[Pilote – Corée] The King 2 Hearts

On le sait, les sud-coréens aiment les scripts qui parlent de réunification de la Corée. Les exemples abondent, y compris dans les dramas récents, comme Hanbando. The King 2 Hearts (nom en mauvais anglais de la série) est donc une nouvelle tentative sur ce thème.

Le sous-texte est d’ailleurs très présent dans la série. Quand l’auteur choisit de nous présenter brièvement l’enfance des protagonistes, il nous ramène à une date clé : celle de la chute du Mur de Berlin. Un rêve d’unification pacifiste, un modèle pour la Corée. Qui pourrait lui en vouloir ?

Pour autant, ce n’est pas la carte du réalisme qui a été choisie. Pour raconter un rapprochement entre les deux nations, on va nous imposer deux idées :

la première c’est que l’univers présenté est alternatif : la Corée du Sud n’est plus une république mais une monarchie parlementaire. Si on pouvait craindre une certaine nostalgie romantique façon conte de princes et princesses, on est vite rassuré. Le Roi n’a qu’une fonction honorifique, il est un symbole. « Une marionnette » comme semble le décrire le jeune frère du roi. A part un titre, la royauté ne provoque pas de bouleversement majeur pour la fiction. Et on comprend ce choix de raviver une monarchie : pour réunifier un peuple, l’amour entre le frère du Roi sud-coréen et une militaire nord-coréenne est une image plus forte qu’entre deux habitants moyens.

La deuxième idée c’est que ceux qui sont opposés à la réunification ne sont pour le moment pas du tout les dirigeants des deux pays (nous sommes dans une période d’accalmie): ce sont les influences extérieures. Si les USA sont évoqués, la Chine est bizarrement absente. Mais pour symboliser ces intérêts divergents, l’auteur va nous inventer un groupuscule de trafiquants d’armes, le Club M, qui voit donc d’un très mauvais œil la fin de sa revente d’armes de part et d’autre de la DMZ. Évidemment, ce Club M regorge d’étrangers caucasiens, avec à sa tête un coréen fou qui vient de prendre le pouvoir suite au meurtre de son père. Un coréen ne peut être contre la réunification, à moins d’être fou. (Regardez Shiri pour vous en convaincre).

Ce réalisme est mis à mal, mais c’est secondaire car la série navigue difficilement entre les scènes, ce qui rend le visionnage moins plaisant. En effet, alors que la production nous affirme qu’il s’agit d’une comédie noire, on a surtout beaucoup de mal à s’adapter aux ruptures de tons. Ce n’est pas un problème d’univers – je vais y revenir – mais plutôt de personnages.

Je veux évoquer ici le rôle d’Ha Ji Won, une militaire plutôt combative, particulièrement douée dans son boulot. La comparaison avec Secret Garden, où elle tenait un rôle proche, ne va pas à son avantage. Dans Secret Garden, on percevait une certaine fragilité derrière ses allures de femme forte, mais jamais de la naîveté, ce qui rendait le personnage crédible. Dans King 2 Hearts, cette femme maline, douée pour les arts martiaux, peut s’effrayer quand un homme la touche, pleurer facilement, et croire ce qu’on lui raconte dès qu’il s’agit d’aborder les relations homme-femme. Un décalage qui fait mal, même si on ne cesse de nous répéter qu’elle ignore tout de la vie parce qu’elle cherche à tout prix à paraitre « en contrôle ». L’interprétation d’Ha Ji Won est du coup beaucoup moins subtile, et sans être irritante, disons que ça casse les scènes émouvantes. Une nuance appréciable, cependant : le dialecte nord-coréen employé permet de mieux faire passer la sensibilité de la jeune femme, qui ne connaît pas du tout ce qu’est l’aegyo. Malheureusement pour moi, vu mes compétences linguistiques, cet aspect là m’échappe totalement.

Autre personnage qui connaît des ratés, celui du fou précédemment présenté. Passe encore l’idée d’un fou excentrique président d’une organisation à visées criminelles, mais le rendre magicien et le faire effectuer des tours de magie lors de sa réunion annuelle, c’est trop délirant pour moi par rapport à l’ambiance de la série. Ou alors il aurait mieux valu raccourcir ses scènes interminables. J’en profite pour demander au scénariste l’intérêt de faire croire à une tentative de meurtre lors d’un tour de passe-passe pour finir par une séance de torture dans l’arrière-salle. Bref, je n’adhère pas, mais alors pas du tout à ce méchant digne d’Austin Powers. C’est lourdingue, ni drôle, ni effrayant, ça se passe à des années lumière de nos autres protagonistes, et ça prend beaucoup, beaucoup trop de temps d’exposition.

