. Des chiffres époustouflants.

Dans une troisième partie, nous parlerons des thèmes que je n’ai pas encore pu aborder, comme la place faite aux étrangers et  à l’homosexualité dans les dramas, et certains autres aspects culturels déjà aperçus dans de nombreuses fictions (comme la religion). Merci pour tous vos commentaires, ce fut un travail particulièrement intense et fatigant vu mon état de santé, mais ce fut une fois encore très intéressant de mettre en lumière ce qui se laissait déjà deviner au fil des dramas. J’espère vous écrire la suite la semaine prochaine si tout va bien.

Analyse des dramas coréens (1ère partie) : présentation, historique et structure

Il n’est pas facile de rédiger un tel article, mais j’espère que cette analyse synthétique servira aux débutants et aux amateurs de dramas coréens. Encore une fois n’hésitez pas à me corriger, compléter…

  • Courte présentation

Les dramas coréens se répartissent en plusieurs genres : espionnage, action, thrillers, dramas historiques (sageuk), histoires d’amour ou récits de guerre …

Par exemple, il existe toute une palette de nuances dans les histoires d’amour : les comédies romantiques, les mélodrames, les romances « positives », les romances plus réalistes… Toutes montrent l’amour selon un ou plusieurs angles. En effet, les croisements entre différentes thématiques (et sous-thématiques) sont légion.

Autre genre prédominant, le drama historique (sageuk) peut très bien raconter le passé du pays, mais il a su se moderniser tout en modifiant des réalités historiques (mais nous allons y revenir), comme la place de la femme. Ainsi on peut très bien avoir des sageuk à destination d’un public jeune, des drama fusion sageuk romance ou fusion sageuk fantasy, etc… Les sageuk ont généralement des personnages plus ambivalents, plus fouillés que dans les comédies romantiques ou les mélos.

Cette variété des genres ne masque cependant pas certains traits communs à de multiples dramas. Ceux-ci sont en effet conçus selon certaines recettes, qui de prime abord peuvent sembler rédhibitoires, mais dont l’efficacité n’est plus à prouver.

  • Les comédies romantiques, les mélos, une formule usée ?

Il y a encore 5 ans, il était facile de généraliser sur les ficelles de ces séries, d’en faire une liste et de s’en moquer. Cette moquerie, souvent reprise par de nombreux blogs de fans de dramas coréens doit être comprise : le public n’est jamais dupe. Mais nous allons y revenir. Par exemple :

– à la fin de la série, l’héroïne meurt d’un cancer en phase terminale ou tout est bien qui finit bien.

– le riche héros gagne le cœur de la pauvre héroïne

– le personnage secondaire masculin, riche, lui aussi, est le prototype de l’amoureux silencieux qui finira meilleur ami.

– un triangle amoureux est créé entre le héros, l’héroïne et un personnage féminin malfaisant.

– de nombreux flashbacks montrent les héros rentrer saouls, à califourchon, ou sur la plage.

– une partie conséquente de la série se déroule dans un hôpital, suite à des accidents ou maladies.

Derrière cette formule, pourtant, il y a un but : faire rêver. Les dramas s’adressent aux masses laborieuses, et leur montrent des portraits de réussite : des travailleurs acharnés qui parviennent à leurs fins en surmontant des obstacles. Ils montrent également un prototype de luxe, (généralement la maison, les costumes du riche héritier) pour donner un but à atteindre. Pour ne pas rendre l’héroïne ennuyeuse dans sa quête, on la dote souvent dans les comédies romantiques de traits de caractères ambivalents : elle est rebelle/combative mais innocente. C’est d’ailleurs cette dualité qui fait le charme du personnage pour le téléspectateur masculin. Et sans être délibérément aegyo, l’héroïne dévoile peu à peu ses charmes et sa complexité. Nous reviendrons sur quelques uns des clichés utilisés dans la formule ci-dessus pour évoquer l’aspect culturel (notamment la consommation de boissons alcoolisées).

  • L’origine des dramas coréens : la danse dramatique ?

