Analyse des dramas coréens (2ème partie) : le couple, le statut de la femme et de l’homme

Quand on débute dans les dramas coréens, on est immergé par une foule de thématiques et d’aspects propres à la culture de ce pays. Cette deuxième partie d’analyse des dramas coréens vous propose humblement d’en décoder et d’en approcher quelques uns, à commencer par le couple et le statut de la femme et de l’homme.

Les relations sociales en Corée : un pays machiste ? Du confucianisme au pragmatisme…

La Corée, comme aiment le rappeler ses habitants, a 5000 ans d’histoire de non-aggression de ses voisins. Elle n’a jamais été pionnière, et a toujours fonctionné comme une éponge. (On pourrait disserter longuement sur ce mélange de fierté victimaire et cette volonté actuelle d’expansionnisme culturel). La Corée est le résultat d’un syncrétisme, un mélange culturel et religieux qui, contrairement aux apparences, n’est pas figé.

Le confucianisme (500 ans avant JC) puis le néo-confucianisme (14è siècle) sont nés en Chine, pourtant ce courant philosophique a particulièrement brillé en Corée du Sud, et figure encore aujourd’hui de modèle dans les relations sociales. C’est un héritage davantage transmis à travers les comportements au fil des générations qu’à travers des lectures de texte. Et la société coréenne est en double mouvement par rapport à ce néo-confucianisme dont elle n’a pas toujours conscience : d’une part elle est fière de certaines valeurs qu’elle transporte, d’autre part la place de plus en plus prenante des femmes dans la société est en train de faire sauter un à un ces verrous, par pragmatisme plutôt que par de longs débats.

Rappelons que le confucianisme institue la piété filiale, le modèle de la famille patriarcale, avec le dévouement et le respect des jeunes vis à vis des anciens. Vous avez sans doute remarqué dans les dramas que  les parents ont souvent une figure redoutable, et que rares sont les fictions qui permettent aux tourtereaux de finir heureux sans obtenir l’accord des parents (comme Secret Garden). Autre scènes récurrentes, les enfants qui fuient ou évitent leurs parents parce qu’ils veulent vivre leur vie, ou qui à l’inverse prennent soin de leurs parents irresponsables (Marry me Mary). Vous aurez aussi remarqué l’importance du respect dû à l’âge qui s’insinue dans toutes les relations entre les personnages : quoi qu’il se passe, un jeune doit respecter son aîné, même si celui-ci a tort. Les dramas peuvent s’en amuser (Baby-faced beauty) ou en faire de véritables obstacles à franchir.

Cette différenciation des relations liées à l’âge (cf glossaire) se retrouve également au sein du couple. La société coréenne voyait d’un meilleur œil les relations entre un homme âgé et une femme jeune, mais cela est en train d’évoluer rapidement. Les dramas eux-mêmes reflètent cette évolution, aidés il est vrai par l’audience des femmes plus âgées qui rêvent d’être en couple avec des hommes plus jeunes qu’eux. On ne compte plus les dramas qui accentuent cette tendance commencée il y a quelques années (What’s up Fox, Cinderella sister, Personal taste, …) et initiée par le drama My name is Kim Sam Soon.

Ce modèle patriarcal fait bondir nombre de féministes. Nous, occidentaux, avons l’image de la femme asiatique soumise. La réalité diffère quelque peu. Pour expliquer ceci, je vais me permettre de résumer la réflexion de Martine Prost, maitre de conférences à l’Université Paris-Diderot, dans son merveilleux livre (« Scènes de vie en Corée », aux éditions l’Asiathèque, livre que je recommande plus que chaudement car il analyse les comportements coréens. Un vrai régal quand on regarde des dramas coréens, tant on ne peut s’empêcher de faire des allers et venues entre la fiction et la réalité décrite. Faites vous plaisir pour Noël, vous ne le regretterez pas)

