[30 days drama challenge] days 27-28 drama populaire détesté / drama impopulaire adoré

Avec une telle profusion de séries, faire son choix et s’orienter n’est pas chose facile. D’autant que la popularité de certaines séries ne veut pas forcément dire que vous l’apprécierez vous aussi. Et inversement, il arrive que l’on puisse avoir un vrai coup de cœur pour une série boudée sur internet.

Le problème de ce genre de questions c’est qu’il est rare que je m’accroche pour un drama que je n’apprécie pas, qu’il soit populaire ou non… Mais dans ce cas, suis-je vraiment pertinent ? Pour juger une œuvre, il faudrait déjà l’avoir vu en entier (ou tout du moins une bonne partie), non ?

  • Corée :

détesté :

Je n’ai pas eu le courage de continuer Dream High. Je ne suis pas allergique à la K-pop (je me soigne et mes cures sont de plus en plus rapprochées), mais j’ai eu l’impression que le drama devait davantage son engouement à la popularité de ses stars qu’à ses intrigues et à son jeu d’acteur. J’ai eu tout de même quelques commentaires positifs m’encourageant à poursuivre l’expérience, mais peut-être aussi suis-je un peu vieux pour m’immerger dans une telle atmosphère. Et puis surtout les premières prestations scéniques étaient lamentables. Autant je suis admiratif de certains danseurs/danseuses du monde de la k-pop, autant la série n’avait pas l’air d’être à la hauteur de ses ambitions.

adoré :

Lie to me a vite eu son lot de détracteurs, et sans dire que j’ai adoré, j’ai pourtant apprécié la plupart des épisodes. Je m’en expliquerai prochainement, mais j’ai été happé par le duo principal, au point que le reste n’avait finalement plus beaucoup d’importance. Que voulez-vous, il suffit que je vois un couple heureux pour que je me mette à sourire bêtement. Et puis, on ne reverra pas avant longtemps une aussi belle alchimie, d’aussi belles scènes de baisers, voire même une héroïne qui ne se contente pas de vouloir épouser le prince charmant (et riche). Oubliés, les incohérences, les personnages inutiles, les intrigues ultra-classiques, la musique mal utilisée (du moins au début), à partir du 10è épisode (et au changement de PD : Producer-Director), la série se recentre sur l’essentiel et nous en met plein la vue. Pas étonnant que les fans se mettent à imaginer que Yoon Eun Hye et Kang Ji Hwan forment un vrai couple en dehors de l’écran, tant ces deux là font plaisir à voir.

  • Japon :

détesté : Hana yori dango. Ce drama bénéficie d’une telle popularité que malgré mes réticences je m’y suis plongé. Ce fut laborieux, mais j’ai persisté jusqu’au bout. Mis à part l’héroïne principale, bien mimi, les personnages sont de véritables caricatures et il m’a été très difficile de m’attacher à eux. Et pour moi le couple central ne fonctionne pas. On aura beau mettre un soleil couchant et les musiques adéquates, ça ne colle pas avec le développement psychologique du bad boy au cœur tendre. Rappelons-le, c’est un ignare friqué, irrespectueux, hautain, violent, sadique, qui subitement tombe amoureux de la victime qu’il … torture ! Oui j’insiste sur le « subitement ». Je peux comprendre que le garçon qui sort les poings soit le fantasme de la pré-adolescente (et encore), m’enfin, un peu de cohérence ! Surtout que ses premières scènes sont particulièrement violentes et qu’il est très dur d’apprécier un personnage qui se conduit ainsi (et j’ai fait une coupure de visionnage de 2 mois !). L’autre garçon, c’est le cœur tendre mystérieux, romantique, qui fait la pose « parogencyl blancheur système » en faisant « hé, hé » au lieu de s’expliquer. Les deux autres garçons n’ont pas le même temps d’antenne, ce sont les faire-valoir, mais ils réussissent quand même à s’envoyer des pains de façon complètement invraisemblable, parce que les deux autres en ont décidé aussi. C’est vous dire le niveau ! J’ai conscience d’être dur, mais j’avoue qu’aujourd’hui je n’ai toujours pas compris l’engouement pour cette série, mis à part qu’elle a été la première pour bon nombres de dramaphiles.

adoré : Manhattan love story. Voilà une série qui mériterait un bond de popularité, tant elle est originale et tarabiscotée. Et pourtant, tout comme Koi Ga shitai (qui a néanmoins quelques articles élogieux), cette série passe inaperçue sur le net. Ça ne vous intéresse pas, un puzzle amoureux délirant ?

