Kirstie [Pilote]

kirstie

Il est sans doute trop tôt pour se réjouir, mais quelle délicieuse sensation que de se retrouver en terrain connu, juste après avoir regardé un épisode de Cheers, la sitcom nostalgique par excellence.

kirstie kirstie alley

Kirstie joue évidemment sur la résurrection du genre, avec ses répliques théâtralisées, ses gestuelles, ses dialogues millimétrés, son rythme impeccable. Bref, pour tous ceux qui ne supportent plus les sitcoms en 4 caméras, les « recorded in front of a live studio audience« , fuyez. Pour tous les autres, réjouissez vous. De toutes manières je doute que les téléspectateurs de TVLand attendaient autre chose que ce qu’ils ont eu.

Mais moi, j’avais vraiment peur de me retrouver face à des stars qui font un ultime comeback, et qui patinent lamentablement devant le petit écran. Le pilote est un vrai hommage à cette télé d’autrefois, l’occasion de démontrer que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Kirstie Alley et Rhea Perlman, après avoir fait sourire pendant tant d’années sur Cheers, se remettent devant le petit écran, ensemble. Les kilos et les années n’entament pas leurs talents, et ils en jouent avec beaucoup d’autodérision. Et ça, le public d’Hollywood devrait vraiment le comprendre.

kirstie cast

Leur résurrection fait plaisir à voir, tout comme le génie comique et visuel de Michael Richards (Seinfeld). En dehors de la scène, on pourra évidemment déplorer les propos racistes de l’acteur, mais le fait est qu’il reste inégalé, un bosseur qui répète à l’infini le moindre de ses gestes pour faire rire. Avec même un petit clin d’œil à Seinfeld lorsqu’il glisse devant une porte. Ma première pensée ? « Bon sang j’ai rajeuni de 20 ans ». A défaut d’être originaux, les gags visuels sont familiers. Dans le bon sens du terme.

Après le pilote, l’annonce des guests est réconfortante (Kristin Chenoweth (Pushing Daisies), impeccable en doublure de notre héroïne, Richard Burgi,  mais on attend aussi Cloris Leachman (Maw Maw de Raising Hope) mais aussi encore plus d’anciens de Cheers (George Wendt, « Norm »),  ou de Seinfeld avec Jason Alexander. Que des pointures.

kirstie michael richards kirstie alley

Kirstie, c’est donc drôle. Vraiment. Oui, les mécaniques sont les mêmes, mais si certaines sont prévisibles, il reste de la place pour les amateurs. La plupart des réparties font mouche, les acteurs s’amusent. Hélas, à vouloir à tout prix cette réplique parfaite, les auteurs en font parfois de trop. Certaines scènes sont presque inutiles (s’envoyer des donuts à la figure, vraiment ?). Mais pas de quoi effacer ce sourire. (Et je n’ai pas perdu de temps. Avant de m’attaquer à la critique du pilote, je n’ai pas pu résister, j’ai sauté à pieds joints dans le deuxième épisode. Et vous savez quoi ? Ça s’améliore.)

L’écriture et le talent des acteurs. Voilà ce qui fait qu’une sitcom à l’ancienne sera à mon goût toujours plus drôle que les énièmes mockumentary qui humilient à longueur de temps leurs personnages. (Et franchement, j’ai de plus en plus de mal avec les « nouvelles » comédies).

Pour l’intrigue, malheureusement, il ne faut pas en demander trop : Kirstie Alley joue une star de Broadway, alcoolique, égoïste, qui se retrouve nez à nez avec son enfant qu’elle a abandonné il y a 26 ans. La dynamique n’a rien de révolutionnaire, et on échappe pas aux scènes moralistes. De quoi modérer un peu mon enthousiasme. Mais après tout, Cheers, c’était juste l’histoire d’amis autour d’un bar… et les effusions sentimentales étaient nombreuses.

Kirstie ne plaira pas à tout le monde avec ses codes datés et ses stars oubliées, mais pour un fan nostalgique comme moi, c’est une belle bouffée d’oxygène. En bouteille. Mais qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse, pas vrai ?

feu_vert3

Publicités

Mes séries comiques de référence (4/5) : Seinfeld

Ah, Seinfeld! Inoubliable Seinfeld. La série phare de la NBC, diffusée de 1989 à 1998. Seinfeld est un objet atypique dans l’univers télévisuel, et lorsqu’il arrive, il mettra du temps à trouver son audience (Ce n’est qu’à la 3è saison que tout décolle vraiment). Il faut dire que cette série ne fait rien comme les autres : c’est d’ailleurs son but : parler de rien, comme si c’était tout. Au point qu’elle racontera elle-même sa propre histoire : Jerry et George cherchent à vendre le concept d’une série télévisée.

