The Heirs [Pilote – Corée]

the heirs poster

Voilà donc enfin le drama qui aura fait le plus de buzz cette année. Avec son casting de stars long comme un bras, et son teasing permanent, il est temps de voir si on va avoir quelque chose d’intéressant à se mettre sous la dent.

Autant le dire tout de suite : les deux premiers épisodes servent de très longue introduction aux personnages, ne laissant filtrer que quelques indices sur les enjeux et les secrets de chacun. Il faudra donc être patient, car si l’alchimie du couple principal est bien là, on peine à voir l’intérêt de l’histoire, et le ton employé manque singulièrement de mordant. Bref, on s’ennuie ferme, tout cela est assez répétitif (Lee Min Ho agrippant par deux fois Park Shin Hye pour l’entraîner dans une course poursuite).

the heirs lee min ho

Le show n’est-il qu’un casting de stars ? On pourrait raisonnablement se poser la question, d’autant qu’on passe d’emblée de longues minutes à contempler le surf de Lee Min Ho. Le dépaysement est total, puisqu’il surfe sur la côte ouest des USA. Au menu : des acteurs américains qui ne savent pas jouer (mention spéciale au blond drogué aux yeux exorbités), des jeunes femmes en bikini faisant complexer notre actrice, et des hommes obèses incapables de rattraper nos athlètes coréens. Le tout baignant dans un engrish rafraichissant. Bon, on avait dit dépaysement….

the heirs los angeles

On plaisante, mais on a tellement l’habitude des dramas coréens aux castings homogènes, qu’il y a un certain plaisir à les voir s’intégrer dans une société multiculturelle, aux codes sociétaux opposés. On devinera en sous-texte le message sur la société décadente américaine…

lee min ho the heirs

Lee Min Ho (City Hunter) joue donc le rôle de Kim Tan, exilé par son frère KIm Won (Choi Jin Hyuk, I need romance) aux USA, lequel lui demande de s’amuser et de ne surtout pas s’impliquer dans le groupe EMPIRE qu’il préside. Kim Tan passe donc son temps à surfer, et n’arrive pas à étudier sérieusement. Bref, il n’a plus de rêves.

park shin ye the heirs

Des rêves, c’est pourtant tout ce qui reste à Cha Eun Sang (Park Shin Hye, You’re Beautiful), qui multiplie les petits boulots à Séoul. Dotée d’un certain caractère (qui semble avoir bien plus de mal à s’imposer aux USA), elle attend désespérément que sa grande sœur (Yoo Jin Seo, The Return of Iljimae) réussisse aux USA. Cha Eun Sang s’est sacrifiée pour sa mère, muette, qui travaille comme maîtresse de maison auprès de la famille Kim, du groupe EMPIRE. Alors quand Cha Eun Sang entend que sa sœur, après avoir étudié, va se marier sans sa famille, elle décide de franchir le Pacifique pour lui remettre en mains propres la somme d’argent promise par sa mère. Son rêve est simple : réussir, elle aussi là-bas, et revenir aider sa mère, humiliée chaque jour…

C’est en arrivant aux USA que notre héroïne s’aperçoit que sa sœur lui a menti : elle travaille comme serveuse, n’étudie plus, et vit en colocation avec un américain. Pas de mariage en vue. Sa sœur lui vole l’argent et disparaît, le tout sous les yeux de Kim Tan.

On passera les détails, mais un sac de pois broyés (et un américain lourdingue) plus tard, la voilà sans le sou, dépossédée de son passeport par la police américaine à cause de Kim Tan, qui plein de remords, décide de l’héberger.

the heirs kim ji won

Une situation qui ne va pas plaire à sa fiancée Yoo Rachel (Kim Ji Won, To the Beautiful You), autre héritière chaebol, et comme il se doit, vindicative, jalouse, méchante… Il ne faut pas trop l’énerver, car sa mère se remarie avec un type violent et exécrable probablement dans le but d’accroître son empire financier. Ce type violent, c’est le père de Choi Young Do (Kim Woo Bin, White Christmas). D’ici une dizaine d’années, Choi Young Do espère hériter des hôtels de son père. Aussi violent que lui (il n’hésite pas à frapper des étudiants sans le sou), il a bien du mal à se contrôler, y compris devant le personnel.

