[Pilote – Corée] Time Slip Dr Jin

Fan de la série japonaise Jin, j’étais forcément curieux de voir son adaptation sur le petit écran coréen. Curieux, et un peu anxieux, vu que les séries japonaises et coréennes n’ont pas du tout la même façon de voir les choses.

Jin, rappelons-le, est un monument de la télévision japonaise et nous raconte l’histoire d’un neurochirurgien « humaniste » qui se retrouve transporté dans le passé, à l’époque d’Edo (l’ancienne Tokyo). Là, il va tenter de se rendre utile, d’adapter ses outils, de transmettre son savoir médical, et il va se demander si ses actions vont changer le cours de l’histoire (il rencontre des personnage politiques importants dans cette période de transition). Enfin, c’est aussi son histoire personnelle et sentimentale qui prend un nouveau tournant.

Encore renommé Dr Jin, le drama coréen va essayer de nous raconter sensiblement la même histoire, mais de manière nettement plus romancée. C’était à prévoir, les coréens raffolent des triangles amoureux, il fallait donc en créer un de toutes pièces, et donc rajouter une portion plus importante d’intrigues dramatiques. A vrai dire ce n’est pas sur ce point qu’il y a lieu de s’inquiéter, c’est une formule certes usée jusqu’à la corde, car elle permet parfois d’exacerber le sentiment amoureux, et donc de mieux l’exprimer. Au regard de l’œuvre initiale, vous me direz que la sobriété lui allait plutôt bien. Certes, mais c’était aussi parfois légèrement frustrant (comme bon nombre de dramas japonais).

Mais revenons à l’histoire. Notre Jin Hyuk (Song Seung Hun, Autumn Tale), alias Dr Jin est sur le point de se fiancer avec Yoo Mi Na (Park Min Young, City Hunter). Contrairement à son homologue japonais, Dr Jin n’est pas un humaniste : pas de raisons pour lui de s’acharner avec le sourire pour ranimer les morts, il se contente de faire son travail et sans être orgueilleux ou condescendant (ouf !), il n’hésite pas à envoyer balader ceux qui l’abordent. On peut donc supposer que la réécriture coréenne de la série japonaise va passer par une évolution plus importante du personnage principal.

Il opère un patient méconnaissable, souffrant d’ un hématome épidural, et en profite pour enlever une tumeur cérébrale…de la forme d’un fœtus. Ce dernier détail a son importance, et l’explication nous est donnée dans les deux versions : il existe des cas de fœtus retrouvés chez certaines personnes, résultat de l’absorption d’un jumeau pendant la vie embryonnaire. Mais si ces cas sont rares, ils n’ont jamais été décelés chez des adultes.

Le problème, c’est que la crédibilité du discours médical en prend tout de même un coup. La version japonaise bénéficiait de bien meilleurs effets spéciaux, et les scènes d’opérations coréennes sont assez ridicules. S’agissant d’une série médicale qui repose sur des actes chirurgicaux « désespérés », ceci est donc fortement préjudiciable.

La petite amie de Dr Jin (avec qui il vient de se disputer) subit alors un grave accident de voiture (son homologue japonaise souffrait d’un cancer apparemment inopérable) et son état reste préoccupant. La encore cette réécriture n’est à mon avis pas sans arrière pensée, mais je ne veux pas aller plus loin dans mes théories sans spoiler l’histoire.

Et sur le toit de l’hôpital, il croise son patient précédent, qui vient de voler le bocal contenant la tumeur-fœtus, ainsi que des fournitures médicales. Une altercation s’en suit, et notre docteur tombe dans le vide, ce qui le transporte en 1860. Cette scène, là encore, est très mal réalisée : on croit que notre médecin est idiot de se jeter dans le vide pour rattraper le flacon, et la scène de téléportation est digne d’une série Z, avec un gros plan sur le rictus mi-horrifié de l’acteur, rendant la scène irrésistiblement drôle au lieu d’être dramatique ou angoissante.

Cette médiocre réalisation donne une approche second degré qui donne envie de pleurer. La musique notamment, dessert la plupart des scènes, désinvestissant complètement le téléspectateur. A une jolie composition orchestrale qui s’alliait à merveille avec les thèmes humanistes et épiques de la série originelle s’est substituée des violons ou quelques accents pseudo-rocks anachroniques et déplorables. Même en considérant un point de vue différent ( la série coréenne va moins nous parler d’humanité que de romance ), on se demande comment ils ont pu rater la bande son à ce point.

