Cycle Hur Jin-Ho (1) : Introduction

Comme promis j’entame un cycle sur mon réalisateur coréen préféré : Hur Jin-Ho (parfois orthographié Heo Jin-ho).

Il est assez peu prolifique, mais ses films ont toujours été de très grands moments pour moi. Tous ses films ont pour sujet l’amour, c’est un des rares grands maîtres du drame romantique, et la grande caractéristique du réalisateur (et scénariste) est qu’il arrive à capturer parfaitement les gestes de la vie quotidienne, perçant ainsi l’âme humaine, à nu. Il y a chez lui une réelle sensibilité, un façon toute particulière de laisser transpirer l’émotion dans l’observation. Son montage est particulièrement brillant, naturel et donnant du sens au moindre mouvement.  Bien sûr ce genre de films n’est pas pour tout le monde, il ne s’y passe pas grand chose à première vue, mais si vous regardez attentivement, si vous aimez faire un peu d’introspection pendant que vous regardez un film, vous y découvrirez toute la palette des sentiments humains. Tout y est subtil, et le moindre changement d’expression dans les visages peut vous émouvoir. C’est un cinéma d’observation, mais pas du tout un cinéma austère comme peuvent l’être beaucoup de films européens. Ce n’est pas le sujet social qui est dépeint, c’est le sentiment humain dans ce qu’il a de plus beau ou de plus torturé.

Vous l’avez peut-être déjà expérimenté, il est plus difficile de donner un avis sur un drama coréen que sur une série américaine par exemple, tant les sentiments entrent davantage dans la force de la fiction. Pour les oeuvres de Hur Jin-Ho, encore plus que tout œuvre coréenne, il y a  un tel ressenti qu’il devient difficile d’en faire la critique. Essayez d’analyser à froid vos sentiments, par essence volatiles, qu’en restera-t-il une fois couchés sur du papier ? J’espère pourtant parvenir à vous retransmettre ce que mon coeur a ressenti en visionnant ses films.

Hur Jin-Ho a été plusieurs fois récompensé en Asie, mais aussi au Canada et a fait la semaine de la critique à Cannes.

  • Sa filmographie (longs métrages):

Christmas in August (1998) a été récompensé au festival de Busan, sacré meilleur film au blue dragon award, et remporté une autre récompense à Vancouver. Le film dépeint les sentiments amoureux à leurs tous débuts, avec une approche très intime de la mort. Il est souvent considéré par les critiques (et selon moi à tort) comme le meilleur film du réalisateur.

One Fine Spring Day (2001) a lui aussi été récompensé au festival de Busan et sacré meilleur film au blue dragon awards et au festival international de Tokyo. Il montre comment les sentiments amoureux peuvent évoluer dans un couple, quand l’un est encore très attaché à l’autre qui ne l’aime plus.

April Snow (2005) a permis à Son Ye Jin d’être acclamée comme meilleure actrice au festival du film Asia-Pacific. Pour moi il s’agit du meilleur film du réalisateur, et c’est probablement un des films qui m’aura le plus marqué dans ma vie. J’aime ce film passionnément, et donc peut-être de manière abusive, mais je n’y peux rien, c’est ainsi. Si j’ai pu retrouver sur la toile des gens qui ont été bluffés comme moi par tant de maitrise de la mise en scène (chaque scène est millimétrée), j’ai malheureusement lu aussi quelques critiques par des personnes qui n’ont pas été émus comme moi. Ce qui m’attriste, car April snow parle brillamment des deux facettes de l’amour adultère, avec une approche extrêmement sincère et désarmante.

Happiness (2007) a également gagné le blue dragon award. Il montre une histoire de rédemption par l’amour, comment l’amour peut soigner physiquement et mentalement un être humain, et comment il devient à ce point indispensable. Mais est ce que l’amour vous change définitivement ?

Five senses of Eros (Ogamdo) (2009), dont Hur Jin-Ho est responsable du segment « I’m here« . Un petit bijou sur la mort par le sexe.

A good rain knows (2009) avait commencé comme un segment d’un autre film avant de devenir un long métrage. Il montre comment le sentiment amoureux perdure quand deux personnes se rencontrent à nouveau, comment tous ces gestes veulent en dire plus, comment l’amour est aussi une question de timing.

