Crisis [Pilote]

crisis

Le nouveau thriller de NBC a beaucoup de chance de faire le buzz ces prochains jours. L’une des raisons les plus évidentes est le retour de Gillian Anderson (X-Files) à la télévision américaine (après un passage remarqué dans The Fall en Irlande).

crisis gillian anderson

Mais Crisis cache bien d’autres atouts, à commencer par son pitch : les enfants des personnalités les plus influentes sont kidnappés. Et on sent clairement les influences à tous les étages : soap pour ados (une relation prof-élève, avec l’acteur de One Tree Hill ), un côté 24 avec un déroulement chronologique respecté (excepté un flashback explicatif), une pincée de Die Hard avec le gars des services secrets qui contrecarre un peu le plan des méchants (l’un d’entre eux voudra venger son frère), et un secret de famille bien gardé histoire d’enfoncer le clou au niveau soap.

crisis lance gross

Et vous savez quoi ? Ça fonctionne pas si mal. Principalement parce que le rythme est effréné et que la densité d’informations est importante. On regrettera toutefois un ou deux rebondissements prévisibles, mais quelques bonnes surprises seront de la partie. La bonne idée, c’est qu’il s’agit d’une partie d’échec où les bad guys exploitent les ressources du FBI.

crisis teens

Par contre sur le long terme, impossible de voir comment le show va pouvoir s’équilibrer. Je crains surtout un peu trop de temps passé auprès des ados, qui peuvent vite se retrouver tête à claques… De même le « méchant » manque singulièrement de charisme, mais il y a encore moyen de redistribuer les cartes.

crisis rachael taylor

Globalement on est quand même au-dessus du niveau de Hostages qui n’avait aucune tension et s’escrimait en vain à nous attacher aux méchants de l’histoire. Méfions nous tout de même, parce que si Gillian Anderson est au générique, on retrouve aussi Rachael Taylor qui enchaîne les échecs à la télévision (Charlie’s Angels, 666 Park Avenue).

Alors, Crisis, petit divertissement sympathique ? On croise les doigts.

feu_clignotant1

Publicités

The Fall [Pilote – UK]

The Fall

Techniquement irlandaise (du nord), The Fall captive dès les premières secondes avec son sujet malheureusement banal : la traque d’un tueur en séries à Belfast. Difficile de nos jours, d’être emballé par la lecture d’un pitch qui raconte comment une gradée de la police britannique va reprendre une enquête sur un meurtre horrible en Irlande.

Et pourtant, dans sa description méticuleuse de l’intimité et de la vie privée de l’assassin, ainsi que de son enquêtrice, le réalisateur montre que son sujet est bien plus intéressant qu’il n’y parait.

the fall

Ainsi notre assassin n’est pas un fou dangereux, un psychopathe mutilant les chairs, c’est un père de famille, marié, avec deux jeunes enfants, qui cache ses pulsions et sa perversité. Manquant plusieurs fois de se révéler, cet homme est malin, méticuleux, certes, mais c’est aussi un être humain sociable, proche de ses amis, aimant sincèrement ses enfants et sa femme. Ça rend le personnage encore plus horrifiant. Il est réel, comme vous et moi.

the fall fly over

Lorsqu’il se met à renifler des petites culotttes de sa prochaine victime, qu’il planque ses ‘trophées » dans la chambre de sa fille, ou qu’il se met à fantasmer devant une vidéo de la babysitter, la tension est énorme. Nous ne sommes pas dans un énième épisode de série policière américaine, où la perversion humaine est à peine survolée. On nous montre l’intimité de ce tueur. La caméra survole ses allers et venues, prend le temps de voir comment cet homme trouve son équilibre entre ses pulsions et sa vie de famille.

Flippant.

the fall gillian anderson

Cette plongée dans l’intimité a pour miroir la vie solitaire de notre enquêtrice, professionnelle jusqu’au bout des ongles, qui ne mâche pas ses mots, et va directement au but. Un policier lui plaît ? A peine présentée, elle lui donne son numéro de chambre. Et on ne peut s’empêcher à faire des va-et-vient entre sa vie privée et celle du tueur.

the fall kill

L’horreur, enfin. Sans montrer une seule goutte de sang, l’épisode parvient sans peine à montrer toute la gravité de la situation. On tremble vraiment pour la victime, du trauma qu’elle subit lorsqu’elle se rend compte qu’on a pénétré chez elle, jusqu’à son destin en fin d’épisode.

Il est rare de ressentir ce genre d’émotions à la télé, qui banalise la violence, nous désensibilise complètement, parce qu’on arrive toujours à trouver que le personnage est, au fond, caricatural. Ici, la violence est insoutenable, soulève le cœur. Pas à cause des effets spéciaux. Mais parce qu’elle nous rappelle qu’au fond de tout être humain se cache peut-être un monstre.

the fall jamie dornan

La cerise sur le gâteau, évidemment, est le retour de Gillian Anderson à la télévision, dans ce rôle d’enquêtrice qui soupçonne la présence d’un tueur en séries à Belfast, en dépit de ses collègues. Après sa prestation dans Hannibal, et avec sa future série Crisis, ça fait très plaisir pour le fan de X-Files que j’étais. Et puis le tueur est brillamment interprété par Jamie Dornan (le shériff dans Once upon a Time).

