[Pilote – Corée] A Gentleman’s Dignity

A gentleman’s dignity n’était pas une des séries coréennes que j’attendais le plus, et j’appréhendais le visionnage des 2 premiers épisodes, au vu des informations et du trailer. Qu’en est-il réellement ?

A gentleman’s dignity nous raconte les péripéties amoureuses de quatre hommes, dans la quarantaine. Un concept qui sur le papier m’enchantait. Je ne me faisais guère d’illusions sur un éventuel contenu plus mâture, mais j’espérais au moins trouver une certaine originalité, une approche un peu plus différente des dramas habituels, ou à défaut, plus nuancée. Ce fut le cas, du moins en partie.

Car oui, ça fait du bien de parler des interrogations d’une autre tranche d’âge (surtout quand on va bientôt la rejoindre). Nos 4 compères ont l’apparence de la maturité quand ils sont seuls, mais en groupe ils savent s’amuser, se titiller, s’engueuler, comme de vrais adolescents. C’est aussi un âge où on a besoin de se rassurer (de se mentir ?) : besoin de prouver qu’on est encore séduisant (et qu’on peut obtenir le numéro de téléphone d’une fille en 30 secondes), qu’on est jeune ou qu’on est capable de mettre une raclée à des mineurs délinquants. Il ne faut surtout pas montrer la moindre faille, et respirer la confiance en soi. Entre eux, ils peuvent se railler (et en soi on retrouve des similitudes avec Men of a certain age), mais devant le sexe dit faible, pas de compromis, il faut toujours garder la tête haute.

Une fierté mal placée ? Si on reconnait certaines mécaniques du fait de la parenté avec Secret Garden (même scénariste), on s’aperçoit vite que l’arrogance a ses limites, et surtout qu’elle est explicable. Exit notre Hyun Bin qui en faisait des tonnes sans autre explication que l’arrogance des riches. Bienvenue à Jang Dong Gun (Taegukgi), lequel interprète un architecte qui aime manipuler/ torturer une prof (Kim Ha Neul, My tutor friend). On sent qu’il désire garder l’ascendant, se trouver irrésistible et inaccessible, mais on sent aussi qu’il n’y a guère de méchanceté en lui. Il veut juste se prouver qu’il peut encore être « cool ». Du reste, comme pour Secret Garden, notre héros se retrouve maintes fois ridiculisé : son apparence vestimentaire ne souffre pas de défauts (sauf pour son jogging), mais ses qualités de combattant, elles, ont disparu.

Ce qui change aussi dans la formule, outre un héros orgueilleux nettement moins cruel et plus sympathique, c’est sa partenaire. Ce n’est plus une femme forte, mais une femme plus fragilisée, qui subit plus qu’elle ne réagit. Et quand elle prend le dessus dans ses échanges, c’est de façon involontaire. Non, elle n’arrive pas à se souvenir de lui. Désolé. Non. Vraiment. Elle est également beaucoup plus gaffeuse, et en cela elle rejoint l’écrasante majorité d’héroïnes de dramas coréens.

C’est là le problème du show. Si son postulat est sympathique (enfin des héros plus posés, bien habillés et coiffés, je n’y croyais plus), ses mécanismes restent encore trop conventionnels. On sent un manque d’approche, et le premier épisode, plutôt pauvre en gags, est particulièrement longuet. Pire, certains artifices comiques sont carrément copiés sur d’autres dramas (comme la fameuse scène du détricotage de robe rouge dans History of a salaryman). Ce rythme lent m’a fait peur, car le drama est particulièrement dépourvu d’ambition sur le plan de la réalisation. Si la musique est sympathique, elle n’arrive pas à transcender les scènes, et les rencontres de nos futurs tourtereaux paraissent décalés par rapport au récit, sans réelle transition, une emphase plutôt abrupte qui m’a fait tiquer. Ce n’est pas un problème d’alchimie puisque les dialogues sont bien menés, et les acteurs irréprochables. Ça m’a d’ailleurs fait plaisir de retrouver Kim Ha Neul, qui fut il n’y a pas si longtemps encore une des reines de la comédie romantique au cinéma. Et Jang Dong Gun est parfait dans son rôle, campant un personnage impressionnant dans la majorité des scènes.

Parmi les points positifs, j’ai particulièrement aimé le fait qu’il n’y ait pas une rencontre « magique », mais bien plusieurs, et que nos protagonistes n’arrivent pas à faire le lien : Oui, c’était bien la même fille, et oui, cet homme, tu l’as déjà rencontré. Un peu comme si le destin trouvait tous les prétextes pour que cela ne se fasse pas, alors que toutes les conditions sont réunies : ils partagent le même cercle d’amis !

Ces amis, d’ailleurs sont un des atouts de la série : leur connivence, leur amitié fait plaisir à voir. On comprend peu à peu qu’ils se retrouvent en mauvaise posture. Leurs relations amoureuses sont compliquées : l’un ne supporte pas l’exhibitionnisme dragueur de sa compagne, (laquelle lui indique bien que c’est ce qui lui avait plu  en premier lieu !). L’autre, marié avec une femme plus âgée que lui, essaye d’éviter de se faire prendre en flagrant délit d’adultère.  Et enfin le dernier semble avoir craqué pour la petite sœur de son ami… Cette dernière insuffle d’ailleurs un joli brin de fraicheur et d’impétuosité dans le deuxième épisode, me réveillant de l’ennui qui me gagnait peu à peu.

En effet, plus le récit avance, plus j’ai commencé à m’attacher à ces personnages, et l’humour s’est aussi nettement amélioré. Il ne s’agit pas de comédie trépidante, ou référencée (mis à part le clin d’œil à Secret Garden), mais d’un humour un peu plus malin, avec des échanges de sms où l’on prétend ne pas s’être trompé de destinataire, ou des faux aveux pour éviter la honte.

Au final, la série s’en sort de justesse après des débuts laborieux. Le casting masculin est impeccable (j’ai oublié de mentionner Kim Soo Roo, Kim Min Jong et Lee Jong Hyuk, tous trois parfaitement à l’aise pour incarner des personnages bien plus profonds qu’il n’y parait). Et les différentes intrigues sont du coup, plus sympathiques que prévues. Dommage que l’on sente venir un passé plus dramatique, via un jeune homme et une photo de groupe.

