When a man loves [Pilote – Corée]

when a man loves

Les amateurs de clichés seront ravis de visionner le nouveau drama de MBC, When a man loves. Construite de manière à exacerber la dramaturgie, la fiction en fait un peu trop pour son propre bien. En réunissant sur le petit écran deux personnages au caractères très affirmés, il était évident que cela allait faire réagir. Et pas forcément de la manière la plus plaisante.

when a man loves song seung hun

Prenons notre héros, Tae Sang (Song Seung Hun). Lycéen brillant, il perd successivement sa mère (qui l’a abandonné) et son père, mort de chagrin. Pour survivre, il devient un petit chef de gang. Élevé dans la voyoucratie, loyal, et respecté, il n’est au fond pas heureux de sa vie, et c’est en rencontrant l’héroïne qu’il va se reconstruire.

when a man loves shin se kyung

Notre héroïne Mi Do (Shin Se Kyung), pauvre mais studieuse, n’a surtout peur de rien, et ne se laisse pas marcher sur les pieds. Lorsque Tae Sang vient collecter l’argent que doit son père, elle ne va pas hésiter à l’affronter, et lui propose même de se vendre pour rembourser cette dette. Impressionné par cette fille, Tae Sang décidé alors de réduire les intérêts (ce qui ne va pas plaire à son propre boss, évidemment).

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C’est là tout le sel du drama. Tae Sang voit en Mi Do sa propre jeunesse, ses espoirs avant qu’ils ne soient déçus. Il voit en elle son propre entêtement. Plus elle se braque, plus elle s’obstine, plus il en tombe amoureux. Lui a ravalé sa fierté pour rejoindre les gangs, elle, ne lâche rien. Et surtout pas devant les riches qui la considèrent comme une moins que rien. Elle ne veut pas de la pitié des autres, même si elle doit profiter de leur aide. Ainsi, ne comptez pas sur un remerciement. Elle place sa fierté bien au dessus de ça.

La rencontre amoureuse qui s’opère au début du drama ne peut donc pas fonctionner. Pas sur ses bases là. Ce qui explique pourquoi notre héros est si prompt à vouloir vivre avec elle, tandis qu’elle est déjà bien consciente de l’attraction qu’elle provoque. Chacun de ces personnages va devoir évoluer.

En créant ces personnages, au fond, on a exacerbé l’archétype du drama coréen. Lui est un bad guy qui devient un richissime, sensible, (TROP) généreux, homme d’affaire. Elle est une femme intelligente, pauvre, (TROP) fière, qui doit malgré tout profiter du succès de son prétendant pour enfin démarrer sa vie professionnelle.

A cela se rajoute évidemment le carré amoureux habituel, compliqué par la présence d’un boss de la mafia pour le moins cruel, et jaloux.

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La caricature n’est, heureusement, pas sans qualités. D’abord, parce que j’aime le fait qu’il pose d’emblée les bonnes questions, et ne tourne pas autour du pot. Le héros n’est pas insupportable, ce n’est pas un gamin qui ne sait pas comment s’exprimer avec elle, il y va franco. Et ça, ça fait plaisir. Ça ne fait pas de lui une brute épaisse, bien au contraire. J’ai aimé comment il masque sa nervosité (sa nudité dans un spa, sa cravate remise droite, ou son intolérance aux épices). Bref, il essaye de rattraper l’image déplorable qu’il lui avait donné. Ce n’est pas par fierté, mais par souci de lui plaire. Notre héros est « cool », mais il ne le montre pas. D’ailleurs la réalisation ne s’attarde jamais sur lui pour glorifier ses actions, ou ce qu’il est devenu. (Excepté un net penchant pour ses abdominaux, à l’évidence une qualité artistique de premier choix pour les téléspectatrices).

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Non, le principal problème du drama, c’est sa narration. Comme le début de l’histoire est tout sauf original, on s’embête un peu devant le petit écran. C’est lent, très lent, trop lent. Et on sait pertinemment où veut nous amener le scénario. Ne vous attendez donc pas à une quelconque révélation, voire même à un mystère sur les origines de nos personnages. Tout est prémâché pour aller à l’essentiel.

Au lieu de m’enthousiasmer (ou de m’énerver) sur un drama aux personnages poussés au bout d’une certaine logique, je me suis ennuyé ferme. Notez bien que les acteurs s’en sortent mieux que prévu. Song Seung Hun (Autumn Tale) est bien plus à l’aise dans ce registre que dans Dr Jin. Et Shin Se Kyung (Tree with Deep Roots) arrive à laisser passer une certaine froideur sans devenir antipathique (ce qui n’est franchement pas évident vu le script). Enfin, je suis aussi content de retrouver Chae Jung Ahn (Coffee Prince), même si son rôle est limité (mais tout de même sportif !).