Certains auteurs aiment penser que les dramas sont la suite logique du goût pour la dramaturgie, développé par les danses Ch’oyong, nées au Royaume de Silla (pendant l’époque des 3 royaumes, une centaine d’années avant JC). Ces danses racontaient déjà des histoires dramatiques, même si l’emphase portait sur la gestuelle. Les danses Cho’yong étaient étaient des danses lentes destinées à la cour.

Lors de la dynastie Goryeo (918-1392), les danses sont faites pour des hommes portant des masques. Un véritable script est utilisé, avec des chants, et quelques paroles. Le mélange prend la forme d’un sandae.

Ce sandae devient un des rouages essentiels du fonctionnement de la cour pendant la dynastie Joseon (1392-1910), avant de devenir un divertissement pour le peuple paysan, avec des histoires drôles, satiriques, qui tournaient en ridicule les classes supérieures, des prêtres bouddhistes aux aristocrates yangban.

D’autres divertissements voient le jour, des spectacles de marionnette, d’acrobatie, voire des dérivés de rituels shamaniques. Mais en 1900, l’influence du monde occidental les fera disparaître.

  • Les premiers dramas (1960-1970)

Le tout premier sageuk fut diffusé en 1964, intitulé A Far Away Country. Ce fut une romance tragique qui s’inspirait davantage de légendes que de réalités historiques, les légendes étant bien plus dramatiques (et l’histoire écrite bien plus difficile à consulter et à traduire) . Cette fiction était une sorte de Roméo et Juliet où le  prince Hodong du Goguryeo tombait amoureux d’une femme ennemie.

Jusque dans les années 70, les réalisateurs étaient confinés dans des studios, ce qui limitait d’autant leur capacité à reconstituer des batailles ou des évènements d’envergure.

  • Les dramas dans les années 1980

Ces dramas mettaient l’accent sur l’aspect historique, comme l’ensemble de séries 500 years of Joseon Dynasty, soit 11 séries diffusées de 1983 à 1990. Les acteurs étaient pour la plupart âgés et l’objectif était de montrer de longs dramas familiaux.  Les années 80 sont d’ailleurs souvent considérés comme l’âge d’or des sageuks.

  • Les dramas dans les années 1990

Dans les années 1990, la popularité des sageuks va nettement s’amoindrir pour laisser place à des dramas modernes, qui ciblent leur casting, pour plaire à un public plus jeune. Ainsi arrivèrent Jealousy en 1992, Feelings en 1994. On remarquera d’ailleurs que les titres de ces séries donnent le ton : Ambition, Challenge, Lover, Star, Crush, Memories,… On retiendra par exemple Happy Together (1999), qui réunit un casting impressionnant de stars alors débutantes : Lee Byung Hun, Kim Ha Neul, Cha Tae Hyun, Jun Ji Hyun, Han Go Eun, Song Seung Hun,… Toutes ces stars sont encore là.  Autre drama emblématique de l’époque : Sandglass (1995), qui relate l’histoire de la Corée des années 70 aux années 80, et permit notamment aux coréens qui sortaient à peine de la censure de découvrir la vérité sur le massacre de Gwangju (qualifié à l’époque de révolte communiste par les dirigeants alors qu’il s’agissait d’une révolte démocratique).

  • Les dramas coréens de 2000 à 2010 : une transition vers le happy ending

Les années 2000 permettent au genre sageuk de ressusciter… sous une forme plus contemporaine : les fusion sageuks, qui mélangent ainsi  l’histoire et le mélodrame moderne, sont de très grands succès d’audience, comme Damo (2003), Dae Jang Geum (2003) ou plus récemment Queen Seon Deok (2009). Les réalités historiques sont de moins en moins respectées au profit de l’aspect mélodramatique (exemple : une jumelle inventée dans Queen Seon Deok). Et à l’inverse certaines légendes se voient transformées pour paraître plus réalistes, comme dans Jumong.

Les premiers dramas modernes du second millénaire étaient quant à eux pour la plupart des mélodrames larmoyants, avec en figures de proue Autumn Tale (Autumn in my heart) et Winter Sonata. Ce sont ces dramas immensément populaires en Corée et en Asie qui ont usé et abusé de techniques redoutables : les flashbacks, d’une part, et des éléments scénaristiques d’autre part.