La question est maintenant de savoir si je vais continuer ou pas, car il manque toujours ce petit plus. Et vu le nombre de nouveaux dramas plutôt alléchants (cf sélection été 2012), il va falloir faire un choix…

Publicités

Bilan de mon année télé 2011

Je tiens encore à m’excuser pour le manque de mise à jour ces derniers temps, et je vous remercie pour votre fidélité, le fait est que j’ai un peu de mal à me remotiver pour la suite, ma vie personnelle étant ce qu’elle est. Je me suis aperçu, en plus, que je n’avais même pas fêté le deuxième anniversaire du blog début décembre (!).

Mais je tenais quand même à évoquer – rapidement – cette année télé.

Commençons si vous le voulez bien, par les dramas asiatiques. L’année dernière j’avais formulé le souhait d’en regarder davantage, étant de plus en plus frustré par l’actualité et par certaines reviews élogieuses. Autant le dire tout de suite, ce ne fut pas le cas. Une fois de plus, je n’ai pas pu abandonner certaines séries américaines en cours, et je n’ai donc pas pu libérer plus de place sur mon agenda.

Pour autant, j’ai trouvé cette année dramas en demi-teinte.

Du côté japonais, j’ai définitivement abandonné toute tentative de regarder une ou deux séries de saison. Curieusement, cette année 2011 je n’ai pas vu beaucoup de dramas japonais en entier. Je n’avais pourtant pas pour habitude d’abandonner des dramas aussi facilement, mais avec les problèmes techniques (la généralisation d’un format que je ne peux lire dans des conditions de visionnage confortables), et un investissement moindre pour les personnages, je n’ai pas eu de véritable coup de cœur cette année, Jin saison 2 exceptée. J’ai même du mal à terminer la deuxième saison d’Hotaru no Hikari, moi qui avait pourtant adoré la première. La réalité, c’est que j’aurai du réserver plus de place à la découverte, ou laisser plus de chance à une série pour s’installer (comme Love Shuffle). C’est toujours frustrant de se dire qu’on passe à côté de plein de choses par manque de temps, et il va vraiment falloir que je ré-équilibre tout ça.

Du côté coréen, là aussi, j’ai été surpris par mon manque d’investissement à moyen terme. Le problème, c’est que je n’ai même pas le temps de commencer un drama que les prochains me font encore plus saliver. (C’est fou comme je suis devenu accroc aux annonces de casting, aux teasers, aux posters). Et puis, à force de lire des reviews, vient le doute. Aurais-je du continuer The Musical, Flower Boy Ramyun Shop, 49 days, Dream High, My Princess… (Pour Flower boy je crois qu’il va falloir me forcer, vu les critiques dithyrambiques) ? Aurais-je du tenter de visionner des dramas plus « girly » comme I need romance ? C’est souvent une question de cible, et cette année j’ai trouvé moins de dramas capables de me toucher, en tant qu’homme. Entre les k-pop idols et les flower boys, j’ai eu du mal à m’y retrouver. Après un hiver passé à me réjouir de certaines scènes de Secret Garden, j’attendais avec impatience le retour des comédies romantiques, lesquelles se sont révélées sympathiques (Baby-faced beautyThe Greatest Love) mais ne réussissant jamais à réunir l’intégralité des ingrédients requis. L’exemple parfait étant Lie to me. Avec un tel casting, une telle alchimie, j’ai pu vivre de belles scènes, mais l’ensemble manquait de liant pendant les 90 % du temps. Je peux d’ailleurs pleurer amèrement sur le retour de comédiennes que j’aime beaucoup : Yoon Eun Hye bien que convaincante, n’a pas choisi le meilleur drama avec Lie to Me. Quant à Kang Hye Jung, que j’attendais tellement depuis Flowers for my life, elle n’a quasiment aucun rôle dans Miss Ripley. Reste à m’investir, peut-être, sur la reine Kim Sun Ah et Scent of a woman. Mais ce que j’ai pu en lire laisse à penser que le drama n’a pas su aller au bout de son concept.

Heureusement, il y eut le drama City Hunter, qui malgré son nombre affolants de faux cliffhangers, a su rester passionnant. Et puis d’autres productions se sont révélées de très bonnes surprises, comme White Christmas et son ambiance, mais aussi Killer K dont l’action survitaminée, la tension ont permis de contrebalancer un scénario en tous points risible. Et puis, j’ai pu rattraper quelques dramas comme  l’épique The Legend, le déjanté Coffee House, le mystérieux Harvest Villa voire même quelques KBS Drama Special. De quoi oublier mon temps perdu devant Manny. Allez, l’année prochaine, je vais essayer de m’investir davantage dans un genre auquel j’ai toujours été réticent (les dramas historiques), et tenter par exemple Princess Man…Mais au final, c’est plutôt l’approche du drama coréen en tant que tel qui m’a plu cette année (collaborer à Critictoo pour essayer de trouver une liste de séries pouvant donner envie aux curieux, faire des dossiers sur la culture coréenne dans les séries (le korea special event va reprendre ne vous inquiétez pas), m’amuser avec les produits dérivés ou essayer de saliver devant la liste de dramas à venir…)

Enfin, venons-en aux séries américaines. La fin de saison précédente a déjà fait l’objet d’un billet, et comme je n’ai pas fait de réel bilan de la rentrée mis à part un article regroupant les critiques des pilotes, voici donc mes impressions. La saison précédente j’ai du dire adieu à Life Unexpected, V, Traffic Light, Chicago Code, Better with you, et Men of a certain age. Quelles séries allaient pouvoir combler ce vide ? Contre toute attente, et malgré le niveau plutôt moyen de la rentrée, je me suis surpris à accrocher à de nouvelles séries.