Si dans la sphère publique la femme a un devoir de réserve (elle ne contredira jamais quelqu’un et n’imposera pas non plus ses idées), il s’agit surtout d’un jeu dans lequel personne n’est dupe. Une femme volubile n’attire pas sur elle les regards des hommes, lesquels considèrent la discrétion comme une forme d’intelligence. Tout est une question d’apparence : les hommes cherchent à maintenir leur statut en conservant la main mise sur la sphère publique, et en compensation donnent tous les pouvoirs à leur femme dans la sphère intime. Au foyer, la femme gère tout, et l’homme donne la totalité de son salaire à son épouse qui gère comme elle veut cet argent. C’est encore elle qui choisira le logement, les vacances, l’école pour les enfants, le montant de l’épargne, sans en référer à son mari. Les apparences sont trompeuses, y compris au moment des repas familiaux : si la femme sert son mari, c’est aussi une façon d’imposer son choix. C’est elle qui va décider ce que son mari va manger ou boire. Il ne s’agit pas non plus d’une forme d’autoritarisme, mais plutôt de connaissance approfondie des goûts de l’autre. Le mari ne discutera jamais les choix de son épouse. Les femmes prennent le pouvoir par petites touches, et demandent désormais à leurs compagnons de s’investir à la cuisine, et d’être plus expressifs, plus tendres.

La femme coréenne jouit en réalité d’une liberté immense si elle répond correctement à ses deux devoirs : ne pas tromper son mari, et s’occuper de l’éducation des enfants. Elle n’a pas à justifier son emploi du temps, son mari ne le lui demandera jamais en dehors de formules floues et polies n’appelant aucune réponse précise. La femme coréenne peut donc passer tout son temps avec ses amies, des bains chauds aux activités sportives, faire du farniente ou du shopping, ou déjeuner dans des restaurants chics si le budget le lui permet (cf. l’amie de Yoon Eun Hye dans Lie to me, par exemple). Cette situation change, évidemment, si la femme travaille. Dans ce cas sa liberté d’action sera plus réduite du fait du temps restant.

En Corée, il n’y a pas d’individualisme mais le sentiment d’appartenance à une communauté. Cette communauté passe avant. Et si la femme travaille quotidiennement avec des hommes, souvent elle préfère sortir entre femmes à la fin de la journée. Car là, elles ne sont plus obligées d’être aussi attentives à leurs gestes. Cette liberté n’est pourtant pas acquise avec la famille. Même les féministes coréennes qui revendiquent leur indépendance ont du mal à l’assumer pleinement, du fait du poids de la famille, de l’interventionnisme de la belle-mère ou de leur mère poule. Être indépendante signifie sortir de la communauté et se retrouver isolée. Pour être libre, au fond, la femme coréenne doit ménager ses espaces et contourner le système avec intelligence.

Quelques faits peuvent accompagner cette réflexion. Il n’est guère étonnant, au fond, de voir les divorces augmenter de manière spectaculaire, car les mentalités des hommes n’arrivent pas à évoluer aussi vite que les jeunes femmes. Plus de la moitié des femmes de 20 à 40 ans estiment que le divorce est nécessaire si elles ne sont pas heureuses. Pour une femme sur 5 c’est même une option viable tant qu’elles n’ont pas d’enfants. Ces taux sont largement supérieurs aux réponses des hommes. Les causes de divorce sont majoritairement les conflits entre époux (plus de la moitié des cas), suivis de problèmes économiques, de l’infidélité du partenaire et enfin des conflits familiaux. A noter que selon une récente étude sur l’infidélité, autre tabou en Corée, 68 % des hommes et 12 % des femmes auraient des relations sexuelles hors mariage.

De tabou, le divorce est devenu un phénomène en moins de 10 ans. La pression familiale est encore forte, obligeant les enfants à se marier avant leurs 30 ans. Les rencontres sont organisées par les parents, et les mariages précipités, parfois à peine 3 mois après la rencontre. Si les fictions coréennes décrivent très bien cette pression familiale et les rendez-vous arrangés (Coffee Prince), en revanche, le happy ending, comme dit précédemment dans mon premier article, est toujours de rigueur. Les jeunes couples ne vivent que très rarement ensemble avant de se marier. Et les taux de divorce explosent 2-3 ans après le mariage. Le divorce des jeunes commence de plus en plus à être accepté, et fait même des émules auprès des ménagères de plus de 65 ans. Plus que jamais les femmes prennent le leadership dans leur couple, s’imposent face à leur maris et décident du divorce. Et les remariages commencent à prendre de l’ampleur. A noter également, l’augmentation du nombre d’unions mixtes, entre asiatiques du sud-est, mais également entre occidentaux et coréens, unions qui se terminent de plus en plus fréquemment par des séparations difficiles. Ces statistiques ne sont pas sans inquiéter les dirigeants, qui voient s’effondrer la natalité du pays (à peine un enfant par femme, ce qui menace la démographie du pays), alors que dans les années 70 le discours était de réduire la natalité pour « réduire la misère ».