Au final, je n’ai donc pas été convaincu. Et même si au fond, je pourrais lui donner une seconde chance, je préfère me consacrer à d’autres dramas.

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[Pilote – Corée] Time Slip Dr Jin

Fan de la série japonaise Jin, j’étais forcément curieux de voir son adaptation sur le petit écran coréen. Curieux, et un peu anxieux, vu que les séries japonaises et coréennes n’ont pas du tout la même façon de voir les choses.

Jin, rappelons-le, est un monument de la télévision japonaise et nous raconte l’histoire d’un neurochirurgien « humaniste » qui se retrouve transporté dans le passé, à l’époque d’Edo (l’ancienne Tokyo). Là, il va tenter de se rendre utile, d’adapter ses outils, de transmettre son savoir médical, et il va se demander si ses actions vont changer le cours de l’histoire (il rencontre des personnage politiques importants dans cette période de transition). Enfin, c’est aussi son histoire personnelle et sentimentale qui prend un nouveau tournant.

Encore renommé Dr Jin, le drama coréen va essayer de nous raconter sensiblement la même histoire, mais de manière nettement plus romancée. C’était à prévoir, les coréens raffolent des triangles amoureux, il fallait donc en créer un de toutes pièces, et donc rajouter une portion plus importante d’intrigues dramatiques. A vrai dire ce n’est pas sur ce point qu’il y a lieu de s’inquiéter, c’est une formule certes usée jusqu’à la corde, car elle permet parfois d’exacerber le sentiment amoureux, et donc de mieux l’exprimer. Au regard de l’œuvre initiale, vous me direz que la sobriété lui allait plutôt bien. Certes, mais c’était aussi parfois légèrement frustrant (comme bon nombre de dramas japonais).

Mais revenons à l’histoire. Notre Jin Hyuk (Song Seung Hun, Autumn Tale), alias Dr Jin est sur le point de se fiancer avec Yoo Mi Na (Park Min Young, City Hunter). Contrairement à son homologue japonais, Dr Jin n’est pas un humaniste : pas de raisons pour lui de s’acharner avec le sourire pour ranimer les morts, il se contente de faire son travail et sans être orgueilleux ou condescendant (ouf !), il n’hésite pas à envoyer balader ceux qui l’abordent. On peut donc supposer que la réécriture coréenne de la série japonaise va passer par une évolution plus importante du personnage principal.

Il opère un patient méconnaissable, souffrant d’ un hématome épidural, et en profite pour enlever une tumeur cérébrale…de la forme d’un fœtus. Ce dernier détail a son importance, et l’explication nous est donnée dans les deux versions : il existe des cas de fœtus retrouvés chez certaines personnes, résultat de l’absorption d’un jumeau pendant la vie embryonnaire. Mais si ces cas sont rares, ils n’ont jamais été décelés chez des adultes.

Le problème, c’est que la crédibilité du discours médical en prend tout de même un coup. La version japonaise bénéficiait de bien meilleurs effets spéciaux, et les scènes d’opérations coréennes sont assez ridicules. S’agissant d’une série médicale qui repose sur des actes chirurgicaux « désespérés », ceci est donc fortement préjudiciable.

La petite amie de Dr Jin (avec qui il vient de se disputer) subit alors un grave accident de voiture (son homologue japonaise souffrait d’un cancer apparemment inopérable) et son état reste préoccupant. La encore cette réécriture n’est à mon avis pas sans arrière pensée, mais je ne veux pas aller plus loin dans mes théories sans spoiler l’histoire.

Et sur le toit de l’hôpital, il croise son patient précédent, qui vient de voler le bocal contenant la tumeur-fœtus, ainsi que des fournitures médicales. Une altercation s’en suit, et notre docteur tombe dans le vide, ce qui le transporte en 1860. Cette scène, là encore, est très mal réalisée : on croit que notre médecin est idiot de se jeter dans le vide pour rattraper le flacon, et la scène de téléportation est digne d’une série Z, avec un gros plan sur le rictus mi-horrifié de l’acteur, rendant la scène irrésistiblement drôle au lieu d’être dramatique ou angoissante.

Cette médiocre réalisation donne une approche second degré qui donne envie de pleurer. La musique notamment, dessert la plupart des scènes, désinvestissant complètement le téléspectateur. A une jolie composition orchestrale qui s’alliait à merveille avec les thèmes humanistes et épiques de la série originelle s’est substituée des violons ou quelques accents pseudo-rocks anachroniques et déplorables. Même en considérant un point de vue différent ( la série coréenne va moins nous parler d’humanité que de romance ), on se demande comment ils ont pu rater la bande son à ce point.