  • USA :

détesté : J’ai essayé True Blood, mais il n’y a rien à faire, désolé, c’est pas pour moi. Et j’avoue que j’en cherche encore l’intérêt , je continue à lire de ci de là les impressions sur différents épisodes… Mais bon je vois fleurir sur la toile davantage de captures d’écran de scènes dénudées que des textes saluant la qualité des intrigues, alors je me console (peut-être à tort) en me disant que je ne loupe pas grand chose, malgré la puissance du marketing.

Et puis il y a aussi des séries auxquelles je voudrais accorder une seconde chance, comme Doctor Who. Parce que j’ai jamais pu avoir le courage de lancer la suite, après des débuts aussi laborieux. Pourtant le kitsch ne me pose pas de problème (Buffy l’était bien lors de ses premiers épisodes), mais non, je suis passé à autre chose, et je continue de me dire, jour après jour, que j’aurai du persister, vu l’engouement…

adoré : Huge. La série est malheureusement passée inaperçue l’été dernier, et j’encourage autant que possible son visionnage. Voilà une série qui était originale et montrait pour une fois les ados obèses sous un autre jour. Fini l’obèse rigolo, le faire-valoir au héros, dans cette série tout le monde a des problèmes de poids. Huge est en réalité une très fine description de leur bagage émotionnel. Et j’avoue que je préfère m’intéresser à des ados qui ont un manque de confiance en eux que des ados friqués qui se droguent ou s’envoient en l’air à la moindre opportunité.

De la morale dans les séries (1ère partie)

Commençons cet article par un petit coup de gueule.

Car oui j’ai envie de fustiger les récentes campagnes publicitaires de Canal +. Celle de The Pacific m’a pour ainsi dire retourné l’estomac. Je ne suis pas le seul.

« Vous n’en reviendrez pas. Eux non plus ». Trop fun, une série sur la guerre où ils vont tous mourir. Est-ce vraiment cela qu’il faut retenir de la série? Est-ce vraiment cela que l’on veut donner comme message, premièrement vis à vis de la boucherie humaine qu’a constitué la guerre dans le Pacifique, et deuxièmement vis à vis d’une série traitant du sujet ? L’argument de l’humour ou du second degré a bon dos. C’est une fiction historique, traitant de la vie de soldats qui ont donné leur vie pour libérer le monde, et de soldats qui sont morts pour une mauvaise cause. Le moins qu’on puisse faire, c’est de respecter leur honneur, et de ne pas rire de leurs morts. Mais comme il s’agit de soldats américains et japonais, personne ne monte au créneau dans la presse. Imaginez une fiction traitant des héros de la résistance ou des guerres d’indépendance, avec le même sous-titre. Je suis sûr que cela aurait déclenché les foudres de cette même presse. La vie, c’est sacré. Même dans une fiction. Même sur la chaîne Canal plus, où la ligne éditoriale est tellement préoccupée par l’esprit subversif et provocateur qu’elle en oublie parfois l’essentiel. (Oui j’ai envie d’être dur).

C’est encore en regardant la promo de Canal + concernant Mad Men que j’avais envie de réagir. Si vous ne l’avez pas vue, elle consiste en la phrase suivante : « La morale de cette série c’est qu’il n’y en a aucune ».

Et c’est là que je m’interroge. Pour vendre une série, maintenant, il faut qu’elle soit amorale ? C’est la première qualité d’une série ?

C’est pas tant la présence de comportements déviants  qui me dérange (je suis pas là pour parler de censure, bien au contraire), c’est plutôt qu’elle est devenue un argument commercial auquel peu de gens pensent à répondre. Enfin, si, mais là c’est une très mauvaise critique qui d’une part ne connait pas son sujet et qui d’autre part met tout  dans le même panier. Quitte à faire de l’analyse, voilà un article bien plus intéressant. L’amoralité est devenue un phénomène publicitaire. Je me garderai bien de contester les arguments sur le fond ou la forme de Mad Men, étant donné que je ne l’ai pas vue.

Quoi ? Je vais parler de moralité et d’éthique sans parler de Mad Men ? Eh oui, vous pouvez d’ors et déjà zapper le reste de l’article.

