Intelligence [Pilote]

Intelligence

Avec un titre pareil, il va être difficile de résister à la tentation. Je vois déjà les myriades d’affiches « Intelligence ? Une série qui porte mal son nom », « loin d’être brillante », …

Il faut dire que les auteurs ne se sont pas fatigués avec leur énième histoire d’un homme couteau-suisse qui suscite l’envie de tous les pays… Ainsi, notre héros interprété par notre Josh Holloway (Lost) s’est fait implanter dans le cerveau un ordinateur capable d’analyser, accéder rapidement à toutes sortes d’informations, pirater toutes sortes de systèmes, etc… Une sorte d’Intersect (Chuck) amélioré, sauf que Chuck était loin d’être un combattant aguerri. C’était un geek.

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Et c’est là que le bât blesse. Intelligence se prend tellement au sérieux qu’on s’endort profondément devant les exploits numériques, les cascades et les effets spéciaux liés à ce nouveau joujou. Josh Holloway incarne un militaire sur-entraîné, et son personnage rejoint ainsi la cohorte de héros sans réelle profondeur. Tout au plus essaiera-t-on de nous vendre un fil rouge sur la recherche de son ex-femme qui aurait trahi son pays… On aura vu mieux pour accrocher le téléspectateur.

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A ses côtés, on nous impose Meghan Ory (Ruby de Once upon a time), en agent des services secrets qui a un peu de mal à s’habituer à son nouveau compagnon. Mais pas le temps pour les bisbilles, ou pour former une relation intéressante. Le pilote est là pour nous en montrer plein la vue. Donc si vous n’aviez pas compris à quoi sert cette nouvelle technologie post-Manhattan Project, et bien l’épisode va se charger de vous le montrer, en long en large et en travers. Les rebondissements sont minimalistes, les raccourcis nombreux (et risibles) et les nouveaux méchants ne sont plus des terroristes arabes ou russes, mais des chinois qui volent des copies et améliorent le produit original. Le message est très subtil…

Bref, Intelligence est un divertissement bien bourrin, à des lieues de son titre (je vous avais dit que je ne pouvais pas résister). Sans humour, plombé par une écriture souvent incohérente et/ou un mauvais montage, je passe sans aucun regret…

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Lost : plaidoyer pour la fin d’une série comme nous n’en aurons plus

Je ne pouvais pas passer sous silence la fin d’une série qui aura marqué de son empreinte les années 2000. Vous pourrez lire des tonnes d’articles à son sujet, discuter sans fin sur les forums, et je ne prétends donc à aucune exhaustivité sur la série.

Lost, c’était l’histoire de personnes qui prennent l’avion, se crashent sur une île et attendent des secours qui ne viendront pas. Le pilote était extrêmement efficace, rythmé, mystérieux, mais on ne savait pas encore en quoi consistait la série.  Alors qu’on pensait que la série nous raconterait une histoire au présent sur la survie dans une île peuplée de monstres, elle a osé briser de nombreux tabous en matière d’ écriture télévisuelle, dont les fameux flashbacks et plus tard des flashforwards, des voyages dans le temps, des ellipses temporelles…

Bref, manipuler la chronologie d’une histoire, ça a toujours été un procédé redouté par les scénaristes, parce qu’il demande au téléspectateur d’être vigilant, constant, régulier dans son visionnage, bien plus encore qu’un récit feuilletonnant. Fort heureusement, les scénaristes de Lost ont la chance de vivre au 21è siècle, à l’heure d’Internet. Ce spectacle télévisuel complexe sur la forme a donc été assisté par un vrai lieu d’échange d’informations, de rappels. Une communauté s’est prise de passion pour le projet. Le phénomène Lost est né. Au contraire de 24, qui était un récit chronologique, Lost a pu repousser les limites d’écriture d’un scénario. Jack Bauer était contraint d’agir au présent, partout à la fois, ce qui l’a complètement décrédibilisé : comme il a été conçu comme un héros solitaire, il a donc résisté à l’improbable, seule manière de faire réagir le téléspectateur (attaque nucléaire, virale, actes de tortures, arrêts du coeur, et des dizaines de balles perforantes).