the heirs kim woo bin

Rajoutons à cela l’ami platonique de Cha Eun Sang, Yoon Chan Young (Kang Min Hyuk de CNBLUE), qui ne peut pas l’aider sans se faire agresser par sa copine très jalouse (encore une !), Lee Bo Na (Krystal de F(x)), héritière d’une autre groupe. (Si vous n’avez pas deviné qu’il n’y a que des héritiers ou presque dans la série…)

the heirs park shin ye

Avec autant de personnages, il n’est donc pas toujours facile de les situer, mais le deuxième épisode a le bon goût de se focaliser davantage sur le couple du drama. En quelques scènes, on voit Kim Tan tomber amoureux de Cha Eun Sang, simplement en la regardant. Bon, c’est sûr, il la voit au petit matin devant une superbe piscine, sous un soleil radieux, et pas décoiffée au saut du lit… Mais quand même. Park Shin Ye est rayonnante, et on sent une complicité immédiate avec Lee Min Ho. Dans ces moments là on se surprend à rêver d’un drama plus simple, centré sur les deux stars uniquement.

Hélas, à multiplier ses acteurs, le drama se perd un peu, et dilue ses maigres enjeux. Difficile d’avoir envie de plonger après le visionnage de ces épisodes plutôt plats. On ne sait pas trop où veut en venir le drama, et c’est très dommageable. D’autant que la réalisation est correcte, sans plus. Il manque clairement une ligne directrice et un ton. Ni drôle ni émouvante, la fiction peine à réveiller le téléspectateur.

En l’état, difficile de continuer l’aventure en étant optimiste, sauf si l’on veut absolument avoir son quota record de stars coréennes sur son petit écran. J’espère que les prochains épisodes mettront en place de meilleurs enjeux, car là on patauge dans la semoule. Allez, un feu orange plutôt généreux, parce que je n’ai pas envie de fermer trop rapidement la porte.

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Faith [Pilote – Corée]

Après le décevant Dr JIN, remake de la série japonaise Jin, voilà que Faith nous propose un autre voyage dans le temps pour un médecin. Au casting, de quoi raviver les passions avec Lee Min Ho (City Hunter).

Faith commence par nous exposer une légende en dessins, celle de Hwata, un homme capable de guérir de tels maux que sa renommée finit par attirer le dirigeant Jojo, qui lui propose de travailler exclusivement pour lui. Or Hwata a conscience qu’il peut aider beaucoup de personnes. En refusant cette offre, Hwata est pourchassé par les sbires de Jojo avant de disparaître en passant à travers une porte magique.

Lorsque cette introduction plutôt plaisante et originale (bien qu’un peu longue) se termine, nous voilà plongé au temps de Goryeo, où, à la manière de The Legend, la magie est encore vivace. Prenez notre héros, le général Choi Young (Lee Min Ho) : il peut maîtriser une sorte d’énergie électrique au bout de ses doigts. Choi Young est chargé d’escorter le retour du roi Gong Min, en exil chez les étrangers de la province de Yuan. Ce roi plutôt calme ramène avec lui sa reine née Yuan, laquelle semble lui en vouloir de l’arracher aux siens.

Ce groupe se réfugie dans une bâtisse avant d’être attaqué. La reine est durement blessée, et semble perdue. C’est alors que le roi charge son général de trouver et ramener le dieu Hwata ou un de ses disciples pour sauver son épouse. La fameuse porte se trouve en effet tout près d’eux, et elle s’illumine temporairement. N’écoutant que son courage, notre général traverse… et se retrouve dans les années 2000.

