Le psy dans les séries

Ça fait maintenant un bon moment que le psy a envahi l’univers des séries télévisées américaines. Un phénomène encore absent des séries asiatiques et qui n’apparait quasiment pas à la télévision française.

Oh bien sûr, il n’est pas facile d’utiliser un personnage psy dans une série. Il doit avoir suffisamment de présence pour imposer son raisonnement, et surtout, il doit servir à quelque chose, il doit être un élément déclencheur pour les autres personnages, sinon à quoi bon ?

C’est le problème actuel. A force de mettre des psy un peu partout dans les fictions, on a parfois l’impression qu’ils font remplissage. Prenez la dernière saison de Grey’s Anatomy par exemple. Après le traumatisme lié à la tuerie dans l’hôpital, on aurait pu s’attendre à ce que le soutien psychologique serve à quelque chose. En fait, non. Le psy n’a eu aucun dialogue, aucune réflexion suffisamment élaborée pour nous permettre d’avancer dans la compréhension de l’état des personnages. En fait, nos personnages s’en sortent eux-même, au prix de quelques larmes. L’intérêt du psy ? Proche du néant. Tout juste un baiser avec un personnage. Un petit tour et puis s’en va.

Le psy a pris une nouvelle place dans les séries, il est l’argument marketing. La guest-star. Un visage. Un moyen de confronter deux acteurs, ou de voir un acteur endosser le rôle du psy. Pourtant le psy n’est pas qu’une image, il doit avoir du répondant.

C’est un point important. Dans les séries, les longues sessions de thérapie sont généralement réduites à quelques mots clés, une phrase ou deux qui « réveillent » le patient, provoquent en lui un déclic.

Même dans une série comme In Treatment, pourtant très bien écrite, chaque épisode a son dénouement, « son avancée ». Il s’agit la plupart du temps d’une révélation sur le patient, un rebondissement bien mis en scène (manifestations diverses des problèmes du patient).

Mais parler du même patient pendant de longues minutes ça pose des problèmes de rythme. Web Therapy, la webserie de Lisa Kudrow nous présente donc une thérapeute qui considère que l’essentiel du boulot se fait en 3 minutes. Inutile de parler de rêves ou de sentiments… une manière comme une autre d’adapter le métier au format, même si évidemment c’est un gag. (Au passage, ça n’en fait pas pour autant une série réussie, puisqu’elle se résume à la présence de guests et à un peu d’improvisation).

Il n’est donc pas facile de conjuguer les requis d’une série télé (son rythme, notamment), avec le long travail du thérapeute. Pour autant, le métier peut servir de support à une certaine fantaisie. C’est en tous cas ainsi que pendant quelques années, le psy était utilisé.

C’est que vous voyez, les psy, ils en tiennent une couche si on en croit différentes séries. Une personnalité exubérante, dites-vous ?

Prenez le Dr Tracy Clark (Tracey Ulman), qui demande à Ally Mc Beal d’avoir une chanson-fétiche, chante pendant ses sessions et se moque de sa patiente.

Ou alors Frasier (Kelsey Grammer), qui est complètement obsédé par son boulot de psy sur les ondes de KACL. La plupart de ses analyses se retourne contre lui. Et bizarrement, il n’arrive pas toujours à voir ses propres manies. Sa vie sentimentale est un fiasco, il héberge son père qui se moque de lui, tout comme ses collègues à la radio. Enfin, son frère, un autre thérapeute, jalouse sa notoriété et n’hésite pas non plus à le rabaisser car il fait du « fast food ». Dérangé, Frasier ? Oui, un peu.

Si l’analyse prête souvent à sourire, et c’est tant mieux, elle peut parfois se révéler profondément juste dans des séries dramatiques.