Parmi elles, Once upon a time signe le retour du fantastique à la télévision, et malgré des effets spéciaux au budget limité, et un enfant casse-pied, le récit est suffisamment bien tricoté avec notamment des flashbacks intéressants pour à la fois nous faire réfléchir via quelques puzzles et pour nous émouvoir sans niaiserie (ce qui n’est pas facile vu le sujet du conte de fée). Le casting est impeccable, et vu mes réactions aux premiers rebondissements, je suis attaché aux personnages. Bref, en 7 épisodes, à part un épisode en deçà, j’ai vraiment été conquis.

Je n’ai pas eu le temps de faire un bilan de la première saison, passée à la vitesse de la lumière, mais déjà je peux dire que j’ai adoré Boss. La petite Starz jouait gros, mais a réussi à diffuser une petite pépite. Bien sûr tout le monde ne va vous parler que de Kelsey Grammer, que j’adore (on ne dira jamais assez à quel point Frasier était une sitcom exceptionnelle), mais ce qui m’a le plus impressionné, c’est le sens de la mise en scène. Ces détails qui cherchent à rendre grandiloquent la moindre prise de vue. Il y a là une approche qui permet à la fois une lecture réflexive et surtout, émotionnelle. Comment éprouver de la compassion pour un être abject mais malade, qui s’accroche désespérément à ce qui lui reste : le pouvoir, alors qu’il a tout perdu par sa faute. Il y aurait tant à dire sur l’irruption de la maladie, présente dans chaque processus de décision, mais niée autant que possible. Tant de choses à dire sur les nombreux rebondissements dans cette lutte de pouvoir, ces coups bas, cette distorsion de la réalité, cette chasse à l’homme médiatique et la corruption généralisée. La série de cette fin d’année, assurément. (La première partie étant réservée à Game of Thrones).

Je nuance mon appréciation sur Homeland, qui fait déjà les gros titres un peu partout. Si la série a d’indéniables qualités : d’excellents interprètes, du suspense, un joli puzzle à déchiffrer, certains rebondissements m’ont fait tiquer. Un peu comme 24, la série n’arrive pas à prolonger son thriller sans décrédibiliser l’intelligence des personnages et certaines facilités. De fait, beaucoup d’évènements sont prévisibles et, il faut bien le dire, rageants. Mais je n’ai pas boudé mon plaisir, ça faisait longtemps qu’on avait pas eu une série aussi passionnante.

Hormis ce trio de tête, deux autres séries dramatiques ont su m’accrocher : Pan Am et Ringer. Deux séries dont l’ambition démesurée se frotte aux dures réalités : la reconstitution politique pour l’une, le puzzle d’un thriller pour l’autre. Au final, on se retrouve avec deux séries superficielles, au charme limité.Une amère déception surtout pour Pan Am, qui à défaut, aurait pu être davantage passionnante si au moins les histoires de cœur n’étaient pas aussi ridicules.

Et puis il y a les séries dont on se lasse très vite. L’année dernière ce fut Hawaï 5-0, qui n’arrivait pas à donner un background intéressant à ses personnages. Cette année, c’est notamment le cas de Person of Interest. Oui,c’est un formula show, mais le concept aurait pu donner d’intéressants rebondissements. Une fois les personnages dessinés de manière minimaliste, il ne reste plus qu’à bailler. Si quelques épisodes se sont révélés plaisants, on tourne vite en rond. Autre show policier abandonné, Prime Suspect. La prestation de Maria Bello n’est pas en cause, mais l’évolution de la série laisse pantois. Sur un concept on ne peut plus basique, voilà que les scénaristes ont choisi d’affadir le personnage principal et ses relations difficiles dans un univers policier macho. Et comme les enquêtes policières n’en sont pas (aucun raisonnement, aucune astuce, juste la chance ou le hasard pour découvrir le coupable), j’ai jeté l’éponge.

Je passe volontairement sur les séries qui m’ont fait fuir, comme Terra Nova. Reportez-vous au billet concernant les pilotes si besoin.

Heureusement, cette rentrée est aussi le retour des séries comiques. Après avoir échappé à l’horripilante New Girl, à la soporifique Whitney ou aux improbables mâles en perte de repères (Last Man Standing, Man Up, How to be a gentleman), j’ai trouvé deux jolis couples : le premier, fauché, qui baigne dans les blagues sexuelles et les réparties agressives (2 Broke Girls), le deuxième, entre un père et une fille qui essayent de s’accommoder à leur nouvelle vie déjantée dans les suburbs (Suburgatory). Malgré tout, les épisodes sont assez inconstants, mais j’espère toujours une amélioration.

Et heureusement que les nouveautés sont là, car au niveau des reprises, c’est la catastrophe. Dexter (saison 6) réussit l’exploit de détruire à peu près tout ce qui restait de la série (la relation « familiale ») tout en sombrant dans la mise en scène ridicule. The Walking Dead (saison 2) m’a fait autant d’effet qu’une boîte de somnifères excepté la jolie scène finale. House (saison 8) n’a pas su rebondir après sa calamiteuse fin de saison dernière, proposant des épisodes sans aucune perspective intéressantes pour les personnages malgré un cast plaisant et des cas médicaux guère passionnants. How i met your mother (saison 7) n’a réussi à retrouver l’humour que le temps d’un épisode, juste avant de tout détruire à nouveau. Modern Family (saison 3) n’arrive pas à faire évoluer ses personnages, et ses gags sont archi-prévisibles. Grey’s Anatomy (saison 8) a certes donné de meilleurs épisodes que la saison passée avec un peu plus d’humour, mais on est encore loin du niveau acceptable pour me faire à nouveau apprécier les personnages.

Quelques séries réussissent peu à peu à se sortir de leur bourbier : The Good Wife (saison 3), d’abord (qui a développé une relation auquel je n’accroche pas au lieu de montrer un fil rouge et des enjeux intéressants), et The Mentalist (saison 4) qui après l’énorme gifle du season premiere a donné quelques épisodes plus sympathiques pour se faire pardonner. Enfin, le retour de Chuck (saison 5) fut très décevant, avec un manque flagrant d’imagination et d’intrigues efficaces. Les derniers épisodes ont heureusement su redresser la barre : il fallait retourner à la spécificité de la série.

