[Pilote US] No ordinary family

Je ne l’attendais pas si tôt (j’ai même pas fini mon classement de mes attentes pour a la rentrée, c’est malin), et à vrai dire je ne l’attendais pas beaucoup (bon dernière sur ma liste). Mais voilà, le pilote de No Ordinary Family s’est dévoilé.

No Ordinary Family narre les aventures d’une famille dont les membres obtiennent subitement des pouvoirs. Bon, c’est à la faveur d’un crash dans une rivière au Brésil, il fallait mettre des effets spéciaux.

Dans cette famille, le père (Michael Chiklis, The Shield) regrette que sa famille ne soit pas très rassemblée. Mais depuis qu’il arrête les balles avec sa main et fait des bonds de géant à travers la ville, il est heureux. Bon, il fallait mettre des effets spéciaux, quand même.

La mère (Julie Benz, Angel, Dexter) travaille trop (enfin ça dépend du point de vue apparemment mais je veux pas polémiquer ici), et du coup n’est pas au courant de ce qui se trame dans sa famille. Mais depuis qu’elle court à plus de 1000 miles par heure et voit les automobilistes au ralenti, ça va mieux. Bon, il fallait…. Vous commencez à comprendre ?

On continue. La fille a des problèmes avec son petit ami qui n’arrête pas de sa faire draguer ? Qu’importe, depuis qu’elle est devenue télépathe en lisant l’électricité qui se dégage des yeux, elle sait maintenant que son boyfriend la trompe. Bon, il fallait… Grrmmm….

Ah, on me susurre que le fiston en retard scolaire n’a rien développé. Ouf ! Mais voilà que… ah mais non…. le voilà devenu un génie, qui voit des équations s’inscrire en lettre d’or au tableau. Bon il fallait… Vraiment, il fallait ?

Comprenez moi donc. Sur le papier, une série avec une famille découvrant des pouvoirs, c’est intéressant. Mais quand la série expose davantage ses effets spéciaux que la profondeur psychologique de ses personnages, surtout quand à la base on veut parler de famille, ça n’a rien de très emballant. Parce qu’il suffit pas de montrer un couple qui s’embrasse ou fait l’amour, encore moins une fille railler son frère pour prétendre explorer des thèmes familiaux. Le clip qui montre la famille jouer au football américain en rigolant est ce qu’il y a de plus cliché. Oui, même quand le ballon est envoyé trop loin et qu’il faut utiliser des super-pouvoirs pour le ramasser, on avait compris merci.

Alors que reste-t-il du naufrage ? De l’humour ? J’ai pas le souvenir d’une seule note d’humour qui n’ait été distillée sans la présence d’effets spéciaux. Ah si, quand la collaboratrice de Julie Benz (Autumn Reeser) croit qu’elle va se faire virer. Ca me fait d’autant plus regretter cette pauvre Autumn Reeser (The OC).

En soi, le pilote n’est qu’un condensé de blockbuster américain. Le problème, c’est qu’il s’agit d’une série, pas d’un film. Là où un film peut très bien fonctionner par l’avalanche d’effets spéciaux, une série se plante complètement (la leçon d’Heroes, la série où « c’est trop cool de voir de nouveaux pouvoirs », n’a t-elle donc pas suffi ?). A moins de repartir de zéro, et de laisser du temps à ces personnages unidimensionnels et extrêmement fades, la série est condamnée. Permettez moi d’être pessimiste à la vue du pilote.

Ah, j’oubliais. Comme en plus la série aime explorer des territoires nouveaux, figurez-vous qu’il y a des méchants qui ont aussi des super-pouvoirs !

D’habitude je laisse une une seconde chance si le pilote est moyen. Mais là, il est désastreux. Bref, une attente de moins sur ma liste. Hop, feu rouge !

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[Classement de mes attentes pour la rentrée américaine] 7 – The Event (NBC)

C’est sûr, l’absence de Lost à la télévision va poser un énorme problème, n’en déplaise à ses détracteurs. On a bien tenté de nous faire croire que Flashforward pourrait pallier ce manque, mais dès le pilote on avait vite compris que ça n’irait pas bien loin. Du pitch fort attrayant, rien n’avait subsisté pour maintenir l’intérêt.