Les flashbacks, il faut le dire, ont été une plaie pour de nombreux dramas. Longs, répétitifs (au point parfois d’avoir des flashbacks utilisant les mêmes scènes dans un même épisode) ils avaient cependant plusieurs atouts. Le premier, c’est de rallonger la durée d’un épisode sans augmenter la durée du tournage. Rappelons quand même que les moyens financiers mis en œuvre ne sont pas du même niveau que les américains. Le deuxième atout, concernait le public visé : les ménagères, les ajummas. Le récit, parfois complexe dans ses révélations, avait besoin d’être entendu par des personnes qui n’avaient pas forcément le temps d’être attentives. Et les séquences d’émotions répétées en boucle insufflaient parfaitement le message.

Les thématiques employées n’avaient qu’un but : faire pleurer. Échanges de bébés à leurs naissances, histoire d’amour impossibles à cause de relations incestueuses, secrets de famille, pertes de mémoire, accidents, leucémies foudroyantes, la liste est longue. Les évènements se suivaient les uns à la suite des autres pour prolonger la tristesse. Les mélodrames coréens, sachez-le, ne font pas de cadeaux. Mais comme tout mélo, c’est dans la tristesse que l’on trouve le plaisir.

Il faut donc bien distinguer les mélos des comédies romantiques. Les mélos restent l’apanage des daily dramas, pour un public de ménagères. Mais on en trouve encore parfois en soirée. Car le mélo est un genre dont les coréens sont très friands. La structure même a évolué également. Il est loin le temps des histoires de Winter Sonata ou Autumn in my heart. Les mélos sont moins lourds, moins larmoyants. Souvent, des indices nous sont donnés au fur et à mesure pour comprendre les liens entre les personnages (secrets de naissance bien souvent). Et certaines thématiques disparaissent comme la perte de mémoire, l’inceste…

Avec la popularité grandissante des dramas, il fallait donner de nouvelles histoires et élargir le public. Parmi ces dramas, le plus emblématique fut certainement Full House.  La tragédie allait peu à peu prendre une place un peu moins importante à la télévision coréenne. Après tant de drames, tant de larmes versées, le happy ending devenait (enfin) de rigueur.

Ce happy ending n’était pas évident pour les producteurs, les réalisateurs et les scénaristes, pour qui la tragédie était une forme d’art majeure. Mais cette tragédie s’adressait à un public. Un public qui versait des torrents de larmes à chaque épisode, qui soutenaient autant que possible leurs héros au travers de leurs épreuves. Ce public là réclamait sa récompense et le fit savoir. La pression fut trop grande. Le public avait gagné. Et pour des questions d’alignement avec les réactions du public, les dramas allaient de plus en plus être tournés dans des conditions « Live » (script parfois donné quelques minutes avant le tournage, lui-même à quelques jours de la diffusion).

Ainsi, la fin de certains mélodrames allait être modifiée (pour des raisons de spoiler, je ne nommerai pas ces séries).

Les techniques utilisées, cependant, n’allaient pas changer aussi vite. Full House est rempli de longueurs, de flashbacks, au point que le visionnage de la dernière partie de la série peut s’effectuer sans remords, en accélérant la vitesse. Mais le genre de la comédie romantique avait trouvé son premier succès international.

Cela explique d’ailleurs pourquoi la série fut maintes fois copiée dans les années à venir, au point de susciter beaucoup d’interrogations, à l’époque, sur l’avenir des dramas coréens. Ne vous étonnez pas si dans les scenarii de dramas, vous trouvez des histoires de cohabitation d’une femme et d’un homme sous un même toit, régi par un contrat. C’est l’effet Full House qui perdure.

En 5 ans, de 2005 à 2010, les choses vont donc évoluer…Les dramas deviennent plus légers en soirée pour plaire aux jeunes, alors que les drames restent très prisés par les ménagères.

Le rythme des évènements s’accroit, les schémas se diversifient….et le câble commence à prendre de l’ampleur. Fin 2011 de nombreuses chaînes câblées vont voir le jour, et les thématiques, les réalisations, les ambitions commencent à se diversifier. Les moyens financiers augmentent également, permettant de nombreux effets spéciaux dans des dramas historiques ou des thrillers d’action (Iris). Les triangles amoureux ne sont plus systématiques depuis 2007 et les flashbacks disparaissent peu à peu. Nous reparlerons des aspects culturels contemporains dans un prochain article.