Non, sérieusement, j’insiste, ce qui m’intéresse n’est pas tellement de savoir si Mad Men est une série morale parce qu’elle met en scène l’amoralité, ou si c’est une coquille creuse destinée à assouvir les penchants de bobos inconsciemment frustrés par leur présent et de féministes plus avant-gardistes que l’époque représentée.

Mon but, c’est a minima de provoquer un electrochoc, de susciter une reflexion. Pourquoi la télévision cherche-t-elle à aborder ces sujets, est-ce de la provocation, y a-t-il du voyeurisme ? Quel est l’intérêt créatif derrière tout ceci ? Et n’y a-t-il pas une certaine hypocrisie scénaristique aussi ?

  • En ce qui concerne l’hypocrisie scénaristique

Prenons l’exemple de Dexter dont le comportement amoral nous est vendu à travers d’innombrables campagnes publicitaires. Mais qu’a-t-il fait et qu’est devenu ce personnage ? Son amoralité se limite à tuer des meurtriers. Au pays de la peine capitale.  Il n’est pas un anti-héros comme on veut nous le faire croire, il est le héros d’une majorité de la population qui se prononce toujours en faveur de la peine de mort. Dexter est le justicier masqué (pas étonnant d’ailleurs qu’à un moment donné on parle de comic-book). La série sait d’ailleurs très mal développer la psychologie de son personnage principal, se bornant à le limiter à un traumatisme dans son enfance et à un code de conduite. En fait, on nous présente ce serial-killer comme une victime. Car il faut créer du suspense dans une série : va-t-il ou non se faire prendre ? Mais quand un innocent découvre la vérité, le hasard arrange bien les choses pour qu’il ne meure pas de la main de Dexter. Voilà d’ailleurs ce qui explique mon extrême frustration lors de la saison précédente lorsque Dexter tue par erreur un innocent, et qu’aucun développement ne s’en est suivi. C’était pourtant une occasion en or pour trancher une bonne fois pour toutes entre cette amoralité superficielle, publicitaire (oh super, il y a plein de sang ! il découpe des corps aussi !), et cette moralité sous-jacente (bien fait pour ces meurtriers !).

Mais si je critique cette hypocrisie du positionnement moral, je dois aussi avouer que parfois, l’amoralité, quand elle est bien traitée, peut participer à donner de belles séries. The Shield, a mieux réussi cette intégration du concept d’anti-héros. Parce qu’il a su décentrer un peu son propos vers le contexte sociopolitique. Vic Mackey est une ordure qui doit assumer ses actes, et dont tous ses actes lui sont rappelés sans cesse. C’est une ordure qui a grandi dans un environnement amoral, mais on ne lui donne pas d’excuses. On essaye pas de nous dire : « mais de toutes façons il vise que les méchants ». Et ce, dès le premier épisode qui est magistral . Pour autant il faut bien se garder de déformer son propos. Si elle traite de l’amoralité de ses personnages, la série réinjecte de la moralité régulièrement (via les enquêtes de police). C’est une série foncièrement ambivalente, mais pas hypocrite.

Et ce n’est pas parce qu’elle traite de l’amoralité qu’elle est qualitativement supérieure au reste de la production télévisuelle. C’est surtout parce qu’elle est très bien écrite (chaque évènement a sa conséquence), qu’elle est très bien réalisée (la réalisation est un modèle du genre), et très bien interprétée (citez moi de mauvais acteurs dans The Shield, tiens, juste pour voir). C’est vraiment quelque chose qui m’énerve, le fait de faire croire que parce qu’une série est amorale, elle est forcément au-dessus de la moyenne des autres séries. C’est même un discours dangereux, qui mène à une certaine médiocrité créative.

  • En ce qui concerne l’intérêt créatif

Quand True Blood multiplie les scènes de sexe, quand HBO dit s’intéresser à une série dans l’univers du porno, on pourrait au moins se demander si la sur-représentation du sexe à la télé amène à une quelconque réflexion, à une émotion, à quelque chose quoi. Les fans de True Blood pourraient-ils me justifier ces scènes ? Je vais faire un parallèle osé. Pour moi, c’est comme la tendance actuelle de mettre des effets spéciaux partout au détriment du développement psychologique des personnages. Le sexe, c’est visuel, les effets spéciaux de type destruction, c’est visuel. C’est destiné à assouvir les pulsions et l’angoisse de destruction en chacun de nous (ne dit on pas parfois que l’acte sexuel est une façon de lutter contre l’angoisse de la mort ?). Et je peux d’autant plus en parler que je regarde beaucoup de films d’action asiatiques.