La thématique du divorce (et encore moins celle de l’adultère) n’est pas très courante dans les dramas récents, où mariage et enfants font toujours figure d’aboutissement. Dans ce contexte difficile, ne vous étonnez donc pas si par exemple The Vineyard Man montre le couple avoir de nombreux enfants. Pourtant, ces thématiques plus « modernes » reviennent après avoir été délaissées (elles figuraient notamment dans les daily dramas au début des années 2000). Peu de couples mariés occupent une place prépondérante, ou alors leur séparation n’est que ponctuelle (Lie to me, City Hall). On citera Alone in love, bien sûr, ou plus récemment Can’t Lose pour ce qui est des conflits entre couples mariés. Mais généralement on évoque le divorcé comme quelqu’un qui cherche à se remarier, comme dans Love Mariage. First Wives Club ou Dal Ja Spring évoqueront quant à elles l’infidélité, lorsque pour cette dernière série l’héroïne se rend compte qu’un de ses prétendants est marié. La thématique de l’infidélité est encore moins évidente à la télévision coréenne, puisqu’il s’agit encore d’un délit condamné par la loi, qui veut « protéger la moralité dans la société ». Hypocrisie latente, évidemment, puisqu’une femme infidèle a été condamnée à 6 mois avec sursis alors que son mari couchait avec des prostituées depuis 10 ans. Dans les faits, heureusement, l’infidélité est rarement condamnée par les tribunaux, mais cela arrive encore et suscite une certaine indignation. Mais c’est ainsi que la société coréenne se réforme, en faisant sauter ces verrous, et en passant à autre chose dès qu’un phénomène de société prend de l’ampleur et que l’on ne peut plus le cacher (nous y reviendrons en parlant de l’homosexualité lors d’un prochain article).

Qu’en est-il alors de la femme ?

Nous avons vu précédemment comment la jeune femme moderne était présentée dans les fictions : combative, courageuse, et … innocente.

Cette candeur, naïveté dans les relations qui nous paraît parfois si exagérée, s’explique avec quelques faits troublants. Tout d’abord, le fait que la sexualisation de la femme n’existe qu’en surface. On se moque souvent des héroïnes effrayées à l’idée de franchir le cap alors qu’elles ont 30 ans révolues (la peur du baiser, les « réveils » aux côté d’un homme, sont de grands classiques dans les fictions, comme dans My name is kim sam soon, alors que l’héroïne est pourtant trentenaire). Et pourtant, il n’est pas rare de voir les femmes n’avoir aucune idée de la chose. On comprend mieux quand on lit que les publicités pour les contraceptifs ont eu du mal à être diffusées. L’éducation sexuelle des femmes est en retard, et jusqu’à il y a peu il était difficile d obtenir une information à destination des femmes sur l’usage du préservatif en dehors de la protection envers le HIV. Les hommes, en revanche, sont au fait des choses et ce sont eux qui parlent ou choisissent la contraception.

Les mœurs évoluent : plus d’un homme sur 4 a eu des relations sexuelles avant ses 18 ans (8 % pour les femmes). (Comparativement, un français sur 4 a des relations sexuelles avant 16 ans). Mais la société coréenne met toujours l’accent sur l’initiation sexuelle de la femme … par son mari.

