Someday

Qu’il m’aura été difficile de visionner cette série coréenne! Entre les coffrets dvd asiatiques interdits à la vente en Europe, les coffrets pirates qui remanient l’image, le streaming de médiocre qualité et la quête du Saint Graal sur Internet, le remaniement à la main des sous-titres, j’aurai mis plusieurs années pour finir ce drama. Forcément, quand on regarde une série dans ces conditions, le jugement qu’on en a n’est pas le même.

Someday est pourtant une très belle série coréenne. J’aurai voulu qu’elle soit bien plus, elle a frôlé la perfection, mais quelques défauts m’ont gâché la fête. Jamais une série n’aura été pour moi aussi difficile à critiquer.

Sur le fond,  l’histoire est très bien ficelée.  Hana Yamaguchi (Bae Doo Na) vit au Japon, elle a été abandonnée très jeune par ses parents qui ne voulaient pas s’embarrasser de leur enfant pour vivre leur amour. Elevée par sa grand-mère, elle est traumatisée, a peu de contacts avec les autres et se réfugie dans le dessin pour s’exprimer. Pour elle, l’amour n’existe pas, ce n’est qu’un phénomène hormonal. Alors quand on lui demande de dessiner des mangas qui expriment un peu plus d’amour, elle refuse. Elle ne sait pas beaucoup sourire, et elle est traitée comme un « alien ».

Un soir, le balayeur de nuit – qui regardait étrangement sa voisine – tombe foudroyé par une crise cardiaque. Hana surprendra la voisine qui s’enfuit en Corée avec les cendres du balayeur.Elle va ainsi comprendre que derrière cette tragédie se cache une véritable histoire d’amour. A travers cette histoire, c’est son coeur qui va peu à peu s’ouvrir. Pourra-t-elle comprendre ce qu’est l’amour ? Pourra-t-elle pardonner ? Pourra-t-elle aimer ?

Les autres personnages gravitent autour d’Hana. A commencer par le Dr Go Jin Pyo (Kim Min Joon), un psychiatre gérontologue, fan de la dessinatrice, qui croit rencontrer l’amour lorsqu’il croise Hana. En effet, Hana, intriguée par l’histoire de sa voisine, part en Corée et fait appel à Seok Man (Lee Jin Wook, Alone in love) pour la retrouver. S’agit-il vraiment d’une histoire d’amour ? Enfin, dernier membre du carré, Hye young (Oh Yoon Ah, Alone in love) est à la tête d’un pôle de développement dans l’animation et les mangas. Elle prétend être l’amie de Go Jin Pyo, alors qu’elle est secrètement amoureuse de lui.

Tout ceci ressemble fort à un carré amoureux, un classique des séries coréennes. Pour autant, Someday s’en éloigne quelque peu. Ici, pas de coups bas, pas de personnage détestable ou jaloux. De même la série évite autant que possible les schémas habituels des rebondissements tragiques. Nous sommes dans une série beaucoup plus réflexive, à la manière d’Alone in love, elle prend son temps pour dépeindre ses personnages, qui ont un vrai background, une vraie personnalité, des sentiments qui crèvent l’écran.

On pourrait presque parler de série philosophique, puisque nombre de répliques tournent autour de l’amour. Qu’est ce que l’amour ? Someday explore ainsi de très intéressantes pistes de réflexion pour démêler les faux sentiments des vrais,  tant ces personnages semblent perdus. Mieux encore, l’histoire du balayeur et de la voisine japonaise trouve écho dans les vies des personnages, à commencer bien sûr par Hana. Magistral.

Et s’il y a un domaine où la série est encore très forte, c’est pour mettre en scènes ces réflexions, ces histoires. Rappelons-le, Hana est dessinatrice. On verra donc ses sentiments prendre forme à travers le récit dessiné par ses mains. La présence de Seok Man à ses côtés va influer sur son point de vue, et sur son art. Tout ceci est parfaitement mis en scène, touchant, émouvant. De plus, chaque fin d’épisode opère un arrêt sur images puis une transition sur papier.

Si j’insiste sur la mise en scène, c’est qu’elle permet vraiment à l’émotion de décoller. La musique aide beaucoup, d’ailleurs. J’adore le générique, léger, frais, il m’a beaucoup fait penser à Alone in Love pour les tonalités. D’ailleurs le réalisateur de l’un est le producteur de l’autre. Quand aux chansons, je crois que je vais longtemps entendre Boo Hwal chanter The Fog.

Malheureusement, comme je le disais tout à l’heure, si la série a de nombreux moments de grâce, sur d’autres, je l’ai trouvé un peu pénible. C’est évidemment totalement subjectif, je suis apparemment l’un des rares à ressentir ça, mais je tiens à le signaler. Le personnage de Seok Man est par moment trop larmoyant, et ça m’a énervé qu’il ne prenne pas son destin en main. Avait-on besoin d’ un personnage victime pour inspirer autant de compassion ?

De plus, le rythme particulièrement lent de l’histoire fait que l’on a du mal à accrocher avant d’avoir vu 5 ou 6 épisodes. J’avais pas eu ce problème avec Alone In love, qui partage pourtant aussi ce côté feutré.