Alors que reste-t-il comme moments forts dans cette semaine ? Nikita (saison 2) tout d’abord, qui a su densifier son univers sans perdre en cohérence ni en enjeux. Parenthood (saison 3), ensuite, malgré quelques maladresses de personnages et une émotion en dessous de la saison passée. Enfin, pour les séries comiques : deux constantes : The Big Bang Theory (saison 5), qui a développé avec délice le personnage d’Amy, et Raising Hope (saison 2) qui fait toujours preuve de créativité.

Analyse des dramas coréens (2ème partie) : le couple, le statut de la femme et de l’homme

Quand on débute dans les dramas coréens, on est immergé par une foule de thématiques et d’aspects propres à la culture de ce pays. Cette deuxième partie d’analyse des dramas coréens vous propose humblement d’en décoder et d’en approcher quelques uns, à commencer par le couple et le statut de la femme et de l’homme.

Les relations sociales en Corée : un pays machiste ? Du confucianisme au pragmatisme…

La Corée, comme aiment le rappeler ses habitants, a 5000 ans d’histoire de non-aggression de ses voisins. Elle n’a jamais été pionnière, et a toujours fonctionné comme une éponge. (On pourrait disserter longuement sur ce mélange de fierté victimaire et cette volonté actuelle d’expansionnisme culturel). La Corée est le résultat d’un syncrétisme, un mélange culturel et religieux qui, contrairement aux apparences, n’est pas figé.

Le confucianisme (500 ans avant JC) puis le néo-confucianisme (14è siècle) sont nés en Chine, pourtant ce courant philosophique a particulièrement brillé en Corée du Sud, et figure encore aujourd’hui de modèle dans les relations sociales. C’est un héritage davantage transmis à travers les comportements au fil des générations qu’à travers des lectures de texte. Et la société coréenne est en double mouvement par rapport à ce néo-confucianisme dont elle n’a pas toujours conscience : d’une part elle est fière de certaines valeurs qu’elle transporte, d’autre part la place de plus en plus prenante des femmes dans la société est en train de faire sauter un à un ces verrous, par pragmatisme plutôt que par de longs débats.

Rappelons que le confucianisme institue la piété filiale, le modèle de la famille patriarcale, avec le dévouement et le respect des jeunes vis à vis des anciens. Vous avez sans doute remarqué dans les dramas que  les parents ont souvent une figure redoutable, et que rares sont les fictions qui permettent aux tourtereaux de finir heureux sans obtenir l’accord des parents (comme Secret Garden). Autre scènes récurrentes, les enfants qui fuient ou évitent leurs parents parce qu’ils veulent vivre leur vie, ou qui à l’inverse prennent soin de leurs parents irresponsables (Marry me Mary). Vous aurez aussi remarqué l’importance du respect dû à l’âge qui s’insinue dans toutes les relations entre les personnages : quoi qu’il se passe, un jeune doit respecter son aîné, même si celui-ci a tort. Les dramas peuvent s’en amuser (Baby-faced beauty) ou en faire de véritables obstacles à franchir.

Cette différenciation des relations liées à l’âge (cf glossaire) se retrouve également au sein du couple. La société coréenne voyait d’un meilleur œil les relations entre un homme âgé et une femme jeune, mais cela est en train d’évoluer rapidement. Les dramas eux-mêmes reflètent cette évolution, aidés il est vrai par l’audience des femmes plus âgées qui rêvent d’être en couple avec des hommes plus jeunes qu’eux. On ne compte plus les dramas qui accentuent cette tendance commencée il y a quelques années (What’s up Fox, Cinderella sister, Personal taste, …) et initiée par le drama My name is Kim Sam Soon.

Ce modèle patriarcal fait bondir nombre de féministes. Nous, occidentaux, avons l’image de la femme asiatique soumise. La réalité diffère quelque peu. Pour expliquer ceci, je vais me permettre de résumer la réflexion de Martine Prost, maitre de conférences à l’Université Paris-Diderot, dans son merveilleux livre (« Scènes de vie en Corée », aux éditions l’Asiathèque, livre que je recommande plus que chaudement car il analyse les comportements coréens. Un vrai régal quand on regarde des dramas coréens, tant on ne peut s’empêcher de faire des allers et venues entre la fiction et la réalité décrite. Faites vous plaisir pour Noël, vous ne le regretterez pas)

Si dans la sphère publique la femme a un devoir de réserve (elle ne contredira jamais quelqu’un et n’imposera pas non plus ses idées), il s’agit surtout d’un jeu dans lequel personne n’est dupe. Une femme volubile n’attire pas sur elle les regards des hommes, lesquels considèrent la discrétion comme une forme d’intelligence. Tout est une question d’apparence : les hommes cherchent à maintenir leur statut en conservant la main mise sur la sphère publique, et en compensation donnent tous les pouvoirs à leur femme dans la sphère intime. Au foyer, la femme gère tout, et l’homme donne la totalité de son salaire à son épouse qui gère comme elle veut cet argent. C’est encore elle qui choisira le logement, les vacances, l’école pour les enfants, le montant de l’épargne, sans en référer à son mari. Les apparences sont trompeuses, y compris au moment des repas familiaux : si la femme sert son mari, c’est aussi une façon d’imposer son choix. C’est elle qui va décider ce que son mari va manger ou boire. Il ne s’agit pas non plus d’une forme d’autoritarisme, mais plutôt de connaissance approfondie des goûts de l’autre. Le mari ne discutera jamais les choix de son épouse. Les femmes prennent le pouvoir par petites touches, et demandent désormais à leurs compagnons de s’investir à la cuisine, et d’être plus expressifs, plus tendres.

La femme coréenne jouit en réalité d’une liberté immense si elle répond correctement à ses deux devoirs : ne pas tromper son mari, et s’occuper de l’éducation des enfants. Elle n’a pas à justifier son emploi du temps, son mari ne le lui demandera jamais en dehors de formules floues et polies n’appelant aucune réponse précise. La femme coréenne peut donc passer tout son temps avec ses amies, des bains chauds aux activités sportives, faire du farniente ou du shopping, ou déjeuner dans des restaurants chics si le budget le lui permet (cf. l’amie de Yoon Eun Hye dans Lie to me, par exemple). Cette situation change, évidemment, si la femme travaille. Dans ce cas sa liberté d’action sera plus réduite du fait du temps restant.