Il ne faudrait cependant pas généraliser aussi facilement. Si les fictions coréennes restent dans l’ensemble très prudes, la question de la sexualité féminine fait peu à peu son chemin dans les médias. J’ai évidemment plaisir à citer le film My Wife got Married, où Son Ye Jin incarne une femme mariée qui veut avoir… un deuxième homme en plus dans sa vie. Un ménage à trois pas forcément facile à accepter pour le premier mari, complètement dépassé par cette requête, où tous ses repères sociaux s’écroulent.

Je n’aborderai pas ici la sexualisation de la femme dans la K-pop, mais il est assez frappant de constater le décalage entre l’image d’un clip et l’image d’un drama.

Pour terminer, une petite statistique sur la violence sexuelle faites aux femmes : une coréenne sur 4 aurait été victime d’agression sexuelle ou d’attouchements dans les transports en commun. Parfois, un simple chiffre en dit long.

L’homme dans les dramas

Nous avions vu précédemment les caractères stéréotypés, l’arrogance du héros, souvent… riche et séducteur. Notez bien que là aussi l’arrogance a une base « culturelle ». Beaucoup de femmes coréennes interrogées sur leur perception des hommes coréens déclarent ainsi que dans la vie les hommes leur semblent égoïstes et immatures. Bien que dépendant de leurs mères et de leurs femmes (comme nous l’avons vu précédemment), ils ne veulent cependant pas le montrer, par fierté. Et ainsi, ils tenteraient, selon l’analyse féminine, de masquer cette dépendance en contrôlant les femmes.

L’ apparence masculine a elle aussi beaucoup bougé ces dernières années. Alors qu’il y a peu c’était la femme qui se travestissait en homme (Coffee Prince, Sungkyunkwan scandal, Painter of the Wind), c’est désormais la métrosexualisation de l’homme qui fait fureur. Si le baume à lèvres violet porté par Bae Yong joon dans Winter Sonata était assez surprenant à l’époque, ce n’est rien quand on regarde l’apparence des Flower boys (Boys over Flowers, Flower boys ramyun shop…)

Ah, Flower boys. Certains sociologues avancent la thèse selon laquelle la métrosexualisation des héros est en fait une réponse des femmes vis à vis de la société patriarcale. Ne pouvant critiquer ouvertement l’emprise de l’homme, la femme coréenne s’est mise à attaquer le modèle de l’homme « traditionnel », toujours présenté comme solide jusqu’alors. Ainsi le héros masculin a ses tares : que ce soit celui de Secret Garden, ou celui de You’re Beautiful, par exemple ils cachent tous les deux une faiblesse. (On peut d’ailleurs rapprocher cette tendance avec celle décrite plus haut, de former un couple entre un homme jeune et une femme plus âgée, comme dans The Manny où le héros prend soin de lui, fait du sport, fait craquer sa patronne plus âgée en plus d’être un excellent babysitter !).

Le terme Flower boys dérive bien sûr de certains types de mangas. Mais cela traduit surtout une nette différenciation entre la culture asiatique et la culture occidentale. Chez nous, la représentation du mâle viril est celui d’un type musclé, bronzé, brun, si possible poilu/mal rasé. La métrosexualisation se traduit essentiellement par l’apparition d’hommes prenant soin de leurs visages, de leurs corps, ou faisant particulièrement attention à la mode (on citera David Beckham en exemple). En Asie, les traits masculins recherchés ne sont pas les mêmes : d’une part parce que la pilosité naturelle n’est pas comparable, mais aussi parce que la pâleur fait partie des critères de beauté. On évite le soleil pour ne pas être un paysan, on se protège avec n’importe quoi, un journal, un portefeuille.. Exit donc les séances de bronzage. La Corée, qui a été une nation de paysans, ne veut plus voir ces visages burinés par le soleil, elle veut montrer qu’elle est une société moderne, avec des visages clairs, purs, des peaux lisses frottées avec entrain sous l’eau. On ne craint que les UV (et les lunettes de soleil sont davantage des accessoires de mode que des objets utiles car les pupilles des coréens sont moins réactives au soleil). La chaleur, au contraire, on la recherche brûlante.