Mais alors pourquoi attendre une énième série conspirationniste ? Parce que je ne peux pas croire que le genre feuilletonnant est mort. Actuellement je regarde Rubicon (AMC), qui distille une très bonne ambiance de paranoïa, à défaut de faire avancer l’intrigue. Je reste persuadé qu’on peut encore faire quelque chose de bien sur les networks.

J’ai lu quelques propos rassurants sur les réponses distillées rapidement afin de ne pas perdre d’audience. On verra si ça reste captivant et cohérent.

Du reste, ça pèse beaucoup dans la balance, mais voir Jason Ritter à nouveau sur le petit écran, ça fait un bien fou. J’adore cet acteur. Il était impeccable en incarnant le grand frère en chaise roulante dans Joan of Arcadia, hilarant dans The Class (Oui, je suis une des rares personnes qui ait vraiment aimé la défunte sitcom), et incarnait un parfait boyfriend dans Parenthood.

Le reste du cast me plait bien : ça fait plaisir de revoir – entre autres – Laura Innès (ER), Zeiljko Ivanek (Heroes). La seule chose qui fait peur, c’est de voir Evan Katz (24) showrunner.  Oui, j’ai un peur de voir des évènements abracadabrantesques se succéder pour maintenir l’audience.

En fait, ce n’est pas que je crois en The Event, c’est que je veux désespérement y croire. La rentrée me dira si je me faisais des illusions.

[Classement de mes attentes pour la rentrée américaine] 20 – No ordinary family (ABC)

Je commence aujourd’hui un petit classement de mes attentes en matière de séries américaines. Ca ne concerne que la rentrée (donc toute série débutant en 2011 en est exclue). J’ajoute que ces séries peuvent être anciennes comme nouvelles. Vous vous demandez sûrement la raison d’un tel classement. J’ai plusieurs réponses : une réponse enjouée : « parce que ça me permet de faire monter un peu la pression sur une rentrée pas très excitante », et une réponse pragmatique : « parce que pendant ce temps ça me permet d’avancer plus rapidement dans mon visionnage de dramas ». Choisissez celle qui vous convient le mieux !

Le numéro 20 est une nouvelle série prévue à la rentrée sur ABC : No Ordinary Family. Difficile de passer à côté, tant le buzz est énorme autour de la série. Il faut dire qu’elle a côté cast d’excellents atouts dans sa manche : Michael Chiklis (The Shield), Julie Benz (Angel, Dexter), Autumn Reeser (The OC), Tate Donovan (The OC) (même si sa participation serait finalement très réduite),… Enfin  à la création deux hommes rodés qui n’ont plus besoin de faire leurs preuves : Greg Berlanti (Everwood) et John Harmon Feldman (Tru Calling).

Le pitch : une famille ordinaire obitent des pouvoirs suite à la crash d’un avion dans l’océan… Encore une série de super-héros ? Je pensais qu’on avait eu notre dose avec Heroes, voilà que le thème de la rentrée sera les super-héros (The Cape, NBC).

Les premières reviews confirment mes craintes : ça reste un Indestructibles, du divertissement bourré d’effets spéciaux, qui se veut léger. Même le pilote de Heroes était plus noir que celui de No Ordinary Family. Ouch.

Je l’ai quand même mis dans mes attentes à cause du cast. Et puis on est jamais à l’abri d’une bonne surprise.

Pour le trailer, c’est ici.

L’éducation par la télé (américaine)

Pour beaucoup de gens qui s’intéressent au monde des séries, la fiction télévisuelle est d’abord un reflet de notre société. Par exemple, Martin Winckler utilise le terme miroir. Du coup, les séries sont souvent analysées sous un angle sociologique : la place de la femme, des minorités, etc… Il y a des jours d’ailleurs où cette tendance à sur-analyser et surinterpréter un divertissement m’agace prodigieusement (surtout quand on ne voit par le bout de la lorgnette que des séries machistes). C’est le problème de l’analyse orientée (j’allais dire politiquement) : on peut faire dire vraiment beaucoup de choses à une série, tant qu’on en discute pas avec l’auteur lui-même.