Evidemment, du côté des acteurs j’étais ravi. Bae Doo Na est encore une fois géniale, même si j’avais hâte qu’elle sorte de ce jeu inexpressif. C’est un peu ça Someday, la récompense ne vient qu’à la fin. Et quelle récompense d’ailleurs, la fin bien que conventionnelle est magnifique.

Au final, bien sûr je conseille ce drama, mais aux amateurs avertis. Ceux qui n’aiment pas prendre le temps, réfléchir, soupirer, souffrir, passez votre chemin.  Pour ceux qui restent, c’est une très belle expérience audiovisuelle, une production de très haute qualité comparable aux meilleurs dramas, mais pas le joyau auquel je m’attendais. Emouvante, mélancolique sans être déprimante, réfléchie, Someday est une pierre précieuse d’émotion brute qui vous marquera longtemps. Elle vous apprendra à mieux reconnaître et apprécier l’amour.

Acteurs et actrices coréennes : Bae Doo Na

Bae Doo Na / Bae Du-na est probablement la jeune actrice la plus talentueuse au monde. C’est ainsi que commence la critique dithyrambique de subwaycinema, intitulée tout simplement « We love Bae Du-na« . Je pourrais m’arrêter là, réécrire ce qui a été dit sur ce rat à la beauté renversante, sur l’énergie qu’elle dégage, sur la lumière qu’elle vole. Je pourrais employer tant de superlatifs qu’ils ne voudraient plus rien dire. Et pourtant, elle les mériterait tous.

Bae Du-na n’est pas Jeon-Ji-hyeon, ce n’est pas une mannequin aux formes parfaites, elle est tout simplement ce qu’on lui demande qu’elle soit : une actrice qui joue avec son coeur, et qui stupéfie par l’audace de ses choix de films. A son actif une dizaine de séries dramatiques, et autant de films. Je ne l’ai découverte qu’au travers de la modeste série Country Princess, où elle interprétait une fille qui devait se battre contre son destin. C’était l’occasion de découvrir une partie de l’étendue de son, de s’en rapprocher, de l’aimer.

Côté films, l’actrice éblouit producteurs et réalisateurs, au point d’être la première actrice coréenne à jouer dans un film japonais. Le film Linda Linda Linda (2005) n’est pourtant pas n’importe quel film, un de ces films commerciaux surfant sur la vague des teen movies où des ados surmontent un défi en vivant une expérience de groupe. N’importe quel film aurait monté de toutes pièces des rebondissements pour empêcher ce groupe de rock éphémère de jouer un remake des Blue Hearts (Linda Linda Linda). Mais ce film capte l’essence même de l’adolescence, son désir de rompre avec la monotonie, de s’affirmer, sans pour autant décrire les tourments amoureux. Un film sur ces petits riens qui font tout, sur ces visages de Bae Du-Na qui vit la peur ou masque son embarras. La jeune actrice parviendra à capter toute la lumière, ne laissant que les miettes a ses consoeurs, comme l’illustre le parcours de son personnage d’adolescente coréenne effacée parlant peu le japonais et qui se retrouve chanteuse d’un groupe de rock en 3 jours.

Ce personnage d’adolescente qui prend son destin en main, c’est sa force. Elle l’aura déjà très bien interprété dans Take care of my cat, en compagnie d’autres personnages qui se cherchent.

Mais l’actrice a plus d’un tour dans son sac, elle prendra le risque de se dénuder et de jouer avec son corps dans Plum Blossom.

de jouer dans un film d’horreur (ring virus) et dans un film détonnant comme Barking dog never bites, dans une comédie romantique malheureusement pas très réussie comme do you like spring bear ?, ou dans des blockbusters comme Tube ou l’excellent film fantastique  The Host.

Elle est également à l’affiche du premier volet de la trilogie de Park Chan-Wook (Sympathy for Mr Vengeance).Autant de films cultes à son actif. Autant de facettes sombres ou joyeuses qui lui permettront en peu de temps de devenir la chouchou des réalisateurs coréens, à défaut d’accéder à la popularité.

Son intelligence du jeu et son charisme n’a aucun équivalent sur le marché. Et si les jeunes ados préfèreront se tourner vers des jeunes filles à la plastique éblouissante après quelques opérations, il ne faudrait pas qu’ils oublient que le talent pur, c’est beau également. Du reste, Bae Du-na sait utiliser ses charmes : son sourire et ses yeux sont tellement expressifs qu’ils vous feront fondre de bonheur.

Côté séries, outre Country princess, Bae Doo Na a joué dans le drama Someday (dont je ferai la critique un de ces jours). Mais on retiendra également Rosemary, How to meet a perfect neighbor, ou l’adaptation de la série japonaise Dragon Zakura qui devint God of Study en Corée.

Elle continue également de jouer au Japon, puisqu’elle elle a eu le premier rôle d’Air Doll, le film de Hirokazu Koreeda (Still Walking, Nobody knows), qui est sorti à Cannes dans la catégorie Un certain regard.

S’il y a bien un regret, c’es qu’à son image, elle soit si décalée qu’elle ne parvient pas à trouver un rôle qui pourrait la faire davantage aimer du grand public. Mais Bae Doo Na, fille d’actrice, photographe, a l’avenir devant elle.

Elle joue actuellement dans le nouveau drama du week end sur MBC (Gloria, 50 épisodes), une série sur la vie de gens qui travaillent dans un nightclub.