Mes séries comiques de référence (4/5) : Seinfeld

Ah, Seinfeld! Inoubliable Seinfeld. La série phare de la NBC, diffusée de 1989 à 1998. Seinfeld est un objet atypique dans l’univers télévisuel, et lorsqu’il arrive, il mettra du temps à trouver son audience (Ce n’est qu’à la 3è saison que tout décolle vraiment). Il faut dire que cette série ne fait rien comme les autres : c’est d’ailleurs son but : parler de rien, comme si c’était tout. Au point qu’elle racontera elle-même sa propre histoire : Jerry et George cherchent à vendre le concept d’une série télévisée.

George Costanza : I think I can sum up the show for you with one word: nothing.

Russell Dalrymple : Nothing?

George Costanza : Nothing!

Ce délire philosophico-comique pourrait être qualifié de  nihiliste (à tendance masochiste) : donner du sens à ce qui n’en a pas, ou plutôt enlever du sens à ce qui pourrait en avoir. Le résultat est proprement décapant. L’absurde est à son paroxysme dans des tonnes de dialogues millimétrés :

Jerry What are you saying?

Elaine : I’m not saying anything.

Jerry : You’re saying something.

Elaine : What could I be saying?

Jerry : Well you’re not saying nothing so you must me saying something.

Elaine : If I were saying something, I would have said it.

Jerry : So why don’t you say it?

Elaine : I said it.

Jerry : What did you say?

Elaine : Nothing.

La série ne parle de rien, n’a pas d’histoire à part un léger fil comique que l’on sent venir petit à petit. Souvent l’épisode débute lorsque ses personnages sont attablés dans un snack. On y trouve donc Jerry Seinfeld, le comédien qui n’arrive pas à trouver l’âme soeur. Son ami George Costanza (Jason Alexander), un chauve à la moralité douteuse, est extrêmement radin, peureux, et menteur. On y trouve également Elaine Benes  (Julia Louis-Dreyfus), l’ex de Jerry, intelligente mais superficielle, et qui ne trouve pas non plus chaussure à son pied. Enfin, le voisin de palier de Jerry, le pique-assiette Kramer (Michael Richards) naïf, à l’inventivité débridée, est l’élément loufoque du groupe, source de nombreux gags visuels. Outre les parents de Jerry et de George qui feront régulièrement des apparitions, un autre élément s’est petit à petit immiscé dans le groupe : Newman le facteur, détesté par Jerry, car sa cupidité et ses mauvais coups sont sans borne.

C’est donc un groupe de gens pour le moins méprisables qui sont les héros de cette série. Ils se mêlent de tout pour pour vérifier leurs théories farfelues ou améliorer leur train de vie, avec évidemment des conséquences désastreuses.

Jerry : I’m not gay. Not that there’s anything wrong with that.

Les premiers épisodes de la série voient Jerry en stand-up à la fin de l’épisode, un moment privilégié pour comprendre l’intelligence comique de Jerry Seinfeld, dont les sketchs restent inégalable. Mais Jerry Seinfeld n’est pas le seul aux commandes. On sent très vite la patte de Larry David (Curb your enthousiasm). Au fur et à mesure que la série avance, des arcs entre les épisodes se forment, et d’innombrables gags deviennent récurrents : des gags visuels (Kramer qui ouvre la porte de l’appartement de Jerry), et bien sûr des répliques cultes, dont la plus fameuse (yada, yada, yada) sert désormais à remplir les blancs dans une histoire :

Jerry : Where’s Marcy?

George Costanza: She went shopping for some shoes for the wedding, and yada yada yada, I’ll see her in six to eight months.

D’autres répliques seront passées dans la culture populaire (comme « master of my domain », un euphémisme qui aura valu un prix à Larry David).

Jerry : But are you still master of your domain?
George Costanza : I’m king of the county. You?
Jerry :I’m lord of the manor.