Il y a donc un déséquilibre dans ces deux premiers épisodes, et on sent un manque de finition. La comédie noire prend son temps pour arriver, elle est encore absente, et certaines histoires peinent à prendre du rythme. Le premier épisode, à cet égard, est particulièrement long, et il faut s’accrocher avant de pouvoir trouver quelques scènes de comédie intéressantes. Et la musique n’aide pas : orchestrale et pompeuse, elle en fait de trop par rapport à ce qui se passe à l’écran, et on finit par être embarrassé devant ce décalage entre l’ambition affichée et le résultat.

Si j’ai choisi de mettre les mauvais points en avant, heureusement, la série a quelques atouts.

Déjà, l’approche intellectuelle « humaniste » bien que paradoxalement manichéenne et simpliste me plait beaucoup. Quand il s’agit d’explorer la Corée du Nord, on ne nous montre pas des gens pauvres, mourants de faim, ou un univers sale et dépassé. On nous montre un monde en retard, des affiches de propagande rétro, celle d’une Corée qui n’a pas su prendre son envol économique comme sa grande sœur, et qui se retrouve donc à vivre des plaisirs simples. Certes, leur métro est froid et ancien, leur téléphone n’est pas dernier cri comme notre héros sud-coréen aime à le faire remarquer, mais on ne se moque pas de ce peuple, capable de chantonner au coin du feu, d’organiser des fêtes spartiates, avec pour accompagnement musical un simple accordéon. On ne se moque pas, parce que ce sont des coréens eux aussi. L’approche se veut aussi un minimum honnête : on mentionne les morts au détour d’une table, la fierté de chaque pays, on ne vit pas dans un monde subitement rose. Notre héroïne expliquera même qu’elle a assassiné plusieurs personnes (et j’espère que ce point ne sera pas oublié dans l’histoire lorsqu’il s’agira de créer notre couple).

Autre point positif : le personnage principal interprété par Lee Seung Ki (My girlfriend is a gumiho), jeune frère du Roi : il ne veut pas de responsabilités. Non seulement il est lâche, inapte au combat et fainéant, mais en plus il n’a pas conscience que son peuple le perçoit comme un simple profiteur. Enfin, les auteurs n’y vont pas avec le dos de la cuillère puisqu’il est capable d’une très grande méchanceté. Comme toujours dans ce cas là, pour le rendre sympathique, il faut qu’il soit incapable de maîtriser son destin, obligé de suivre les ordres de son frère, manipulé par la nord-coréenne, … C’est vraiment drôle, et c’est la parfaite dose de piment qui manquait jusque là.

Il faut dire qu’il y a quelques bonnes répliques, et quelques clins d’œil humoristiques qui valent le détour. Comme lorsque notre nord-coréenne interprétée par Ha Ji Won tombe en pâmoison devant une affiche de Hyun Bin (son partenaire dans Secret Garden). On nous rappelle d’ailleurs le défilé de célébrités qui sont partis faire leur service… et on nous montre que les nord-coréens ne sont pas insensibles au charme des beautés sud-coréennes !

On retient surtout un pitch intéressant qui permet de parler des deux Corées, et d’un seul peuple. Notre héros, frère du Roi, se retrouve obligé – suite à un subterfuge et à un chantage – de participer à la première compétition militaire où des soldats des deux pays combattront ensemble. Évidemment, il n’est pas doué pour ça. Les nord-coréens, eux, ont préféré désigner leur entraineur : en l’occurrence une femme respectée mais qui fait fuir tous ses prétendants. Elle accepte donc de participer à cette compétition, car on lui fait la promesse de lui trouver un compagnon adéquat en retour. L’entrainement pour la compétition ne va pas être de tout repos…

Au final, mes premières impressions pour la série sont quand même en demi-teinte. J’ai plaisir à retrouver ces acteurs, l’histoire est intéressante, parfois drôle, mais il y a de sérieux problèmes d’équilibre dans les scènes, un rythme mollasson, une perception délicate/maladroite de l’héroïne, et un méchant insupportable. Ce n’est pas sans potentiel, et pour tout dire il y a quand même un certain capital sympathie, mais vu les séries concurrentes du moment il paraît plus sage de mettre le visionnage en attente.

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