Happy Valley

Happy Valley

En 6 épisodes, Happy Valley aura su s’imposer comme la nouvelle petite merveille britannique. Et comme souvent, derrière un pitch plutôt banal se cache une vraie maitrise dans l’art de raconter une histoire, et on sent déjà poindre de multiples interprétations sur les messages qu’elle véhicule.

happy valley scenery

Happy Valley a pour cadre un bourg campagnard. Et on sait depuis Broadchurch que les lieux a priori les plus calmes sont également affectés par la violence. Ici c’est principalement le trafic de drogue qui prend à la gorge une communauté qui manque de moyens. Notre héroïne policière (Sarah Lancashire) a beau essayer de chasser les dealers, les réseaux sont implantés, hiérarchisés, et surtout, la consommation de drogue touche tout le monde, de la police aux pères de famille… Aucune information n’arrive aux polices locales, qui ignorent tout des schémas de distribution, et doit donc se contenter d’arrêter les petits dealers, encore et encore… Un travail qui demande de plus en plus d’efforts physiques, surtout quand on approche de l’âge de la retraite. Il y a forcément de quoi être découragé, mais notre policière n’est pas une femme qui se laisse abattre facilement.

happy valley sarah lancashire

On comprendra au fur et à mesure des épisodes toute la tragédie qu’elle a vécu : sa fille tombée enceinte suite à un viol s’est suicidée après la naissance du petit. Cela a causé l’éclatement de sa famille. L’auteur présumé des faits est allé purger une peine de prison pendant 8 ans pour d’autres méfaits, et vient d’être libéré. La question se pose alors : comment protéger le petit-fils de notre héroïne ? Celui-ci fait beaucoup de bêtises à l’école ( une histoire génétique, vraiment ?), et son arrivée au sein de la famille n’a jamais été acceptée. Notre héroïne vit désormais séparée, avec sa sœur ancienne toxicomane, et se bat sur tous les fronts : digérer la perte de sa fille, protéger son petit-fils, l’aider à intégrer sa famille, et l’éduquer du mieux possible…

happy valley steve pemberton

Cette violence ordinaire, sordide, qui se répand sournoisement dans la vallée, va se cristalliser à travers la personnalité d’un comptable (Steve Pemberton), jaloux de son patron ex-ami de son père. Il n’a jamais réellement digéré sa mise à l’écart, et il se sent humilié de devoir demander une augmentation pour avoir de quoi payer l’éducation de ses filles. Seulement voilà, le riche patron de l’entreprise est un homme raisonné, qui ne veut pas accorder de faveurs aux gens, parce qu’elles sont par nature injustes envers le restant du personnel. La colère de notre comptable finit par l’emporter. Et lorsqu’il croise un trafiquant de drogue (découvert par hasard), pour se protéger et par lâcheté, il propose à celui-ci d’enlever la fille de son patron et demander une rançon conséquente. Ce qu’il ignore, c’est que le trafiquant de drogue va faire appel à deux hommes, dont Tommy Lee Royce (James Norton), le violeur de notre héroïne récemment sorti de prison. Et là, les choses ne peuvent que mal tourner…

On suivra alors la lâcheté de ce comptable, incapable d’assumer ses actes. On suivra l’enlèvement et toutes ses conséquences tragiques. Avec en duel, notre héroïne et Tommy Lee Royce, dont la cruauté n’a pas de limites.

happy valley james norton

On pourrait au vu du pitch imaginer un traitement ambivalent, mais les auteurs passent du temps pour nous montrer le raisonnement de ces criminels, leurs pulsions basiques qui dérèglent leur raisonnement, et comment chaque membre de la chaîne se voile la face. Avec en miroir, comment notre héroïne n’est jamais présentée comme une victime, mais comme une femme poussée à bout, qui n’est qu’humaine, et donc capable elle-aussi de craquer et de faire du mal autour d’elle sans le vouloir (le dernier épisode détaillera enfin sa relation avec son fils). Il faut dire aussi que le script en rajoute une couche sur les hommes incapables de l’assister. Que ce soit ses collègues corrompus ou passifs ou son ex-mari qui rejette son petit-fils. Pire encore, le portrait dressé vise particulièrement les personnages masculins. Du trafiquant de drogue qui met sa famille (et plus particulièrement sa femme) en péril, à la lâcheté d’un comptable qui se tourne vers sa femme pour mieux l’accuser ensuite, les hommes en prennent pour leur grade. Même le riche patron, qui agit en père exemplaire, va prendre une mauvaise décision et ce seront les femmes qui lui permettront de retrouver le bon sens.

happy valley kidnapper

On peut regretter ce déséquilibre dans le traitement homme-femme, mais, à la différence d’une fiction engagée comme Top of The Lake, la fiction ne verse pas dans la caricature. Il n’y a pas de brutes épaisses, mais des hommes perdus, pris dans l’engrenage de leurs actes ou de leurs pensées. Pas d’excuses, mais au moins une logique. On prend le temps de nous montrer leur raisonnement, leur humanité. Ces personnages là nous font réfléchir sur autant de comportements : de l’accusation imbécile « Elle l’a bien cherché ! », à la lâcheté « c’est parce que vous m’avez refusé mon augmentation ».

happy valley scene

Mais surtout, au delà des considérations sociétales, la fiction arrive à détailler l’horreur des situations. Les auteurs prennent du temps pour nous y plonger, et nous maintenir la tête dans l’eau. Dès lors les scènes sont très violentes sans être gores-absurdes. Elles nous renvoient à notre dimension humaine, et la suggestion y joue beaucoup. Le téléspectateur se met à suffoquer de malaise devant la douleur des victimes. Et les auteurs prolongent le supplice pour en faire un thriller redoutable. Comme souvent, la force des images ne vient pas de l’accumulation des morts ou des hectolitres de sang versé, mais bien de la signification du drame qui en train de se jouer. En démontrant l’extrême gravité des actes, la fiction teste la résistance de nos cœurs d’artichaut. Et on attend, fébrile, une issue favorable…

N’hésitez surtout pas, Happy Valley s’impose comme une destination de premier choix.

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