La romance, parlons-en, puisqu’il devrait s’agir du point fort de la série, selon toute logique. Les auteurs ont choisi de modifier les « incarnations » des personnages. Dans la version japonaise, Jin est amoureux de sa petite amie, Miki, et il la retrouve en tant que courtisane dans le passé. Et c’est là qu’il va peu à peu tomber sous le charme de celle qui va l’aider, Saki, la fille d’un clan de samourai. Dans la version coréenne, Jin Hyuk retrouve directement Yoo Mi Na sa petite amie dans le passé (Hong Young Rae, qui prend la place de Saki), il peut donc continuer d’être amoureux de la « même personne », en quelque sorte. La gisaeng (courtisane), de fait, se retrouve encore plus comme un personnage accessoire, n’ayant aucun lien avec le temps présent (du moins pour l’instant). Les auteurs vont choisir de greffer un triangle amoureux, comme annoncé plus tôt, avec le jeune ministre de la justice Kim Kyung Tak (Kim Jaejoong, Protect the boss), ami d’enfance de Hong Young Rae. Avec une histoire aussi dense, il n’y a que peu de place pour le couple principal, et les personnages se retrouvent mal cadrés, et un peu froids. Je pensais que Song Seung Hun s’en sortirait bien mieux vu son expérience, et sa prestation est pour le moins ratée, même si j’ai eu des espoirs d’amélioration vers la fin du second épisode. Contrairement à d’autres, en revanche, je n’ai pas de reproche à formuler envers Park Min Young, qui fait merveille quand elle est enjouée.

La version originelle de Jin comportait un background historique plus que conséquent, avec le personnage de Sakamoto Ryoma, figure clé de la modernisation japonaise. Dr Jin nous ramène aussi dans cette période capitale du positionnement de l’Asie face au monde occidental, en 1860. Exit Sakamoto Ryoma, bienvenue à l’une des plus grands personnages politiques de la Corée : Daewongun. Ou plus précisément, de son vrai nom Yi Ha Eung, le futur régent (Daewongun, père du roi). Le fils de Yi Ha-Eung fut en effet nommé roi suit à la mort de Chojong, lequel n’avait pas d’héritier, et Yi Ha-Eung devient donc régent en attendant que son fils grandisse. Le Daewongun fut un partisan de l’isolationnisme, opposé aux étrangers (il exécuta des missionnaires catholiques dans un contexte de persécution du catholicisme dont on nous parle dès le deuxième épisode, et repoussa les assauts des occidentaux ce qui lui valut la gloire). Mais en 1860, Yi Ha Eung n’est pas encore Daewongun, il n’a même aucune idée de ce que le destin lui réserve et nous verrons s’il sera influençable et conquis par la médecine occidentale. C’est ainsi qu’on nous présente un personnage à la langue bien pendue, exubérant, filou, accroc aux jeux d’argent et pourtant éminemment sympathique grâce au talent de Lee Bum Soo (History of a salaryman).

Avoir vu Jin en version originale avant de s’attaquer à Dr Jin est à la fois une malédiction et un cadeau. Une malédiction, parce qu’on se rend vite compte que ce qui nous plaisait n’est plus là  : l’aspect humaniste (et un brin philosophique) a disparu, l’aspect médical est ridiculisé, la réalisation est effroyable et le jeu des acteurs passable.  Mais c’est aussi un cadeau, car on connait tout le potentiel de l’œuvre, de l’explication du voyage dans le temps aux positions politiques futures, de la possibilité d’aborder de multiples thèmes pour en faire une série à la fois cérébrale et émouvante. Je n’ai à vrai dire pas beaucoup d’espoir pour que tout cela se réalise vu le peu de talent derrière la caméra, mais j’ai tout de même envie de continuer un peu pour voir si la romance, le discours médical et historique  pourront vraiment s’étoffer et se crédibiliser. J’ouvre là une longue parenthèse, mais il faudra m’expliquer comment il est possible de réaliser une trachéotomie puis une manœuvre de Heimlich dans la minute qui suit ? En toute logique, il y a peu de chance d’y parvenir (l’air que l’on comprime pendant la manœuvre pour expulser l’objet se retrouve à « fuiter » par la trachéotomie, non ?), mais bon, je ne suis pas urgentiste et quelqu’un me contredira j’espère. Pour l’aspect humaniste, philosophique, sur la valeur de la vie, je vais faire mon deuil, vu que la vie n’est évoquée que sur le plan dramatique.  Jamais je n’ai été aussi frustré en voyant un drama coréen (merci les irruptions pendant les opérations, aussi !). Je n’aurai pas vu Jin, jamais je n’aurai continué Dr Jin.

