Secret Love Affair [Pilote – Corée]

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Attention petite merveille ! Les responsables du magnifique Wife’s Credentials ont mis les bouchées doubles pour nous proposer un nouveau drama sur JTBC, Secret Love Affair. Ne vous laissez pas abuser par le titre, Secret Love Affair est plus intéressant qu’une énième variation sur l’adultère.

Car avant même de nous parler d’amour, la fiction nous plonge dans l’univers de la musique classique.

Ainsi une école privée renommée recrute chaque année des élèves musiciens. Mais ici, nous ne sommes pas dans Dream High. La phase de sélection ne se joue pas sur le talent supposé de chacun. La description du milieu se veut malheureusement bien plus noire (et réaliste). La corruption est généralisée. Pour entrer, il suffit de graisser les pattes. Le système tourne ainsi depuis longtemps, avec un ou deux élèves réellement brillants représentant fièrement l’école, et les autres médiocres fils à papa.

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La fondation qui subventionne l’école est gérée comme il se doit par un chaebol. La fille du patriarche a bien du mal à supporter sa belle-mère, et certaines scènes montrent à quel point l’amour a définitivement disparu. Désabusée, Seo Yeong Woo (Kim Hye Eun) passe son temps entre les séances de photos et ses aventures extra-conjugales. Elle n’a qu’une envie, se venger et faire tomber tout ce petit monde corrompu.

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Et pourtant, ce n’est pas elle l’héroïne de l’histoire. C’est son assistante-manager Oh Hye Won (Kim Hee Ae, A Wife’s Credentials) qui profite largement de son salaire. Si elle est en recul, c’est pourtant elle la clé de voûte de l’organisation. Son mari, prof de musique à l’école, est un incapable, il doit toujours recueillir son avis. Brillante musicienne, elle est partout pour gérer les galas, et on apprendra qu’elle ferme largement les yeux sur cette corruption, tant qu’elle y trouve son compte.

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Son univers va pourtant vaciller du jour au lendemain. Son mari est particulièrement jaloux d’un autre prof de musique de l’école, lequel a réussi à trouver un protégé extrêmement brillant. Lassé par ses élèves incapables (mais qui font tourner la boutique), il veut pour une fois enseigner à quelqu’un qui le mérite. Il cherche alors partout sur Internet un candidat de valeur, via des vidéos d’apprentis. Alors qu’elle passait par là, Oh Hye Won remarque alors que sur l’une d’entre elles, un joueur de piano a une ténosynovite (inflammation due à une extrême sollicitation du poignet et de la main). Ayant eu elle-même ce genre de désagrément, elle s’empresse d’en avertir l’auteur de la vidéo. Ce seront leurs premiers échanges  teintés d’humour.

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Ce dernier est en fait un livreur (dont la petite amie est masseuse de l’héroïne). Lorsqu’il va livrer une cravate le jour d’une représentation de l’école, il assiste secrètement aux répétitions d’un duo de piano, et tente de reproduire tout seul l’arrangement à 4 mains quand le piano est enfin libéré. Il échappe de justesse à la sécurité, grâce au mari d’Oh Hye Won, qui comprend très vite que ce gars là a du potentiel.

Oh Hye Won est alors chargée de l’évaluer, et une vraie renaissance va s’en suivre.

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Alors que toute l’histoire se joue jusque là quasiment sans bande originale, on assiste alors à des scènes somptueuses, où notre pianiste talentueux fait passer Oh Hye Won par tous les stades, de l’étonnement à l’admiration, de l’indifférence à l’extase. Lorsqu’ils se mettent à jouer tous les deux, leur connexion est intense, comme un orgasme. Possédés par la musique, leurs corps se tendent, s’étirent, reprennent leur souffle. La musique classique sublime leur réaction, et ces scènes incroyables valent à elles seules le détour. Nous sommes au delà de l’hommage au piano et à la musique. Nous sommes dans le cœur du sujet : la musique est un moyen de sublimer les sentiments.

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Leur expérience va les bouleverser, hanter leurs soirées et leurs nuits. Et ils vont bien sûr comprendre que cette entente parfaite sur les touches du piano va bien au delà de la simple admiration de leurs beautés musicales réciproques.