Le pilote a alors le bon goût d’accentuer la méprise de Choi Young, lequel se croit dans le domaine des dieux. Sa discussion avec un moine est irrésistible, et il finit par croire qu’on le met à l’épreuve. Il arrive enfin à un congrès médical et finit par dénicher une chirurgienne plastique, Yoo Eun Soo (Kim Hee-Sun), qu’il s’empresse de vouloir enlever après avoir vérifié ses compétences. La jeune femme ne comprend absolument pas ce qui lui arrive, ce qui accentue l’effet comique, et après plusieurs péripéties, se retrouve propulsé dans le passé avec Choi Young, lequel lui promet de la ramener une fois la reine sauvée.

Croyant être dans un lieu de tournage, Yoo Eun Soo refuse de soigner la reine, ayant peur de se faire retirer sa licence. Puis elle accepte, et l’opère, provoquant la stupéfaction de son entourage avec ses techniques modernes. Le médecin oriental (Philip Lee) est abasourdi, car il croyait sa magie la plus forte. On verra cependant qu’il n’est pas tout à fait inutile, ce qui permet une meilleure intégration de son personnage.

En sauvant la reine, Yoo Eun Soo suscite bien des convoitises, et le roi hésite lorsqu’il s’agit de la ramener chez elle. Pour notre général, il en va de son honneur, il a promis sur sa vie qu’elle repartirait. Mais les conseillers font obstacle, et la porte disparaît avant que notre chirurgienne puisse la traverser…

Ce qui frappe le début de ce drama, c’est son inconsistance. Il arrive parfois à être convaincant (dans ses moments comiques), mais le manque de soin porté à la réalisation saborde toute la dramaturgie. Le côté épique tant attendu n’est pas une réussite, et on a du mal à s’impliquer devant ce spectacle. Là encore, la série fait pâle figure en comparaison de The Legend, que ce soit les décors, les costumes, ou le soin porté aux effets spéciaux. La musique s’en sort un peu mieux et permet parfois de redonner un peu de souffle à l’aventure, mais le décalage visuel est bien trop frappant. Les scènes d’action, pour tout dire, font un peu pitié.

Lee Min Ho est impeccable et charismatique, comme d’habitude, même s’il lui manque encore un peu de subtilité, il est parfois trop rigide, mais son personnage est destiné à s’ouvrir davantage, donc je ne me fais pas de soucis de ce côté là. Je suis moins emballé par la prestation de Kim Hee Sun, un peu trop fragile alors qu’elle incarne une femme médecin ambitieuse. En revanche le calme et la subtilité dont font preuve le couple royal me laisse penser qu’il y a de belles choses à venir.

Le drama nous propose en effet un complot politique, avec assassinats, et des méchants charismatiques au visuel très manga. Si les choses sont encore floues à ce stade, on sent que la province du Yuan n’a pas l’intention de céder du terrain au Goryeo. J’espère donc quelques rebondissements à venir, car ces deux premiers épisodes ne sont pas vraiment surprenants et peinent à impliquer le téléspectateur dans le destin de ses personnages. Il y a un problème de montage : le mélange sérieux/comédie ne prend pas, et certaines scènes sont bien trop longues, ce qui finit par endormir le téléspectateur. Néanmoins, les échos des personnes qui suivent la série sont plutôt positifs et la série s’améliorerait. Je veux bien laisser le bénéfice du doute, mais ça sera pour plus tard.

L’Hallyu, ou vague culturelle coréenne

La vague culturelle que nous connaissons aujourd’hui n’est pas née par hasard.

Elle est l’une des conséquences involontaires de la pression américaine à la fin des années 1980 pour pénétrer le marché culturel coréen et distribuer directement les films américains, sans passer par une compagnie coréenne importatrice. Cette libéralisation massive a eu pour conséquence de fermer nombre de cinémas « importateurs », certes, mais ça a surtout eu pour conséquence d’affaiblir la production cinématographique locale. Dans le même temps, l’offre télévisuelle américaine connaissait un grand essor via le satellite.

Ce n’est qu’à la suite de la grande crise financière de 1997 que la Corée du Sud comprit l’intérêt de ne pas laisser mourir peu à peu sa culture. Sopyonje, dernier film d’Im Kwon Taek, cinéaste vétéran prolifique, franchit pour la première fois la barre du million de spectateurs à Séoul. Ce succès phénoménal pour l’époque interrogea le pouvoir en place, qui se mit à étudier sérieusement l’impact de la production culturelle sur l’économie du pays. Une autre stratégie allait voir le jour.