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Bilan de mon année télé 2011

Je tiens encore à m’excuser pour le manque de mise à jour ces derniers temps, et je vous remercie pour votre fidélité, le fait est que j’ai un peu de mal à me remotiver pour la suite, ma vie personnelle étant ce qu’elle est. Je me suis aperçu, en plus, que je n’avais même pas fêté le deuxième anniversaire du blog début décembre (!).

Mais je tenais quand même à évoquer – rapidement – cette année télé.

Commençons si vous le voulez bien, par les dramas asiatiques. L’année dernière j’avais formulé le souhait d’en regarder davantage, étant de plus en plus frustré par l’actualité et par certaines reviews élogieuses. Autant le dire tout de suite, ce ne fut pas le cas. Une fois de plus, je n’ai pas pu abandonner certaines séries américaines en cours, et je n’ai donc pas pu libérer plus de place sur mon agenda.

Pour autant, j’ai trouvé cette année dramas en demi-teinte.

Du côté japonais, j’ai définitivement abandonné toute tentative de regarder une ou deux séries de saison. Curieusement, cette année 2011 je n’ai pas vu beaucoup de dramas japonais en entier. Je n’avais pourtant pas pour habitude d’abandonner des dramas aussi facilement, mais avec les problèmes techniques (la généralisation d’un format que je ne peux lire dans des conditions de visionnage confortables), et un investissement moindre pour les personnages, je n’ai pas eu de véritable coup de cœur cette année, Jin saison 2 exceptée. J’ai même du mal à terminer la deuxième saison d’Hotaru no Hikari, moi qui avait pourtant adoré la première. La réalité, c’est que j’aurai du réserver plus de place à la découverte, ou laisser plus de chance à une série pour s’installer (comme Love Shuffle). C’est toujours frustrant de se dire qu’on passe à côté de plein de choses par manque de temps, et il va vraiment falloir que je ré-équilibre tout ça.

Du côté coréen, là aussi, j’ai été surpris par mon manque d’investissement à moyen terme. Le problème, c’est que je n’ai même pas le temps de commencer un drama que les prochains me font encore plus saliver. (C’est fou comme je suis devenu accroc aux annonces de casting, aux teasers, aux posters). Et puis, à force de lire des reviews, vient le doute. Aurais-je du continuer The Musical, Flower Boy Ramyun Shop, 49 days, Dream High, My Princess… (Pour Flower boy je crois qu’il va falloir me forcer, vu les critiques dithyrambiques) ? Aurais-je du tenter de visionner des dramas plus « girly » comme I need romance ? C’est souvent une question de cible, et cette année j’ai trouvé moins de dramas capables de me toucher, en tant qu’homme. Entre les k-pop idols et les flower boys, j’ai eu du mal à m’y retrouver. Après un hiver passé à me réjouir de certaines scènes de Secret Garden, j’attendais avec impatience le retour des comédies romantiques, lesquelles se sont révélées sympathiques (Baby-faced beautyThe Greatest Love) mais ne réussissant jamais à réunir l’intégralité des ingrédients requis. L’exemple parfait étant Lie to me. Avec un tel casting, une telle alchimie, j’ai pu vivre de belles scènes, mais l’ensemble manquait de liant pendant les 90 % du temps. Je peux d’ailleurs pleurer amèrement sur le retour de comédiennes que j’aime beaucoup : Yoon Eun Hye bien que convaincante, n’a pas choisi le meilleur drama avec Lie to Me. Quant à Kang Hye Jung, que j’attendais tellement depuis Flowers for my life, elle n’a quasiment aucun rôle dans Miss Ripley. Reste à m’investir, peut-être, sur la reine Kim Sun Ah et Scent of a woman. Mais ce que j’ai pu en lire laisse à penser que le drama n’a pas su aller au bout de son concept.