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Ces passages, amis lecteurs, hantent encore votre humble blogueur. Rares sont les fictions à réellement transmettre ce que la musique peut faire vibrer au fond de vous. Les morceaux sont somptueux, interprétés avec grâce, fougue, magie, ils vous transportent, vous font réfléchir…

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Mais redisons-le ici. Si l’univers musical est évidemment l’atout de la série, les personnages et la manière de raconter ne sont pas en reste. Au terme des deux premiers épisodes, nous sommes loin, très loin de la caractérisation habituelle des dramas coréens. Avec ses personnages ambivalents, complexes, son langage moderne, on touche à l’intime. Certains dialogues féminins décomplexés surprennent, et une fois encore les auteurs parviennent à donner une toute autre dimension à la femme coréenne. Une femme libre, maline, qui n’arrache pas au spectateur de la pitié ou de la sympathie. Mais une figure réaliste, froide, qui va se réchauffer au fil de sa passion.

On nous promet d’ailleurs des scènes torrides. Nous verrons bien, puisque la Corée du Sud a tendance à s’enflammer un peu vite. Mais le fait est que les acteurs, eux aussi, sont impressionnants.

La mise en scène, limite japonaise, est la même que dans A Wife’s Credentials (exceptée les flamboyants passages au piano, et l’enivrement qui s’en suit). Et les auteurs n’ont pas voulu prendre de risque. Ils ont également repris leurs acteurs. Kim Hee Ae trouve donc ici un personnage qui s’inscrit un peu dans la continuité, avec un rôle de femme affranchie, autonome, libre d’aimer. On retrouve également Park Hyuk Kwon en tant que mari lâche, égoïste, incompétent. Mais la bonne surprise, c’est l’acteur qui interprète ce jeune pianiste brillant, en décalage de 20 ans avec l’héroïne. Yoo Ah In joue à merveille la candeur et l’anxiété. De ses balbutiements à sa révélation, l’acteur joue tout en finesse, et prouve qu’il est capable de jouer dans la cour des grands.

Avec son propos mature, équilibré, intelligent, sa fine et magique mise en scène, ses acteurs fabuleux, Secret Love Affair constitue la nouveauté coréenne la plus enthousiasmante de ces 12 derniers mois. Incontournable.

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A Wife’s Credentials [Pilote – Corée]

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Étant sériephile, je suis plutôt habitué aux coups de cœur. Je les recherche, et cette traque fait partie inhérente de ma passion. Des coups de cœur, j’en ai eu plein cette année (on en reparlera lors de mon bilan), mais rares sont les fictions qui arrivent à vous toucher parce qu’elles répondent presque intégralement à votre cahier des charges. A Wife’s Credentials n’est pas un coup de cœur. Non, c’est le drama coréen que j’attendais désespérément depuis 2006 (Alone in Love). Rien que ça. Un bijou d’humanité, de réalisme, sans emphase, diffusé de Février à Avril 2012 sur la nouvelle chaîne du câble coréen JTBC.

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Voilà enfin une fiction mature qui s’applique à dépeindre les travers de la société coréenne, un peu à la façon de certains KBS Drama Special, sans distance, mais sans sensiblerie excessive. Notre héroïne est une femme mariée, Yoon Seo Rae (Kim Hee Ae), qui a élevé son enfant malade autant qu’elle le pouvait, l’éduquant elle-même sans faire appel à des écoles privées, préférant le protéger de la compétition scolaire, car il semble bien en retard. Qu’importe ! Pour elle, le bonheur et l’épanouissement de son enfant est bien plus important. Après bien des années d’efforts et de traitements, le fiston Han Gyeol semble enfin moins fragile, et peut même commencer le sport.

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Son père, Han Sang Jin (Jang Hyun Sung),  ne supporte plus cette situation. Sa nièce est particulièrement brillante dans les études, et ses propres parents ne veulent pas d’un petit-fils sans réussite. il persuade alors sa femme Yoon Seo Rae de s’installer dans un nouveau quartier huppé, avec de meilleures écoles, où sa mère est susceptible de les aider (ce qui s’avérera on ne peut plus faux, vu que celle-ci préfère jouer au go Stop sur son ordinateur plutôt que de recevoir sa belle-fille quelques instants – en quelques secondes le portrait est bouclé). Yoon Seo Rae accepte, à contrecœur, parce qu’il est toujours douloureux de se rendre compte que la vie ne fait pas de cadeaux. Avec la crise, on ne peut plus survivre sans accéder à des postes de plus en plus hauts. Et pour cela, il faut donc accéder à une meilleure éducation, au plus tôt. N’est ce pas déjà trop tard pour Han Gyeol ? Et surtout, la société lui laissera-t-elle encore une chance ?