La censure s’arrête ainsi en 1988. Aidé par de talentueux nouveaux réalisateurs qui ont vécu jusqu’alors l’oppression, (comme Park Chan-Wook, marqué extrême-gauche) le cinéma coréen va s’épanouir. En 1999, Shiri marque une nouvelle étape : le film d’action et de suspense de Kang Je-Gyu, qui s’inspire des blockbusters hollywoodiens mais ajoute la dose mélodramatique propre à la culture coréenne, domine largement les films américains. Et chaque nouveau blockbuster fera encore plus fort, écrasant Titanic, Harry Potter, Matrix, Star Wars ou Le seigneur des Anneaux, : JSA (Joint Security Area) , Friend, Silmido, Taegukgi (frères de sang)… pour atteindre 11 millions d’entrées, soit presque la quart de la population de la Corée du Sud. A ce jour, le record est tenu par The Host (13 millions). En 10 ans, plus d’une trentaine de films feront plus de 5 millions de spectateurs. Et les films deviendront des succès internationaux, comme My Sassy Girl qui fut numéro un dans toute l’Asie du Sud-Est, éclipsant toutes les autres productions. La reconnaissance vint assez rapidement à Cannes, Berlin, Venise, Deauville, Gerardmer : Old Boy, Poetry, Locataires, 2 sœurs

Outre le cinéma, la vague culturelle coréenne va s’étendre grâce à un autre média : la télévision. Les dramas coréens trouvent leur public non seulement dans leur pays d’origine, mais s’exportent facilement. On citera bien entendu Winter Sonata, véritable phénomène en Corée et au Japon, et source de revenus plus que juteux pour les tour-opérateurs qui effectuent des circuits autour des lieux de rencontre des héros de cette fiction. Un an après la diffusion de la série au Japon, le tourisme japonais en Corée du Sud avait augmenté de 40 %. Mieux encore, beaucoup de fictions coréennes rencontrent le succès ailleurs que dans leur pays d’origine, comme Tamra the Island, plébiscitée là aussi au Japon. La plupart des pays du Sud-Est asiatique diffusent d’ailleurs régulièrement les dramas coréens, qui sont les fictions étrangères les plus populaires en Chine, au Vietnam, en Thailande, à Hong Kong, aux Philippines, au Japon… La popularité de ces dramas va même bien au delà de l’Asie du Sud-Est, pour atteindre les USA via des DVD sous-titrés, ou des services VOD comme Netflix, ou encore du streaming gratuit et légal via DramaFever (un site de VOD qui collabore avec Withs2, une équipe amateur de sous-titrage). Enfin, signalons la popularité grandissante des dramas coréens au Moyen-Orient, ainsi que le début d’une percée en Europe (diffusion dans les pays de l’Est, et depuis peu en France).

Le phénomène prend tellement d’ampleur qu’il réveille des réflexes nationalistes. En Août dernier, 300 puis 6000 japonais ont protesté devant le siège de FujiTV, parce que la chaine japonaise diffuse, selon eux, trop de dramas coréens. « No more Korean Wave », ont-ils brandit.

Comment expliquer le succès de ces dramas ?

Kim Youna, Professeur à l’Université américaine de Paris, essaye de l’expliquer. Tout d’abord les dramas ont une puissance émotionnelle incomparable, capables de capturer une large palette de nuances en adoptant différentes techniques. Ensuite, ils présentent une vie urbaine moderne qui fait rêver les jeunes asiatiques, tout en montrant que cette modernisation s’accompagne du respect des traditions et de la culture : respect de la vie familiale, respect des aînés, et amour fraternel. Enfin, il y a la dimension politique et historique de la Corée, son passé tragique, sa propension à l’émotion et la nature non agressive de ses habitants.