Heureusement, il y eut le drama City Hunter, qui malgré son nombre affolants de faux cliffhangers, a su rester passionnant. Et puis d’autres productions se sont révélées de très bonnes surprises, comme White Christmas et son ambiance, mais aussi Killer K dont l’action survitaminée, la tension ont permis de contrebalancer un scénario en tous points risible. Et puis, j’ai pu rattraper quelques dramas comme  l’épique The Legend, le déjanté Coffee House, le mystérieux Harvest Villa voire même quelques KBS Drama Special. De quoi oublier mon temps perdu devant Manny. Allez, l’année prochaine, je vais essayer de m’investir davantage dans un genre auquel j’ai toujours été réticent (les dramas historiques), et tenter par exemple Princess Man…Mais au final, c’est plutôt l’approche du drama coréen en tant que tel qui m’a plu cette année (collaborer à Critictoo pour essayer de trouver une liste de séries pouvant donner envie aux curieux, faire des dossiers sur la culture coréenne dans les séries (le korea special event va reprendre ne vous inquiétez pas), m’amuser avec les produits dérivés ou essayer de saliver devant la liste de dramas à venir…)

Enfin, venons-en aux séries américaines. La fin de saison précédente a déjà fait l’objet d’un billet, et comme je n’ai pas fait de réel bilan de la rentrée mis à part un article regroupant les critiques des pilotes, voici donc mes impressions. La saison précédente j’ai du dire adieu à Life Unexpected, V, Traffic Light, Chicago Code, Better with you, et Men of a certain age. Quelles séries allaient pouvoir combler ce vide ? Contre toute attente, et malgré le niveau plutôt moyen de la rentrée, je me suis surpris à accrocher à de nouvelles séries.

Parmi elles, Once upon a time signe le retour du fantastique à la télévision, et malgré des effets spéciaux au budget limité, et un enfant casse-pied, le récit est suffisamment bien tricoté avec notamment des flashbacks intéressants pour à la fois nous faire réfléchir via quelques puzzles et pour nous émouvoir sans niaiserie (ce qui n’est pas facile vu le sujet du conte de fée). Le casting est impeccable, et vu mes réactions aux premiers rebondissements, je suis attaché aux personnages. Bref, en 7 épisodes, à part un épisode en deçà, j’ai vraiment été conquis.

Je n’ai pas eu le temps de faire un bilan de la première saison, passée à la vitesse de la lumière, mais déjà je peux dire que j’ai adoré Boss. La petite Starz jouait gros, mais a réussi à diffuser une petite pépite. Bien sûr tout le monde ne va vous parler que de Kelsey Grammer, que j’adore (on ne dira jamais assez à quel point Frasier était une sitcom exceptionnelle), mais ce qui m’a le plus impressionné, c’est le sens de la mise en scène. Ces détails qui cherchent à rendre grandiloquent la moindre prise de vue. Il y a là une approche qui permet à la fois une lecture réflexive et surtout, émotionnelle. Comment éprouver de la compassion pour un être abject mais malade, qui s’accroche désespérément à ce qui lui reste : le pouvoir, alors qu’il a tout perdu par sa faute. Il y aurait tant à dire sur l’irruption de la maladie, présente dans chaque processus de décision, mais niée autant que possible. Tant de choses à dire sur les nombreux rebondissements dans cette lutte de pouvoir, ces coups bas, cette distorsion de la réalité, cette chasse à l’homme médiatique et la corruption généralisée. La série de cette fin d’année, assurément. (La première partie étant réservée à Game of Thrones).

Je nuance mon appréciation sur Homeland, qui fait déjà les gros titres un peu partout. Si la série a d’indéniables qualités : d’excellents interprètes, du suspense, un joli puzzle à déchiffrer, certains rebondissements m’ont fait tiquer. Un peu comme 24, la série n’arrive pas à prolonger son thriller sans décrédibiliser l’intelligence des personnages et certaines facilités. De fait, beaucoup d’évènements sont prévisibles et, il faut bien le dire, rageants. Mais je n’ai pas boudé mon plaisir, ça faisait longtemps qu’on avait pas eu une série aussi passionnante.

