Can’t Lose [Pilote]

Can’t Lose (encore appelé Can’t live with losing)  est une jolie surprise dans l’univers très formaté des comédies romantiques coréennes. Dans cette série qui a débuté fin Août 2011 sur une chaîne pourtant classique (MBC), il n’est pas question de trouver l’amour, mais plutôt… de le garder.

Eh oui, les précédentes séries se finissaient la plupart du temps par un mariage (et des bébés). Ici, l’histoire commence … un an après le mariage de deux avocats : Lee Eun Jae et Yun Hyung Woo. Leur première rencontre fut intense puisqu’ il s’agit à ma connaissance de la première fois où je vois des personnages coréens s’embrasser de suite. Cette volonté de moderniser les rapports humains se retrouve d’ailleurs dans la suite du récit, puisque nous verrons ces deux là comme un vrai couple, emportés par leur désir. Rassurez-vous, ce n’est pas HBO, vous ne verrez aucune scène dénudée, mais ça fait plaisir de voir des adultes consentants.

Enfin, quand je dis consentants, je m’avance un peu, puisqu’il y a de l’eau dans le gaz entre nos jeunes mariés (ils vont fêter leur premier anniversaire). On pourrait pointer du doigt leur mariage précipité (un mois après leur rencontre, quand même !), mais la série va plutôt se focaliser sur les caractères de chacun, comme le réussissent la plupart des dramas coréens, tout en faisant une jolie peinture d’un couple ordinaire.

Lui, Yun Hyung Woo (Yoon Sang Hyun, Oska dans Secret Garden), ne cherche pas le conflit. Il veut passer sur les disputes de la veille (et pour cela il n’hésite pas à faire le ménage, la cuisine…). Mais sa bonté le perd. Il ne résiste pas à la détresse des gens, prête de l’argent facilement, travaille gratuitement, ce qui fait qu’il assèche le compte bancaire. Mais il est resté fidèle à ses engagements : il veut travailler pour la bonne cause. Et lorsqu’il a rencontré sa femme, c’était cette conviction qui lui avait plu.

Elle,  Lee Eun Jae (Choi Ji Woo, Winter Sonata) est l’opposée de son mari. Désordonnée, elle ne range rien, ni dans le salon ni dans sa voiture. On pourrait lui donner une excuse : elle travaille énormément pour équilibrer les comptes, et elle est vraisemblablement très fatiguée.  Mais comme elle l’explique elle-même, son côté « pagaille » fait partie de sa nature.  Elle en a marre de passer pour la mauvaise personne parce qu’elle veut rapporter de l’argent dans son ménage, et elle refuse de travailler gratuitement. Elle a donc renoncé à leur rêve commun (travailler pour les pauvres), elle est obligée de devenir pragmatique.

Au quotidien, ces deux là vont se chamailler, s’épuiser. Et ce sont ces joutes verbales, ces disputes incessantes qui font tout l’intérêt de la série. Ces disputes sont drôles, sans être touchantes pour le moment (mais ça devrait venir). J’avais l’espoir de retrouver un peu le ton doux-amer d’Alone in Love qui traitait elle aussi d’un couple déchiré, mais la chronologie n’est pas la même. Lee Eun Jae et Yun Hyung Woo s’aiment encore, ils vivent ensemble, travaillent ensemble (dans la firme qu’ils ont créé), ils veulent juste essayer de sauver leur couple avant qu’il ne soit trop tard. Dans Alone in love, le couple est déjà séparé. Et ça change tout. Plutôt que d’expliquer les regrets, les méchancetés qu’on s’envoie entre ex, ici il y a encore de l’espoir.

Car, là encore, l’originalité du drama fait que nous n’avons pas de carré amoureux (en tous cas rien ne nous le laisse supposer dans les deux premiers épisodes). Les personnages secondaires gravitent autour du couple, mais celui-ci n’est pas en péril à cause de prétendants extérieurs, il est en péril car ces deux là sont parfois comme chien et chat.

Et pourtant, il s’aiment. On nous le montre plus d’une fois, ce qui m’a d’ailleurs assez surpris. Je pensais vraiment voir ce couple poussé à bout dès les premières minutes, mais quand ils arrivent à surmonter leurs colères, ces deux là font un joli couple. L’alchimie entre les deux acteurs y est pour beaucoup, même si j’ai eu du mal à me sentir à l’aise avec le jeu de la superstar Choi Ji Woo, aka plus grande pleureuse au monde. Entendons-nous bien : elle joue bien, c’est juste que je ne m’attendais pas du tout à elle dans ce rôle (il doit y avoir un lien avec les audiences désastreuses de la série). Choi Ji Woo incarne un personnage combattif, moderne, drôle, à l’opposé de son rôle dans Winter Sonata.