De la même façon qu’il y a des critères de beauté pour les femmes (la S-Line pour le profil du corps et la V-line pour la forme du visage de face – un critère qui nous paraît ridicule à nous occidentaux), il y a des critères de beauté pour l’homme, qui se doit non seulement de faire attention à son corps via de multiples soins et pommades mais aussi d’avoir une taille minimale. Un homme fort, c’est un homme grand. Et les japonais sont méprisés pour leur petite taille. Le flower boy est donc typiquement un jeune de grande taille (donc fort), riche (ce qui lui permet de prendre soin de son corps), avec une peau de porcelaine, des yeux ronds, et un sourire éclatant…

Le culte de l’apparence en Corée a donc permis l’éclosion de nouveaux fantasmes pour les jeunes femmes. Suivre la mode est un impératif si on veut faire partie de la société. La mode coréenne n’est pas l’affirmation de soi, (il n’y a pas d’individualisme en Corée), c’est l’affirmation d’appartenir à un groupe. Il faut donc ressembler à tout le monde. Et comme les riches suivent au plus près les tendances, il faut suivre en dépensant tout son argent. Car être beau permet d’exister, d’être reconnu, bien plus que de savoir parler. Dans cette société confucianiste, l’apparence est primordiale, et on engagera sans aucun remord un homme beau plutôt qu’un homme moins beau mais plus qualifié. Ainsi depuis les années 2000, la chirurgie esthétique ne s’attaque plus seulement à la création de doubles paupières, mais à la réfection totale du visage et de la silhouette féminine. Ce qui suscite des remous pour les stars qui en font usage. Non pas parce qu’elles l’ont fait, mais parce qu’elles ne l’avouent pas toujours. Eh oui, faire croire que l’on est naturellement parfait, ça fait rêver. Dans le film 200 Pounds Beauty, l’héroïne est une chanteuse obèse qui n’arrive pas à percer. Elle perd ses kilos, recourt à la chirurgie esthétique, rencontre le succès sous une nouvelle identité et lorsque le public apprend la vérité sur son opération, cela ne lui pose aucun problème. Et le phénomène touche également les stars masculines, qui se font refaire le nez (comme l’un des chanteurs de Super Junior). 15 % des hommes sont passés par le bistouri, tout comme 50 à 70 % des jeunes femmes. Des chiffres époustouflants.

Dans une troisième partie, nous parlerons des thèmes que je n’ai pas encore pu aborder, comme la place faite aux étrangers et  à l’homosexualité dans les dramas, et certains autres aspects culturels déjà aperçus dans de nombreuses fictions (comme la religion). Merci pour tous vos commentaires, ce fut un travail particulièrement intense et fatigant vu mon état de santé, mais ce fut une fois encore très intéressant de mettre en lumière ce qui se laissait déjà deviner au fil des dramas. J’espère vous écrire la suite la semaine prochaine si tout va bien.

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City Hall

City Hall fut diffusé en 2009 sur SBS, et constitue, à mes yeux, une belle réussite.

Ce n’était pourtant pas gagné. J’ai failli lâcher prise aux premiers épisodes qui manquaient d’émotion. Mais rentrons plutôt dans le vif du sujet.

Le casting de la série réunit Kim Sun Ah (My name is kim sam soon, Scent of a woman) pour qui j’ai toujours eu beaucoup d’admiration, et Cha Seung Won (The Greatest Love), un acteur pour le moins charismatique.

Kim Sun Ah est comme toujours parfaite pour incarner l’image de la coréenne moyenne, qui travaille dur, n’est pas particulièrement jolie ou intelligente, et qui possède un caractère bien trempé. A une différence près, par rapport à Kim Sam Soon, son personnage, Shin Mi Rae n’est pas naïve quand il s’agit de parler d’amour. Shin Mi Rae a déjà connu des histoires sentimentales. Si son personnage conserve une certaine pudeur comme tout drama coréen, elle n’ira pas s’enfuir lorsque son prétendant veut l’embrasser. La nuance est de taille, car elle permet au final d’avoir une héroïne adulte sympathique, et non pas une trentenaire au comportement d’une adolescente vierge effarouchée. Shin Mi Rae, amoureuse, embrasse passionnément, et n’hésitera pas à passer une nuit dans les bras de l’homme qu’elle aime.