Mais ce qui constitue la force de Lost, constitue aussi sa plus grande faiblesse. En créant un show complexe à suivre, et en favorisant le développement d’une communauté – disons « hardcore » à défaut de dire geekophile, les scénaristes ont créé leur propre Némesis : le fan de Lost. Celui qui note tout, enregistre tout. Celui qui demande une réponse à tout, celui qui veut une explication rationnelle sur des mystères fantastiques. Et sa liste, sa demande, son attachement à tout cela est, avec le temps, devenue impressionnante.

Lost : de l’imaginaire à la vérité

Sur la question des mystères fantastiques, Lost a mis le paquet. Vous allez me dire, c’est la faute des scénaristes, ils ont mis la barre trop haute,  avec trop de choses scientifiques à expliquer. Mais la question est plutôt : doivent-ils montrer, expliquer, détailler la résolution de ces mystères ? Comment résoudre un mystère fantastique à la télévision ? La plupart des téléfilms / histoires qui essayent de déssosser les mythes finissent par une explication qui n’est pas scientifiquement valide. Tout simplement parce que le fantasme, l’imaginaire (biblique, extra-terrestre ou que sais-je encore) ne pourra jamais être à la hauteur de la représentation d’une vérité. A un moment donné, il faut faire acte de foi.

Et c’est là le drame de la série : comment porter le récit sur un acte de foi alors qu’on a construit une communauté de fans avide d’explications scientifiques ? La réponse est simple : on ne peut pas. Pourtant à y réfléchir, les scénaristes, dès la saison 2, avaient déjà soulevé le lièvre. Les fans auraient du s’y attendre. Et avec du recul, comment ne pas se dire que ce qui a été la force de la série, c’est l’imagination qu’elle a suscité.

Asséner une vérité, ça a un impact moindre que l’imaginer. Et c’est pour ça qu’aujourd’hui encore j’adore la série. Car elle a été suffisamment intelligente pour ne pas tout montrer, suffisamment intelligente pour résister à la pression de ses fans. La dernière saison aura essayé de les combler, mais la plupart des réponses apportées ont été vécues comme maladroites. « Tout ça pour ça ? ». « On nous l’annonce comme ça ? ». Bien que je n’occulte pas le fait que scénaristiquement parlant, dans l’histoire il y avait peut-être moyen de faire mieux, de mieux préparer l’ambiance pour les révélations, la déception que j’ai pu lire un peu partout ne provient-elle pas, au fond, toujours de ce décalage entre le fantasme et la cruelle vérité ?

Lost : De la temporalité aux personnages

Et puis, il y a la question de l’utilisation des récits dans le temps. Car si j’ai critiqué les contraintes inhérentes à la temporalité des histoires de Jack Bauer tout à l’heure, comment ne pas critiquer  dans Lost le « superflu » des scenes qui ne se situent pas dans le présent ? Là tout dépend de ce qu’on attend d’une série. Pour ma part j’ai toujours recherché de l’émotion, de l’attachement aux personnages. Apporter des histoires (passées, futures ou autre) à l’histoire présente du personnage, c’est lui donner encore plus d’impact. Donc, théoriquement, ça aurait du être bénéfique pour la série. Mais restons honnête, les scénaristes de Lost n’ont pas réussi à donner une profondeur émouvante à tous leurs personnages (Kate, en tête, évidemment).  Et il n’a pas été évident de suivre les pérégrinations de personnages qui changent d’avis trop fréquemment.  En revanche, la série m’a particulièrement ému pour le couple coréen Sun/Jin. Lorsque mon intérêt pour la série a faibli en saison 2 (pour des raisons que j’énoncerai juste après), ce couple a été la raison pour laquelle je suis resté. Oui, il me fallait de la romance, du drame passionnel, il me fallait de l’émotion. J’ai également été comblé par le couple Desmond/Penny, et dans une moindre mesure par le couple Sawyer/Juliet, voire Claire/Charlie mais pour ces deux derniers couples leurs histoires ont démarré sur l’île, ce qui ne donnait pas autant d’impact à leurs retrouvailles/séparations. Et fort heureusement, la série a su développer l’un des thèmes majeurs de toute romance : le destin. C’est ce souffle là, cette épopée qui m’a captivé durant 6 saisons. Et je suis content que le final de la série, à cet égard, soit aussi émouvant.

