The Suspicious Housekeeper [Pilote – Corée]

The Suspicious Housekeeper

Remake du drama japonais Kaseifu no Mita (2011), The Suspicious Housekeeper espère nous sortir des carcans scénaristiques habituels, et le résultat risque d’en déconcerter plus d’un.

the suspicious housekeeper lee sung jae

Si l’adaptation semble un peu plus fidèle que les précédents remakes japonais, elle est l’un des rares dramas coréens à ne présenter aucun personnage masculin attachant. Notre « héros » est un père de famille, récemment veuf, qui ne sait pas comment s’occuper de ses 4 enfants, car il est complètement absorbé par sa maîtresse et son boulot. Pas facile donc de nuancer cet homme, mais le défi – s’il est relevé – peut s’avérer intéressant.

the suspicious housekeeper choi ji woo

Notre homme va donc devoir faire appel à une maîtresse de maison pour s’occuper des tâches ménagères.. et bien plus. Car la maison croule sous les immondices, aucun repas n’est préparé et les enfants sont laissés à l’abandon, n’arrivant pas à faire le deuil de leur mère, morte noyée dans une rivière. 49 jours après cette mort tragique, Park Bok Nyeo (Choi Ji Woo, Winter Sonata, Can’t Lose) se présente pour s’occuper du ménage, mais elle intrigue tout le monde. Elle ne sourit jamais, se contente de répondre oui à un ordre, ne s’implique dans aucune discussion, et est particulièrement froide (au sens propre comme au sens figuré). Sans compter sa doudoune qu’elle porte hiver comme été. Mais c’est aussi une personne capable de mijoter des plats exactement comme le faisait leur mère, ou de faire le ménage de façon radicale. Elle a aussi des atouts insoupçonnés : elle est une championne pour les devoirs, sait jongler, faire de la magie, et tel un couteau suisse son sac contient tous les objets utiles sur le moment, que ce soit des bougies ou même des cartes d’anniversaire.

the suspicious housekeeper lee sung jae choi ji woo

Les amateurs du très beau Be With You (Ima Ai ni Yukimasu, 2004) (un de mes films japonais préférés) auront peut-être une idée (fausse ou non) à la lecture de ce pitch. Et une grande partie de l’intérêt du drama est d’essayer de comprendre qui est cette maîtresse de maison. A la fois drôle et intriguant, le scénario n’en finit plus d’étonner, et ce côté « bizarre » si propre aux japonais est plutôt bien retranscrit dans le drama.

the suspicious housekeeper cast

On est pas forcément habitué au jeu robotique dans des dramas coréens, qui mettent l’accent sur l’émotion en filmant les visages, et le personnage de Park Bok Nyeo mettra naturellement un peu de temps pour s’imposer. Si Choi Ji Woo s’en sort bien, disons qu’elle n’a pas grand chose à faire non plus. Le problème c’est surtout du côté des enfants qu’il faut le chercher. Le décalage est énorme avec les scènes de pleurs et de larmes, et si on essaye de nous faire compatir à leur douleur, on a parfois du mal, tant ils en font de trop, surtout dans une très mauvaise scène où chacun pleure sur son sort.

the suspicious housekeeper kim so hyun

Fort heureusement, la fille aînée est jouée par la talentueuse Kim So Hyun (I Hear Your voice, I Miss You, The Moon that embrace the sun). Son caractère s’affirme au fur et à mesure jusqu’à obtenir de très bonnes confrontations avec son père, incarné par l’excellent Lee Sung Jae (A wife’s Credentials). Car la disparition de la mère cache un autre terrible secret, qui certes rajoute dans la dramatisation mais aussi dans les enjeux.

the suspicious housekeeper scene

Du côté de la réalisation, hélas, le drama est largement en retrait par rapport à ce que SBS nous a montré cette année. Ce classicisme n’entache pas le plaisir de visionnage, mais avec un tel pitch, il y avait moyen de faire bien mieux. Il est dommage de voir des scènes que l’on croirait tirées d’un drama familial alors que ses thématiques sont bien plus noires.

the suspicious housekeeper happy birthday

Les deux premiers épisodes posent en tous cas de très bonnes bases pour que le téléspectateur ait non seulement envie de vérifier ses prédictions mais également de connaître le destin de cette famille brisée. Cependant, avec un peu moins de larmes, et un peu plus de subtilité, le drama y gagnerait beaucoup. Le deuxième épisode est déjà une bonne progression par rapport au premier épisode, et me rassure en partie : The Suspicious Housekeeper est loin d’un Manny idéaliste et manichéen, et le mystère est bien construit autour de la nouvelle venue.

Au final, on est tout de même un peu loin du coup de cœur, mais le potentiel est là et je compte continuer au moins quelques épisodes pour voir ce que ça va donner.

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A Wife’s Credentials [Pilote – Corée]

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Étant sériephile, je suis plutôt habitué aux coups de cœur. Je les recherche, et cette traque fait partie inhérente de ma passion. Des coups de cœur, j’en ai eu plein cette année (on en reparlera lors de mon bilan), mais rares sont les fictions qui arrivent à vous toucher parce qu’elles répondent presque intégralement à votre cahier des charges. A Wife’s Credentials n’est pas un coup de cœur. Non, c’est le drama coréen que j’attendais désespérément depuis 2006 (Alone in Love). Rien que ça. Un bijou d’humanité, de réalisme, sans emphase, diffusé de Février à Avril 2012 sur la nouvelle chaîne du câble coréen JTBC.