Hur Jin-Ho a travaillé avec d’excellents acteurs, qui auront tous trouvé chez lui leur meilleur rôle jusqu’alors : Han Seok-Kyu, Shim Eun-Ha, Lee Young Ae, Yu Ji-Tae, mais aussi de plus grandes têtes d’affiches ciné et dramas comme Bae Yong Jun (Winter Sonata) et  Son Ye Jin (Alone in love) dans April Snow, Hwang Jung Min (That Fool) et Im Soo Jung (le film …Ing) dans Happiness, Kim Kang-Woo (Story of a man) dans Five Senses of Eros, Jung Woo Sung (Athena) et la chinoise Gao Yuan Yuan (City of life and death) dans A good rain knows.

Il est à noter que les 3 premiers films du réalisateur sont disponibles dans un coffret DVD (que j’aurai longtemps attendu, avec des sorties maintes fois repoussées et sans aucune réponse de l’éditeur) à un prix tout à fait raisonnable (30 euros). Inutile de dire que je recommande fortement l’achat.

Je vous donne donc rendez vous prochainement pour les critiques successives de ces différents films, en espérant vous communiquer mon enthousiasme et ma dévotion à ce très grand réalisateur. J’éditerai ce post pour rajouter des liens.

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A moment to remember

J’inaugure aujourd’hui une section cinéma asiatique, chose que j’attendais de faire depuis longtemps. J’ai hésité pendant un petit moment avant de me décider sur le film qui en ferait l’ouverture.
Et puis je me suis dit que pour comprendre les séries coréennes, il fallait au moins avoir vu un bon mélodrame. Mon choix s’est donc porté sur l’excellent film A Moment to remember.

A moment to remember est un film réalisé par Lee Jae-Han (encore appelé John H. Lee), en 2004.

Une jeune femme (Son Ye Jin, The Classic, April Snow, My wife got married et les séries Alone In Love et Personal Taste) est délaissée par son petit ami marié. Elle rencontre un charpentier (Jung Woo-Sung, Daisy, Sad Movie, The Good The Bad The Weird, et prochainement la suite de la série coréenne IRIS : Athena Goddess of War) qui travaille pour son père.  Mais leur histoire d’amour va prendre un tournant tragique.

Il ne s’agit pas, comme on pourrait le penser, d’un amour impossible à la Romeo et Juliette, sur fond de lutte des classes (Elle est riche, il est pauvre), mais de la lente intrusion d’un mal qui va ronger l’héroïne (que je ne révèlerai pas pour ne pas tout gâcher). On pourrait aussi penser à un film larmoyant et facile, alors qu’on se retrouve devant un film qui évite les clichés et filme sa vérité, avec une puissance émotionnelle incomparable : pas de réalisme « cru », aride ni de voyeurisme malsain, encore moins une vision sirupeuse du couple, mais une empathie progressive qui finit par envelopper le spectateur. Cyniques de tous poils, ce film n’est pas fait pour vous. En revanche, pour ceux qui comme moi apprécient l’humanisation des personnages dans une fiction, ceux qui recherchent de la beauté dans le tragique, vous serez comblés. Ce sont ces qualités là, alliées à une très bonne réalisation et un exceptionnel jeu d’acteurs qui font de cette oeuvre l’un des meilleurs mélodrames que j’aurai pu voir. En effet, l’image ne fait jamais disparaître l’émotion. Il y a une vraie mise en scène, certes un peu lyrique par moment mais qui n’est jamais là pour tromper l’émotion du spectateur, qui elle, est bien réelle. Le jeu des acteurs y est d’ailleurs magnifié. Son Ye Jin incarne à merveille la fragilité de cette femme, tandis que Jung Woo Sung crève l’écran. A noter également, une jolie BO, comme tous les grands films coréens, un thème réussi.

Vous verrez ainsi petit à petit se transformer un charpentier bourru en homme brisé par le poids de la tragédie. Vous verrez comment la dignité humaine se restaure, comment l’amour se transforme et permet de sauter par dessus des obstacles apparemment infranchissables. Encore une fois c’est à travers l’émotion qu’une réflexion peut s’engager. La réussite d’un film qui veut émouvoir, bien sûr, dépend du vécu du spectateur, mais l’humanisme qui se dégage donne une certaine universalité au thème. Pour les personnes un tant soit peu sensibles, en tous cas, le pari est réussi.

