De la morale dans les séries (1ère partie)

Commençons cet article par un petit coup de gueule.

Car oui j’ai envie de fustiger les récentes campagnes publicitaires de Canal +. Celle de The Pacific m’a pour ainsi dire retourné l’estomac. Je ne suis pas le seul.

« Vous n’en reviendrez pas. Eux non plus ». Trop fun, une série sur la guerre où ils vont tous mourir. Est-ce vraiment cela qu’il faut retenir de la série? Est-ce vraiment cela que l’on veut donner comme message, premièrement vis à vis de la boucherie humaine qu’a constitué la guerre dans le Pacifique, et deuxièmement vis à vis d’une série traitant du sujet ? L’argument de l’humour ou du second degré a bon dos. C’est une fiction historique, traitant de la vie de soldats qui ont donné leur vie pour libérer le monde, et de soldats qui sont morts pour une mauvaise cause. Le moins qu’on puisse faire, c’est de respecter leur honneur, et de ne pas rire de leurs morts. Mais comme il s’agit de soldats américains et japonais, personne ne monte au créneau dans la presse. Imaginez une fiction traitant des héros de la résistance ou des guerres d’indépendance, avec le même sous-titre. Je suis sûr que cela aurait déclenché les foudres de cette même presse. La vie, c’est sacré. Même dans une fiction. Même sur la chaîne Canal plus, où la ligne éditoriale est tellement préoccupée par l’esprit subversif et provocateur qu’elle en oublie parfois l’essentiel. (Oui j’ai envie d’être dur).

C’est encore en regardant la promo de Canal + concernant Mad Men que j’avais envie de réagir. Si vous ne l’avez pas vue, elle consiste en la phrase suivante : « La morale de cette série c’est qu’il n’y en a aucune ».

Et c’est là que je m’interroge. Pour vendre une série, maintenant, il faut qu’elle soit amorale ? C’est la première qualité d’une série ?

C’est pas tant la présence de comportements déviants  qui me dérange (je suis pas là pour parler de censure, bien au contraire), c’est plutôt qu’elle est devenue un argument commercial auquel peu de gens pensent à répondre. Enfin, si, mais là c’est une très mauvaise critique qui d’une part ne connait pas son sujet et qui d’autre part met tout  dans le même panier. Quitte à faire de l’analyse, voilà un article bien plus intéressant. L’amoralité est devenue un phénomène publicitaire. Je me garderai bien de contester les arguments sur le fond ou la forme de Mad Men, étant donné que je ne l’ai pas vue.

Quoi ? Je vais parler de moralité et d’éthique sans parler de Mad Men ? Eh oui, vous pouvez d’ors et déjà zapper le reste de l’article.

Non, sérieusement, j’insiste, ce qui m’intéresse n’est pas tellement de savoir si Mad Men est une série morale parce qu’elle met en scène l’amoralité, ou si c’est une coquille creuse destinée à assouvir les penchants de bobos inconsciemment frustrés par leur présent et de féministes plus avant-gardistes que l’époque représentée.

Mon but, c’est a minima de provoquer un electrochoc, de susciter une reflexion. Pourquoi la télévision cherche-t-elle à aborder ces sujets, est-ce de la provocation, y a-t-il du voyeurisme ? Quel est l’intérêt créatif derrière tout ceci ? Et n’y a-t-il pas une certaine hypocrisie scénaristique aussi ?

  • En ce qui concerne l’hypocrisie scénaristique

Prenons l’exemple de Dexter dont le comportement amoral nous est vendu à travers d’innombrables campagnes publicitaires. Mais qu’a-t-il fait et qu’est devenu ce personnage ? Son amoralité se limite à tuer des meurtriers. Au pays de la peine capitale.  Il n’est pas un anti-héros comme on veut nous le faire croire, il est le héros d’une majorité de la population qui se prononce toujours en faveur de la peine de mort. Dexter est le justicier masqué (pas étonnant d’ailleurs qu’à un moment donné on parle de comic-book). La série sait d’ailleurs très mal développer la psychologie de son personnage principal, se bornant à le limiter à un traumatisme dans son enfance et à un code de conduite. En fait, on nous présente ce serial-killer comme une victime. Car il faut créer du suspense dans une série : va-t-il ou non se faire prendre ? Mais quand un innocent découvre la vérité, le hasard arrange bien les choses pour qu’il ne meure pas de la main de Dexter. Voilà d’ailleurs ce qui explique mon extrême frustration lors de la saison précédente lorsque Dexter tue par erreur un innocent, et qu’aucun développement ne s’en est suivi. C’était pourtant une occasion en or pour trancher une bonne fois pour toutes entre cette amoralité superficielle, publicitaire (oh super, il y a plein de sang ! il découpe des corps aussi !), et cette moralité sous-jacente (bien fait pour ces meurtriers !).

