Miranda saisons 1 à 3

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La saison américaine s’étant révélée décevante a plus d’un titre, j’étais en quête d’une sitcom réussie, assumant ses mécaniques désuètes, et partageant avec ses téléspectateurs l’envie de rire de tout, quitte à en faire de trop. J’ai trouvé cette merveille, elle s’appelle Miranda.

Miranda est une sitcom britannique de la BBC qui a débuté en 2009, impulsée par son interprète principale, Miranda Hart, une comédienne au physique plutôt inhabituel à la télévision. Miranda Hart mesure en effet plus d’1,85 m et est en surpoids. Ses capacités comiques en sont décuplées, et l’actrice s’en sert magnifiquement pour incarner un personnage loufoque, immature, mais très attachant.

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Miranda a 35 ans. Éternelle célibataire (ce qui désespère sa mère qui veut la caser à tout prix), elle est non seulement maladroite (elle tombe par terre au moins une à deux fois par épisodes), mais surtout elle a un comportement étrange qui fait fuir tout le monde. Sa solitude la pousse à tenter des expériences farfelues chez elle et à imiter d’autres personnes avec les moyens du bord (elle devient une geisha en chaussant des gants de cuisine). Elle aime peindre et habiller des fruits pour en faire des personnages, elle adore jouer avec les mots, et surtout les répéter parce qu’elle aime leur sonorité. Et elle ne peut s’empêcher de chanter lorsqu’elle entend – ou prononce – des phrases qui sont les paroles d’une chanson. Un genre de TOC, qui lui vaut de s’humilier en public régulièrement.

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Miranda possède un magasin de farces et attrapes, véritable caverne d’Ali Baba, qui lui permet d’utiliser  toutes sortes de costumes loufoques. Miranda aime la vie, s’amuser. Dotée d’une énergie et d’une créativité phénoménale, elle est incapable de travailler dans un bureau, de tenir des comptes, et elle a donc besoin de sa meilleure amie Stevie (Sarah Hadland) pour s’occuper de la gestion du magasin.

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Cette dernière a également son grain de folie, et se retrouve engagée dans les folles aventures de son amie. Elle aime les compétitions idiotes (qui arrivera à faire éclater le papier à bulles le plus rapidement ?), et ce même sur le terrain de la drague (celui qui s’occupe en premier du client au physique avantageux aura-t-il l’avantage ?).

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Miranda a surtout une mère, Penny (Patricia Hodge), qui n’hésite pas à rappeler à tout le monde combien sa fille est hors normes. Malgré sa petite taille, Penny arrive à dominer sa fille sans difficultés, lui imposant régulièrement des soirées « sociales », autant d’occasions pour lui faire rencontrer des célibataires. Évidemment Miranda déteste ça, mais elle n’arrive jamais à prendre le dessus, car elle est tout bonnement incapable d’inventer des excuses pertinentes (une autre caractéristique de son asociabilité). Penny se révèle irritante comme peut l’être une mère qui aime débarquer à l’improviste, qui impose ses faits et gestes à sa fille (au motif qu’elle l’a mis au monde !), sans compter le fait qu’elle adore raconter ses ébats sexuels !

Or le sexe reste une donnée plutôt embarrassante pour Miranda. La série nous montrera ses fantasmes, mais pour ce qui est de passer à l’action, c’est une autre paire de manches. Rien que le mot « sexe » lui est impossible à prononcer. Miranda a-t-elle vraiment quitté le monde de l’enfance ? Rien n’est moins sûr.

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Et pourtant, s’il y a bien quelqu’un qui fait chavirer son cœur, c’est Gary (Tom Ellis). Ce cuisinier possède toutes les qualités physiques pour séduire la gente féminine, mais la fiction aime bien lui donner quelques tares, comme, un certain manque de courage, ce qui lui vaut quelques moqueries. Gary et Miranda vont donc se tourner en rond pendant ces 3 saisons, pour notre plus grand bonheur, sans jamais devenir irritants.

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Car la grande caractéristique du show, c’est sa bonne humeur générale. Personne ne se prend vraiment au sérieux, et surtout pas notre héroïne qui brise le 4è mur régulièrement. Miranda prend des airs étonnés, complices, avoue ses mensonges, ses rêves, et multiplie les clins d’œil à son auditoire. Et à chaque fin d’épisode, le casting tout entier arrête la comédie pour saluer son public. Il n’y avait pas de meilleure façon pour se rapprocher d’eux.