Soyez néanmoins prévenus, la version Director’s Cut fait plus de 2h20. Ce qui fait qu’il faut tout de même être habitué à une exposition progressive, à un rythme lent. Mais que cela ne vous refroidisse surtout pas. La patience vous récompensera, et émus, vous vous attacherez forcément au destin de ce couple.

Je me permets de finir cette critique (volontairement écourtée) en citant celle de Sancho Does Asia, parce que je ne pourrai pas mieux dire : « Beau, émouvant et sincère, A Moment to Remember est un mélo de première classe, comme seuls les coréens sont capables d’en créer. »

Inutile de dire que j’attends toujours que les éditeurs français se décident à publier ce petit bijou en DVD. C’est avec ce genre de films que l’on tombe amoureux du cinéma coréen, et de leur vision belle et tragique de la vie. Pour ceux qui commencent les séries coréennes, c’est un indispensable préambule.

18/20

playlist de Juillet : japon – corée

Quelques mots tout d’abord pour m’excuser du manque de mise à jour ces derniers jours. J’avoue avoir eu une baisse de régime temporaire, principalement lié au fait que je n’avance pas suffisamment dans les séries que je regarde. Ca devrait s’améliorer dans les jours à venir.

En attendant vous aurez certainement remarqué mon expérimentation (le mixpod en haut à droite). Je croyais qu’il était impossible de rajouter un lecteur mp3 video sur un site wordpress.com, mais j’y suis arrivé finalement.

J’en profite donc pour mettre une petite playlist asiatique. Vous constaterez rapidement que je suis davantage dans la musique orchestrale (ou piano) que dans la jpop ou la kpop, où j’avoue c’est moins mon truc. Mais je n’ai pas suffisamment exploré tout ça.

J’ai donc mis Loveholic, un groupe coréen qui fait de très belles mélodies (trop déprimantes diront certains, mais je trouve que les chansons tristes sont souvent les meilleures, allez comprendre). J’apprécie particulièrement la chanson mirage.

Au programme également des génériques et des BO et MV de séries  : les séries japonaises Last Friends, Summer Snow, les séries coréennes Alone in Love, Someday,  The Vineyard man, Coffee Prince, Soulmate, Winter Sonata, Flowers for my life.

Au rayon films : le très beau film japonais Be With You, ainsi que la BO d’Azumi, et des films coréens comme My Sassy Girl, Windstruck (avec une version orchestrale de Tears (X-Japan), A moment to remember et April Snow.

Et puis en bonus, « salad song » chanté notamment par Yoon Eun Hye.

Pour une autre videoplaylist, rendez vous en Août, elle sera probablement américaine.

Introduction au cinéma coréen

Comme promis, je continue un peu mon exploration de la fiction sud-coréenne par le cinéma.

Je ne suis pas assez calé pour vous parler d’histoire du cinéma coréen, mais je tenais à faire une petite introduction avant d’aborder individuellement certains films ou certains auteurs.

Rassurez-vous, le blog ne tourne pas le dos au petit écran (et encore moins à la fiction américaine). Mais ça aide parfois, quand on veut découvrir un pays, de ne pas se contenter d’un seul média. Ainsi, pour toute personne désirant franchir le pas et se mettre aux séries coréennes, je conseillerai de s’initier à son cinéma. Car l’un et l’autre dépeignent de façon complémentaire la culture de ce même pays, la façon toute particulière de voir et ressentir les choses. Il y a une vraie sensibilité, typique de la Corée du Sud, que l’on peut rapprocher de l’affection pour le mélodrame (qui imprègne une écrasante majorité de dramas coréens).

Un peu d’histoire, d’abord, si le cœur vous en dit.

Le cinéma coréen a traversé plusieurs épisodes de censure. Après le départ des troupes japonaises puis la fin de la guerre de Corée (1950-1953), le cinéma bénéficie enfin d’une période propice à son développement, malgré les développements chaotiques des républiques successives. Espoir de courte durée puisque le coup d’état de Park Chung Hee ouvre la voie à un régime dictatorial qui même s’il permet une ascension économique fulgurante, est un régime qui censure beaucoup. A la fin de ce régime, la forte contestation sociale permettra plus tard l’ascension de réalisateurs comme Park Chan Wook (Old Boy).