  • Comment regarder les dramas ?

La bonne façon finalement d’aborder les dramas est de s’imprégner de son atmosphère, mais de ne pas rester dupe. Les amateurs de k-dramas raffolent des listes de clichés, comme nous l’avons vu précédemment. Même si celles-ci collent de moins en moins aux récents dramas, ils sont parfaitement conscients de ce qu’ils regardent et s’en amusent. On ne regarde pas un drama coréen pour être surpris, mais pour être « réconforté ». Peu importe si l’histoire est familière et peu originale, ce qui compte c’est le charme qu’on a su donner à l’ensemble. A travers l’expression d’une grande palette d’émotions, les personnages deviennent très attachants. Le réalisme a moins de prise, c’est l’émotion qui prime. On veut donc suivre ces personnages familiers jusqu’au bout de leur aventure, les voir heureux, épanouis.

Il en résulte une véritable addiction pour le public, et même s’il y a encore 5 ans les séries américaines commençaient à percer via Internet, c’est moins le cas aujourd’hui. Car la série coréenne fait encore et toujours partie du décor quotidien. En Corée on suit la mode, on suit les acteurs avec frénésie.

Cette addiction est également due à la réalisation, qui essaye autant que possible de montrer ce que les personnages pensent ou ressentent. Parfois, c’est très lourd, avec l’abus de monologues explicatifs. Parfois ce sont de longs moments de cadrage. Mais à cause de ces techniques de réalisation, on ressent souvent une très forte implication envers les personnages.

La musique aide aussi beaucoup. Les OST de dramas contiennent de nombreuses chansons, répétées au fil des scènes, dont chacun a son utilité pour exprimer toute une palette d’émotion : l’amour, la gaieté, la tristesse… Une OST réussie contribue indéniablement à impliquer le téléspectateur et par là-même contribue au succès de la série. L’OST coréenne est bien plus indispensable à une série qu’un « simple » générique américain.

Enfin, les dramas coréens sont nettement plus orientés star-system. Ce qui fait la réussite d’un drama, c’est l’alchimie entre les protagonistes. Cela ne dépend pas seulement de la popularité des stars (comme dans Lie to me, qui réunit Kang Ji Hwan et Yoon Eun Hye), mais bien du couple qu’ils arrivent à former.

Dans une deuxième partie j’espère aborder des aspects culturels comme le féminisme et le néo-confucianisme, le statut de la belle fille et la place des aînés, l’évolution récente vers des histoires d’amour entre une femme plus âgée et un homme plus jeune, la place des étrangers dans les dramas, et bien d’autres choses… Mais afin de mieux préparer cet article sans cesse réécrit, je vais prendre quelques jours de pause dans ce Korea Special bien chargé.

Lie to me

Que de péripéties pour en arriver là ! Rappelons-le, suite à la mort de Park Yong Ha (Story of a man), le drama Comrades dans lequel devait participer Yoon Eun Hye (Coffee Prince) est mis en suspens. Celle-ci veut rester fidèle à ses engagements et attend un nouveau casting… qui ne viendra pas, personne ne se sentant à la hauteur. Au bout de très longs mois, l’actrice se rend à l’évidence, il lui faut trouver un nouveau projet. Ce sera Lie to me. Entre-temps Kang Ji Hwan (Coffee House) pressenti pour d’autres rôles finit par accepter de rejoindre ce même drama. Le buzz médiatique est lancé, avec la réunion de deux des plus grandes stars coréennes. On s’enflamme très vite, on prédit de jolies scènes de baisers… et on croise les doigts pour que le scénario soit à la hauteur de ses acteurs.