Il ne faudrait cependant pas oublier que si la Corée s’exporte, c’est parce qu’elle a dans ses gênes le culte de l’apparence. Paraître est toujours mieux vu que savoir parler. Suivre la mode en Corée du Sud est une quasi-obligation quelle que soient les moyens financiers d’une famille. Il faut savoir se vendre. Le corollaire étant évidemment la chirurgie esthétique… et l’industrialisation des stars. Si les dramas ont du succès, c’est parce qu’ils sont portés par des stars. Toute l’émotion – et donc en grande partie ce qui fera  le succès de la fiction – repose sur ces acteurs et leur alchimie. C’est pourquoi le casting d’une série est toujours plus mis en avant que son scénario.

La popularité des stars coréennes est absolument énorme en Asie du Sud-Est. On citera évidemment Bae Yong Joon, l’acteur de Winter Sonata, renommé Yon-sama au Japon (« sama » étant un titre honorifique équivalent à la royauté). Mais il serait réducteur d’assimiler les fans de stars coréennes à des femmes japonaises d’âge moyen (comme a pu le laisser sous-entendre un reportage télévisé). Bien au contraire, les dramas rassemblent plusieurs générations. En témoignent par exemple la popularité de jeunes acteurs comme Jang Geun Suk, Lee Min-ho, Kim Bum, Hyun Bin, ou Park Shin Ye. On ne compte plus les fan-clubs d’acteurs et de chanteurs, fan-clubs des Philippines, de Malaisie, d’Indonésie, des USA, de Singapour, de Turquie, d’Arabie Saoudite, de Brunei, d’Égypte…

Et au delà du phénomène des dramas, c’est bien la K-Pop qui est le nouveau fer de lance de l’Hallyu. Ces chansons coréennes s’exportent très bien, et auraient un poids économique de bientôt 3 milliards d’euros. Les groupes et chanteurs de Super Junior, SHINee, Girls Generation, 2PM, Big Bang sont les dignes représentants de l’Hallyu, version K-Pop. En 3 ans, la croissance de la K-pop dans les pays d’Asie, et d’Amérique du Nord varie entre 30 et 60 %. Le groupe TVXQ a rapporté plus de 80 millions d’euros au Japon, Kara et Girls Generation près de 20 millions.

Comment la K-Pop a-t-elle pu pénétrer aussi massivement le marché japonais ?

Les artistes coréens ne se contentent pas de faire des visites ponctuelles, ils restent invités pendant des semaines dans les émissions télévisées japonaises, et adaptent leur répertoire : Girls Generation chante en japonais ses plus grands succès. Et leurs titres s’inspirent résolument de la musique occidentale (electro house européenne, R&B américaine), ce qui apporte un vent de fraicheur au Japon. Quant à l’image véhiculée, les chanteuses agissent davantage comme des jeunes femmes adultes et sexy, montrant davantage d’anatomie, contrairement aux mignonnes adolescentes japonaises. Enfin, l’outil internet est parfaitement exploité, entre teasers, introductions, clips vidéos diffusés largement sur Youtube, tandis que la censure japonaise rode (Lady Gaga en a fait les frais récemment).

Et depuis Juin 2010, la K-Pop étend son influence en Europe. Le SM Town, concert parisien  réunissant les plus grandes stars de la maison de disque SM Entertainement, démontre que le public est là aussi présent : 1,3 million d’euros rapportés. Après une tentative l’an passé de mettre de la K-pop au menu de la radio NRJ, voilà que les maisons de disque françaises comprennent cet engouement. Le dernier album du groupe Girls Generation sera vendu par Polydor, filiale d’Universal Music. C’est une avancée historique. et les fans de Jpop sont un peu amers, car ils n’ont jamais obtenu ce que la K-pop est en train d’obtenir en à peine quelques années.

L’ Hallyu est largement soutenue et reprise par l’État et les médias coréens, véhiculant des valeurs positives et dynamiques. Et la population sud-coréenne elle-même y puise une très grande fierté. Pourtant, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un business lucratif, aux dépends des intéressés. Par exemple, dans la K-Pop, les rythmes d’entrainement sont épuisants, et les interprètes, qui se lancent à cœur perdu dans leurs rêves, ne gagnent que très peu d’argent. Tandis que le rythme de tournage de nombreux dramas (quasi-live) occasionne de plus en plus souvent accidents et épuisements.