Il m’aura fallu un certain temps pour plonger dans cet humour particulier, pour apprécier des personnages détestables, mais au final les moments « cultes » se sont enchainés (the soup nazi, et à peu près toutes les scènes de George Costanza, l’un des meilleurs personnages jamais vus à la télé…). Pour moi, Seinfeld est encore aujourd’hui une institution, une véritable référence en matière d’écriture.

La série aura rencontré un succès phénoménal et tire sa révérence en pleine gloire, au bout de 9 saisons. L’épisode final attirera près de 80 millions de téléspectateurs, plaçant la série comme la 3è de tous les temps. Elle aura rapporté à ce jour près de 3 milliards de dollars.

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Les séries de la décennie (2000-2009)

L’année 2009 vient de s’achever, et avant de parler de ce qui nous attend en 2010, je tenais à parler des différents classements de série qui sont apparus sur le net à cette occasion.

Par exemple, le Hollywood Reporter cite son top 10 : 10. Modern Family ,9. Lost ,8. 24 ,7. 30 Rock ,6. Mad Men , 5. Damages ,4. The Shield , 3. Curb Your Enthousiasm ,2. The West Wing ,1. The Sopranos

Inutile de dire que je ne me retrouve pas dans ce classement… pour le moins bizarre, qui cite des multi-récompensés aux Emmys (Mad Men, 30 Rock squattent la cérémonie depuis bien trop longtemps) et une nouveauté de cette saison. A croire qu’il ne s’est rien passé avant ?

Mais continuons notre petit tour du web, anglophone d’abord puis francophone :

Entertainment Weekly mixe les genres, pour y mettre des « shows » au sens large. On y trouve ainsi Les sopranos, Lost, l’émission satyrique The Daily Show, The Wire, The Comeback, la real tv American Idol, Arrested development, The Shield, et… Gilmore Girls (une jolie surprise).

20 minute.fr a établi son classement ainsi  (de la 10è à la 1è place) : The Shield, Desperate Housewives, Sex and the City, How i met your mother, Dexter, Mad Men, The Wire, Lost, Six Feet Under, Les Sopranos

D’autres, comme le blog de Roxy, sont plus minimalistes et citent les séries plébiscitées par le Figaro et TVMag : House, The Wire, The Shield, How i met your mother, et rajoutent True Blood, Battlestar Galactica.

Critictoo a fait le choix de citer les saisons en question. Mais une série, selon moi, est un tout. Ca n’a dès lors plus le même impact de comparer des saisons de séries différentes. Sont nommées : la série britannique Spooks, Arrested development, Friday Night Lights, 30 Rock, Rome, Farscape, Rescue Me, The Shield, The sopranos. (Rassurez-vous, pour Rescue Me, il s’agit bien de la saison 2 et non de la suite – catastrophique – de la série).

Du côté d’Excessif, les différents rédacteurs ont choisi de se limiter aux séries nées après 2000, pour laisser la chance à d’autres, sur un ton certainement plus passsionné. On y trouve ainsi des séries moins souvent citées comme Avatar, Wonderfalls, Six Sexy,  Charlie Jade, Docteur Who, Supernatural, Weeds, The It Crowd, Dollhouse, Jeremiah, Firefly, Dead Like Me, Veronica Mars, Alias, Chuck, Life on Mars, The L Word, … De quoi à la fois s’interroger sur la qualité de certaines séries citées (Euh, Weeds, vraiment ?? A part la promo ?) mais aussi se souvenir que les séries, c’est aussi affaire de passion.

Pour vérifier la popularité de ces séries chez les internautes, des sondages ont été réalisés sur TvChronik à partir d’une liste pré-établie (malheureusement, mais comment faire autrement ?). Le résultat donne deux podiums pour les dramas et les comédies. Ainsi, nous retrouvons :  Lost, Six Feet Under et Dexter d’une part, et How i Met your mother, Desperate Housewives et Malcolm d’autre part. Surprenant.

