The Escape Artist [Pilote – UK]

the escape artist

Sur le papier, ce legal drama thriller avec David Tennant et le scénariste de Spooks promettait beaucoup. Hélas, il ne suffit pas de promettre, il faut aussi délivrer. Et The Escape Artist flirte une peu trop souvent avec le premier message.

Le pitch est basique mais efficace. Nous faisons la connaissance d’un avocat de la défense (David Tennant) qui arrive toujours à sauver ses clients de la prison. Un as du barreau, qui affirme que toute personne a le droit d’être défendue. Mais tout cela va bien changer lorsque sa propre famille va être détruite par l’assassin qu’il a libéré.

On saluera l’audace du questionnement sous-jacent. Quand les personnes qui édictent et imposent les règles de notre société contre la violence sont elles-même victimes de la violence, peuvent-elles encore raisonner de la même façon ? Lorsqu’un homme politique se fait agresser, son discours sur la délinquance est-il susceptible d’être modifié ? Lorsqu’un juge des enfants subit chez lui la délinquance quotidienne des mineurs, est-il capable de raisonner avec la même impartialité ? On dit souvent que les médecins font souvent les plus mauvais patients, qu’en est-il des hommes de Justice lorsqu’ils se constituent partie civile ?

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Je vous vois saliver. Hélas, à cette question très intéressante, le show ne répondra pas. Il préfère semble-t-il exploiter la piste d’un serial killer qui passe entre les mailles du filet de la Justice. Et on se retrouve donc péniblement avec un show qui perd son côté incisif, et qui espère ranimer son auditoire par la vision d’actes de cruauté, eux-mêmes édulcorés pour cause d’horaire de diffusion.

En visionnant ce pilote, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec le scénario du drama coréen I Hear Your voice, où un avocat accepte de défendre un meurtrier qui a bousillé la vie de sa (presque) petite amie. Dans The Escape Artist, c’est la rivale de notre avocat qui va finalement défendre l’assassin (et vu le titre, probablement le faire sortir à nouveau). Comme dans le drama coréen, on aurait donc un jeu de chasse, où on cherche à neutraliser un homme qui arrive toujours à profiter du système pour s’échapper (et continuer ses crimes). Le procédé fonctionne, mais court le risque d’user rapidement le téléspectateur, avec des rebondissements devenant prévisibles.

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C’est d’ailleurs un des reproches que je ferai au pilote de la série britannique. On nous annonce clairement ce qui va se passer, on atténue l’horreur de la scène (même si elle reste suffisamment bouleversante grâce au jeu impeccable de David Tennant), bref, on interpelle a minima. Pas de surprises, pas de réflexion poussée, on plonge le téléspectateur dans un univers connu, en espérant suffisamment le titiller pour lui donner envie de revenir, mais l’émotion, elle, a bien du mal à lui parvenir.

Moi j’en ressors donc frustré. Ce n’est pas mauvais, c’est juste que la série touche toutes les notes sans prendre du volume. J’en attendais peut-être trop. Heureusement le show n’a que 3 épisodes et le casting est impeccable. On verra pour la suite.

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Broadchurch

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Petite séance de rattrapage cette semaine avec Broadchurch diffusée il y a 2 mois au Royaume Uni. Je l’avais volontairement zappée vu les premiers échos qui parlaient d’une enquête policière sur 8 épisodes. Cela semblait parfait en deuxième séance, mais mes journées ne sont plus extensibles.

Broadchurch, donc, pose son intrigue dans une petite localité côtière du même nom, où tout le monde ou presque se connait depuis des années. La galerie de personnages contient donc un plombier, un prêtre, un journaliste, un vendeur de journaux, … Et la série va se proposer non pas d’explorer les relations entre eux, mais plutôt leur passé.

L’amateur de fictions policières sera en effet passablement refroidi par le positionnement et le développement extrêmement traditionnel de l’intrigue. En utilisant de vieilles ficelles, la fiction court le risque d’orienter très tôt le téléspectateur aguerri sur la piste du coupable. Ainsi on va passer notre temps à découvrir les secrets de plusieurs personnes, tout en passant du temps avec une seule autre qui ne sera jamais inquiétée…

Un whodunnit trop facile ? Sans doute. Mais heureusement Broadchurch a d’autres qualités. Elle prend son temps pour dépeindre l’émotion des habitants lorsqu’un drame arrive. Elle mêle la manipulation médiatique et le conflit familial. Elle suggère, au fond, que chaque personne est singulièrement innocente malgré les apparences trompeuses. Cette « pureté » en agacera plus d’un, d’autant que le procédé est réutilisé sans cesse, mais on peut comprendre l’envie d’un certain idéalisme.

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Car cette localité, au fond, c’est la représentation d’une Grande Bretagne utopique. Où les drapeaux flottent, les gens s’entendent, il fait bon vivre. Chacun peut aisément s’identifier, à cette nostalgie de la solidarité campagnarde. Lorsqu’un meurtre survient, la population est ébranlée, il y a un séisme, mais si les malaises de la famille concernée nous sont détaillés, à grand renfort d’effets, jamais la série ne tombe dans une vraie noirceur. L’espoir, toujours. Comme cette mère de famille qui ne sait pas comment accepter un nouveau cadeau de la vie.