En Corée, il n’y a pas d’individualisme mais le sentiment d’appartenance à une communauté. Cette communauté passe avant. Et si la femme travaille quotidiennement avec des hommes, souvent elle préfère sortir entre femmes à la fin de la journée. Car là, elles ne sont plus obligées d’être aussi attentives à leurs gestes. Cette liberté n’est pourtant pas acquise avec la famille. Même les féministes coréennes qui revendiquent leur indépendance ont du mal à l’assumer pleinement, du fait du poids de la famille, de l’interventionnisme de la belle-mère ou de leur mère poule. Être indépendante signifie sortir de la communauté et se retrouver isolée. Pour être libre, au fond, la femme coréenne doit ménager ses espaces et contourner le système avec intelligence.

Quelques faits peuvent accompagner cette réflexion. Il n’est guère étonnant, au fond, de voir les divorces augmenter de manière spectaculaire, car les mentalités des hommes n’arrivent pas à évoluer aussi vite que les jeunes femmes. Plus de la moitié des femmes de 20 à 40 ans estiment que le divorce est nécessaire si elles ne sont pas heureuses. Pour une femme sur 5 c’est même une option viable tant qu’elles n’ont pas d’enfants. Ces taux sont largement supérieurs aux réponses des hommes. Les causes de divorce sont majoritairement les conflits entre époux (plus de la moitié des cas), suivis de problèmes économiques, de l’infidélité du partenaire et enfin des conflits familiaux. A noter que selon une récente étude sur l’infidélité, autre tabou en Corée, 68 % des hommes et 12 % des femmes auraient des relations sexuelles hors mariage.

De tabou, le divorce est devenu un phénomène en moins de 10 ans. La pression familiale est encore forte, obligeant les enfants à se marier avant leurs 30 ans. Les rencontres sont organisées par les parents, et les mariages précipités, parfois à peine 3 mois après la rencontre. Si les fictions coréennes décrivent très bien cette pression familiale et les rendez-vous arrangés (Coffee Prince), en revanche, le happy ending, comme dit précédemment dans mon premier article, est toujours de rigueur. Les jeunes couples ne vivent que très rarement ensemble avant de se marier. Et les taux de divorce explosent 2-3 ans après le mariage. Le divorce des jeunes commence de plus en plus à être accepté, et fait même des émules auprès des ménagères de plus de 65 ans. Plus que jamais les femmes prennent le leadership dans leur couple, s’imposent face à leur maris et décident du divorce. Et les remariages commencent à prendre de l’ampleur. A noter également, l’augmentation du nombre d’unions mixtes, entre asiatiques du sud-est, mais également entre occidentaux et coréens, unions qui se terminent de plus en plus fréquemment par des séparations difficiles. Ces statistiques ne sont pas sans inquiéter les dirigeants, qui voient s’effondrer la natalité du pays (à peine un enfant par femme, ce qui menace la démographie du pays), alors que dans les années 70 le discours était de réduire la natalité pour « réduire la misère ».

La thématique du divorce (et encore moins celle de l’adultère) n’est pas très courante dans les dramas récents, où mariage et enfants font toujours figure d’aboutissement. Dans ce contexte difficile, ne vous étonnez donc pas si par exemple The Vineyard Man montre le couple avoir de nombreux enfants. Pourtant, ces thématiques plus « modernes » reviennent après avoir été délaissées (elles figuraient notamment dans les daily dramas au début des années 2000). Peu de couples mariés occupent une place prépondérante, ou alors leur séparation n’est que ponctuelle (Lie to me, City Hall). On citera Alone in love, bien sûr, ou plus récemment Can’t Lose pour ce qui est des conflits entre couples mariés. Mais généralement on évoque le divorcé comme quelqu’un qui cherche à se remarier, comme dans Love Mariage. First Wives Club ou Dal Ja Spring évoqueront quant à elles l’infidélité, lorsque pour cette dernière série l’héroïne se rend compte qu’un de ses prétendants est marié. La thématique de l’infidélité est encore moins évidente à la télévision coréenne, puisqu’il s’agit encore d’un délit condamné par la loi, qui veut « protéger la moralité dans la société ». Hypocrisie latente, évidemment, puisqu’une femme infidèle a été condamnée à 6 mois avec sursis alors que son mari couchait avec des prostituées depuis 10 ans. Dans les faits, heureusement, l’infidélité est rarement condamnée par les tribunaux, mais cela arrive encore et suscite une certaine indignation. Mais c’est ainsi que la société coréenne se réforme, en faisant sauter ces verrous, et en passant à autre chose dès qu’un phénomène de société prend de l’ampleur et que l’on ne peut plus le cacher (nous y reviendrons en parlant de l’homosexualité lors d’un prochain article).

Qu’en est-il alors de la femme ?

Nous avons vu précédemment comment la jeune femme moderne était présentée dans les fictions : combative, courageuse, et … innocente.

Cette candeur, naïveté dans les relations qui nous paraît parfois si exagérée, s’explique avec quelques faits troublants. Tout d’abord, le fait que la sexualisation de la femme n’existe qu’en surface. On se moque souvent des héroïnes effrayées à l’idée de franchir le cap alors qu’elles ont 30 ans révolues (la peur du baiser, les « réveils » aux côté d’un homme, sont de grands classiques dans les fictions, comme dans My name is kim sam soon, alors que l’héroïne est pourtant trentenaire). Et pourtant, il n’est pas rare de voir les femmes n’avoir aucune idée de la chose. On comprend mieux quand on lit que les publicités pour les contraceptifs ont eu du mal à être diffusées. L’éducation sexuelle des femmes est en retard, et jusqu’à il y a peu il était difficile d obtenir une information à destination des femmes sur l’usage du préservatif en dehors de la protection envers le HIV. Les hommes, en revanche, sont au fait des choses et ce sont eux qui parlent ou choisissent la contraception.

Les mœurs évoluent : plus d’un homme sur 4 a eu des relations sexuelles avant ses 18 ans (8 % pour les femmes). (Comparativement, un français sur 4 a des relations sexuelles avant 16 ans). Mais la société coréenne met toujours l’accent sur l’initiation sexuelle de la femme … par son mari.