Notons bien que le cinéma coréen est largement protégé et soutenu par son pays (notamment par une politique de quotas qui fait enrager les USA). La soixantaine de films produits chaque année (voire 80 à 100 ces dernières années) font autant d’entrées que les 200 films hollywoodiens diffusés en Corée. Cet essor créatif est ce qui permet aujourd’hui au cinéma coréen d’être présent dans la plupart des grands festivals internationaux.

On le voit, le cinéma coréen est sculpté par l’histoire de son pays. Bon nombre de films parlent de l’idéal de la réunification avec la Corée du nord, de la dictature militaire, sous fond de patriotisme, de l’américanisation de la société de consommation, tandis que d’autres, plus rares, s’ouvrent progressivement et très timidement à d’autres cultures (la représentation de l’Europe et de ses clichés, mais aussi des collaborations avec le Vietnam, le Japon, et la Chine). Mais si certains films de genre ont une couche sociale, comme le film fantastique de Bong Joon Ho (The Host), le cinéma est avant tout une industrie du divertissement (ce que je revendique : la fiction est avant tout divertissement). On sent bien le regard complaisant que les critiques peuvent porter à ce type d’industrie, pourtant, la Corée a réussi là où je pense que la France a échoué.

Pourtant, à bien y comparer, la France et la Corée ont des statuts similaires : une industrie cinématographique soutenue par la volonté de leurs dirigeants (quotas, aides financières), et le besoin d’affirmer une existence culturelle alternative à la toute puissance d’Hollywood. Le succès est encore plus frappant pour la Corée qui réalise 50 % de ses entrées par des films coréens, tandis que la France réalise seulement 33 % de ses entrées par des films nationaux. Vous allez dire que je caricature mais pour moi la France se contente majoritairement de deux genres : la comédie franchouillarde et comme j’aime à l’appeler, le film socio-psychologique (déprimant ?). En France, on aime bien les étiquettes. En Corée, on hésite pas à mêler les genres dans un même film, et si ce film démarre sur du comique farfelu, il peut fréquemment se terminer en drame tragique. Si en France on met souvent l’accent sur le social pour susciter l’émotion, en Corée, on oublie pas de porter l’émotion, quitte à être parfois trop démonstratif. Enfin, et ce qui pour moi est LA différence de taille, c’est que le cinéma coréen ose le blockbuster à l’américaine, ose la multitude de genres, du cinéma populaire au film d’auteur : science fiction, fantastique, suspense, horreur, film noir, policier, action, comédie, comédie romantique, drame, historique, …

Ce boom extraordinaire du cinéma coréen peut être symbolisé par le 1er blockbuster coréen Shiri, premier d’une longue lignée de films écrasant au box-office des films américains comme le seigneur des anneaux, harry potter, ou spiderman.

En France, le cinéma coréen est encore méconnu ou boudé en salles, peut-être parce qu’une fois encore on privilégie l’exploitation de films à connotation sociale ou les films d’auteur, comme les films de Kim Ki Duk (Printemps été automne hiver) ou Ivre de femmes et de peinture (record pour un film coréen en France avec 320 000 entrées). Old Boy, prix du Jury à Cannes, n’a eu que 140 000 entrées. Il est vrai aussi que le cinéma coréen exporté est majoritairement celui qui fait les festivals internationaux. Ce qui, en soi, est dommage.

Enfin, je nuancerai quand même beaucoup mes propos. En effet, si je trouve que le cinéma coréen a beaucoup apporté, il s’est quand même largement transformé ces dernières années, on y trouve (beaucoup) moins de perles qu’avant. A voir donc, s’il s’agit d’une simple phase.

Voilà, donc mon sentiment. Je précise tout de même que je suis loin d’être un cinéphile à temps complet, donc loin d’être une référence absolue en la matière, mais je tenais tout de même à vous faire partager mes coups de cœur sur ce cinéma.

Et juste pour le plaisir, un petit panorama des affiches de films (sans ordre particulier) : Marathon, My Sassy girl, Printemps été automne et hiver, taegukgi (frères de sang), the good the bad the weird, april snow, welcome to dongmakgol, attack the gas station, a tale of two sisters, a moment to remember, git : feathers in the wind, windstruck, 3-iron (locataires), the king and the clown, save the green planet, a bittersweet life, phone, il mare, friend, joint security area, christmas in august, chihwaseon (ivre de femme et de peinture) :