La romance, parlons-en, puisqu’il devrait s’agir du point fort de la série, selon toute logique. Les auteurs ont choisi de modifier les « incarnations » des personnages. Dans la version japonaise, Jin est amoureux de sa petite amie, Miki, et il la retrouve en tant que courtisane dans le passé. Et c’est là qu’il va peu à peu tomber sous le charme de celle qui va l’aider, Saki, la fille d’un clan de samourai. Dans la version coréenne, Jin Hyuk retrouve directement Yoo Mi Na sa petite amie dans le passé (Hong Young Rae, qui prend la place de Saki), il peut donc continuer d’être amoureux de la « même personne », en quelque sorte. La gisaeng (courtisane), de fait, se retrouve encore plus comme un personnage accessoire, n’ayant aucun lien avec le temps présent (du moins pour l’instant). Les auteurs vont choisir de greffer un triangle amoureux, comme annoncé plus tôt, avec le jeune ministre de la justice Kim Kyung Tak (Kim Jaejoong, Protect the boss), ami d’enfance de Hong Young Rae. Avec une histoire aussi dense, il n’y a que peu de place pour le couple principal, et les personnages se retrouvent mal cadrés, et un peu froids. Je pensais que Song Seung Hun s’en sortirait bien mieux vu son expérience, et sa prestation est pour le moins ratée, même si j’ai eu des espoirs d’amélioration vers la fin du second épisode. Contrairement à d’autres, en revanche, je n’ai pas de reproche à formuler envers Park Min Young, qui fait merveille quand elle est enjouée.

La version originelle de Jin comportait un background historique plus que conséquent, avec le personnage de Sakamoto Ryoma, figure clé de la modernisation japonaise. Dr Jin nous ramène aussi dans cette période capitale du positionnement de l’Asie face au monde occidental, en 1860. Exit Sakamoto Ryoma, bienvenue à l’une des plus grands personnages politiques de la Corée : Daewongun. Ou plus précisément, de son vrai nom Yi Ha Eung, le futur régent (Daewongun, père du roi). Le fils de Yi Ha-Eung fut en effet nommé roi suit à la mort de Chojong, lequel n’avait pas d’héritier, et Yi Ha-Eung devient donc régent en attendant que son fils grandisse. Le Daewongun fut un partisan de l’isolationnisme, opposé aux étrangers (il exécuta des missionnaires catholiques dans un contexte de persécution du catholicisme dont on nous parle dès le deuxième épisode, et repoussa les assauts des occidentaux ce qui lui valut la gloire). Mais en 1860, Yi Ha Eung n’est pas encore Daewongun, il n’a même aucune idée de ce que le destin lui réserve et nous verrons s’il sera influençable et conquis par la médecine occidentale. C’est ainsi qu’on nous présente un personnage à la langue bien pendue, exubérant, filou, accroc aux jeux d’argent et pourtant éminemment sympathique grâce au talent de Lee Bum Soo (History of a salaryman).

Avoir vu Jin en version originale avant de s’attaquer à Dr Jin est à la fois une malédiction et un cadeau. Une malédiction, parce qu’on se rend vite compte que ce qui nous plaisait n’est plus là  : l’aspect humaniste (et un brin philosophique) a disparu, l’aspect médical est ridiculisé, la réalisation est effroyable et le jeu des acteurs passable.  Mais c’est aussi un cadeau, car on connait tout le potentiel de l’œuvre, de l’explication du voyage dans le temps aux positions politiques futures, de la possibilité d’aborder de multiples thèmes pour en faire une série à la fois cérébrale et émouvante. Je n’ai à vrai dire pas beaucoup d’espoir pour que tout cela se réalise vu le peu de talent derrière la caméra, mais j’ai tout de même envie de continuer un peu pour voir si la romance, le discours médical et historique  pourront vraiment s’étoffer et se crédibiliser. J’ouvre là une longue parenthèse, mais il faudra m’expliquer comment il est possible de réaliser une trachéotomie puis une manœuvre de Heimlich dans la minute qui suit ? En toute logique, il y a peu de chance d’y parvenir (l’air que l’on comprime pendant la manœuvre pour expulser l’objet se retrouve à « fuiter » par la trachéotomie, non ?), mais bon, je ne suis pas urgentiste et quelqu’un me contredira j’espère. Pour l’aspect humaniste, philosophique, sur la valeur de la vie, je vais faire mon deuil, vu que la vie n’est évoquée que sur le plan dramatique.  Jamais je n’ai été aussi frustré en voyant un drama coréen (merci les irruptions pendant les opérations, aussi !). Je n’aurai pas vu Jin, jamais je n’aurai continué Dr Jin.