[Pilote] Veep

Veep, pour Vice-Président, est la dernière tentative comique de HBO, qui nous propose un aller simple dans les arcanes du pouvoir, le lieu où toutes les décisions importantes sont prises, où les carrières politiques se font et se défont, où les discours politiques passionnés vous font chavirer… La vice présidence, voyons !

Mais il y a juste un petit problème, la Vice-présidence est en fait totalement vidée de son substrat, le Président ne laissant que des miettes à sa Vice-Présidente, obligée de faire du buzz avec rien, ce qui n’est pas sans causer quelques soucis vu l’incompétence et la bêtise de celle-ci. Rassurez-vous, son staff n’est pas est en reste.

La dernière position en date est donc le ravitaillement en ustensiles dans les différentes administrations, tâche ô combien importante puisque, voyez-vous, le lobby du plastique est puissant, et derrière le plastique il y a le pétrole, et là c’est enfin du haut niveau ! Mais le haut niveau, notre Veep n’arrivera jamais à l’atteindre, multipliant les gaffes, censurée par le Président, et devant gérer les crises provoquées par son staff, comme la signature erronée d’une carte de condoléances.

L’absurdité fonctionne plutôt bien dans la série, avec quelques gags visuels (une cuillère en plastique fondue, une capuche rouge pour passer inaperçue) mais l’essentiel de la série essaye de recréer l’univers de The West Wing, avec des dialogues incessants et une sensation de déplacement/ d’agitation en permanence. C’est là que le bât blesse, une écrasante majorité des échanges n’est que du remplissage à coup de « shit », et il faut chercher pour détecter un peu de verve, un peu de génie dans les mots. On ne se laisse pas porter par l’histoire, on cherche des arguments pour rire. Et ça, ça n’est pas bon signe.

Pourtant le cast était prometteur, et je me réjouissais de voir Julia Louis-Dreyfus dans ce rôle de Veep. En tant que fan de Seinfeld, je voyais déjà l’actrice parfaitement à l’aise pour incarner une femme incompétente à l’ambition démesurée, une escroc qui croit tout connaître de la vie, pas si loin finalement du personnage d’Elaine Benes. A vrai dire, elle s’en sort plutôt bien, même si elle est desservie par un manque de situations comiques. A ses côtés, une autre pointure : Tony Hale d’Arrested Development, toujours doué pour jouer le benêt de service, inapte en toutes circonstances. Mais son rôle, là encore, est limité : il manque un grain de folie pour l’exploiter au maximum de son potentiel. A quoi bon lui réserver une scène où il ne sait pas se servir d’une machine à café, et où il ne fait … rien ?

J’avais un peu peur de détester le pilote pour des raisons de fond : le mockumentary et moi ce n’est pas une histoire d’amour. J’ai détesté le pilote de Parks and Recreation, The Office n’a tenu que deux saisons avec moi avant que ça ne tourne en rond, et j’ai fini par abandonner Modern Family pour les mêmes raisons cette 3ème saison. Je suis complètement d’accord avec ce que dit Ladyteruki, je ne supporte pas les scènes où on humilie les personnages. Le pilote de Veep n’est pas en reste, avec quelques scènes plutôt dérangeantes qu’hilarantes. Pour mieux faire passer la pilule, il aurait fallu soit exagérer dans le délire façon Arrested Development ou dans l’acidité façon Seinfeld. Le ton oscille entre les deux, ne parvenant pas à totalement dégager ce sentiment de malaise, et d’une manière générale, on sent un manque de finition assez flagrant avec des scènes qui se terminent un peu n’importe comment, à se demander si le monteur a coupé aléatoirement pour obtenir la durée désirée.

Du potentiel, c’est sûr, la série en a à la pelle. Mais le pilote est loin d’être convaincant. Il faudra que les prochains épisodes choisissent définitivement le ton de la série, que les gags soient travaillés notamment au niveau de l’écriture des dialogues, et que cette sensation de malaise disparaisse. Sans son casting, et quelques jolis gags, autant dire que j’aurai arrêté là.