Fairly Legal saison 1

Brisons le suspense de suite : Fairly Legal aura été un honnête divertissement, tout à fait conforme à ce qu’on pourrait attendre d’une chaîne comme USANetwork. Ce qui frappe dans ce legal drama, c’est justement la volonté de ne pas approfondir ses thèmes phares.

Fairly Legal raconte l’histoire de Kate Reed (Sarah Shahi), une ex-avocate reconvertie en médiatrice de justice.  Ses aptitudes semblent en effet plutôt du côté de la négociation, et ses qualités humaines largement décriées dans le monde impitoyable de la justice, semblent dans ce cas de figure absolument indispensables pour régler des conflits en dehors des tribunaux. Kate Reed incarne ainsi un visage rassurant, celui d’une justice plus humaine, plus à l’écoute des désirs de chacun sans passer par des intermédiaires qui ont leur propre intérêt.

A partir d’un tel postulat, la série nous montre des situations variées : un homme condamné à tort à 22 ans de prison doit trouver réparation, un contrat de mariage qui sème la zizanie, les méthodes contestables d’un entraineur de football,… Bien souvent les véritables motivations de chacun n’apparaissent qu’à la fin de l’épisode. L’ennui c’est qu’avec ce genre d’histoire, tout dépend de l’affinité que vous avez avec les personnages. La série poussera le vice jusqu’à présenter deux personnages qui passent le temps à se chamailler, et pour lesquelles toute médiation semble impossible. A-t-on vraiment envie de les voir se rabibocher ? Parfois, on ne se sent pas du tout concerné.

Pour régler le conflit, Kate (ou son assistant) va devoir user non seulement de son charme, de sa persuasion, mais parfois… de méthodes d’intimidation. Il n’est pas rare par exemple qu’elle ne découvre une vérité qu’elle menace de dévoiler si l’intéressé ne signe pas sa proposition de médiation. Ce qui fait avaler la pilule au téléspectateur, c’est évidemment que la personne a agi de façon répréhensible à l’égard de la loi. C’est une pirouette scénaristique qui démontre surtout que la série n’ose pas aller au bout de son concept : au lieu d’en faire une série humaniste ou psychologique, il s’agit davantage d’un jeu de pistes avec une solution miracle acceptée (ou imposée) au dernier moment. Le tout dans une ambiance légère et volontairement rythmée.

Pour autant, les épisodes ne sont pas déplaisants, et selon les thématiques abordées, le divertissement est là. Ce que je reprocherai, en fait, c’est de ne pas avoir réussi à insuffler de l’émotion dans les cas confiés à Kate.

L’émotion, il va falloir la trouver ailleurs. Dans le personnage de Kate, par exemple. On ne peut qu’aimer ce personnage de femme battante, courageuse, qui allie franc parler et diplomatie, ainsi qu’un certain sens de la répartie. Il y a là  une énergie et une bonne humeur communicative. Et son lien avec son père récemment décédé est pour le moins touchant : lui a réussi à construire une grande firme d’avocats, elle a refusé d’emprunter cette voie là en devenant médiatrice. Elle adore son père, qu’elle met sur un pied d’estale, et cherche toujours son approbation, ou sa reconnaissance. Mais voilà, maintenant qu’il est mort, elle va devoir se battre aussi avec sa belle-mère, une veuve attrayante (Virginia Williams) qui pour sauver la firme est obligée de la déshumaniser.

A vrai dire, outre la personnalité complexe et aguichante de Kate, l’intérêt du show réside dans cette guerre feutrée avec cette belle-mère à l’apparence froide et calculatrice. Il aurait été facile de faire de ce dernier personnage quelqu’un de détestable, mais les scénaristes ont fait le bon choix : celui de ne pas la rendre méchante mais pragmatique.Leurs joutes sont donc intéressantes, parce qu’on ne prend pas forcément parti pour l’une d’entre elles. On sera même amené à voir qu’ensemble elles forment un duo plutôt efficace si elles arrivent à dépasser leurs préjugés. Il est cependant regrettable que l’issue de ce conflit soit à ce point précipitée au dernier épisode (palpitant au demeurant)…

A côté, les autres personnages n’ont pas beaucoup de profondeur. L’assistant de Kate, Leo, est le geek de service, accroc au jeu vidéo (MMORPG), aux figurines, et… forcément pas très à l’aise avec les filles, même s’il est plutôt doué dans les réparties. Sa seule intrigue sera de voir comment il enchaîne les bafouilles et les gaffes avec une vendeuse de sandwich. Vous l’aurez compris, ce n’est guère passionnant, d’autant que si Léo est volubile, il n’a jamais réussi à devenir attachant.

En fait, la série a eu du mal à prendre son dernier virage. Prenez l’ex-mari de Kate, par exemple. Justin (Michael Trucco), assistant du district attorney, a également du mal à se ranger derrière les arguments de Kate. Mais c’est dans sa relation apparemment complexe avec Kate qu’il va avoir le plus de mal à se décider. On aurait souhaité un meilleur positionnement de cette seconde romance.  Faire souffler le chaud et le froid, ça a du bon, si on arrive à nous expliquer pourquoi. En l’absence de réelle cause, on se contente de suivre les tergiversations de ce couple…jusqu’à ce fameux dernier virage. Le virage de trop ?

