Boss [Pilote]

La maladie ne frappe pas que les gens honnêtes, soucieux de contribuer au bonheur de l’humanité. Le concept de la  nouvelle série de la petite chaine Starz a décidément beaucoup d’atouts dans sa manche pour élever son propos.

Avant de toucher un organisme, la maladie occupe un imaginaire. Dans le registre des maladies les plus horribles, Alzheimer tient une très bonne place dans notre société, car elle touche à la distinction entre le corps et l’esprit. L’esprit s’en va, les sentiments restent prisonniers dans une enveloppe charnelle. La famille ne reconnait plus celui qui n’est plus capable de la reconnaitre. Vient la lâcheté, la peur, l’abandon, l’oubli des siens.

La démence à corps de Lewy est une affection connexe de la maladie d’Alzheimer ou de la maladie de Parkinson. En ce sens, elle présente beaucoup de signes communs à ces deux maladies : hallucinations, troubles du raisonnement, de la mémoire à court terme, rigidité, tremblements, posture. La maladie est malheureusement incurable et mortelle.

Imaginez maintenant qu’elle touche un homme politique.  L’homme politique, par définition, est un homme qui doit se montrer en public, faire de longs speechs, tenir son autorité, et surtout masquer ses faiblesses, car c’est un monde cruel et impitoyable où le conseiller et l’ami d’hier n’hésitera pas à vous marcher dessus.

Au lieu de se contenter de nous faire une fable sur la corruption (bien réelle) de nos protagonistes, la série nous propose de voir un maire de Chicago pourri jusqu’à la moelle qui sait qu’il n’en a plus pour longtemps. Il a vécu sa vie non seulement en délaissant sa famille (sa femme, sa fille), mais également en n’ayant aucune pitié de ses opposants.  Comment pourrait-il en demander en retour ?  La maladie va le forcer à faire un choix : mourir seul, ou entouré.

S’agit-il d’une histoire de rédemption, comme l’est Gifted Man cette saison ? Sans doute pas, puisque notre maire met ses menaces à exécution. Le pilote se concentre sur la personnalité et le passif du maire, incarné avec brio par Kelsey Grammer.

Si vous me suivez depuis un moment, vous savez que j’ai une grande admiration pour l’acteur de Cheers et Frasier. Il est tout simplement épatant dans ce nouveau rôle dramatique, et il nous prouve une fois encore qu’il est l’un des plus grands acteurs de série à la télévision américaine. Et ce rôle lui va comme un gant. Dans Frasier il avait déjà une grande capacité à donner de la voix, avec de très longues réparties et un sens inné du timing. Ce talent est parfaitement exploité ici.

La mise en scène n’est d’ailleurs pas en reste. On dira ce qu’on veut de Gus van sant, mais sa réalisation aide beaucoup à percevoir les détails qui font la différence : un oeil, une main, la sensation de vertige,… On aurait pu se passer de la scène de sexe. Certes. Je n’y vois strictement aucun intérêt. Il aurait été beaucoup plus intelligent et subtil de montrer une porte qui se ferme. Mais à part ça, on plonge avec délice dans le pilote.

Celui-ci dévoile peu à peu nos personnages et leurs faces cachées : le maire, la fille, la femme, ses opposants politiques. Un monde finalement bien terne et pessimiste, rongé par un mal, un seul : l’individualisme de ses habitants. Chacun pour soi. Seule la maladie ou la mort peuvent changer ces comportements ancrés au plus profond d’eux. Pas si simple de faire naître de la solidarité, de la compassion…

Vous l’aurez compris, j’ai vraiment été emballé par ce pilote : ses acteurs, son thème, sa réalisation, son sens du détail (l’épisode ne s’appelle pas « listen » pour rien), tout est là pour nous donner un spectacle qui possède une grande portée. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître.

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5 réflexions sur “Boss [Pilote]

  1. Je n’avais pas du tout l’intention de regarder cette série, je ne savais même pas vraiment de quoi elle parlait mais ce que tu en dis me donne envie de me laisser tenter. Le hic étant que la démence à corps de Lewy (et les démences neurodégénératives en règle générale) est mon domaine de spécialisation. J’ai même écrit mon mémoire de Master 2 sur le diagnostic différentiel entre DCL / Alzheimer, c’est pour dire… Du coup, j’ai peur d’être énervée si je vois des bêtises ; un peu à l’instar de Grey’s Anatomy et Alzheimer lors de la saison précédente. C’est toujours ça le problème lorsque l’on connaît pas mal le sujet et que l’on voit une adaptation ^^;;

  2. Les esprits se rencontrent, pour ma part j’ai beaucoup travaillé sur la maladie d’Alzheimer 😉
    Cela dit Boss n’est pas une série sur la maladie, mais sur un homme corrompu malade, dans une société individualiste.
    N’hésite pas à regarder le pilote, il est de mon point de vue le meilleur de la rentrée, juste devant Homeland.

  3. Si ce n’est pas indiscret, tu es dans quelle branche ? Neurologie ? Neurosciences ? Neuropsychologie ? Autre ?

    Je suis incapable de regarder uniquement le pilote, si je commence, je vais jusqu’au bout ^^ Je pense que je testerai ceci dit, quand c’est une autre question par contre. J’ai totalement changé de politique concernant les séries depuis quelques mois (je n’ai testé aucune nouveauté pour le moment, eh oui).

  4. Pour répondre à ta question, j’ai étudié la maladie d’Alzheimer au travers de multiples approches dans le champ médical, médicosocial (institutions), et en santé publique (économie de la santé notamment). Je ne suis donc pas du tout calé en psychologie ou neurobiologie, je suis plutôt à l’autre bout de la réflexion : adapter nos réponses au défi gigantesque que représente la maladie.
    Aucune nouveauté pour le moment ? C’est un choix délibéré d’après ce que je comprends ?

  5. Zut, j’espérais secrètement découvrir un autre neuropsy sériephile :p C’est super intéressant de travailler de l’autre côté. Je me suis forcément déjà penchée sur cette question mais sans jamais réellement l’approfondir, étant occupée ailleurs.

    Oui c’est un choix. En début d’année, j’avais déjà décidé d’éviter de commencer trop de nouvelles séries et de terminer toutes celles débutées il y a longtemps. J’essaye de m’y tenir et je remarque que je préfère nettement aller à mon rythme, quitte à être décalée avec pas mal de monde.

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