[Pilote – Corée] City Hunter

Vous ne rêvez pas. L’adaptation tant attendue du manga City Hunter est enfin arrivée sur le petit écran coréen. La plupart d’entre vous connaissez sûrement l’anime Nicky Larson ?

Ne vous réjouissez pas trop vite, le drama coréen n’a finalement plus grand chose à voir avec l’original. Les différentes previews montraient différentes tonalités, ce qui soulevait déjà une légère suspicion chez les amateurs.

Mais au lieu de m’attarder sur des comparaisons incessantes (ce dont je ne serai honnêtement pas capable, je ne suis pas du tout calé en matière d’animation japonaise ou de manga), j’ai pris le parti de regarder les deux premiers épisodes sans a priori. Et je conseille aux fans de la série de faire de même, sous peine de passer à côté des qualités du drama.

Car sans être trop optimiste, j’ai de l’espoir pour la série. Malgré un premier épisode très orienté action, dénué d’humour, et se voulant trop sérieux (avec quelques maladresses mais suffisamment explosif pour attirer le chaland), le deuxième épisode entre dans le vif du sujet en nous présentant enfin la plupart des protagonistes, et c’est là que j’ai été charmé.

L’histoire commence ainsi : A la suite d’un attentat en Birmanie, 5 dirigeants haut placés de Corée du Sud décident de se venger et de fomenter une attaque envers quelques gradés de Corée du Nord. Dans l’escouade d’assaut se trouvent deux amis, dont l’un vient de devenir père. Mais entre temps la diplomatie fait son effet, et pour ne pas rendre difficile les relations avec les USA, l’opération est reniée. Pour ne pas laisser de preuves, l’escouade est massacrée à son retour. Seul survivra l’ami du père, qui décide alors de kidnapper l’enfant. Il fuit son pays, élève alors celui qu’il fait passer pour son fils. Devenu chef d’un réseau du fameux triangle d’or en Birmanie (en gros, parrain de la drogue), il entraîne l’enfant (Lee Yoon Sung) pour qu’il puisse se venger un jour et éliminer les 5 personnes qui l’ont trahi.

C’est ainsi que Lee Yoon Sung revient en Corée avec comme identité celle d’un professeur émérite du MIT, ayant donc fait ses études aux USA. Il s’installe ainsi dans le service des communications internationales à la Maison Bleue (où séjourne le Président de la Corée du Sud, sa femme, et sa fille, une adolescente qui montre les premiers signes d’une rébellion).

J’ai un peu de mal avec la construction psychologique du héros. Celui-ci  grandit en l’absence d’une mère et se cherche une mère de substitution. Lorsqu’il apprend la vérité et revient à Séoul, il ne cherche pas sa mère, alors que ça aurait du être l’un de ses premiers gestes. De même, il accepte sans broncher d’être un instrument de vengeance et ne se doute pas que son « père » lui cache bien des choses sur la suite de sa mission. Mais peut-être en saura-t-on davantage dans les prochains épisodes.

En revanche, sur le plan du caractère, le personnage est éminemment sympathique. Il a bien sûr ce côté « jerk » commun à une grande majorité de dramas coréens. Il manipule la gente féminine pour parvenir à ses fins (il a ce côté tombeur, coureur de filles) mais il a du cœur, et finit par s’impliquer pour sauver des personnes en danger. En outre, malgré sa maîtrise du combat, il n’hésite pas à perdre lors de ses entraînements d’arts martiaux, afin de ne pas éveiller les soupçons.

Si j’avoue être emballé par l’histoire d’une vengeance et la connexion des nouveaux personnages avec les 5 dirigeants, je ne pensais pas être aussi positif par le reste du show, et principalement la relation entre le héros et Kim Na Na.