La difficulté d’un tel classement (outre sa subjectivité), est aussi de s’entendre sur la décennie. S’agit-il de séries qui ont débuté après l’an 2000 ou de séries qui ont été à l’antenne pendant quelques unes de ces années ? Doit-on parler que de séries terminées ou des séries encore à l’affiche, quitte à se tromper (les séries baissent majoritairement en qualité au fur et à mesure de leurs saisons) ? Pour ma part je ne veux pas oublier les séries qui se sont achevées cette décennie, car ce sont elles qui m’ont procuré le plus de plaisir, et ce sont elles qui me rendent nostalgique.

En mettant de côté toute promo ou toute récompense réçue par la série, pour n’écouter que mon coeur, j’ai donc réalisé une sélection d’une trentaine de séries :

Buffy (1997-2003) . Comment pourrait-il en être autrement ?
Once and again (1999-2003) . L’excellence de l’écriture et de la réalisation pour dépeindre le quotidien.
Gilmore Girls (2000-2007) . La verve, l’humour décalé, la romance, un bonbon acidulé qui manque cruellement à la télé aujourd’hui.
Veronica Mars (2004-2007) . Un petit bout de femme au caractère bien trempé, pour des enquêtes palpitantes et pleines d’humour. Vous connaissez des fictions pour ados aussi intelligentes ?
Alias (2001-2006). On a beau dire, Alias, avant que cela ne finisse un peu tristement, ça avait de la classe, du rythme, du charme, des intrigues, de l’action survitaminée.
Ally Mc Beal (1997-2002) . Non, je n’oublierai jamais Ally, et sa quête de romance dans un univers judiciaire délicieusement loufoque.
Angel (1999-2004) . Surpasser Buffy, un beau challenge, presque accompli. Merci Joss !
Chuck (2007-?) . Quand je vous disais qu’Alias me manquait. Chuck, c’est l’action, l’humour, le charme, un cocktail explosif !
ER (1994-2009). Même si la série a beaucoup souffert avant de se rattraper en dernière saison, elle n’en reste pas moins LA série médicale de référence.
Frasier (1993-2004) . Un casting détonnant, des répliques qui font mouche à tous les coups. Du travail de haute précision,pour constituer l’une des références en matière de sitcom.
Friends (1994-2004) . Ai-je vraiment besoin d’en dire quelque chose ? Friends c’est la série générationnelle, tout simplement.
Arrested Development (2003-2006). Du rythme, de l’humour loufoque, le maître étalon des nouvelles comédies. Comment peut-on citer The Office après avoir vu cette série ?
Firefly (2002) . Il faut toujours faire confiance à Joss.
Wonderfalls (2004) . Un univers délicieusement décalé, une héroine attachante qui essaye d’interpréter des voix singulières. Trop court, trop bon ! Comme la regrettée Pushing Daisies, si colorée et si vivace que tout m’ apparaît terne aujourd’hui.
House, MD (2004-?) . Multi-référentielle, la série ma satisfait sous tous ses aspects : l’intrigue médicale tortueuse à souhait, la peinture de la relation médecin-patient, et bien sûr la mysanthropie, l’acidité mêlée à la pertinence de réflexion d’une intelligence supérieure. Tout cela ne serait rien sans la qualité d’écriture de la série qui condense le meilleur en 42 minutes.
The Simpsons (1989-?) . Même si la série n’est plus ce qu’elle était, elle est le porte-étendard de la créativité et des private joke.
X-Files (1993-2002) . Ok, X-Files m’a bien lassé dans les dernières saisons. Mais comment oublier ces années de bonheur où Mulder et Scully investigaient le paranormal ? Certainement pas en regardant Fringe…
24 (2001-?) . J’ai longtemps hésité avant de la nommer. 24, c’est devenu un blockbuster de l’entertainment, une vision politisée de l’amérique (et pas toujours la bonne malheureusement), et un héros qui n’en finit plus de sauver le Monde. Enfin, les USA. Après tant d’espoir mis dans l’originalité et le traitement de son concept, il me fallait me rendre à l’évidence : 24 est devenu un pur guilty pleasure.