Il ne faudrait cependant pas généraliser aussi facilement. Si les fictions coréennes restent dans l’ensemble très prudes, la question de la sexualité féminine fait peu à peu son chemin dans les médias. J’ai évidemment plaisir à citer le film My Wife got Married, où Son Ye Jin incarne une femme mariée qui veut avoir… un deuxième homme en plus dans sa vie. Un ménage à trois pas forcément facile à accepter pour le premier mari, complètement dépassé par cette requête, où tous ses repères sociaux s’écroulent.

Je n’aborderai pas ici la sexualisation de la femme dans la K-pop, mais il est assez frappant de constater le décalage entre l’image d’un clip et l’image d’un drama.

Pour terminer, une petite statistique sur la violence sexuelle faites aux femmes : une coréenne sur 4 aurait été victime d’agression sexuelle ou d’attouchements dans les transports en commun. Parfois, un simple chiffre en dit long.

L’homme dans les dramas

Nous avions vu précédemment les caractères stéréotypés, l’arrogance du héros, souvent… riche et séducteur. Notez bien que là aussi l’arrogance a une base « culturelle ». Beaucoup de femmes coréennes interrogées sur leur perception des hommes coréens déclarent ainsi que dans la vie les hommes leur semblent égoïstes et immatures. Bien que dépendant de leurs mères et de leurs femmes (comme nous l’avons vu précédemment), ils ne veulent cependant pas le montrer, par fierté. Et ainsi, ils tenteraient, selon l’analyse féminine, de masquer cette dépendance en contrôlant les femmes.

L’ apparence masculine a elle aussi beaucoup bougé ces dernières années. Alors qu’il y a peu c’était la femme qui se travestissait en homme (Coffee Prince, Sungkyunkwan scandal, Painter of the Wind), c’est désormais la métrosexualisation de l’homme qui fait fureur. Si le baume à lèvres violet porté par Bae Yong joon dans Winter Sonata était assez surprenant à l’époque, ce n’est rien quand on regarde l’apparence des Flower boys (Boys over Flowers, Flower boys ramyun shop…)

Ah, Flower boys. Certains sociologues avancent la thèse selon laquelle la métrosexualisation des héros est en fait une réponse des femmes vis à vis de la société patriarcale. Ne pouvant critiquer ouvertement l’emprise de l’homme, la femme coréenne s’est mise à attaquer le modèle de l’homme « traditionnel », toujours présenté comme solide jusqu’alors. Ainsi le héros masculin a ses tares : que ce soit celui de Secret Garden, ou celui de You’re Beautiful, par exemple ils cachent tous les deux une faiblesse. (On peut d’ailleurs rapprocher cette tendance avec celle décrite plus haut, de former un couple entre un homme jeune et une femme plus âgée, comme dans The Manny où le héros prend soin de lui, fait du sport, fait craquer sa patronne plus âgée en plus d’être un excellent babysitter !).

Le terme Flower boys dérive bien sûr de certains types de mangas. Mais cela traduit surtout une nette différenciation entre la culture asiatique et la culture occidentale. Chez nous, la représentation du mâle viril est celui d’un type musclé, bronzé, brun, si possible poilu/mal rasé. La métrosexualisation se traduit essentiellement par l’apparition d’hommes prenant soin de leurs visages, de leurs corps, ou faisant particulièrement attention à la mode (on citera David Beckham en exemple). En Asie, les traits masculins recherchés ne sont pas les mêmes : d’une part parce que la pilosité naturelle n’est pas comparable, mais aussi parce que la pâleur fait partie des critères de beauté. On évite le soleil pour ne pas être un paysan, on se protège avec n’importe quoi, un journal, un portefeuille.. Exit donc les séances de bronzage. La Corée, qui a été une nation de paysans, ne veut plus voir ces visages burinés par le soleil, elle veut montrer qu’elle est une société moderne, avec des visages clairs, purs, des peaux lisses frottées avec entrain sous l’eau. On ne craint que les UV (et les lunettes de soleil sont davantage des accessoires de mode que des objets utiles car les pupilles des coréens sont moins réactives au soleil). La chaleur, au contraire, on la recherche brûlante.

De la même façon qu’il y a des critères de beauté pour les femmes (la S-Line pour le profil du corps et la V-line pour la forme du visage de face – un critère qui nous paraît ridicule à nous occidentaux), il y a des critères de beauté pour l’homme, qui se doit non seulement de faire attention à son corps via de multiples soins et pommades mais aussi d’avoir une taille minimale. Un homme fort, c’est un homme grand. Et les japonais sont méprisés pour leur petite taille. Le flower boy est donc typiquement un jeune de grande taille (donc fort), riche (ce qui lui permet de prendre soin de son corps), avec une peau de porcelaine, des yeux ronds, et un sourire éclatant…

Le culte de l’apparence en Corée a donc permis l’éclosion de nouveaux fantasmes pour les jeunes femmes. Suivre la mode est un impératif si on veut faire partie de la société. La mode coréenne n’est pas l’affirmation de soi, (il n’y a pas d’individualisme en Corée), c’est l’affirmation d’appartenir à un groupe. Il faut donc ressembler à tout le monde. Et comme les riches suivent au plus près les tendances, il faut suivre en dépensant tout son argent. Car être beau permet d’exister, d’être reconnu, bien plus que de savoir parler. Dans cette société confucianiste, l’apparence est primordiale, et on engagera sans aucun remord un homme beau plutôt qu’un homme moins beau mais plus qualifié. Ainsi depuis les années 2000, la chirurgie esthétique ne s’attaque plus seulement à la création de doubles paupières, mais à la réfection totale du visage et de la silhouette féminine. Ce qui suscite des remous pour les stars qui en font usage. Non pas parce qu’elles l’ont fait, mais parce qu’elles ne l’avouent pas toujours. Eh oui, faire croire que l’on est naturellement parfait, ça fait rêver. Dans le film 200 Pounds Beauty, l’héroïne est une chanteuse obèse qui n’arrive pas à percer. Elle perd ses kilos, recourt à la chirurgie esthétique, rencontre le succès sous une nouvelle identité et lorsque le public apprend la vérité sur son opération, cela ne lui pose aucun problème. Et le phénomène touche également les stars masculines, qui se font refaire le nez (comme l’un des chanteurs de Super Junior). 15 % des hommes sont passés par le bistouri, tout comme 50 à 70 % des jeunes femmes. Des chiffres époustouflants.