Je prends pour exemple « food for thought », le 6ème épisode de la seconde saison de Once and Again, où Jesse (Evan Rachel Wood) se voit obligée d’aller chez un thérapeute, car ses parents ont peur de son anorexie. L’épisode montre parfaitement la pression familiale, la pression qui part d’un bon sentiment, mais la pression, tout de même. Alors que Jesse ne voit que la réussite de sa famille, elle cache le fait que ses parents sont divorcés, que son frère à un problème pour étudier, et finit par comprendre qu’elle même a peut-être un problème. C’est la première phase : l’acceptation. Une nouvelle famille à accepter aussi : une demi-sœur qui ne semble pas l’aimer, les nouveaux partenaires de chacun de ses parents. Le divorce apparemment se passe bien mais il laisse des traces dans les relations entre ses parents (y compris de manière professionnelle). Jesse ne veut pas que son père la voit apprécier le nouveau copain de sa mère. Elle comprend que ses parents veulent qu’elle grandisse mais dans le même temps elle ne supporte pas qu’ils la traitent toujours comme une gamine. Enfin, il y a la honte d’aller chez un psy, un secret qu’elle aurait voulu garder, mais qui se propage dans sa nouvelle belle-famille, ce qui rend les problèmes encore plus insurmontables pour une pré-adolescente. Pas évident non plus de sentir l’inquiétude de ses parents, ou pire, leur déception.

Jesse laisse alors son angoisse éclater chez le psy : ça ne lui dit rien d’avaler de la nourriture. Et si elle avait vraiment un problème, si elle ne pouvait pas expliquer pourquoi elle n’a pas envie de manger ? Le psy la rassure, ça n’en fait pas d’elle une personne ratée. Il faut qu’elle apprenne à moins se donner la pression, à se tolérer soi-même, à faire des choses stupides comme … manger un peu.

Un brillant épisode, magnifié par Evan Rachel Wood, qui venait juste d’atteindre ses 13 ans, et son psy Edward Zwick, le créateur du show. Peut-être un de mes moments les plus intenses en matière de télévision, tellement tout sonne juste et profondément humain. Je vous encourage d’ailleurs à écouter les commentaires audio de l’épisode sur le coffret DVD.

C’est cette humanité qui ressurgit lors des entretiens avec le psy qui est à même selon moi d’élever le niveau des séries qui font appel à ces personnages. Là nous étions dans le cas d’un entretien entre une enfant et un thérapeute, mais parfois, il peut s’agir de véritables joutes orales quand il s’agit d’adultes.

Un exemple ? House. Le début de la saison 6 nous montrait House en institution psychiatrique, lequel va tout faire pour s’en échapper, avant d’accepter d’être soigné par le Dr Nolan (Andre Braugher). S’il est là c’est qu’il a un réel problème. Et le plus dur, pour House, c’est d’accepter d’en parler, de se confier. C’est la première étape vers sa rémission.

En clair, plutôt que de se servir d’un psy comme alibi, le personnage peut énormément apporter à une série, en terme d’émotions, de réflexion, ou de rires. Mais pour ça il faut l’utiliser sur quelques épisodes, lui donner des choses à dire, ce qui reste encore rare à la télévision.

Mes séries comiques de référence (3/5) : Friends

Pour une écrasante majorité de téléphiles avertis, la sitcom de référence, c’est Friends. Mais le temps passe vite, et je n’aurai jamais cru dire ça un jour, il existe des jeunes qui n’ont pas vécu Friends comme les autres. Car Friends, série phare de NBC, diffusée de 1994 à 2004, est la série générationnelle par excellence.

Qui aurait pu croire à l’époque, qu’une série basée sur 6 jeunes amis, interprétés par des inconnus ou presque (Seule Courteney Cox était connue) , allait devenir un phénomène  de pop-culture au niveau mondial ? On avait pu sentir les prémices de la révolution télévisuelle, avec Cheers : les amis sont en passe de remplacer le cercle familial. Finies les Cosby Show, Madame est servie ou la nounou d’enfer. La famille va progressivement se cloisonner dans les dramas et les amis vont faire exploser les sitcoms.