Bref, ne loupez pas ce petit bijou.

feu_vert3

Mes séries comiques de référence (2/5) : Frasier

Je continue ce petit tour de table par l’inégalable Frasier. Cette sitcom est tout simplement le spin-off de Cheers, qui reprend la vie de Frasier Crane, le psychiatre, incarné par l’excellent Kelsey Grammer. Cette série a duré autant de temps que Cheers, soit 11 saisons (de 1993 à 2004), et constitue encore un autre joyau comique de la NBC. 37 Emmy Awards, dont 4 années consécutives pour la meilleure comédie.

Divorcé de Lilith (Cheers), il vit désormais à Seattle, et livre des conseils psy à la radio dans sa propre émission. Pour cela il est assisté par Roz Doyle, une femme indépendante qui malgré son attractivité se plaint de ne pas trouver la perle rare. Son quotidien d’intellectuel snobinard est bouleversé quand son père, veuf, retraité de la police suite à un accident, emménage chez lui. Le père et le fils n’ont rien en commun : Martin Crane boit des bières en regardant la télé dans un fauteuil délavé et rapiécé, avec son chien, au milieu du salon BCBG de Frasier. Le pauvre Martin Crane ne peut même pas se rabattre sur son autre fils, car Niles Crane (le frère de Frasier, donc), est encore plus snob. Qu’il ait réussi à se marier est un vrai miracle. Mais on ne verra jamais la femme de Niles dans la série (Tout comme Vera, dans Cheers, elle a tous les défauts de la terre, et l’imagination est bien plus drôle que n’importe quelle actrice). Le calvaire de Niles va-t-il s’arrêter le jour où la physiothérapeute et déjantée Daphne Moon est engagée chez Frasier pour s’occuper de son père ?

Frasier regarde sa montre…
Martin: I saw that!
Frasier: I’m not bored, I was simply wondering how long we’ve been sitting here enjoying ourselves.

L’amour naissant de Niles envers Daphne est une des richesses du show, source d’innombrables gags. Lui, le snob qui ne peut toucher une chaise sans l’essuyer d’abord, est immensément timide, et ses allusions se font toujours dans le dos de sa pauvre victime qui ne se doute de rien. Le show aura donc une longue histoire pour les shippers en herbe. Niles est également psychiatre, il travaille en cabinet, déteste cordialement Roz, et sa rivalité avec son frère fait également l’objet de savoureuses joutes orales.

Niles: I insult you, and you compliment me. Could the request of a favor be far behind?
Frasier: Damn, you are perceptive.
Niles: Oh, stop it!

Il faut dire que la série a probablement les meilleurs dialogues comiques écrits à ce jour, un rythme comique parfois très théatralisé (nombreux sont les épisodes où les portes claquent et où l’on se cache), en plus d’avoir une interprétation magnifique, le duo Kelsey Grammer/David Hyde Pierce en tête.

Niles: Can I be of any assistance in the kitchen?
Daphne: No, I have everything well in hand.
Niles: Lucky everything.

Il faut d’ailleurs rendre hommage à Kelsey Grammer, qui aura joué pendant 20 ans son personnage de Frasier Crane sans jamais l’essouffler. Qui peut en dire autant ? Il est regrettable que son génie comique très théâtral ne passe plus à la télévision de nos jours. Ses différentes tentatives ont toutes été des échecs, parce que le niveau du cast, ou le niveau d’écriture était bien en deçà du requis, ou peut-être que la théatralisation a passé de mode (ce qui me rend bien triste d’ailleurs).

Le show utilisera aussi en guest la quasi totalité des acteurs de Cheers, mais il n’avait vraiment pas besoin de ça. Frasier se suffit à lui-même pour explorer les turpitudes de l’égoisme et de l’hypocrisie. Pour autant le personnage de  Frasier n’est pas aussi horripilant qu’on peut le penser, Frasier subit les conséquences de ses actes ou de ses idées, le public n’a plus besoin de se moquer de lui, il se punit lui-même. Malgré ses défauts, Frasier est donc attachant, on rit avec lui des imbroglio dans lesquels il se fourre.

Outre les acteurs réguliers et les guest stars venus de Cheers, Frasier aura su remplir son propre monde, principalement grâce à la station radio. On y retrouve donc d’autres animateurs radio (le cuisinier gay, et bulldog le passionné de sport, macho, dragueur invétéré dont les joutes avec Roz font merveille). On y retrouve aussi l’agent de Frasier qui négocie ses contrats avec la direction de la station.

Et comme si ça ne suffisait pas, on retrouve dans quasiment tous les épisodes Frasier à la radio, en train de conseiller le plus maladroitement possible bien sûr, ses auditeurs. Et un peu comme les Simpsons, la liste des guest est plus qu’impressionnante : Gillian Anderson, Kevin Bacon, Halle Berry, Matthew Broderick, Mel Brooks, Cindy Crawford, Keith Carradine, Macaulay Culkin, David Duchovny, Anthony Edwards, Gloria Estefan, Carrie Fischer, Jodie Foster,Art Garfunkel, Linda Hamilton, Ron Howard,Stephen King, Jay Leno, Henry Mancini, Mary Tyler Moore,John Mc Enroe, Sydney pollack, Christopher Reeves, Ben Stiller, Elijah Wood, et j’en passe….

Je le redis encore, grâce à sa qualité d’écriture, son interprétation, son rythme, Frasier surpasse la quasi-totalité des séries comiques. Et ça fait maintenant des années que j’attends l’intégrale de la série en DVD en France, avec des sous-titres français (seuls les 4 premières saisons sont disponibles). Incontournable, tout simplement.