George Costanza : I think I can sum up the show for you with one word: nothing.

Russell Dalrymple : Nothing?

George Costanza : Nothing!

Ce délire philosophico-comique pourrait être qualifié de  nihiliste (à tendance masochiste) : donner du sens à ce qui n’en a pas, ou plutôt enlever du sens à ce qui pourrait en avoir. Le résultat est proprement décapant. L’absurde est à son paroxysme dans des tonnes de dialogues millimétrés :

Jerry What are you saying?

Elaine : I’m not saying anything.

Jerry : You’re saying something.

Elaine : What could I be saying?

Jerry : Well you’re not saying nothing so you must me saying something.

Elaine : If I were saying something, I would have said it.

Jerry : So why don’t you say it?

Elaine : I said it.

Jerry : What did you say?

Elaine : Nothing.

La série ne parle de rien, n’a pas d’histoire à part un léger fil comique que l’on sent venir petit à petit. Souvent l’épisode débute lorsque ses personnages sont attablés dans un snack. On y trouve donc Jerry Seinfeld, le comédien qui n’arrive pas à trouver l’âme soeur. Son ami George Costanza (Jason Alexander), un chauve à la moralité douteuse, est extrêmement radin, peureux, et menteur. On y trouve également Elaine Benes  (Julia Louis-Dreyfus), l’ex de Jerry, intelligente mais superficielle, et qui ne trouve pas non plus chaussure à son pied. Enfin, le voisin de palier de Jerry, le pique-assiette Kramer (Michael Richards) naïf, à l’inventivité débridée, est l’élément loufoque du groupe, source de nombreux gags visuels. Outre les parents de Jerry et de George qui feront régulièrement des apparitions, un autre élément s’est petit à petit immiscé dans le groupe : Newman le facteur, détesté par Jerry, car sa cupidité et ses mauvais coups sont sans borne.

C’est donc un groupe de gens pour le moins méprisables qui sont les héros de cette série. Ils se mêlent de tout pour pour vérifier leurs théories farfelues ou améliorer leur train de vie, avec évidemment des conséquences désastreuses.

Jerry : I’m not gay. Not that there’s anything wrong with that.

Les premiers épisodes de la série voient Jerry en stand-up à la fin de l’épisode, un moment privilégié pour comprendre l’intelligence comique de Jerry Seinfeld, dont les sketchs restent inégalable. Mais Jerry Seinfeld n’est pas le seul aux commandes. On sent très vite la patte de Larry David (Curb your enthousiasm). Au fur et à mesure que la série avance, des arcs entre les épisodes se forment, et d’innombrables gags deviennent récurrents : des gags visuels (Kramer qui ouvre la porte de l’appartement de Jerry), et bien sûr des répliques cultes, dont la plus fameuse (yada, yada, yada) sert désormais à remplir les blancs dans une histoire :

Jerry : Where’s Marcy?

George Costanza: She went shopping for some shoes for the wedding, and yada yada yada, I’ll see her in six to eight months.

D’autres répliques seront passées dans la culture populaire (comme « master of my domain », un euphémisme qui aura valu un prix à Larry David).

Jerry : But are you still master of your domain?
George Costanza : I’m king of the county. You?
Jerry :I’m lord of the manor.

Il m’aura fallu un certain temps pour plonger dans cet humour particulier, pour apprécier des personnages détestables, mais au final les moments « cultes » se sont enchainés (the soup nazi, et à peu près toutes les scènes de George Costanza, l’un des meilleurs personnages jamais vus à la télé…). Pour moi, Seinfeld est encore aujourd’hui une institution, une véritable référence en matière d’écriture.

La série aura rencontré un succès phénoménal et tire sa révérence en pleine gloire, au bout de 9 saisons. L’épisode final attirera près de 80 millions de téléspectateurs, plaçant la série comme la 3è de tous les temps. Elle aura rapporté à ce jour près de 3 milliards de dollars.