C’est donc très basique, ça repose sur des instincts primaires. Et c’est peut-être aussi pour ça que ça marche. Et d’ailleurs je suis convaincu que le public visé n’est plus seulement l’adulte, mais aussi l’adolescent en manque de sensations. Sans verser dans une critique conservatrice pronant la censure (ce que je refuse formellement, c’est une fiction pour adultes, le problème c’est son accès), c’est tout de même un peu inquiétant, vu que l’adolescent est de nos jours confronté de plus en plus tôt à la (mauvaise) pornographie, et finit par confondre réalité et fantasme. Mais j’y reviendrai peut-être. C’est fou comme ce sujet est large et mérite des développements.

  • Le choc des mondes, le choc des codes moraux

Pour mieux comprendre, rien de tel qu’un petit choc culturel. Ladytelephagy l’a souligné récemment. Les dramas coréens sont diffusés, doublés (eh oui ! pas de sous-titres!), dans les pays arabes. Preuve s’il en est d’une certaine popularité dans les valeurs transmises par ce type de fiction. Si vous suivez un tant soit peu ce domaine, vous n’avez pas pu vous empêcher de remarquer la pudibonderie qui règne dans les relations amoureuses : quelques bisous, très peu de sexe.

L’émotion et le développement psychologique vont de pair. C’est une évidence, et pourtant, on dirait que les américains ont perdu cette notion. Les comédies romantiques actuelles (et la plupart des séries américaines) ne développent plus assez leurs personnages, on se contente de montrer deux êtres qui finissent pas s’embrasser et coucher, dans la foulée. Passez maintenant aux séries asiatiques. Vous y verrez l’intérieur du coeur des personnages. Tous ces sentiments contradictoires qui naissent à l’aurore d’une liaison amoureuse. Tous ces doutes, ces refus inconscients, mais aussi le besoin d’être protégé, la jalousie, la peur, la timidité… et tant d’autres. Ce n’est pas pour rien que plusieurs séries tentent d’ailleurs d’expliquer ce qu’est l’amour et ce qu’il n’est pas, avec parfois des propos plein de sagesse voire philosophiques (Someday et Alone in love y arrivent très bien). De plus, il y a un vrai lien avec le passé des personnages, expliquant parfaitement l’origine de leurs handicaps sentimentaux ou de leurs comportements dans ces domaines.

Ce qui importe n’est pas de montrer ce que le couple va faire, mais de donner de l’émotion à ce qu’ils vont faire. Le premier baiser est souvent très attendu dans les séries asiatiques. Parce qu’il signifie quelque chose.Quand je lis sur Twitter qu’une personne qui jusque là détestait les comédies romantiques se met à apprécier la romance dans les séries asiatiques et leur côté « naïf » (non je ne donnerai pas de nom, la personne peut se dénoncer si elle le veut 😉 ), peut-être que l’explication vient de là.

C’est là que je reviens à ces codes moraux totalement différents aux USA. Le baiser, comme les scènes de sexe ne signifient plus rien là-bas. Elles sont mises en scène pour créer artificiellement un couple (voilà pourquoi c’est devenu si ennuyeux). Comme si un couple ne se définissait que par ça. Et pourtant, on peut croire à un couple sans montrer la montée du désir. Je vais rapporter une anecdote ici (la personne concernée s’en rappellera peut-être). J’ai montré la génialissime comédie romantique coréenne My Sassy Girl à des amies. Ce n’est qu’à la fin dudit film que j’ai entendu l’une d’entre elles s’exclamer : « mais ils ne s’embrassent même pas ». Je ne l’avais même pas remarqué. Pour moi l’important c’était de savoir ce qui se passait dans leurs cœurs, pas ce qu’ils en faisaient. On ne doute pas à un seul moment que le couple formé brûle d’amour, si vous me passez l’expression. Alors à quoi bon rajouter un baiser ? A quo cela aurait servi ? A l’inverse, est ce qu’une certaine pudeur ne permettrait pas de mieux raconter l’essentiel ?