Shin Mi Rae, fonctionnaire de dernier grade dans la petite bourgade d’Inju, rend beaucoup de services à ses amis, ses voisins, sa mère, des commerçants qui essaient de joindre les deux bouts, car cette ville côtière est pauvre. Alors que tout le monde la traite comme une moins que rien à la Mairie où elle travaille (café, photocopies, …), elle sourit à la vie. Naïve, simplette ? Un peu. Elle trouve la force d’avancer dans les sourires qu’elle reçoit, et a finalement bien trop de choses à faire pour se formaliser. Malheureusement son ex-petit ami a abusé de sa gentillesse, et elle se retrouve avec une dette qu’elle ne peut rembourser. A moins, évidemment, qu’un pactole lui tombe du ciel… Et si elle gagnait le concours de Miss Baendaengi (Miss poisson) organisé par le nouveau Maire-Adjoint ? Malgré ses rondeurs, elle est déterminée à gagner…

Cha Seung Won incarne Jo Gook, ce Maire-adjoint au passé mystérieux. Il a brillamment réussi des études politiques, et est extrêmement ambitieux (il vise la Présidence de la Corée du Sud, rien que ça). Son intelligence, son charme naturel, son bagout, son sens tactique devraient lui permettre de grimper les échelons. Mais au lieu de viser directement un siège de député, son mentor mystérieux lui ordonne de prendre la place de maire adjoint dans la petite ville d’Inju. A lui de se débrouiller pour éjecter le maire corrompu et  pour manipuler son successeur. Quand il voit cette idiote de Shin Mi Rae se présenter à un concours de Miss dont il se contrefout, il se dit qu’il a peut-être trouvé la parfaite marionnette…

Vous l’aurez compris, le drama a pour thème la politique. En 20 épisodes, il va nous raconter comment une femme va réussir à surmonter tous les obstacles pour non seulement prendre le pouvoir, mais aussi assumer ses nouvelles responsabilités, tout en restant fidèle à ses valeurs. Car ce qui nous est dépeint est un monde politique impitoyable, corrompu, avec ses coup-bas, ses traitrises, ses calculs, ses mensonges éhontés à une population qui se désintéresse complètement de ses élus et de ses candidats. Arriver dans un tel milieu n’est pas facile, surtout quand on ne connait pas le système politique d’un pays. Pour un téléspectateur occidental, pas évident de savoir ce qu’est un Shijangnim (maire), un Bushijangnim (maire-adjoint), un président de conseil (municipal), … Ajoutez à cela beaucoup de dialogues et des personnages assez méprisables au début, et vous comprendrez ma difficulté à me laisser entraîner dans la série.

En effet, il est assez difficile de s’attacher à ce petit monde, et comme souvent dans les dramas coréens, le héros est un peu trop hautain pour vraiment s’impliquer. Cha Seung Won utilisera d’ailleurs plus d’une fois son rire forcé (ré-utilisé à outrance plus tard dans Greatest Love), ce qui fait que j’ai eu peur de ne jamais adhérer au personnage. J’avais heureusement tort, car malgré son détachement et ses manoeuvres politiques, on comprend bien vite que Jo Gook est en train de tomber amoureux. Son évolution est d’ailleurs très crédible tout le long. Voilà un homme qui ne vit que pour la politique, qui en maitrise toutes ses subtilités, et qui sait comment gagner des élections. Et puis sa rencontre avec la sincère Shin Mi Rae va le bouleverser. Il y a évidemment un côté très idéaliste dans la façon dont elle surmonte les obstacles, mais ce n’est pas pour autant d’une naïveté désolante. On se prend vite de passion pour son combat, on la soutient, on rit et on pleure (un peu ) avec elle. Shin Mi Rae n’a pas une ambition dévorante ni de rêves grandioses, elle rentre dans ce jeu politique pour améliorer le quotidien des gens qu’elle aime, et c’est tout.

Cette gentillesse ne peut  être comprise par ses adversaires. Mais malgré tout, le drama réussit à ne pas rentrer dans le jeu du manichéisme. Oui, le drama a ses « méchants », mais s’ils agissent ainsi, c’est parce qu’ils croient en ce qu’ils font, et ne se rendent pas compte qu’ils sont eux-mêmes les pièces d’un autre échiquier politique. Leurs rédemptions n’en sont que plus belles.