L’autre problème de la série réside dans son fil rouge, avec Kate qui découvre la vérité sur son père (via un méconnaissable Richard Dean Anderson). Le mystère est décousu et la révélation pas aussi surprenante qu’escomptée. En fait on s’apercevra que l’intérêt de l’intrigue n’était pas tant dans cette révélation que dans les conséquences de cette recherche de vérité. Un moyen de se rattraper aux branches ?

Si la série pêche par insuffisance, désinvolture, légèreté, elle n’est cependant pas sans atout. J’ai déjà cité l’originalité du drama, la relation avec la belle-mère, il me reste à saluer la prestation de Sarah Shahi. Elle est tout simplement impeccable, arrivant parfaitement à incarner toutes les facettes de son personnage. Elle sait captiver son auditoire, pas de doutes. Ses yeux pétillent, ses réparties se font mordantes, ou tendres, et quand vient l’émotion, elle est déchirante.

Au final, je pense être là pour une hypothétique saison 2. Je ne m’attends pas forcément à une amélioration des intrigues, mais certains personnages sont réellement attachants et naviguent dans un univers rafraichissant, ce qui en fait un divertissement plutôt agréable, même si dans l’ensemble facilement oubliable.

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[Pilote US] Fairly Legal

Le pitch de la série était suffisamment original pour m’intriguer : Kate Reed, ex-avocate, est une médiatrice chargée de résoudre des différends en dehors des tribunaux. Dans le pays champion du monde de la juridiciarisation,  il est effectivement osé de dire que l’on peut régler les choses sans faire appel aux avocats.

Mais avec de telles assomptions, le risque est grand de tomber dans la caricature, dans un extrême humanisme où les partis doivent obligatoirement finir par s’entendre et s’apprécier. Le pari est presque réussi. D’un côté, il est vrai qu’un cas se finit dans un mélange de bons sentiments (le cas d’un couple qui a perdu une bague suite à une proposition de mariage ratée). Mais la série sait dépasser ce cliché et redevenir plus pragmatique, grâce aux personnages qui gravitent autour de Kate : ce sont des procéduriers qui s’opposent à cette vision utopique. Deux points essentiels nuancent ainsi le propos. L’ex-mari de Kate d’abord : »Les gens ne font du bien que s’ils y sont contraints » (le cas de la photo de l’accident en est la parfaite démonstration). Et surtout, même Kate le dit à la fin de l’épisode, le monde a besoin de ces 2 professions : les médiateurs qui  bâtissent des ponts et les avocats qui les détruisent. L’un ne va pas sans l’autre. Une réflexion suffisamment intelligente pour ne pas donner au pilote l’impression d’être en constante opposition avec le monde des avocats.

Voilà pour le fond, qui je trouve, mérite quand même qu’on s’y attarde. Pour l’enrobage, il fallait des personnages convaincants, et je dois dire que j’ai beaucoup apprécié la prestation de Sarah Shahi. Elle insuffle beaucoup de dynamisme aux scènes, même s’il est vrai que parfois on avait l’impression d’être dans le pilote de Tru Calling, où l’héroïne n’arrête pas de courir d’un bout à l’autre. Une erreur de jeunesse facilement pardonnable, vu que le pilote est assez long et dense (plus d’une heure).

Question background, notre héroïne reprend le travail après le décès de son père. Elle travaille dans la firme reprise en main par sa belle-mère, qu’elle déteste. Point honorable dans le pilote : les personnages ne sont pas tous unidimensionnels : si sa belle-mère parait hautaine, c’est qu’elle a à cœur de garder l’entreprise à flot, et malgré son nouveau statut de veuve elle ne veut pas de liaison : elle semble avoir apprécié son mari même si elle a du mal à le montrer. L’ex-mari de Kate est plus difficile à cerner (Michael Trucco, Battlestar Galactica), avec une image un peu trop lisse et on a du mal à vraiment comprendre les raisons de leur séparation. On nous présente également deux autres personnages : son frère qui pouponne pendant que sa femme travaille, et son assistant amateur de jeux de rôle et de fantastique (au point d’avoir acheté une montre collector Buffy The Vampire Slayer).

Il est donc plutôt difficile de juger ce pilote, qui sur bien des points a su emporter mon adhésion (casting, rythme, idée générale) mais a tout de même quelques faiblesses (quelques personnages pas assez développés et un rien caricaturaux, certaines résolutions de problèmes bien dans le ton avec l’allusion au magicien d’OZ). Mais je perçois assez nettement un dynamisme à l’ensemble, une envie de bien faire avec un propos idéaliste certes mais honnête, sans être moralisateur ni condescendant. Bref le pilote me semble suffisamment sympathique pour me donner envie d’en voir davantage. C’était pas prévu, mais ce pourrait être une jolie surprise. Cela dit depuis Covert Affairs, j’ai tendance à me méfier des séries d’USA Network qui n’arrivent pas à développer leur background…