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Le regard est sans complaisance pour le système éducatif coréen qui, sous prétexte de réussite scolaire, pousse les enfants très tôt à prendre des cours privés, avec des requis en terme de connaissance de plus en plus aberrants. La lutte est rude, et les regards de ces mères louves en dit long : il n’y aura pas de pitié. Lorsque Yoon Seo Rae essaye de s’acclimater elle est confrontée à la méchanceté, la lâcheté, et subit sans cesse des moqueries. Son fils n’a jamais fait le moindre examen dans sa vie, alors quand elle comprend qu’il va devoir en faire un pour peut-être rentrer dans un cours privé du soir, elle pense que ses propres capacités suffiront. Hélas. L’humiliation sera sévère. Faut-il alors ré-orienter son enfant dès maintenant vers le sport ou des carrières artistiques, parce que la compétition a déjà commencé bien plus tôt dans les autres matières ? Notre héroïne n’est pas dépourvue d’idées, heureusement. Elle essaye alors d’avoir accès à une excellente tutrice, elle-même directrice d’une école privée, et sa bonne foi, son innocence, sa gentillesse finiront bien par lui faire franchir tous ses obstacles. Pense-t-elle… sans savoir qu’elle même ne résistera pas à croquer la pomme.

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Yoon Seo Rae n’a pas une vie facile, mais le drama ne verse pas dans la larme facile. Son mari ne lui prête guère d’intérêt, et ne l’estime pas non plus. Sa mère souffre de la maladie d’Alzheimer et vit loin d’elle dans une maison de retraite (les scènes sont particulièrement touchantes dans le deuxième épisode). Et surtout, rien ne la destinait … à tomber amoureuse du dentiste (marié !) de son fils (Lee Sung Jae).

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La romance reste en effet le sujet phare de cette fiction, et elle est traitée avec suffisamment d’habileté et de maturité pour qu’on en comprenne les tourments. C’est l’adultère qui se cache derrière cette histoire d’amour. On sent cette irrésistible attirance, ce sentiment dangereux qui pénètre cette femme. Les baisers sont furtifs mais fougueux, et pour tout dire plutôt inattendus aussi tôt dans un drama coréen (si vous n’êtes pas convaincu, jetez vous sur le troisième épisode !).

La série déroge à tous les clichés, se veut à la fois plus âpre, plus sobre dans le traitement de l’émotion, ce qui a pour résultat – paradoxalement – de nous impliquer encore plus dans le propos. J’ai toujours eu un très net penchant pour les human drama, et A Wife’s Credentials rappelle par moment certains dramas japonais, voire même les dramas coréens des années 90. Un retour aux sources ?

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Nous ne sommes pas dans une réalisation qui recherche les regards, multiplie les angles de vue, et cherche à faire sortir l’émotion dans tous les plans comme dans April Snow (qui décrivait déjà avec une immense justesse une passion interdite). Et pourtant par moments tous les sentiments transparaissent magnifiquement à l’écran. Le drama opte aussi pour une musicalité parfois décalée. Si on peut comprendre le choix de certaines chansons anglo-saxonnes, j’ai eu parfois l’impression d’un décalage entre l’émotion ressentie et l’émotion véhiculée. Disons le tout net, ce sont des choix qui me correspondent moins. J’aurai préféré un thème orchestral sublimant certaines scènes (et cela se corrigera de plus en plus heureusement). Mais le drama utilise parfaitement le silence, intensifiant encore plus la plongée dans ce monde réel.

Résumer l’histoire à une romance mature dans un contexte social particulier ne serait pas rendre justice au drama. On sent en effet que quelques révélations sont à venir, et que malgré les rebondissements imputés au genre, le drama arrivera à se maîtriser pour faire fusionner human drama et makjang. La question de la fidélité, de la double vie y est par exemple traitée avec de multiples personnages…

Que dire de plus si ce n’est que le drama est à voir absolument…

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