Certes, les choses évoluent au pays du matin calme, mais là aussi, on ne montre pas du sexe pour le sexe, on perçoit de plus en plus la montée du désir dans les fictions. (là encore, c’est le comportement du personnage qui crée l’émotion). Dans Coffee Prince, par exemple, c’est très parlant, et très émouvant, sans que les corps ne soient exhibés.

Voilà, c’est tout pour cette première partie. La prochaine fois on parlera probablement d’éthique, avec un plus long développement sur l’éthique médicale dans les séries.

Réussir l’introduction d’une série

C’est en visionnant le pilote de Covert Affairs, ultra-classique (pour ne pas dire réchauffé), que je me suis demandé comment réussir à garder le téléspectateur à la zapette facile. Je ne suis pas scénariste, donc ma réflexion sera minime (en plus il fait chaud), mais pour moi le b. a. ba, c’est d’arriver à :

Surprendre. Quand je liste les pilotes de ces dernières saisons, peu s’en sortent finalement. J’ai toujours en tête l’excellente introduction de Buffy the Vampire Slayer, qui renverse les codes (le vampire est la petite fille apeurée par les bruits). Je pourrai aussi citer Chuck, qui multiplie les rebondissements sur ses personnages (qui est « gentil ? »).  Surprendre, ça veut aussi dire ne pas savoir où l’histoire veut aller et comment elle va être traitée : j’apprécie particulièrement les changements de ton. De l’humour bien placé peut par exemple complètement renverser l’appréciation sur la série.

Rendre les personnages intéressants. Ca ne veut pas pour autant dire avoir des personnages profonds. Par exemple, il existe de très bonnes séries qui commencent par des méchants d’abord unidimensionnels, mais il faut que le traitement leur assure du charisme, une prestance. Encore une fois, présenter les personnages n’est pas chose aisée, surtout quand le nombre de personnages dans une série tend à augmenter (Pour moi Firefly ou Parenthood ont eu des débuts difficiles à cause de ça, un second visionnage s’est avéré nécessaire).

– Concomittamment, c’est rendre les personnages attachants (sans doute la partie la plus difficile car on parle de série, pas de film). En effet, il est très rare d’avoir des « coups de foudre » en matière de personnages de série. C’est son évolution qui est importante. Par exemple, un des défauts récurrents à la télévision américaine, je trouve, c’est de présenter des personnages de façon très basique, et les faire évoluer très rapidement. Certes,avec du rythme c’est bien plus facile de captiver le téléspectateur , mais je trouve qu’on perd énormément au niveau des personnages, et donc sur le bilan final du pilote. Quoi de pire qu’un pilote à 200 à l’heure où on finit par se désintéresser du sort des personnages ? On a pas le temps de s’attacher à eux, que déjà ils disparaissent. En d’autres termes, j’aime quand on passe du temps à caractériser les personnages, à les rendre humains. C’est quand ils sont humains qu’ils sont attachants (ne vous étonnez donc pas de mon addiction pour les dramas asiatiques). Il faut aussi qu’on arrive à s’identifier, qu’elle renvoie globalement à notre existence ou à ce qui fait de nous des êtres de chair et de sang. Une série n’est pas un film, il y a un rapport beaucoup plus étroit avec le petit écran qu’avec le cinéma.

Appâter le client en lui donnant envie de voir la suite. Bon la technique de base c’est évidemment le cliffhanger, ou la révélation. Mais là se pose un gros problème, quand la révélation est prévisible depuis les premières minutes, c’est pour moi une énorme déception. Et je préfère encore un pilote sans révélation, qu’un pilote avec une fausse révélation (« parce qu’il en faut une »). Donner envie de voir la suite, ça ne se joue pas forcément dans les dernières minutes. Si l’univers présenté est attrayant, c’est déjà bien suffisant, pas besoin de le ruiner avec une dernière scène grotesque.

C’est pour ça qu’il y a des séries qui se vendent dès leur pilote, et d’autres qui mettent du temps, trop de temps. Pour autant, la recette magique, je crois, n’existe pas, et si je suis de moins en moins convaincu par les pilotes, c’est aussi à cause d’un formatage proprement hollywoodien qui a envahi les networks. On dirait qu’il n’y a plus que le rythme qui compte. Peu importe la pertinence des rebondissements, ou le moment de placer la bonne note (d’humour ou de tristesse), on dirait qu’il faut séquencer le pilote comme un film hollywoodien avec ses rebondissements de blockbuster toutes les 7 minutes.