Et dès le départ, il en faudra de la volonté, de la ténacité, car beaucoup de choses les séparent dans leurs modes de vie, leurs caractères, ou même leurs affaires juridiques (heureusement ils ne s’opposent pas devant la cour pour le moment). Mais on comprend aussi très vite que d’autres obstacles encore plus grands les attendent : leurs belles-mères. Ah, les belles-mères… Pour Lee Eun Jae, difficile d’accepter la méchanceté et les remarques désobligeantes d’une personne qui ne pense qu’à l’argent et qu’à son propre confort (d’ailleurs le drama s’amuse le temps d’une scène à la représenter sous les traits d’un démon). Mais pour le moment, elle serre les poings, car comme toujours en Corée, on se doit de respecter nos aînés, quels qu’ils soient. Quant à Yun Hyung Woo, il ne connaît pas sa belle-mère puisque Lee Eun Jae a coupé les ponts avec sa maman pour une raison encore inconnue. Un constat pas si calamiteux que ça, vous me direz. Oui, mais ça serait oublier que le conflit qui oppose ces deux belles-mères, lesquelles ignorent leurs relations l’une envers l’autre. L’une veut garder son commerce, l’autre, qui a acheté l’immeuble, veut la faire partir. Devinez qui a besoin d’avocats ?

Si le drama n’est pas irrésistible de drôlerie, il a su parfaitement exploiter son sujet : les disputes de couple… et les astuces que chacun adopte pour éviter que ça ne dégénère. Et dans ce cadre là, si parfois ça marche (réactiver la libido, ne plus parler du passé, aider au ménage et à la cuisine), parfois, ça ne fonctionne plus. C’est ça le mariage. Chacun connaît les trucs qui ont servi à émerveiller l’autre. Avant c’était si simple, elle l’admirait, quand il faisait une manœuvre en voiture, ou quand il disait vouloir travailler dans un souci de Justice. Après mariage, les charmes de chacun deviennent ses tares, comme le dit justement un de ces autres maris, parti oublier sa triste vie.

C’est l’autre point positif du drama : il cherche à donner une image plus « réaliste » et mordante du mariage, en Corée. Yun Hyung Woo et Lee Eun Jae ne sont les seuls à se lamenter, à s’égosiller au karaoké, à boire pour oublier. Dans le parc, la nuit, de nombreux hommes pleurent en silence. Dans leur cercle d’amis, un autre couple bat de l’aile : lui ne rapporte pas d’argent, elle n’en peut plus. On remarquera au passage que la gestion des cordons de la bourse est une affaire sensiblement féminine qui tend vers la parité lorsque les deux membres du couple travaillent. (il faudra que je vous parle d’une de mes récentes lectures sur la vie en Corée, à des années lumières de la pensée simplifiée de nos chères féministes occidentales qui ne voient en la femme asiatique qu’une femme totalement soumise).

J’apprécie d’ailleurs beaucoup le discours à l’égard de nos héros, puisque comme dans toute dispute, les torts sont partagés. Il ne fait nul doute que le déséquilibre du couple trouve une partie de son explication dans le fait que chacun a du pallier, à sa manière, à l’insuffisance de l’autre. Finis les espoirs d’une vie remplie d’amour et de bonheur, nos deux tourtereaux doivent maintenant réajuster leurs comportements, et ça ne va pas être facile. Grâce à cet équilibre dans la description des torts de chacun, aucun personnage n’apparaît détestable, et comme vous le savez sans doute, c’est le secret du succès quand on s’attache à traiter les difficultés d’un couple.

Avec son sujet suffisamment original, son casting surprenant (Choi Ji woo en tête), grâce à l’absence de formatage, à sa description équilibrée des tensions à l’intérieur d’un couple, les deux premiers épisodes m’ont vraiment convaincu d’aller plus loin. Je regrette juste un manque d’émotion, la réalisation se faisant très discrète (les quelques mélodies sont jolies mais rares). Ah, et puis la belle-mère est malheureusement parfois un peu trop caricaturale pour s’intégrer au reste du récit jusque là bien équilibré. Alors bien sûr, la série n’arrive pas à la cheville d’Alone in love (son ton est bien trop différent, au fond et ça manque encore de subtilité), mais vous comprendrez qu’étant jeune marié, je me délecte de ce rapport de forces.