Dans une troisième partie, nous parlerons des thèmes que je n’ai pas encore pu aborder, comme la place faite aux étrangers et  à l’homosexualité dans les dramas, et certains autres aspects culturels déjà aperçus dans de nombreuses fictions (comme la religion). Merci pour tous vos commentaires, ce fut un travail particulièrement intense et fatigant vu mon état de santé, mais ce fut une fois encore très intéressant de mettre en lumière ce qui se laissait déjà deviner au fil des dramas. J’espère vous écrire la suite la semaine prochaine si tout va bien.

[30 days drama challenge] Day 12 : scénario favori

On aborde aujourd’hui une question intéressante. Qu’est ce que j’aime dans un scénario ?

D’emblée, je tiens à dire qu’il n’est pas facile de généraliser, mais en réfléchissant j’ai quand même trouvé quelques tendances dans mes choix.

D’abord, la question de l’originalité ne se pose pas forcément. Oui, au bout d’un moment, pour éviter la lassitude, je suis attiré par des scenarii plus originaux, plus « rafraichissants ». Mais ça ne signifie pas que d’un coup de cœur passager ça peut se transformer en passion durable.

C’est là toute l’importance du média. Pour que le scénario me plaise, il faut qu’il réussisse à me tenir en haleine tout au long des épisodes de la série. Du coup, la série doit éviter deux sortes d’écueil, selon leur origine culturelle :

– pour les dramas asiatiques : éviter la redondance, les passages à vide fréquents en milieu de série coréenne.

– pour les séries américaines : au lieu de tergiverser parce que la série n’a pas de fin définie, elle doit se fixer un but et s’y tenir. Ou, à défaut, se réinventer en assurant un minimum de cohérence, en faisant évoluer ses personnages sans les transformer radicalement, que la série soit feuilletonnante ou non.

On touche un point sensible : la disparition progressive des séries feuilletonnantes sur les networks. Là où les séries asiatiques assurent au téléspectateur un début et une fin, s’engager dans une série feuilletonnante aux USA est un pari risqué. A quoi bon s’engager dans une fiction mystérieuse si pour des raisons d’audimat vous n’en connaitrez jamais la fin ? Oh bien sûr, ce qui prime ce n’est pas la destination, c’est le voyage (et c’est un de mes arguments principaux pour défendre Lost), mais quand même. Lost a eu l’immense chance de pouvoir planifier sa fin, et ça c’est ressenti sur la qualité d’écriture dès l’accord signé.

Du côté des dramas coréens, il y a cet étrange sentiment d’attirance et de répulsion envers des comédies romantiques formatées. Car oui, je comprends tout à fait le reproche de Ladyteruki sur le fait que ces séries là se ressemblent toutes. Pour simplifier : la fille au caractère trempé, généreuse mais qui en bave comme pas possible pour s’en sortir financièrement, le gars né avec une cuillère dans la bouche, imbu de lui-même mais au grand cœur, le prince charmant parfait sous tous rapports qui ne réussira jamais à conquérir la belle, la méchante jalouse, qui ne pense qu’ à détruire cet amour naissant, et enfin les parents qui représentent l’ultime obstacle à la durabilité du couple. Et pourtant, si je ne peux m’empêcher de tiquer moi aussi sur ces carcans, le charme opère quand même. Comment l’expliquer ? Tout d’abord parce que tout ceci n’est finalement qu’une poussière dans l’œil, car ce qui compte, c’est l’alchimie des protagonistes, l’émotion qu’ils transmettent. On ne le dira jamais assez aux producteurs d’Hollywood : une comédie romantique ce n’est pas une avalanche de gags médiocres portés sur le sexe avec deux têtes d’affiche qui subitement couchent ensemble sans aucune justification. Une comédie romantique, ça se construit. Et sur ce plan là, les coréens sont imbattables, car ils font progresser l’attraction/la répulsion, donnent de la profondeur à leurs personnages, les rendent peu à peu très sympathiques, puis attachants… Bref, ils visent au cœur.

Vous l’aurez donc compris, j’attache une très grande importance non seulement à la cohérence psychologique des personnages, mais aussi à l’émotion véhiculée. Et là, toute est une question de sensibilité, et j’aurai du mal à vous dire où je place le curseur. Quand la démonstration verse dans le larmoyant de manière répétitive, j’ai l’impression qu’on me « force », et je me détache… C’est donc une question de dosage subtil.

Du côté des dramas japonais, alors que je leur reproche pour la plupart leur manque de romantisme, je salue leur imagination débordante. Ce qui est bien avec les japonais, c’est qu’ils osent. Tout. C’est un vaste réservoir d’idées, de mise en scène inventive, de personnages décalés et dans le même temps ils peuvent très bien réussir à toucher la corde sensible avec leurs human drama.

Bref, je vous en reparlerai certainement quand j’aborderai mon dossier pour vous aider à plonger dans les dramas coréens (non je n’ai pas abandonné l’idée).

Alors, au regard de tout ce que je viens de dire, quels seront mes choix ? A vrai dire, j’ai hésité. La solution aurait été de dire : j’aime les scénarii qui parlent de vie quotidienne, sans rebondissements excessifs. Un bon scénario, pour moi, c’est celui qui arrive à maintenir en haleine avec… rien. Non, je ne vais pas faire comme dans Seinfeld, (« it’s a show about nothing »). Ce qui me plait, c’est la construction des personnages, l’émotion véhiculée. Que l’on parle d’amour, du sens de la vie, que l’on m’ouvre les yeux sur la beauté précaire de notre monde, que l’on me fasse rire, pleurer, que l’on réchauffe mon cœur avec un propos sincère, touchant, juste. Pour toutes ces raisons, j’aurai donc tendance à vous donner les mêmes réponses, encore et toujours  : Alone in love pour la Corée, Koi Ga Shitai pour le Japon, Once and again pour les USA.