D’autant que les thématiques, bien qu’irrésistiblement loufoques, peuvent facilement résonner chez beaucoup de personnes. Le célibat, l’adulescence, le rapport mère-fille, la gourmandise, les maladresses, les mensonges, … Le show aime bien piquer là où ça fait mal, mais il n’est jamais méchant. On est là pour rire, et à force d’utiliser les mêmes gags, on finit par rentrer dans la peau de ces personnages.

L’inconvénient, évidemment, c’est que le show peut paraitre un brin répétitif. Heureusement, le rythme de chaque épisode est très soutenu, et si on ne rit pas à tous les gags (dont certains traînent exagérément en longueur), on est facilement emporté par l’ambiance, et tous ces défauts ne restent pas au final.

Il faut évidemment être sensible à l’humour (et l’univers) de la série. Chaque scène est très théâtrale, ce qui fait que la sitcom est vraiment une sitcom à l’ancienne, avec des personnages qui vont et viennent, se cachent, mentent, essayent de couvrir leurs traces, le tout noyé sous une couche de rires enregistrés. Avec un sens du délire très appuyé, on peut aussi passer du temps à les voir chanter et danser. La série multiplie les références musicales et la pop anglaise, de Take That aux Spice Girls. Bref, un show pour trentenaires nostalgiques. Et puis j’adore le jeu « Where’s Miranda », où Miranda se cache dans la foule, habillée en pull rayé rouge et blanc comme Waldo (Charlie en français)…

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C’est parfois un peu lourd, et la série aime en faire de trop. Mais j’ai toujours préféré l’excès à la rareté (la comparaison avec les séries comiques d’aujourd’hui fait mal à ces dernières). En outre, ce n’est jamais vulgaire, mais bon enfant. Si les situations ne sont pas crédibles, on ferme assez facilement les yeux, car une fois encore, la série ne se prend pas au sérieux, et joue avec son public,  lequel en redemande.

La série repose, il est vrai, sur Miranda Hart, et vu le succès croissant de cette dernière (elle joue également dans Call The Midwife et prépare une tournée de son spectacle pour 2014), on peut comprendre que depuis 2009, la série n’a eu que 18 épisodes. Mais ces derniers s’avalent bien trop vite. Miranda, reviens !

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Call the Midwife saison 1

Call The Midwife

La seconde saison va commencer dimanche soir sur la BBC, alors j’arrive juste à temps pour le rattrapage. Et quel rattrapage ! Call the midwife est une fiction qui vous envoûte, vous transportant sans difficultés dans les années 50, dans les quartiers pauvres de Londres.

call the midwife screenshot

Le choix des années 50 n’est pas le fruit du hasard, car c’est l’un des tournants historiques dans la lutte contre la pauvreté, avec notamment la fin effective des « workhouse », ces bagnes pour indigents aux conditions de vie extrêmes. On y enfermait les pauvres sous prétexte de les « aider », on les forçait à travailler plus de 18 heures par jour, et la plupart n’y résistaient pas. Avec la création d’un véritable programme d’aide sociale, La Grande-Bretagne va alors devenir une société moderne, appuyée par les progrès technologiques et médicaux.

call the midwife jessica raine

Ce qui frappe dans cette reconstitution, c’est que cette évolution n’est ni idéalisée ni critiquée. Nos personnages ne se battent pas contre un système qui force les gens à quitter leurs maisons car elles sont insalubres, ils se contentent à leur niveau, d’essayer de faire le bien autour d’eux. Nos héroïnes sont des infirmières, sage-femmes. Elles sont le fer de lance du progrès : elles visitent les maisons, et apportent leur aide à des personnes isolées, ou à des familles nombreuses. Ainsi confrontées à la détresse, elles se battent, ne renoncent jamais, et font preuve de beaucoup de chaleur humaine. Le fait que ces infirmières soient hébergées par des nonnes n’est pas non plus un hasard. Elles font le lien entre la charité et la désormais institutionnalisation du système de santé britannique (le fameux NHS qui rend les britanniques si fiers a été mis en place dans cette période). Elles ont une vie privée réduite, mais qui ne demande qu’à s’épanouir. Leurs histoires de cœur sont l’objet de secrets, de confessions, mais aussi de solidarité féminine qui fait plaisir à voir. La bonté de ces personnages fait le parfait contrepoids aux histoires tragiques qui nous sont contées. Il fallait insuffler de l’espoir dans ce monde où la mort, l’extrême pauvreté, la folie, est à chaque coin de rue. Oui, c’est dur, très dur. Et rien ne nous est épargné. Mais malgré ces regards tristes, désespérés, nos femmes relèvent la tête, trouvant en quelques scènes le moyen de faire retomber la pression (écouter de la musique ou lire). Notre héroïne a beau être instruite, elle n’a pas été préparée à ce choc quand elle découvre les ravages de la pauvreté, ce moment d’effroi où les conditions d’hygiène sont tellement déplorables chez un particulier qu’elles vous donnent un haut le cœur. Et pourtant, chaque matin, même sans avoir dormi, elle part au travail en souriant, sans s’adjuger le rôle de l’héroïne. Car pour elle, elle n’est qu’une force de  soutien à de véritables héroïnes, ces femmes ordinaires qui luttent chaque jour dans un environnement précaire, élevant tant bien que mal des dizaines d’enfants, enceintes, fatiguées, mais déterminées à donner le meilleur d’elles-mêmes.