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4 réflexions sur “Can’t Lose [Pilote]

  1. J’espère quand même que ton mariage est un peu moins explosif xD

    Ce drama est en train de progressivement me conquérir ! J’aime beaucoup le fait que, comme tu le dis, ce n’est pas une romcom « de rencontre » », mais qu’on passe directement à l’après : une fois marié, quand le mythe du « ils vécurent heureux, etc » s’effondre et qu’on se retrouve à devoir gérer un quotidien plus nuancé.
    L’ambiance est très explosive, avec un émotionnel semblable à des montagnes russes. Ca pourrait être presque épuisant pour le téléspectateur… et pourtant, la dynamique de couple s’installe, et on apprend à apprécier peu à peu les personnages, avec leurs qualités et leurs défauts. A plusieurs reprises, j’ai trouvé que leurs compromis comme leur confrontation sonnaient très authentiques. C’est plus adulte.

    J’aime assez cette approche finalement tout en douceur : pas de coup de foudre instantané, mais une appréciation progressive qui s’inscrit dans la durée. Ce n’est pas vraiment une romcom légère ou qui fait rire, mais l’intrigue a l’air suffisamment consistante pour qu’on veuille faire le voyage !

    Pour le moment, le reproche majeur que je ferais rejoint le tien : un déficit d’émotion. C’est très électrique, donc je suppose que c’est voulu, et qu’on devrait avoir un registre plus sentimental ultérieurement.

  2. Explosif, non. « Pas encore » me souffle-t-on dans l’oreille ^^
    Pour rejoindre ce que tu dis, j’avoue avoir été surpris par la thématique plus adulte pour une chaîne comme MBC. D’année en année, les fictions coréennes s’affirment. Et je ne pense pas qu’au câble.
    Je pense aussi que l’émotion devrait venir, ou alors je ne reconnaitrais plus les dramas coréens. Mais en attendant, sans être exceptionnelle comme Alone in love (tu as vu comme je m’applique à faire la promo ^^), il y a suffisamment de finition pour qu’on s’attache à ce petit monde plus vrai que nature. Et puis Choi Ji Woo me bluffe par son audace. C’est quand même la star de l’hallyu, star du mélo avec Winter Sonata, et la voir dans un rôle aussi adulte et fort ça fait un choc. Je comprends aussi son envie de casser son image, mais je ne pense pas, vu l’audience, que ça sera payant.

  3. « Mais en attendant, sans être exceptionnelle comme Alone in love (tu as vu comme je m’applique à faire la promo ^^), il y a suffisamment de finition pour qu’on s’attache à ce petit monde plus vrai que nature. »

    J’ai vu, j’ai vu (subtile ^^). Après, Alone in Love est assez inclassable dans le petit écran sud-coréen je pense. Elle est plus posée, mature… Il y a une perfection qui s’échappe de chaque ligne, le moindre regard échangé. C’est une ambiance vraiment à part, subtile justement, d’une sobriété rare. (Parce que oui, je n’ai pas osé me lancer dans la rédaction d’une review encore, mais je me suis bien lancée dans Alone in Love comme promis en début d’année (je ne l’ai pas encore tout à fait fini). C’est un drama qui m’a subjugué, mais j’ai du mal à le retranscrire en mots.

    Pour le reste, je n’ai pas suffisamment de recul sur la télévision sud-coréenne pour vraiment en mesurer les évolutions. J’ai l’impression qu’elle est en plein boom, grandissant de tous côtés, mais que toutes les pousses ne seront pas forcément suffisamment solides et viables à moyen ou long terme. A voir jusqu’où nous conduira cette industrie !

    Sinon, pour te prendre au mot, je serais très curieuse de lire des articles sur la culture coréenne (quand la rentrée US se sera calmée) et la place de la femme ! C’est une grille de lecture qui prend du temps à acquérir, il ne faut pas hésiter à partager les clés d’entrée à cette culture ! 😉

  4. Merci grâce à toi j’ai su comment s’appelait la série issue de la pub qui passait après Heartstrings/You’ve fallen for me !! J’ai cherché pendant un petit moment en+ !
    Comme je le disais sur le blog à Livia, le pitch me botte bien !
    J’ai tenté ce pilot et franchement je vais regarder la suite…
    C’est une autre facette de la romcom que l’on voit ici et je sens bien que ca va me plaire…

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