Mais pour diversifier un peu mon propos et rendre hommage à d’autres séries qui ne déméritent pas, j’ai choisi d’autres fictions :

Flowers for my life et Coffee Prince (Corée du Sud). Voilà deux exemples de dramas qui sortent de leurs carcans originels (une comédie romantique avec carré amoureux) pour donner une vraie leçon sur l’amour, le bonheur et la vie.

Flowers for my life, d’abord, qui commence par nous présenter une fille cupide et un garçon menteur, et qui finit bien au delà d’une histoire d’amour, ou de la quête du bonheur. La série est l’une des rares, si ce n’est la seule, à donner une image sereine, chaleureuse, sur la fin de notre existence sur Terre.  Un véritable bouleversement pour moi qui suis un grand angoissé de la vie. D’un point de vue scénaristique, la série aura donc su contourner tous les méandres de la comédie romantique, en donnant de l’émotion, et du sens. Le tout plongé dans l’univers des funérailles coréennes. Flowers for my life est le côté pile de Six Feet Under, ou Dead Like Me. C’est en quelque sorte le chaînon manquant positif.

Coffee Prince, ensuite, parce qu’elle a su elle aussi se débarrasser progressivement de toutes ses intrigues habituelles pour se concentrer sur l’essentiel : l’amour rend heureux. C’est naïf, idiot de le dire, et pourtant je vous assure que l’on sort d’un tel visionnage avec le sourire aux lèvres. Voir ces deux là se taquiner, s’aimer à l’écran est une source de bonheur sans fin. Combien de fictions s’arrêtent sur l’aveu final, voire la rencontre ? Voilà une série qui a tout compris et qui fait mentir l’adage américain selon lequel une fois l’amour consommé il ne doit jamais durer car le spectateur s’en lasserait. Non, le téléspectateur a besoin de voir ses personnages heureux. Vous voyez, le scénario à la fin tient sur un timbre-poste, et pourtant ça fonctionne parfaitement. Parce qu’une fois tout en place, l’univers se suffit à lui-même. De la même façon qu’on a plaisir à retrouver une famille fictive dans une série, on a la joie de voir un couple s’avouer ses sentiments au grand jour. Quand vous êtes amoureux et que vous êtes heureux, vous avez envie de le crier au monde. Coffee Prince, c’est ça. Inutile de vous dire que j’ai hâte de voir paraitre le coffret dvd en France, prévu pour le mois d’octobre chez Dramapassion.

Manhattan Love Story (Japon). Je vous ai déjà parlé plusieurs fois de cette fiction, mais elle détonne tellement par rapport aux comédies romantiques que je voulais saluer son ingéniosité. L’originalité, ça paye parfois. Vous prenez des personnages qui n’ont a priori aucun point commun sinon de se retrouver un jour ou l’autre au café de Tensho, et vous vous imaginez jouer les entremetteurs. Problème, votre si beau schéma qui rend tout le monde heureux semble ne pas être juste. S’en suivent des moments jubilatoires, délirants où des couples improbables remplacent des couples pourtant si évidents. Le tout en essayant de donner une justification psychologique pour détailler l’attirance existante ou à naître. Vous finissez par ne plus rien comprendre : qui est avec qui, déjà ? Manhattan Love Story est un puzzle tout simplement extraordinaire, qui révolutionne tout ce qui s’est fait dans ce domaine.

Wonderfalls et Pushing Daisies (USA).  J’ai failli rajouter Dead Like Me, mais ça faisait peut-être un peu trop fan de Bryan Fuller, non ? Ça contredit un peu mes généralités, puisque ces personnages n’évoluent pas vraiment, et que la fin est un peu précipitée. Qu’importe, des idées créatives comme ça se font rares à la télévision. J’ai donc plutôt voulu mettre l’accent sur le concept que sur le scénario proprement dit.

Wonderfalls est parti d’un postulat simple : toute représentation d’un animal (sculpture, affiche, bibelots, …) se met à parler à une jeune fille désenchantée et lui donne une mission … pas très explicite. Celle-ci doit donc décoder le message et accomplir sa tâche, malgré tous les ennuis qu’elle va avoir ou qu’elle va causer. Si ce postulat fantastique est très drôle, le show n’oublie pas de donner à ses personnages une vraie personnalité, et un véritable petit univers se met peu à peu en place. J’en ai pas parlé dans mon introduction, mais construire un univers cohérent ça montre un scénario bien construit, et ça aide non seulement à l’immersion, mais à l’attachement. Que serait Gilmore Girls sans les habitants de la bourgade de Stars Hollow ?

Pushing Daisies est un concept un peu plus compliqué à assimiler, ce qui explique peut-être ses audiences moyennes, n’arrivant pas à attirer de nouveaux téléspectateurs. Ou peut-être est ce ce ton improbable, à mi chemin entre le policier, le fantastique et la romance ? Voilà un jeune garçon qui s’aperçoit qu’en touchant les êtres vivants morts, il les ranime à la vie. Pour une minute, seulement, hélas. Car s’il ne touche pas à nouveau ces êtres vivants pour les renvoyer à leurs morts au bout de ce délai, un être vivant perdra la vie dans un environnement proche. Alors le jour où il touche le corps inanimé de son amour de jeunesse, lui rendant la vie, ce jeune pâtissier ne peut se résoudre à la lui reprendre. Dès lors, il ne peut toucher celle qu’il aime, sous peine de la voir disparaître à jamais. Il ne peut que la regarder, ce qui donne au récit une très forte dimension romanesque. Et en attendant, le jeune pâtissier va aider un détective privé à résoudre des crimes, simplement en demandant au défunt qui l’a tué. Mais évidemment, dans cet univers délirant, rien n’est jamais simple. Avec ce concept alléchant, cette mise en scène soignée et ces acteurs sympathiques, le show aurait du cartonner. Hélas, il ne suffit pas d’avoir un bon scénario de départ, encore faut-il donner du rythme au récit, et c’est là que se trouve son talon d’Achille. Dans les grandes lignes le show est extraordinaire. Au quotidien, il n’a pas su trouver son souffle.