call the midwife condoms

On peut facilement comprendre le succès de la série chez nos amis britanniques puisqu’elle décrit précisément le début d’une nouvelle ère, où les forces de progrès vont finalement l’emporter sur une bonne partie de la misère et de la maladie. C’est aussi une période charnière où tout le monde se connaît encore dans le quartier, et se respecte. L’infirmière, le médecin, le policier ont un rôle qui leur permet d’avoir la reconnaissance qu’ils ont perdue de nos jours. C’est un moment de l’histoire où la solidarité était requise pour survivre, et où les institutions n’étaient pas déshumanisantes. Les moyens étaient limités, mais il y avait cette flamme, cet espoir que les choses allaient s’arranger. On ne peut s’empêcher de faire des va-et-vient entre ce passé et son présent.

Le décor est particulièrement soigné, permettant au téléspectateur de ressentir intensément les joies et les difficultés de l’époque. La contraception n’existe pas, même si nos infirmières donnent les premiers cours concernant l’usage du préservatif. Les petits prématurés n’ont que peu de chance de survie. Mais les secours s’organisent, appuyées par la généralisation des postes téléphoniques. Les premiers avantages de l’urbanisation se font connaître. Tout un réseau est là, à échelle humaine, des professionnels (ambulanciers, policiers, infirmières cyclistes, médecins) aux bonnes volontés qui disposent d’un véhicule motorisé.

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Mais il n’y a pas que le décor. Il faut également rendre hommage à la mise en situation des accouchements eux-mêmes. Je craignais la répétition, j’y ai vu de nombreuses histoires passionnantes et bien réalisées. Il est assez rare d’utiliser de vrais bébés maquillés dans les séries, et j’ai vraiment été agréablement surpris de voir ce sang, ce cordon, et même des prises de vue de têtes sortant du bassin, avec des bébés gesticulant et s’égosillant. Bref, on essaye autant que possible de limiter la triche, et cela rend les scènes encore plus poignantes.

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Call the midwife est aussi une réussite pour son casting, impeccable, et ses personnages haut en couleur, et notamment la présence de Miranda Hart (Miranda), en infirmière au physique ingrat, maladroite mais dotée d’une générosité à toute épreuve. Elle aura droit à son histoire d’amour, sans s’attarder sur les ressorts soapesques habituels. On citera également les nonnes, entre celle qui est potentiellement démente et celle qui est râleuse, une vraie force de la nature, il y a de quoi sourire. Le personnage principal, incarné par Jessica Raine est beaucoup plus réservé, secret, même. J’ai moins adhéré à son passé, mais gageons que la seconde saison saura mieux développer son univers. Toutes sont volontairement sympathiques, chaleureuses, solidaires, volontaires. L’humour est présent, par petites touches, entre les attitudes de chacun et leur petites piques. On en oublie pas pour autant la tragédie épouvantable pendant une heure, mais cela met nos petits cœurs au repos pendant quelques minutes, et ce mélange fonctionne parfaitement.

Au final Call the midwife correspond parfaitement à ce que j’attends d’une fiction : ses thématiques humaines, chaleureuses, tragiques, son contexte historique qui permet de mieux s’interroger sur notre présent, ses personnages qui ne sont pas plantés dans un simple décor, mais qui y vivent, en ressentent ses limites, ses espoirs, en ébranlant leurs certitudes mais pas leurs bonnes volontés. A recommander, sans hésitation. Une vraie, grande et belle série.

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