Mais pour arriver à une telle identification, il fallait que la série parle de problèmes communs à tous les jeunes qui ont débuté leur vie active : les relations amoureuses, la carrière, et l’avenir. Pour éviter que la série ne se focalise sur un ou deux personnages, les scripts vont uniformément développer les 6 caractères, et leur donner le même temps d’antenne.

Phoebe (après avoir chanté) : If you want to receive e-mails about my upcoming shows, then please give me money so I can buy a computer.

Il y a donc Monica Geller (Courteney Cox), un chef cuistot obsessive et compétitive. Elle a eu des problèmes de poids dans son adolescence. Son frère Ross Geller (David Schwimmer), paléontologue, marié, avec un enfant, s’aperçoit qu’il a de graves problèmes de couple (sa femme est lesbienne). Il a toujours été secrètement amoureux de Rachel Green (Jennifer Aniston) qui vient de rompre avec son futur mari. Rachel est une enfant gâtée, qui a toujours vécu grâce aux aides financières de sa famille, et elle va devoir apprendre à faire sa vie seule.  Joey Tribbiani (Matt LeBlanc) est un acteur raté, simple d’esprit, glouton, mais dragueur né (son personnage donnera lieu à un spin-off raté qui dura quand même deux saisons). Son meilleur ami est Chandler Bing (Matthew Perry), le blagueur du groupe, beaucoup trop difficile avec les filles pour être un séducteur. Enfin Phoebe Buffay (Lisa Kudrow) est la chanteuse excentrique, décalée, qui a été abandonnée par sa mère mais qui a une sœur jumelle Ursula Buffay (dont le rôle apparaît dans la sitcom Mad about you).

Ross : We were on a break!

Chandler: Oh, my God! If you say that one more time, I’m going to break up with you!

C’est vers la seconde saison que le succès est venu, même si tout était déjà en place pour être très drôle. Les répliques fusent, notamment avec Chandler, on s’amuse de l’ébouriffante Phoebe, de l’agaçante Monica, ou du stupide Joey, et on veut savoir où va nous mener le rapprochement Rachel-Ross. Le couple phare de la série n’aura heureusement jamais pris l’ascendant sur les autres histoires : par exemple sur l’amitié si forte entre Joey et Chandler.

Ross : You know, you probably didn’t know this, but back in high school, I had a major crush on you.

Rachel : I knew.

Ross : You did. Oh… I always figured you just thought I was Monica’s geeky older brother.

Rachel : I did.

Joey : Why do you have to break up with her? Be a man. Just stop calling.

Le phénomène d’identification, l’affectif joue à plein. Le générique est chanté par des fans. Les scènes rejouées. Des mimiques sont reprises un peu partout (les guillemets avec les doigts, les poings qui se balancent l’un contre l’autre). Et le merchandising suit. Les acteurs deviennent les stars que l’on connait, et la série est prolongée jsuqu’à une 10ème et dernière saison. Malgré une baisse de régime, la série conserve toute sa magie. Et lorsque le final est diffusé en 2004, il constitue la 4è audience de show télévisé (les trois premiers dans l’ordre étant MASH, Cheers, et Seinfeld). Le spin-off sur Joey ne sera pas une réussite, et depuis les rumeurs vont bon train sur un épisode spécial, voire un film, mais une page est tournée.

Désormais culte, la série continue d’être diffusée partout dans le monde.

C’est là qu’on se rend compte qu’il est très dur de parler d’une série auquelle on est attaché sentimentalement. Grâce à tous ces moments forts, drôles, émouvants, elle fait partie des meilleurs moments de ma vie de téléphile, tout simplement. Et je souhaite à tout le monde de découvrir un jour une série remplie de singe, de canards, de bébés qui restent dans le bus, d’échanges d’appartement, de secrets entre amis, de pantalon en cuir trop serré, de nudiste, de coupe Geller, de Gunther, de « 7 – 7 – 7 ! », de piqûre de méduse, de crâne sexy, de demandes en mariage, de divorces, d’histoire de premier baiser dans le noir, … « oh my eyes, ! my eyes ! ».