Etre fan à l’heure d’Internet

C’est en lisant l’excellent article de Dramabeans sur des exemples d’addiction des amateurs de dramas coréens (avec au passage une Ladyteruki très habile), que je me suis dit que les temps avaient bien changé. Non cet article ne va pas être honteusement nostalgique, mais je tenais quand même à regarder ce qu’internet nous avait apporté, à nous les fans de séries.

Il y a quelques années, être fan d’une série, ça signifiait rejoindre un club par souscription, lire ou éditer un fanzine, et parfois participer à des réunions entre fans. Jusqu’à l’arrivée d’X-Files, et de ses magasines pseudo-officiels vendus en kiosque, les communautés de fans étaient restreintes, communiquaient difficilement, et s’échangeaient des informations ou des cassettes vidéos par la poste. La collectionnite était restreinte par le peu de merchandising existant. Lorsque la presse traitait le phénomène, c’était plutôt avec un regard désobligeant (ahah, un amateur de séries télévisées, comment osait-il afficher sa passion alors que seul le cinéma était noble). Et puis on s’est aperçu qu’il existait des réunions entre fans, qui proposaient des évènements : outre des festivals amateurs gorgés de merchandising, il y avait aussi des soirées de visionnage entre « friends ». Le mot « culte »venait de débarquer à la télé sans que l’on y connote une maladie honteuse.

Et puis vint Internet. Le déferlement de sites web amateurs consacrés à des séries mais qui en fait ne sont que des copié-collé d’images, les chats IRC où les rencontres brisent l’isolement, les forums d’abord consacrés à une série puis à de multiples séries, et enfin les sites de critiques de tous bords, avec une multitude de tons et de façon d’analyser l’audiovisuel. Les séries passent à nouveau du phénomène populaire à un certain élitisme, où la nouveauté est mise en avant en même temps que l’offre s’est démultipliée.

Des tendances se dessinent : c’est devenu « in » de préférer des séries du cable à des séries du network traditionnel. L’amateur se jette sur tout ce qu’il trouve, des webisodes aux trailers. Il en faut plus, toujours plus : l’information n’arrive plus assez vite. Après les fils RSS, Twitter prend la relève et on sait désormais instantanément les moindres déboires d’une production télévisuelle.

L’offre est si rapide, l’évolution rapetissant les cycles télévisuels, que le fan évolue, on se contente d’énoncer nos préférences en matières de série, et très peu de séries ont le temps de se constituer une vraie communauté de fans. Wikipedia a remplacé le site de fan. L’info est structurée, datée, hiérarchisée, étiquetée. La passion, la flamme est devenue raison. Bien sûr, ce n’est qu’une tendance, et des séries comme Lost ont su profiter à plein régime de ces catalogues d’information pour égayer les forums. Mais je m’interroge quand même sur ce que veut dire fan, aujourd’hui, et si le fan français n’a pas disparu, noyé dans sa propre (sur)consommation télévisuelle, cherchant dans les abysses une perle rare qu’il ne saura plus reconnaître.

Du fan d’hier ne subsiste-t-il que le geek d’aujourd’hui, qui écrit des fanfictions et se rend aux conventions comme les comic con ?

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Densha Otoko

Densha Otoko (Train Man) est l’adaptation en série d’un bestseller. Série japonaise de 11 épisodes, diffusée en 2005, elle raconte une histoire vraie : celle d’un otaku qui va lutter contre sa timidité pour être avec sa bien aimée.

La série dépeint cet otaku avec excès, une vraie caricature (j’ai jamais rencontré d’otaku, mais il me semble particulièrement atteint). Le générique (anime) le prouve : ce timide congénital qui ne vit que dans son monde peuplé de figurines et d’idoles japonaises n’avait aucune chance de rencontrer la femme de sa vie. Jusqu’à ce qu’il défende une femme dans le métro. Mais comment parler à celle-ci, trouver des sujets de discussion, comment cacher son handicap (car c’en est un !), comment la charmer, comment réagir à des choses qui pour nous semblent banales et pour lui si inaccessibles ?

C’est là que notre héros va devoir faire appel à internet, ou plus précisement un channel de chat. Il obtiendra ainsi de multiples conseils et encouragements (parfois sous la forme artistique ASCII) de la part d’autres otakus ou d’autres habitués du channel. C’est là que la série puise sa force et ses faiblesses. Car si le montage réalisé nous fait vivre les réactions de chaque personne, cet effet hilarant est lassant quand ça se répète pendant 11 épisodes. C’est du délire typiquement japonais, mais qui vaut le coup d’oeil.

Bien entendu, le cœur de la série reste la relation entre le jeune Yamada Tsuyoshi (Ito Atsushi) et Saori Aoyama (la très jolie Ito Misaki), encore appelée Hermès dans la série car elle offre des tasses hermès à Yamada en guise de remerciement. C’est terriblement maladroit, naïf, mais grâce à la pureté des sentiments des protagonistes on accroche quand même à cette histoire d’amour peu banale. On rit beaucoup, l’émotion est là, on vit vraiment pour encourager ce pauvre Yamada, même si ses larmes sont parfois agaçantes…

Je n’oublie quand même pas les longueurs de la série. L’histoire se développe trop lentement, et on a parfois l’impression de revoir les mêmes scènes.

Malgré ses défauts, la série est tout de même culte. Drôle, délirante, burlesque, mais aussi émouvante, attachante, et romantique, c’est un grand 8 qui mérite au moins un coup d’oeil. Signalons la présence d’un épisode spécial qui dénature complètement l’exprit de la série (à oublier très vite).Enfin, Il existe aussi un film (avec un autre acteur), à mon sens moins réussi, car elle est l’opposée de la série : trop courte, on ne voit pas assez la progression du jeune Yamada.

En France le manga du même nom se trouve dans toutes les bonnes boutiques.

Video spoiler :