Prison Break (2005-2009). En parlant de rebondissements improbables et d’accidents temporels, je ne pouvais passer à côté de cette série. Oui, la série ne mérite plus ses éloges de première saison, mais quand même, j’ai bien apprécié l’aventure.
The Shield (2002-2008). Dure, violente, cette plongée dans la police corrompue est captivante. Servie par ses acteurs d’abord, mais par l’intelligence de son script qui lie les différentes saisons, la série est brillante, tout simplement.
Six Feet Under (2001-2005) . Parler de la mort en parlant de la vie d’une famille de croque-morts, il falait oser. Si les disfonctionnements familiaux sont parfois de trop, et que l’émotion n’est pas toujours là, la série reste envoûtante.
Lost (2004-?). Lost a soufflé le chaud et le froid pendant longtemps avant de nous livrer des saisons trépidantes, mystérieuses. Le puzzle gigantesque qui se forme peu à peu est en soi l’atout de la série. Pour l’instant j’ai été plus que charmé, ensorcelé, j’ai été comblé.
Dexter (2006-?) . Malgré ses défauts concernant la psychologie du personnage principal, la série a su trouver un ton propre, l’histoire d’une proie ou d’un chasseur à l’humanité défaillante.
Thief (2006). Tout le monde a oublié ce thriller ? Andre Braugher est magistral dans cet univers froid, sombre.
The Wire (2002-2008) . En cours de visionnage, je reste happé.
Farscape (1999-2004). Le summum de la créativité dans l’espace.
Battlestar Galactica (2003-2009) . De la SF intelligente, pertinente, avant qu’elle ne sombre dans des intrigues mollassonnes, qu’elle ne détruise ses personnages et même la cohérence de l’ensemble. Mais pour les excellents moments procurés à ses débuts, la série devait figurer ici.
Dead Like Me (2003-2004) . Un regard cynique, désabusé sur la vie et pourtant même la mort peut-être drôle. Un casting impeccable, une réalisation qui ne l’est pas moins. Un divertissement de très haute qualité.
Grey’s anatomy (2005-?) . Le renouveau du soap ? Ici le spectaculaire sert à l’humour ou au drame, et les personnages sont attachants, avant d’être détestés, puis attachants… Un produit millimétré, et donc qui fonctionne !
The Big Bang Theory (2007-?) . Si j’avais su que les geeks pouvaient être drôles sans être méprisés ! A voir pour ses répliques assassines et un Sheldon extra-ordinaire. Au delà de la norme, quoi.
Dollhouse (2009-2010) . Trust the Whedon. Always. J’ai été ravi de ce voyage dans la science fiction. Ses multiples intrications ont donné du corps à l’oeuvre.

Oui, j’ai fait abstraction de séries qui ne m’inspirent aucune passion 😉

C’est justement en faisant ce classement que l’ont ressent cette baisse de créativité actuelle. How i met your mother ne sera jamais qu’un sous-Friends, Modern Family un sous-Office, lui-même déjà bien terne après Arrested Development. Et comment ne pas voir que 30 Rock attire la complaisance par ses guests ?

Comment ne pas voir aussi, que les séries pour ados sont mortes aux USA, remplacées par des productions pour mannequins métrosexuels anorexiques, blafards et maquillés à outrance ? Que les séries fantastiques meurent les unes après les autres dans l’indifférence générale (excepté Lost) ? Comment ne pas voir la surexposition de familles dysfonctionnelles dans la quasi-totalité des productions du cable ?

Espérons que l’an 2010 sera le début d’un renouveau créatif qui s’appuiera sur des audiences limitées mais fidèles.  Espérons un vrai travail de finition dans les dialogues, le choix des comédiens, et une écriture non pas osée mais aboutie, qui dépeint la psychologie de personnages de façon réaliste et émouvante. Espérons.