Sans lancer de polémique, car je ne sais pas au final ce qui se passe dans ces boîtes noires de networks, cette tendance aux productions formatées  est pour moi ce qui fait le plus mal à la télé actuellement. L’exemple parfait est sous nos yeux : alors que je citais Joss Whedon au début de mon article, que penser de ses pilotes suivants qui ont été ré-écrits sous la « pression » (Firefly, Dollhouse) ?

Vous allez bien sûr me dire qu’il faut arrêter de regarder les networks, et passer sur HBO et consorts. D’accord, mais on peut pas nier non plus que les séries du câble se vendent sur des critères bien définis également (Sexe, drogue, insultes et familles dysfonctionnelles). Personnellement c’est pas parce qu’un pilote d’HBO remplit bien ces critères que je vais me mettre à l’apprécier. Et pour le coup, il y a là aussi de sérieux manques de rythme. Je peux le dire ici sans ombrage, j’ai détesté le pilote de True Blood. Alan Ball avait fait bien mieux avec celui de Six Feet Under.

Formatage, vous avez dit formatage ? Trop de formatage tue le pilote. Ce qui encore une fois ne veut pas dire que la série entière suivra ce chemin, mais c’est parfois pas un bon signe…

Party Down saison 2

Party Down avait été la bonne surprise de l’année dernière. Une comédie trash et désespérée sur des wannabe acteurs qui organisent des réceptions dans le milieu d’Hollywood (mais pas seulement), c’était déjà une riche idée. Mais avec Rob Thomas (Veronica Mars) aux commandes, on s’était vite aperçu que la série non seulement avait du potentiel, mais était réjouissante, avec son humour débridé.

Cette seconde saison a malheureusement montré les limites du show. On prend toujours du plaisir à voir comment les situations se goupillent les unes aux autres jusqu’au final explosif (le côté théatral du comique de situation est impeccable et force le respect), mais que de gags vus et revus pour en arriver là. Je sais bien que la drogue, le sexe sont les éléments principaux de la série, mais encore faudrait-il trouver autre chose à dire que « machin est défoncé », ou « machin se fait l’autre dans l’arrière salle ». Parce que ça arrive dans quasiment tous les épisodes, mine de rien !

En fait, pour s’apprécier, la série doit vraiment se voir à petite dose. J’ai fait l’erreur de rattraper mon retard en regardant 3 épisodes à la suite, et ça saute aux yeux.

Pour autant, le charme opère toujours, grace à des acteurs formidables. La saison 2 est cependant en retrait, car substituer Jane Lynch par Megan Mullaly (Glee oblige), c’est pas vraiment une réussite. Megan Mullaly est vraiment irritante à faire son sketch dans son coin, et jamais elle n’a réussi à s’intégrer complètement.

Heureusement le show décolle un peu plus quand il se recentre à nouveau sur Adam Scott et Lizy Caplan. Que voulez-vous, je suis shipper dans l’âme, et puis il est très difficile de résister à Lizzy Caplan (The Class, True Blood). Ca m’a plu de retrouver cette connivence et cette dynamique. Même chose pour Ken Marino qui était paradoxalement en début de saison parfois trop à côté de ses pompes pour incarner le loser idéal.

Du côté des guests, par contre j’ai été déçu par rapport à la première saison. Kristin Bell n’a pas vraiment brillé, à mon grand regret. Steve Guttenberg est méconnaissable mais pas assez drôle, et Patrick Duffy joue dans une scène inutile de quelques secondes. Du gâchis.

Pour autant, je n’ai pas  boudé mon plaisir pendant cette saison, même si une certaine lassitude s’est installée.

De toutes manières, il n’y aura pas de troisième saison. C’était déjà mal parti avec le départ d’Adam Scott tandis qu’une très forte incertitude planait sur Ryan Hansen (qui joue la saison prochaine dans Friends with Benefits sur NBC). Et ça a failli encore plus mal tourner puisque Lizzy Caplan a tourné le pilote de Tru Love (CBS). La série, finalement renommée Mad Love ne se fera pas avec elle. (La série de mi-saison sur CBS est la reine des désistements). La nouvelle est tombée hier : faute d’audience, Rob Thomas voit encore une de ses séries se terminer précipitamment, sans véritable « fin ».

Même si ça tournait en rond, je l’aimais bien, cette série comique.