Le résultat ? Il ne va pas plaire à tout le monde. Alors que dans le même temps sortent d’autres comédies romantiques réussies, la lutte est serrée, et le pitch de départ ne donne pas beaucoup de potentiel. Rappelons-le, c’est l’histoire d’une fonctionnaire qui prétend être mariée à l’héritier d’un chaebol, parce qu’elle veut… rabattre le caquet à sa copine. Ni gourde ni méchante, Gong ah Jung est juste terriblement humaine, et ne voit pas les conséquences de ses actes. De ce mensonge va naître une série de complications qui va très vite rapprocher les deux personnages principaux. En effet, comme la série est diffusée sitôt l’épisode tourné, des ajustements rapides de scripts sont possibles. Alors que les autres dramas prennent leur temps pour créer leurs couples vedettes, Lie to me va enclencher la seconde vitesse, au risque de perdre en cohérence et en développement des personnages : ces deux acteurs là ont une telle alchimie à l’écran, il va falloir s’en servir pour couper l’herbe sous le pied des concurrents.

C’est là que le drama perd beaucoup de spectateurs. Un baiser, oui pourquoi pas, mais les personnages principaux n’ont pas vraiment eu le temps d’être développés. Et ça s’est ressenti, notamment pour le personnage de Kang Ji Hwan, Hyun Ki Joon, qui semble bien trop rigide pour être attachant. Pourtant, après avoir vu l’intégralité du drama, je persiste : précipiter les choses, c’était le bon choix. Le postulat de base courait le risque de tomber dans l’archi-classique avec le carré amoureux, les parents opposés, la méchante de service, le mensonge, le contrat,… Ce n’est pas un mal en soi (et je m’en serai contenté à vrai-dire puisque rien n’est vraiment déplaisant, avec un ton très équilibré). Mais on était en droit d’attendre mieux. Malheureusement le drama n’en finissait pas d’allonger sa liste de personnages, avec une chanteuse, un cuistot, une secrétaire, bref… tout un petit monde dont on ne percevait pas bien l’intérêt et qui n’avait pas beaucoup de capital sympathie. En restant sur son postulat de base, l’échec aurait été cuisant.

Le rapprochement entre Yoon Eun Hye et Kang Ji Hwan n’a pas seulement pour but de plaire aux fans, il recentre surtout l’intrigue qui partait dans tous les sens. Malheureusement les dégâts sont faits, et il va bien falloir gérer tout ce petit monde, on ne peut pas le faire disparaître. Du coup, on s’ennuie un peu avec les personnages secondaires même si on arrive à les comprendre. Il y a effectivement des choses à dire, et le carré amoureux, par certains côtés, est touchant (le frère du héros qui tombe amoureux par deux fois de la prétendante de son frère, l’ex petite amie qui n’arrive pas à faire une croix sur son ex). Autre intrigue qui a failli m’irriter : l’amie de l’héroïne, imbue d’elle-même, coincée dans un mariage qui la rend malheureuse. Par moment méchante, elle a failli transformer le ton du drama en victimisant l’héroïne, et en la rendant un peu naïve (qui voudrait d’une amie comme elle ?). Mais en fait, ça a tout simplement permis d’humaniser le personne de Yoon Eun Hye : honnête, tentée par la vengeance, mais fidèle en amitié. Heureusement on ne tombe pas dans le tragique entre temps, car on est venu pour le couple principal, qui nous le rend bien malgré des débuts trop froids.

Et puis un nouveau producer-director arrive, aux deux tiers du drama, et tente de renflouer le bateau bien endommagé. Première étape : essayer de rendre cohérent les comportements passés par rapport au fameux mensonge. Car le mensonge, devait apporter une réflexion sur la réalité des sentiments de chacun, et il n’aura servi qu’à gérer des intrigues de cache-cache assez décevantes. Enfin, en quelques scènes, les explications tombent, et malgré quelques détails globalement, le nouveau scénario a su remettre les personnages sur leurs rails, en leur donnant des motivations plus crédibles. Ça fait énormément de bien à la série, même si cela fait beaucoup de justifications en un épisode. Deuxième étape : rendre le couple attachant. Pour cela, il suffit de laisser les acteurs exprimer leur jeu, leur naturel. A l’évidence, leur complicité saute aux yeux. Il faut juste leur donner du temps d’antenne, ne pas les montrer dans intrigues ridicules. Troisième étape : se débarrasser du superflu (le carré amoureux), développer le strict minimum concernant les personnages secondaires (hormis le père de Gong Ah Jung éminemment sympathique lors de ses affrontements avec son futur beau-fils), et redonner confiance en virant toute animosité à l’égard du couple (il n’y aura pas de méchant, ouf !).