Pas de place au pessimisme. On explique les comportements, on déjoue les apparences, on ressoude les liens. Un seul mot d’ordre : la localité va s’en sortir, d’une manière ou d’une autre.

Et pour ça, il faudra compter sur un duo policier, qui laisse perplexe. Ellie Miller (Olivia Colman), une policière issue de la communauté, encore un peu naïve, qui va peu à peu comprendre qu’il ne faut pas se laisser guider par l’émotion, par ce qu’elle croit savoir de ses amis. Et Alec Hardy (David Tennant) un policier malade en quête de rédemption. On attendait David Tennant, mais c’est bien Ellie Miller qui est l’héroïne du show, car son émotivité, sa répartie, sa vie familiale, en font un personnage attachant. Alec Hardy est bien trop peu bavard pour arriver à insuffler du caractère. Se cogner à toutes les portes, c’est sympa, mais au bout d’un moment on est déçu de n’avoir que ça à se mettre sous la dent.

Si je n’ai pas aimé la manière de raconter la résolution de cette enquête, en revanche, il faut reconnaître à la série un très bon sens du rythme et de la mise en scène. On alterne rebondissements, émotion, moments poignants, intriguants, et les épisodes se suivent avec beaucoup de plaisir. Certains plans sont d’ailleurs magnifiques, et on voit que la production a mis les moyens.

Le succès de la série a poussé la chaîne ITV a commandé une deuxième saison, même si l’on ne sait pas trop comment on pourrait rebondir en utilisant le même procédé et les mêmes personnages.

Au final Broadchurch est une bonne série, qui décevra les amateurs de fictions policières plus tarabiscotées, mais qui réjouira les cœurs avec son approche grand public.

The Politician’s husband [Pilote – UK]

the politician's husband

The politician’s wife était une série britannique de 1995 qui racontait comment la femme d’un homme politique se vengeait des tromperies de son époux non seulement en réduisant à néant sa carrière, mais aussi en prenant sa place. The politician’s husband, au fond, est une variation de ce même thème. Seulement voilà, depuis 1995 beaucoup de personnages de femmes politiques ambitieuses sont arrivées sur le petit écran, la plus emblématique étant évidemment Birgitte Nyborg (Borgen, au Danemark).

Alors que Borgen essayait pendant deux saisons de montrer comment il est difficile de conjuguer responsabilités politiques et vie familiale, the politician’s husband choisit de se concentrer sur l’aspect politique, la famille n’étant clairement pas une priorité pour le couple politique qui nous est présenté. Cet univers de requins déteint sensiblement sur Aiden Hoynes (David Tennant) et Freya Gardner (Emily Watson).

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Aiden Hoynes, en pleine manœuvre politicienne pour prendre le leadership, se voit trahir par les siens et perd son poste ministériel. Pour reprendre la main, et se venger, il compte sur sa femme, Freya, qui se voit nommée Secrétaire d’État. Hélas, c’était oublier qu’il n’était pas le seul à être ambitieux…

Le premier épisode se concentre donc sur la trahison politique, laquelle transforme un peu plus notre héros en personnage amer et vengeur. Mais il ne nous paraît jamais franchement sympathique (contrairement à Borgen, nettement plus lisse). Il se contrefout des citoyens dont il a la charge, il veut le pouvoir. Ce n’est pas très subtil, et ça se confirme lors du retournement de situation. Oui, sa femme prend également le pouvoir au lit. Au cas où vous n’auriez pas compris la métaphore.

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C’est là que la fiction pêche. Elle se concentre sur la rancune masculine au lieu de développer l’héroïne. Tout au plus la verra-t-on envoyer de la farine à sa fille. Qui est-elle exactement ? Une femme politique, une femme au foyer, les deux ? Aucun des points n’est développé, mais on hésitera pas à nous dire qu’elle a bien droit à sa revanche, vu tous les sacrifices qu’elle a fait pour son mari. Mais quels sacrifices ? Et quelles compétences a-t-elle ? L’ellipse est complète. A l’écran on voit une femme aimante, près de son mari. Et c’est tout. Difficile alors de comprendre sa logique, son désir, son envie d’avoir sa vie. Il manque tout un pan dans la caractérisation du personnage. Un peu frustrant pour un premier épisode.

Cette simplification des intrigues se ressent également lorsqu’il s’agit de décrire les enfants. L’un d’entre eux est atteint du syndrome d’Asperger (décidément très à la mode), histoire d’accentuer les responsabilités familiales. Notez bien que dans Borgen on nous a fait à peu près le même coup. Pourquoi ce besoin d’en rajouter ?

Bref, si la thématique est intéressante, ça manque clairement de rondeurs. Pas forcément pour assouplir la dureté du monde politique (j’ai bien aimé le fait que nos personnages soient plutôt froids et obnubilés par le pouvoir), mais parce que l’ensemble apparait mécanique, pré-mâché, peu subtil. J’hésite beaucoup à continuer l’aventure.

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