Pour autant, je trouve qu’on mésestime encore énormément la puissance de l’image.

Et je vais prendre un domaine que je connais très bien, celui de la santé publique. Parce que j’en ai ingurgité, des séries médicales… et plein d’autres, attendant d’elles un discours plus intelligent, plus éducatif. Je vais donc me répéter : la télé est un formidable moyen d’éducation des masses. (Avec des loupés, quand on importe des séries américaines judiciaires : « objection votre honneur », ça n’existe pas en France, qu’on se le dise !).

Alors quand une série comme Huge se permet de traiter d’adolescents obèses, c’est une opportunité pour faire réagir le pays sur ce fléau qu’est l’obésité. Rappelons que l’obésité est une maladie (et reconnue comme telle par l’OMS depuis 1997), et non un simple surpoids comme tendent à l’expliquer nos journalistes. De fait, c’est bien beau de hurler contre l’anorexie des mannequins des magazines pour faire déculpabiliser les gens qui ont quelques kilos superflus, il ne faut pas pour autant réagir à l’excès, en ayant un discours « normalisant » une maladie comme l’obésité. Aux USA cette maladie est un fléau responsable de 16 % des morts, juste derrière le tabac, première cause de mortalité (18 %). Rappelons aussi, à ceux qui ne se sentiraient pas concernés, que l’obésité en France représente 15 % de la population (20 % dans le Nord), et qu’elle a augmenté de 70 % en 12 ans.

Alors Huge, c’est l’occasion de montrer les difficultés sociales et les problèmes psychologiques rencontrés par ces personnes. C’est l’occasion de montrer la résistance, la peur du changement, mais aussi l’endurance qu’il faut pour lutter quotidiennement contre ses envies.  C’est montrer le soutien psychologique qu’ il faut instaurer. Tout cela est bien présent dans la série.

Mais c’est aussi, au delà de la responsabilisation individuelle, montrer que la société de consommation elle-même est responsable. C’est là que le bas blesse. Car si l’héroine craque et commande glaces et frites, que penser des habitudes de consommation et du marketing martelées par les plus grandes compagnies de fast-food ? Ce n’est guère évoqué. On ne voit pas comment les personnes en sont arrivées là, on se contente de raconter l’évolution vécue par un garçon qui passe de l’avant dernier « gros » de sa classe au plus gros, n’échappant donc pas aux moqueries. Mais rien pour expliquer son comportement.

L’éducation à la santé reste à son stade individuel, ou alors dans un cadre collectif (les « fat-camp »), pour rattraper les dommages. Nous n’en sommes plus au registre préventif. Et c’est bien dommage. Pourtant la série essaye de ne pas stigmatiser ses personnages en les rendant attachants, mais à cause de ce chaînon manquant, je suis sûr que plein de gens ont vu la série en se disant : « ouais bon ce sont des gros, et alors ». Et il se crée forcément une distanciation dans le regard : « je ne suis pas concerné, je ne suis pas comme ça, je ne serai jamais comme ça ».

Question : Après avoir vu la série, je suis sûr que vous auriez pu aller au fast-food du coin, non ?

Evidemment la cerise sur le gâteau (si je puis dire), ça aurait été un discours plus global sur les coûts engendrés par l’obésité. Parce que la réaction du téléspectateur pourrait être : « après tout, chacun sa vie ». Or les choix de chacun en matière de comportements à risques ont un impact majeur sur les dépenses de santé, donc sur le budget de l’état, donc sur l’évolution de la société toute entière. Encore une fois, il manque une logique de responsabilisation individuelle dans un contexte collectif.

D’où à mon sens le semi-échec (en matière d’éducation) que constitue Huge. Mais je salue tout de même l’audace du sujet, peut-être que la série évoluera.