Dès lors la magie opère, et malgré les obstacles dressés sur leur route (parfois un peu capillotractés), les personnages ne sont pas excessivement larmoyants (la tare d’un bon nombre de dramas). Mieux encore, quelques bonnes idées, simples mais réussies rendent le couple très romantique. Et le final est à l’image de ce romantisme classique. D’habitude je n’aime pas révéler les choses mais je vais en parler parce que ça démontre bien que le nouveau PD a tout compris. SPOILER Notre héroïne a toujours été honnête, sincère, mais elle n’a pas attendu son prince charmant. De son tout premier échec amoureux, elle a compris qu’elle ne devait pas attendre que son homme lui donne tout. Fière de son boulot, elle conçoit désormais le couple comme une complémentarité pas comme un but. Ce dernier obstacle scénaristique est en fait une jolie manière pour compléter un personnage tout ce qu’il y a de plus humain, avec ses faiblesses et ses qualités (rappelons quand même les motivations premières de ce fameux mensonge !). Et ce que j’ai adoré, c’est qu’on nous rappelle qu’il y a des forces supérieures qui nous guident : le destin. Sans cette notion, le romantisme n’a pas d’âme. Enfin, ce qui m’a fait plaisir, c’est de m’apercevoir que le pilote en parlait déjà, en mentionnant le mariage (cf la critique du pilote). La boucle est bouclée, chapeau bas pour avoir réussi à redonner un semblant de cohérence à tout ça. Même si je me serai passé de la voix off. FIN DU SPOILER.

Vous l’aurez compris, le drama vaut essentiellement le coup d’œil pour la prestation du couple. J’ai été charmé, ensorcelé par leur naturel, leur complicité, leurs regards. Kang Ji Hwan, toujours classe, a pu faire apparaître un côté plus jovial qui lui sied nettement plus. Quand à Yoon Eun Hye, elle est encore plus bluffante que d’habitude. J’étais déjà fan, mais elle a bien progressé : elle est arrivée à donner à son personnage une multitude de facettes, et « vit » ses scènes avec une simplicité désarmante. Ce fut un bonheur de les voir rire, pleurer, se chamailler… et s’embrasser bien sûr !

En effet, je n’oublie pas des scènes magiques (le cola kiss, entre autres). A contrario de Greatest Love, il n’y a nul besoin de symbolisme, mais juste besoin de cœurs qui se parlent. Et puis,on nous donne un aperçu de l’île de Jéju, (l’héroïne travaillant au ministère du tourisme et de la culture), et on ne peut rêver de plus joli cadre, même si la réalisation est moyenne.

Enfin, alors que j’étais très réservé en ce qui concerne l’OST du drama et son emploi, l’ajout d’une chanson – au bout de plusieurs épisodes – a fini par renverser la vapeur. Lovin Ice Cream, la mélodie simple, guillerette, légère, sans aucune signification mais que l’on ne peut s’empêcher de fredonner, comme l’était  salad song. Le drama va exploiter ce thème, y compris en version instrumentale, et ça va participer au changement de ton du drama, pour une romance légère et souriante.

Il est indéniable que le drama a été écrit au jour le jour à partir d’un pitch basique qui demandait une grande maîtrise dans l’emploi des intrigues et des motivations des personnages pour arriver à quelque chose de correct. De ce fait, pendant une grande moitié du drama, on se perd dans ces personnages mais j’ai réussi à m’accrocher grâce un coup de poker : le rapprochement anticipé du couple principal, tout simplement magique. Je fais donc partie des personnes qui ont pu oublier une grande partie des défauts de la série, parce que j’y ai trouvé ce que je cherchais : un couple magnifique au naturel. Ce n’était pas gagné, mais grâce à cela, à mes yeux, le drama n’a fait que s’améliorer. Il reste on ne peut plus classique, léger, et bourré de défauts, mais pour une fois l’alchimie du couple principal l’emporte sur le reste. Mais j’en suis conscient, c’est sans doute parce que je ne résiste pas au charme de leurs interprètes, Yoon Eun Hye en tête évidemment. (au fait, des rumeurs font état d’un prochain film chinois historique aux côtés de Chow Yun Fat, mais j’ai tendance à me méfier des fans).