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Voilà enfin une fiction mature qui s’applique à dépeindre les travers de la société coréenne, un peu à la façon de certains KBS Drama Special, sans distance, mais sans sensiblerie excessive. Notre héroïne est une femme mariée, Yoon Seo Rae (Kim Hee Ae), qui a élevé son enfant malade autant qu’elle le pouvait, l’éduquant elle-même sans faire appel à des écoles privées, préférant le protéger de la compétition scolaire, car il semble bien en retard. Qu’importe ! Pour elle, le bonheur et l’épanouissement de son enfant est bien plus important. Après bien des années d’efforts et de traitements, le fiston Han Gyeol semble enfin moins fragile, et peut même commencer le sport.

wifes credentials kim hee ae

Son père, Han Sang Jin (Jang Hyun Sung),  ne supporte plus cette situation. Sa nièce est particulièrement brillante dans les études, et ses propres parents ne veulent pas d’un petit-fils sans réussite. il persuade alors sa femme Yoon Seo Rae de s’installer dans un nouveau quartier huppé, avec de meilleures écoles, où sa mère est susceptible de les aider (ce qui s’avérera on ne peut plus faux, vu que celle-ci préfère jouer au go Stop sur son ordinateur plutôt que de recevoir sa belle-fille quelques instants – en quelques secondes le portrait est bouclé). Yoon Seo Rae accepte, à contrecœur, parce qu’il est toujours douloureux de se rendre compte que la vie ne fait pas de cadeaux. Avec la crise, on ne peut plus survivre sans accéder à des postes de plus en plus hauts. Et pour cela, il faut donc accéder à une meilleure éducation, au plus tôt. N’est ce pas déjà trop tard pour Han Gyeol ? Et surtout, la société lui laissera-t-elle encore une chance ?

wifes credentials drama

Le regard est sans complaisance pour le système éducatif coréen qui, sous prétexte de réussite scolaire, pousse les enfants très tôt à prendre des cours privés, avec des requis en terme de connaissance de plus en plus aberrants. La lutte est rude, et les regards de ces mères louves en dit long : il n’y aura pas de pitié. Lorsque Yoon Seo Rae essaye de s’acclimater elle est confrontée à la méchanceté, la lâcheté, et subit sans cesse des moqueries. Son fils n’a jamais fait le moindre examen dans sa vie, alors quand elle comprend qu’il va devoir en faire un pour peut-être rentrer dans un cours privé du soir, elle pense que ses propres capacités suffiront. Hélas. L’humiliation sera sévère. Faut-il alors ré-orienter son enfant dès maintenant vers le sport ou des carrières artistiques, parce que la compétition a déjà commencé bien plus tôt dans les autres matières ? Notre héroïne n’est pas dépourvue d’idées, heureusement. Elle essaye alors d’avoir accès à une excellente tutrice, elle-même directrice d’une école privée, et sa bonne foi, son innocence, sa gentillesse finiront bien par lui faire franchir tous ses obstacles. Pense-t-elle… sans savoir qu’elle même ne résistera pas à croquer la pomme.

a wifes credentials kim hee ae

Yoon Seo Rae n’a pas une vie facile, mais le drama ne verse pas dans la larme facile. Son mari ne lui prête guère d’intérêt, et ne l’estime pas non plus. Sa mère souffre de la maladie d’Alzheimer et vit loin d’elle dans une maison de retraite (les scènes sont particulièrement touchantes dans le deuxième épisode). Et surtout, rien ne la destinait … à tomber amoureuse du dentiste (marié !) de son fils (Lee Sung Jae).

a wifes credentials drama scenery

La romance reste en effet le sujet phare de cette fiction, et elle est traitée avec suffisamment d’habileté et de maturité pour qu’on en comprenne les tourments. C’est l’adultère qui se cache derrière cette histoire d’amour. On sent cette irrésistible attirance, ce sentiment dangereux qui pénètre cette femme. Les baisers sont furtifs mais fougueux, et pour tout dire plutôt inattendus aussi tôt dans un drama coréen (si vous n’êtes pas convaincu, jetez vous sur le troisième épisode !).

La série déroge à tous les clichés, se veut à la fois plus âpre, plus sobre dans le traitement de l’émotion, ce qui a pour résultat – paradoxalement – de nous impliquer encore plus dans le propos. J’ai toujours eu un très net penchant pour les human drama, et A Wife’s Credentials rappelle par moment certains dramas japonais, voire même les dramas coréens des années 90. Un retour aux sources ?

a wifes credentials couple

Nous ne sommes pas dans une réalisation qui recherche les regards, multiplie les angles de vue, et cherche à faire sortir l’émotion dans tous les plans comme dans April Snow (qui décrivait déjà avec une immense justesse une passion interdite). Et pourtant par moments tous les sentiments transparaissent magnifiquement à l’écran. Le drama opte aussi pour une musicalité parfois décalée. Si on peut comprendre le choix de certaines chansons anglo-saxonnes, j’ai eu parfois l’impression d’un décalage entre l’émotion ressentie et l’émotion véhiculée. Disons le tout net, ce sont des choix qui me correspondent moins. J’aurai préféré un thème orchestral sublimant certaines scènes (et cela se corrigera de plus en plus heureusement). Mais le drama utilise parfaitement le silence, intensifiant encore plus la plongée dans ce monde réel.

Résumer l’histoire à une romance mature dans un contexte social particulier ne serait pas rendre justice au drama. On sent en effet que quelques révélations sont à venir, et que malgré les rebondissements imputés au genre, le drama arrivera à se maîtriser pour faire fusionner human drama et makjang. La question de la fidélité, de la double vie y est par exemple traitée avec de multiples personnages…

Que dire de plus si ce n’est que le drama est à voir absolument…

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