Mais si je critique cette hypocrisie du positionnement moral, je dois aussi avouer que parfois, l’amoralité, quand elle est bien traitée, peut participer à donner de belles séries. The Shield, a mieux réussi cette intégration du concept d’anti-héros. Parce qu’il a su décentrer un peu son propos vers le contexte sociopolitique. Vic Mackey est une ordure qui doit assumer ses actes, et dont tous ses actes lui sont rappelés sans cesse. C’est une ordure qui a grandi dans un environnement amoral, mais on ne lui donne pas d’excuses. On essaye pas de nous dire : « mais de toutes façons il vise que les méchants ». Et ce, dès le premier épisode qui est magistral . Pour autant il faut bien se garder de déformer son propos. Si elle traite de l’amoralité de ses personnages, la série réinjecte de la moralité régulièrement (via les enquêtes de police). C’est une série foncièrement ambivalente, mais pas hypocrite.

Et ce n’est pas parce qu’elle traite de l’amoralité qu’elle est qualitativement supérieure au reste de la production télévisuelle. C’est surtout parce qu’elle est très bien écrite (chaque évènement a sa conséquence), qu’elle est très bien réalisée (la réalisation est un modèle du genre), et très bien interprétée (citez moi de mauvais acteurs dans The Shield, tiens, juste pour voir). C’est vraiment quelque chose qui m’énerve, le fait de faire croire que parce qu’une série est amorale, elle est forcément au-dessus de la moyenne des autres séries. C’est même un discours dangereux, qui mène à une certaine médiocrité créative.

  • En ce qui concerne l’intérêt créatif

Quand True Blood multiplie les scènes de sexe, quand HBO dit s’intéresser à une série dans l’univers du porno, on pourrait au moins se demander si la sur-représentation du sexe à la télé amène à une quelconque réflexion, à une émotion, à quelque chose quoi. Les fans de True Blood pourraient-ils me justifier ces scènes ? Je vais faire un parallèle osé. Pour moi, c’est comme la tendance actuelle de mettre des effets spéciaux partout au détriment du développement psychologique des personnages. Le sexe, c’est visuel, les effets spéciaux de type destruction, c’est visuel. C’est destiné à assouvir les pulsions et l’angoisse de destruction en chacun de nous (ne dit on pas parfois que l’acte sexuel est une façon de lutter contre l’angoisse de la mort ?). Et je peux d’autant plus en parler que je regarde beaucoup de films d’action asiatiques.

C’est donc très basique, ça repose sur des instincts primaires. Et c’est peut-être aussi pour ça que ça marche. Et d’ailleurs je suis convaincu que le public visé n’est plus seulement l’adulte, mais aussi l’adolescent en manque de sensations. Sans verser dans une critique conservatrice pronant la censure (ce que je refuse formellement, c’est une fiction pour adultes, le problème c’est son accès), c’est tout de même un peu inquiétant, vu que l’adolescent est de nos jours confronté de plus en plus tôt à la (mauvaise) pornographie, et finit par confondre réalité et fantasme. Mais j’y reviendrai peut-être. C’est fou comme ce sujet est large et mérite des développements.

  • Le choc des mondes, le choc des codes moraux

Pour mieux comprendre, rien de tel qu’un petit choc culturel. Ladytelephagy l’a souligné récemment. Les dramas coréens sont diffusés, doublés (eh oui ! pas de sous-titres!), dans les pays arabes. Preuve s’il en est d’une certaine popularité dans les valeurs transmises par ce type de fiction. Si vous suivez un tant soit peu ce domaine, vous n’avez pas pu vous empêcher de remarquer la pudibonderie qui règne dans les relations amoureuses : quelques bisous, très peu de sexe.

L’émotion et le développement psychologique vont de pair. C’est une évidence, et pourtant, on dirait que les américains ont perdu cette notion. Les comédies romantiques actuelles (et la plupart des séries américaines) ne développent plus assez leurs personnages, on se contente de montrer deux êtres qui finissent pas s’embrasser et coucher, dans la foulée. Passez maintenant aux séries asiatiques. Vous y verrez l’intérieur du coeur des personnages. Tous ces sentiments contradictoires qui naissent à l’aurore d’une liaison amoureuse. Tous ces doutes, ces refus inconscients, mais aussi le besoin d’être protégé, la jalousie, la peur, la timidité… et tant d’autres. Ce n’est pas pour rien que plusieurs séries tentent d’ailleurs d’expliquer ce qu’est l’amour et ce qu’il n’est pas, avec parfois des propos plein de sagesse voire philosophiques (Someday et Alone in love y arrivent très bien). De plus, il y a un vrai lien avec le passé des personnages, expliquant parfaitement l’origine de leurs handicaps sentimentaux ou de leurs comportements dans ces domaines.

Ce qui importe n’est pas de montrer ce que le couple va faire, mais de donner de l’émotion à ce qu’ils vont faire. Le premier baiser est souvent très attendu dans les séries asiatiques. Parce qu’il signifie quelque chose.Quand je lis sur Twitter qu’une personne qui jusque là détestait les comédies romantiques se met à apprécier la romance dans les séries asiatiques et leur côté « naïf » (non je ne donnerai pas de nom, la personne peut se dénoncer si elle le veut 😉 ), peut-être que l’explication vient de là.