Mais Lost c’est aussi des personnages forts, hauts en couleur, charismatiques (et bien interprétés). On se souviendra longtemps de Benjamin Linus, de Charles Widmore, de Desmond, de Locke. Mais on se souviendra aussi de ces personnages attachants comme Hurley, Juliet ou Sun. J’en profite d’ailleurs pour dire qu’il serait sympa de ne pas politiser Lost via une vision purement féministe de la série. Ca a le don de m’agacer, ce détournement perpétuel de gens qui affirment qu’ une série fantastique doit respecter une certaine vision de la société. M’enfin ça mériterait un article à part entière : les séries ne sont-elles que le miroir de nos sociétés ? La vision sociologique de l’art a ses limites, il serait temps qu’on s’en aperçoive d’ailleurs.

Lost : Des personnages à la mise en scène

Mais revenons à nos personnages. Ils bénéficiaient d’une aura d’autant plus grande qu’ils étaient censées connaître la vérité. Ils ont constitué un jeu de poupées russes, fortement décrié par ailleurs : « je croyais que c’était lui qui détenait la clé, mais en fait c’est pas lui ». Ce jeu s’est combiné avec des effets de mises en scène destinées à camoufler la vérité (mort brutale, révélations hors champ, mais aussi beaucoup de récits parlés, racontés par des gens dont on ne sait pas s’ils disent la vérité). Toute cette mécanique a parfaitement fonctionné, rendant la série addictive. Jusqu’au jour où, il fallait boucler la série, et une fois encore trouver un artifice pour ne pas montrer la vérité et laisser la place à l’imaginaire. Ce message a été bien trop frustrant pour la plupart, mais de mon côté j’ai bien apprécié cette mise en scène qui place les origines des mystères dans une histoire hors champ. Car elle permet un recul formidable sur les grandes thématiques de la série : l’histoire de l’humanité, du mythe du bon sauvage, de la foi et de la science, du destin et du libre-arbitre. Nous n’avons pas connu le Big Bang, nous ne le verrons jamais.

Lost : de la mise en scène à la cohérence

Les théories divergent selon laquelle Lost a été écrite comme un tout, au fur et à mesure, ou si seuls le début et la fin de la série ont été imaginés. Qu’importe, finalement, si on y trouve de la cohérence. Au regard des innombrables storylines développées, bien sûr le pari est réussi. D’innombrables détails fourmillent dans les épisodes, et font évidemment penser à un plan pré-établi. C’est l’une des autres forces de la série. Et à bien y considérer, avec un tant soit peu d’imagination, comme je l’expliquais tout à l’heure, tout se tient, ou presque. Bien sûr, cela n’empêche pas de regretter de vrais erreurs de parcours : parlons de grenouille, de tatouage, ou de morts absurdes parce que les personnages ne débouchaient sur rien ! Parlons de bouche-trous dans les flash-backs ! Oui, la série n’est pas parfaite. Comme toutes les séries, elle a du faire avec les impératifs : ses acteurs, les contrats de saison, les budgets, l’audience, la promotion…

Lost : du plaisir à l’émotion

Mais finalement ce que je retiendrai de Lost, c’est l’immense plaisir que j’ai eu à sursauter, vibrer, pleurer, rire au rythme des aventures de ces personnages. J’en retiendrai le message sur notre destin, notre existence, notre humanité. Non, contrairement à ce que j’ai pu lire, Lost n’a pas fait perdre le temps de ses spectateurs. Lost a été une de mes meilleures expériences télévisuelles des années 2000, un de ces voyages où je suis monté sciemment, sans connaître la destination, alors qu’en fait, elle était en moi. Pourquoi me renierai-je ?

Inutile de dire qu’il sera très dur de l’égaler. Encore moins de la remplacer. Et si la page doit se tourner, je ne pourrai m’empêcher, dans les prochaines années de chercher le graal. Et je crois qu’il ressemble, de très loin, un peu à Lost. Mais ça doit être mon imagination. N’en déplaise à ceux qui ne comprennent pas que sans frustration (soulagée ou non), il n’y a pas de plaisir.