Hormis ce trio de tête, deux autres séries dramatiques ont su m’accrocher : Pan Am et Ringer. Deux séries dont l’ambition démesurée se frotte aux dures réalités : la reconstitution politique pour l’une, le puzzle d’un thriller pour l’autre. Au final, on se retrouve avec deux séries superficielles, au charme limité.Une amère déception surtout pour Pan Am, qui à défaut, aurait pu être davantage passionnante si au moins les histoires de cœur n’étaient pas aussi ridicules.

Et puis il y a les séries dont on se lasse très vite. L’année dernière ce fut Hawaï 5-0, qui n’arrivait pas à donner un background intéressant à ses personnages. Cette année, c’est notamment le cas de Person of Interest. Oui,c’est un formula show, mais le concept aurait pu donner d’intéressants rebondissements. Une fois les personnages dessinés de manière minimaliste, il ne reste plus qu’à bailler. Si quelques épisodes se sont révélés plaisants, on tourne vite en rond. Autre show policier abandonné, Prime Suspect. La prestation de Maria Bello n’est pas en cause, mais l’évolution de la série laisse pantois. Sur un concept on ne peut plus basique, voilà que les scénaristes ont choisi d’affadir le personnage principal et ses relations difficiles dans un univers policier macho. Et comme les enquêtes policières n’en sont pas (aucun raisonnement, aucune astuce, juste la chance ou le hasard pour découvrir le coupable), j’ai jeté l’éponge.

Je passe volontairement sur les séries qui m’ont fait fuir, comme Terra Nova. Reportez-vous au billet concernant les pilotes si besoin.

Heureusement, cette rentrée est aussi le retour des séries comiques. Après avoir échappé à l’horripilante New Girl, à la soporifique Whitney ou aux improbables mâles en perte de repères (Last Man Standing, Man Up, How to be a gentleman), j’ai trouvé deux jolis couples : le premier, fauché, qui baigne dans les blagues sexuelles et les réparties agressives (2 Broke Girls), le deuxième, entre un père et une fille qui essayent de s’accommoder à leur nouvelle vie déjantée dans les suburbs (Suburgatory). Malgré tout, les épisodes sont assez inconstants, mais j’espère toujours une amélioration.

Et heureusement que les nouveautés sont là, car au niveau des reprises, c’est la catastrophe. Dexter (saison 6) réussit l’exploit de détruire à peu près tout ce qui restait de la série (la relation « familiale ») tout en sombrant dans la mise en scène ridicule. The Walking Dead (saison 2) m’a fait autant d’effet qu’une boîte de somnifères excepté la jolie scène finale. House (saison 8) n’a pas su rebondir après sa calamiteuse fin de saison dernière, proposant des épisodes sans aucune perspective intéressantes pour les personnages malgré un cast plaisant et des cas médicaux guère passionnants. How i met your mother (saison 7) n’a réussi à retrouver l’humour que le temps d’un épisode, juste avant de tout détruire à nouveau. Modern Family (saison 3) n’arrive pas à faire évoluer ses personnages, et ses gags sont archi-prévisibles. Grey’s Anatomy (saison 8) a certes donné de meilleurs épisodes que la saison passée avec un peu plus d’humour, mais on est encore loin du niveau acceptable pour me faire à nouveau apprécier les personnages.

Quelques séries réussissent peu à peu à se sortir de leur bourbier : The Good Wife (saison 3), d’abord (qui a développé une relation auquel je n’accroche pas au lieu de montrer un fil rouge et des enjeux intéressants), et The Mentalist (saison 4) qui après l’énorme gifle du season premiere a donné quelques épisodes plus sympathiques pour se faire pardonner. Enfin, le retour de Chuck (saison 5) fut très décevant, avec un manque flagrant d’imagination et d’intrigues efficaces. Les derniers épisodes ont heureusement su redresser la barre : il fallait retourner à la spécificité de la série.

Alors que reste-t-il comme moments forts dans cette semaine ? Nikita (saison 2) tout d’abord, qui a su densifier son univers sans perdre en cohérence ni en enjeux. Parenthood (saison 3), ensuite, malgré quelques maladresses de personnages et une émotion en dessous de la saison passée. Enfin, pour les séries comiques : deux constantes : The Big Bang Theory (saison 5), qui a développé avec délice le personnage d’Amy, et Raising Hope (saison 2) qui fait toujours preuve de créativité.