Car c’est un personnage féminin particulièrement fort qui nous est proposé, capable de tenir tête à Yoon Sung. Elle est criblée de dettes mais finit par décrocher un emploi de garde du corps à la Maison Bleue, au service de la fille du Président. Comme le héros (voire même davantage), elle veut lutter contre les injustices et, têtue, elle ne se laisse pas faire. On ne la verra donc pas bouder ou pleurnicher sans raisons, et ma foi c’est plutôt rafraichissant.

Le « couple » fonctionne à merveille, en grande partie grâce au charisme de Lee Min Ho (Boys over Flowers, Personal Taste) et Park Min Young. On voit tout de suite leurs ressemblances, et il ne fait nul doute que l’un est l’alter-ego de l’autre. Leur rapprochement n’en est que plus prévisible, et n’apparaît donc pas monté de toutes pièces. Enfin, pris séparément, chacun est crédible.

Lee Min Ho assure dans son rôle de charmeur et d’homme d’action, aidé par une mise en scène efficace qui n’en fait pas des tonnes pour rendre son personnage « cool », contrairement à d’autres séries d’action récentes (ouf !). Il n’apparaît ni fragile ni désinvolte, et je tiens à saluer cet équilibrage qui permet à la fiction d’être réussie autant dans les scènes sérieuses que légères. Et contrairement à son précédent rôle dans Personal Taste, cette lattitude de jeu lui permet d’exploiter son charisme à son maximum. Bref, Lee Min Ho est incontestablement l’un des grands atouts du drama.

Park Min Young est également parfaite pour son rôle. Ni optimiste ni pessimiste, c’est une combattante. Et comme Lee Min Ho, elle a des nuances dans son jeu qui lui permet d’être à l’aise dans tous les registres. Elle arrive à être sympathique sans que l’on se sente le devoir de pleurer pour elle (à l’exception du cas de son « père », dans le coma depuis des années, décidément un cliché que l’on aurait pu éviter).

J’ai donc beaucoup aimé le ton équilibré de cette relation, qui ne verse ni dans les chamailleries adolescentes ni dans l’idéalisme romantique (bien que les affiches laissent le croire).

Mais le drama souffre quand même d’un certain manichéisme. Par exemple, dans les scènes nous montrant les ravages de la corruption. Avait-t-on vraiment besoin de nous montrer des enfants affamés et abandonnés qui, au péril de leur vie, mangent des petits pains malgré leur allergie, et qui manquent de se faire écraser par l’un de ces corrompus ? Avait-on besoin du père de Kim Na Na dans le coma à l’hôpital ? Oui, ce côté démonstratif m’a particulièrement agacé, au lieu de m’émouvoir.

Il est encore bien trop tôt, par contre, pour évaluer le potentiel des autres personnages. Le procureur qui essaye de faire tomber l’un des corrompus n’est encore que trop peu présent et trop peu caractérisé. Tandis que l’adolescente rebelle, fille du Président, a ce côté tête à claques qui va, je le pense, me donner du mal dans les prochains épisodes.

Sur le plan de la réalisation, c’est plus que correct. On pourrait pinailler sur un ralenti ou un saut au-dessus d’un mur, mais tout le reste est convaincant. Mais ce qui permet au drama de s’élever, c’est sa BO. Sans être extraordinaire, elle insuffle une certaine tension.

Bref, en dépit de quelques maladresses (notamment un côté démonstratif trop appuyé), l’ensemble est tout de même prenant : ni trop dramatique, ni trop léger, tout en réussissant à rendre ses personnages attachants (ce qui n’est pas une mince affaire). Même si l’histoire n’a plus rien à voir, on sent qu’on est dans une fiction inspirée d’un manga, et non un thriller dramatique ou une comédie romantique. C’est rythmé, sympathique, et même s’il est trop tôt pour se prononcer, je savoure déjà à l’avance les potentiels rebondissements. Ah, et j’aime décidément beaucoup le couple principal et le thème musical. Et comme vous le savez, c’est la base d’un drama coréen.

Vous l’aurez compris, je continue ! (Et ça n’arrange pas mes affaires !). Il ne reste plus qu’à espérer que Ms Ripley soit mauvais car ce mois de Mai est particulièrement bien fourni en productions coréennes enthousiasmantes.