C’est là que je reviens à ces codes moraux totalement différents aux USA. Le baiser, comme les scènes de sexe ne signifient plus rien là-bas. Elles sont mises en scène pour créer artificiellement un couple (voilà pourquoi c’est devenu si ennuyeux). Comme si un couple ne se définissait que par ça. Et pourtant, on peut croire à un couple sans montrer la montée du désir. Je vais rapporter une anecdote ici (la personne concernée s’en rappellera peut-être). J’ai montré la génialissime comédie romantique coréenne My Sassy Girl à des amies. Ce n’est qu’à la fin dudit film que j’ai entendu l’une d’entre elles s’exclamer : « mais ils ne s’embrassent même pas ». Je ne l’avais même pas remarqué. Pour moi l’important c’était de savoir ce qui se passait dans leurs cœurs, pas ce qu’ils en faisaient. On ne doute pas à un seul moment que le couple formé brûle d’amour, si vous me passez l’expression. Alors à quoi bon rajouter un baiser ? A quo cela aurait servi ? A l’inverse, est ce qu’une certaine pudeur ne permettrait pas de mieux raconter l’essentiel ?

Certes, les choses évoluent au pays du matin calme, mais là aussi, on ne montre pas du sexe pour le sexe, on perçoit de plus en plus la montée du désir dans les fictions. (là encore, c’est le comportement du personnage qui crée l’émotion). Dans Coffee Prince, par exemple, c’est très parlant, et très émouvant, sans que les corps ne soient exhibés.

Voilà, c’est tout pour cette première partie. La prochaine fois on parlera probablement d’éthique, avec un plus long développement sur l’éthique médicale dans les séries.

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Les récompenses influencent-elles votre choix ?

A l’heure où je tape ces lignes (puisque j’écris mes articles en avance à cause des vacances), je ne connais pas encore les nominations des Emmy Awards 2010. Comme chaque année, je suppose, il y aura des déçus. J’en ferai probablement parti, étant donné que la plupart du temps, les séries que j’apprécie ne sont pas nominées. Ca fait pourtant toujours plaisir de voir « sa » série se faire récompenser. On se souviendra quand même du scandale autour de l’absence répétée de Buffy the vampire slayer, ou de Lauren Graham jamais nominée aux Emmys malgré son abattage impressionnant dans Gilmore Girls. Je sais évidemment qu’il y a un processus bien spécifique pour attribuer les nominations, mais quand même.

Le problème, c’est que pour accéder à la postérité, et/ou se faire acheter par les chaînes étrangères, il n’y a finalement que deux moyens efficaces : faire de l’audience, ou cumuler les récompenses. (Bon, il y en a un troisième, c’est faire du buzz, et ça passe généralement par des polémiques ou des histoires de stars, mais c’est pas vraiment ce qui m’intéresse ici). Et pourtant, combien de bijoux sont passés sous silence, ignorés.

Vous allez me dire que les USA ont de multiples systèmes de récompenses, entre les golden globe awards (dont on ne parle généralement que de la partie cinéma), les teen machin popularity, et j’en passe. Mais quand même. Le grand public les ignore. Et il y en a toujours qui passent entre les mailles du filet de repêchage.

Mais au final, est ce que vous, les amateurs de séries, faites vraiment attention aux récompenses quand vous décidez de commencer une série ? Citons par exemple Mad Men, régulièrement nominé et gagnant. Ces récompenses vous donnent-elles envie de la regarder ?

Je peux d’ailleurs facilement étendre ma question aux dramas asiatiques (notamment en Corée où le système de récompense est pour ma part encore assez obscur, notamment avec les récompenses décernées par les chaînes elles-mêmes – oui vous avez bien lu !).  Déjà qu’il est difficile d’avoir une visibilité internationale…

Pour choisir, faut-il se fier à ces récompenses ?

Je trouve en revanche que les prix du cinéma sont beaucoup plus typés. On sait à peu près ce que veulent dire les récompenses de Cannes, Sundance, Berlin,… Et on sait aussi qu’un film récompensé se vendra mieux et devrait faire de bonnes entrées (on verra ce qu’il adviendra du très curieux film thailandais palme d’or cette année). Pour le cinéphile, aussi, la question se pose.

Pour ma part j’avoue d’une manière générale être très méfiant des récompenses pour faire un choix de visionnage. Au niveau des séries américaines, d’abord, puisque je l’ai dit, je ne m’y retrouve pas, même si j’espère chaque année une meilleure concordance avec mon jugement (à défaut de mes goûts). Au niveau des séries dramatiques, c’est encore plus flou. Enfin, je me méfie un peu des films primés à Cannes (et encore plus quand ils sont asiatiques).  Je dois avoir des goûts bizarres, que voulez-vous.

Je me rends compte qu’avec le temps, je m’oriente vers des fictions pour lesquelles le thème ou le cast m’attire, et je lis de plus en plus les critiques d’amateurs sur la toile, en diagonale le plus souvent, parce que je hais les spoilers. Et vous ?