Jin

Jin est le drama d’automne au Japon. Il est adapté du manga du même nom, lequel est toujours en cours de parution (le 10è volet est trouvable en France).

Jin part d’une idée simple mais très peu usitée  : Et si un médecin de notre temps voyageait dans le temps, pour se retrouver un siècle et demi en arrière ? Pour un féru d’histoires médicales comme moi, c’est évidemment un concept alléchant. L’histoire de la médecine c’est une vaste aventure scientifique, de la naissance d’un raisonnement logique à travers les expérimentations, les peurs ancestrales, l’imaginaire collectif. C’est une histoire qui conte également comment la société va profondément changer, non seulement en termes de santé et de bien-être mais en terme de culture, d’approche des populations.

C’est ainsi que Jin Minakata, neurochirurgien, va vivre une aventure humaine incroyable. Ce médecin n’a pu sauver sa fiancée Miki, atteinte d’une tumeur au cerveau. Plongée dans le coma, elle ne se réveillera jamais. Un soir, en opérant un homme arrivé aux urgences, il extrait de son crâne un foetus qu’il place dans un bocal. Un fois rétabli, ce patient vole ce foetus et bouscule Jin en disant qu’il « doit revenir ». Jin tombe dans le vide… et se réveille en 1863, à Edo (futur Tokyo).

Vous l’aurez compris, il s’agit d’une histoire fantastique et mystérieuse. Mais l’intérêt du drama ne se situe pas de savoir « pourquoi et comment il voyage dans le temps, ou encore quel était ce foetus et cet homme mystérieux ». Sinon, vous risquez d’être déçu. Non, la quête de Jin est beaucoup plus philosophique et humaine. Doit-il faire profiter le monde d’Edo de ses connaissances, au risque de changer l’histoire ? (Cette époque est une période charnière dans l’histoire du Japon, au contact avec le monde occidental) Doit-il sauver des vies au risque de changer la vie future de Miki (et la sienne) ? Comment un médecin, qui a pour mission « sacrée » de sauver des vies peut-il se faire comprendre dans une société qui n’est pas forcément prête à l’entendre (la médecine traditionnelle est confrontée à l’arrivée de « dutch doctors », la médecine occidentale, plus pointue) ? Et enfin, sur un plan plus terre à terre mais courageusement expliqué dans le drama : comment sauver des vies sans matériel médical, sans antibiotiques, sans scanner ni radiographie, comment parler de santé publique, d’épidémie, de contagions ? Comment enseigner la médecine sans avoir le droit de faire des autopsies (le taboo brisé en Occident depuis) ?

Le héros se retrouve plongé dans un univers qu’il va apprendre à aimer. Ainsi, il assistera aux coulisses de l’Histoire, de la société nippone, avec ses règles (comment se vêtir, s’habiller, comment respecter l’honneur de son interlocuteur même s’il a tort, comment marcher dans la rue avec une fille de samourai, comprendre la prostitution de l’époque et ses quartiers où règnent les rares courtisanes (qui deviendront geishas 50 ans plus tard)).

Il s’agit donc d’un drama intelligent, captivant, humain, qui mérite largement ses scores d’audience. Malgré deux épisodes moins intéressants et qui développent moins les intrigues, j’ai vraiment passé un très bon moment. De bons acteurs, un joli thème musical, une réalisation correcte même si par moment un peu larmoyante, non vraiment c’est du chipotage. Le grand regret est évidemment la fin, tellement ouverte que les affamés de fantastiques s’empresseront de la décrier. Même si TBS ne semble pas vouloir annoncer une suite, ce succès « surprise » (aux yeux de la chaîne de télévision) va peut-être les faire réfléchir. Je n’ai pas lu le manga, mais il y a semble-t-il, matière.

« God only gives us  trials we are able to overcome ».

Il est vraiment dommage qu’une telle histoire ne puisse être racontée chez nous. Voir un médecin arriver au moyen-âge, où l’on traitait toutes les maladies par des sangsues ou des saignées…. Sans compter les implications sociétales, religieuses (l’Eglise étant alors très opposée à la médecine)… Il y a de quoi faire, vraiment.

En tous cas, ne loupez pas JIN si vous en avez l’occasion. Je ne suis pas le seul à en faire l’éloge, d’ailleurs.