J’avais particulièrement apprécié l’épisode de House sur la budgétisation de l’hôpital (6.13), mais elle n’a clairement pas atteint sa cible (si tant est qu’elle en avait une). Vu les réactions sur l’épisode, les gens sont clairement passés à côté. Ce qui m’amène à un aspect fondamental de l’éducation par la télé : sa limpidité. Comment faire pour passer un message simple sur un sujet éminemment complexe ? La série a cette double chance de rentrer au plus près des foyers, et de  s’installer durablement. il n’est donc pas impossible d’installer des arcs sur plusieurs épisodes, arcs alliant l’éducation à l’émotion. (On sait tous que c’est dans le registre de l’émotion que l’on arrive à mieux faire passer un message, même si l’émotion est par définition passagère). Reste à en avoir l’ambition. Je crois pour ma part qu’il est dommage de laisser une entière liberté au créatif qui par définition ne connait pas autant le sujet qu’ un spécialiste. Il faut donc de bons consultants sur la série, mais aussi de bons communicants.

On le voit, sur des sujets complexes et importants, il y aurait beaucoup à faire. Pour autant, la série ne se cantonne pas dans ces registres, je dirai même que son principal sujet c’est la tolérance. Et son principal outil, l’émotion.

Par exemple, je crois fermement que les séries ont énormément contribué à redonner une place dans la société à des personnes autrefois marginalisées (comme les homosexuels). Je pense notamment à Six Feet Under. Plus on diffuse des séries donnant une large part d’antenne à une tranche de la population, plus on la réintègre au sein même de la population. il y a évidemment des contreparties artistiques : c’est vrai que c’est devenu lourd, cette politique de quotas, avec le gay de service. Comme toute chose, il faut donc agir avec mesure. On pourrait aussi continuer sur cette politique de quotas, avec les minorités qui apparaissent de plus en plus à la télé américaine. Si le latino et l’afro-américain ont toujours été là, on assiste aujourd’hui à une vraie explosion des rôles asiatiques. Ca reste encore caricatural, mais il y a du progrès (il vaut mieux passer de Heroes à Lost). Je crois fermement que quand on voit régulièrement des personnages à la télé, ils font partie de notre quotidien, de notre « famille », et donc sont susceptibles de changer notre vision de la société. Peut-être aussi un jour verra-t-on davantage de séries sur d’autres handicaps que l’habituel cortège d’aveugles et d’autistes ? Peut-être aussi trouvera-t-on des séries qui remettent la démence de la personne âgée dans un contexte familial au lieu de la trouver agonisante aux urgences ?

Pour autant, demandez autour de vous, on a tendance à condamner la télé, comme un média impur, véhiculant la bêtise et l’ignorance. J’ai souvenir de ma scolarité où on m’affirmait que « la télé rendait con ». Je m’insurge. En seriephile averti (et ouvert à d’autres cultures), j’ai plus appris sur le monde que je ne l’aurai appris avec des bouquins, j’en reste persuadé.  Je pense même que les séries ont fait de moi une meilleure personne. Oui je sais, dis comme ça, ça fait prétentieux, on dirait que j’ai les chevilles qui enflent. Il n’empêche,  plutôt que de laisser traîner des gamins dehors, donnez leur une télévision, quelques intégrales de séries profondes et intelligentes, je suis sûr que vous leur changerez également la vie, et le regard qu’ils ont sur les autres.

A condition, bien sûr, qu’ils tombent sur de bonnes séries. Parce qu’il y a quand même des sujets qui me fâchent, dans cette télévision américaine, comme la banalisation du sexe, de la violence, et de la drogue. C’est un peu pour ça que je m’insurge contre les chaînes du cable, qui prennent un malin plaisir à remplir leur quotas de comportements douteux (sans compter que le discours est souvent irresponsable, notamment en matière de drogue). Vous me direz que le public est adulte. Mais quand même, n’y a-t-il pas moyen d’écrire des fictions adultes, traitant de problèmes d’adultes, sans passer par du voyeurisme, de la provocation, ou pire de la désinformation ? Pour ma part j’attends beaucoup de fictions ciblées sur des catégories de personnes (comme l’est par exemple Men of a Certain Age), j’attends beaucoup de fictions sur la responsabilisation et l’éducation des parents, etc…

L’éducation par la télé, tout un programme… Et je n’ai même pas parlé d’éducation à l’image  (apprendre à décoder les messages de la télé) !