Autre louange à faire vis à vis du drama, c’est le soin porté aux intrigues. Si on ne nous épargne pas quelques rebondissements dont on aurait pu se passer en fin de série (probablement à cause de la rallonge d’épisodes), leurs dénouements sont suffisamment crédibles et émouvants pour se passionner pour les aventures de Shin Mi Rae et Jo Gook.

En effet, peu à peu, le drama devient de plus en plus passionnant, et ce n’est qu’en seconde partie que le charme se dévoile. Si les intrigues politiques sont toujours là, une belle place est désormais réservée au couple de personnages principaux. Et quel couple ! Souvent dans les dramas coréens les chamailleries ne vont que dans un sens, mais là, chaque personnage a du répondant. Leurs joutes verbales (matures ou immatures) sont un régal. Mieux encore, la série réussit à être très romantique, l’évolution de Jo Gook étant sincère, malgré ses stratégies politiques. Moi qui m’attendait à avoir du mal avec la froideur des débuts de Cha Seung Won, j’ai été subjugué. Le couple rayonne : la mise en scène excelle dans les échanges de regards et le cadrage de leurs rapprochements passionnés. La série ajoute la bonne dose de symbolisme amoureux tout en concrétisant nos rêves, ce qui fait que j’ai regardé les dix derniers épisodes… en une journée. Ça ne m’était pas arrivé depuis… Je crois que ça ne m’était jamais arrivé. J’ai été happé, ensorcelé par ce couple magique.

Les scénaristes ont également eu l’intelligence de ne pas créer de véritable carré amoureux. En effet, si le directeur Lee est fasciné par Shin Mi Rae, c’est davantage parce qu’il ne retrouve plus chez sa femme cette honnêteté, cette simplicité. Sa femme ne peut pas lui donner d’enfant, et aigrie, elle s’est peu à peu investie en politique, maitrisant tous les coups tordus possibles. Et si ce personnage féminin est très agaçant, il finit par être très drôle, malgré le surjeu des premiers épisodes. En outre, les difficultés de leur couple deviennent de plus en plus touchantes.

Autre originalité du drama : le héros est déjà.. fiancé. Mais on sent très tôt qu’il n’y a pas d’amour entre ces deux là, juste une histoire d’intérêt. Ce qui fait que Shin Mi Rae n’apparaît pas vraiment comme une briseuse de couples. Mais on pourra tiquer sur le fait que nos personnages ne semblent pas trop se soucier du qu’en dira-t-on.

Le drama pourrait aussi agacer : les valeurs de Shin Mi Rae feront sourire toute personne un tant soit peu passionnée par la politique. Mais qu’importe, il est permis de rêver, à la manière d’un Mr Smith au sénat, que les hommes politiques se mettent réellement au service de leurs électeurs et non de leurs propres ambitions.On notera au passage que le peuple est représenté dans sa diversité, et que l’héroïne comprendra qu’elle ne peut plaire à chacun.

Pour autant, la série ne donne jamais de leçon politique, elle se concentre vraiment sur son héroïne juste, simple, honnête. Il serait donc réducteur d’assimiler City Hall à une fable idéaliste, car bien qu’il s’agisse d’un doux rêve, cela reste avant tout une comédie romantique dans un cadre politique.

Et à ce titre, elle mérite vraiment d’être regardée, car elle figure sans problème dans le haut de sa catégorie, malgré quelques facilités scénaristiques. Tout y est : l’alchimie, les acteurs (mention spéciale pour Kim Sun Ah, bluffante de sincérité), les costumes (et les chemises !), les dialogues, les scènes, l’évolution lente et crédible des personnages, sans oublier une chanson magnifique. Et j’aime de plus en plus cette mode qui consiste à placer des pas de danse de la k-pop dans les fictions (même si je ne suis pas fan des Super Junior, Sorry sorry !).

Si vous arrivez jusqu’à mi-série, croyez-moi, vous ne le regretterez pas.